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Miracle

Sommaire

  • Définitions du mot miracle
  • Étymologie de « miracle »
  • Phonétique de « miracle »
  • Citations contenant le mot « miracle »
  • Traductions du mot « miracle »
  • Synonymes de « miracle »

Définitions du mot miracle

Trésor de la Langue Française informatisé

MIRACLE, subst. masc.

I.
A. −
1. RELIG. Fait positif extraordinaire, en dehors du cours naturel des choses, que le croyant attribue à une intervention divine providentielle et auquel il donne une portée spirituelle. Synon. merveille, prodige, signe.Beau, faux, grand, vrai miracle; le miracle de la Sainte Épine; les miracles de Lourdes; faiseur de miracles (synon. thaumaturge); accomplir, faire, opérer un miracle/des miracles; croire aux miracles. Les merveilles de la vie des saints ne sont pas leurs miracles, mais leurs moeurs (Joubert,Pensées, t.1, 1824, p.368).De nombreux miracles ayant constaté sa sainteté, elle [Élisabeth de Hongrie] fut canonisée par le pape Clément IV en 1267 (Montalembert,Ste Élisabeth, 1836, p.335).V. chiffre II A 3 a ex. de Cocteau:
1. Si le miracle est pensable, ce n'est qu'en fonction de la foi, c'est-à-dire par delà le dualisme de la matière objective et de l'interprétation subjective, par delà aussi l'idée d'un ordre historique − dans le présent absolu, (qui n'est que pour la foi). G. Marcel,Journal, 1914, p.83.
Don des miracles. Pouvoir, charisme surnaturel d'opérer des miracles. Ce concile de Nicée, où l'on vit trois prélats ayant le don des miracles et ressuscitant les morts (Chateaubr.,Martyrs, t.2, 1810, p.220).J'aurais un séraphin à mon service, ou le don des miracles, que je serais encore embarrassée (Bernanos,Joie, 1929, p.673).
2. Loc. et proverbe
a) Loc. nom. Cour des miracles. V. cour1B.
b) Loc. verb.
Crier (au) miracle. V. crier B 2 c.
Tenir du miracle (parfois avec une nuance iron.). Être surprenant, prodigieux, paraître inexplicable. Cette guérison (...) tenait du miracle. Il attribua (...) ce succès à l'excellente constitution de la malade (Balzac,Cous. Pons, 1847, p.159).Cette hospitalité orientale (...) sans analogie possible en Europe, devient vraiment prodigieuse, et tient du miracle (Fromentin,Voy. Égypte, 1869, p.128):
2. L'électricité, dans cette maison, tenait du miracle (...), elle avait des sauts, des faiblesses. L'ampoule, au bout d'un fil volant accroché à un clou au-dessus de la table, rougissait, éclairait à peine, puis reprenait une blancheur violente... Triolet,Prem. accroc, 1945, p.23.
c) Proverbe, vx. Il n'est miracle que de vieux saints. Il ne faut attendre de résultat positif que de gens d'expérience. (Dict. xixes.).
B. − P. ext.
1. Fait extraordinaire qui porte à l'étonnement et à l'admiration. Synon. merveille, mystère.Attendre un miracle; les miracles de l'art, de l'amour, de la civilisation, de la nature, de la science, de la chirurgie. Mais le continuel miracle, mon enfant, c'est la vie... Ouvre donc les yeux, regarde! (Zola,Dr. Pascal, 1893, p.46):
3. Le coeur accomplit donc le miracle de maintenir constante la pression sanguine dans un système de vaisseaux dont la capacité et la perméabilité varient sans cesse. Carrel,L'Homme, 1935, p.233.
P. iron. Beau miracle. Action tout ordinaire qu'il n'y a pas lieu de vanter. Pourquoi trouvez-vous que j'ai fait son enfance fabuleuse? Est-ce parce qu'il [Hannibal] tue un aigle? Beau miracle dans un pays où les aigles abondent! (Flaub.,Corresp., 1862, p.61).Pardi, aimer, être aimé, le beau miracle quand on est jeune! Ne vous figurez pas que vous ayez inventé cela (Hugo,Misér., t.2, 1862, p.645).V. beau ex. 89.
2. Chose surprenante qui se produit de façon inattendue. Le miracle de la Marne (la bataille de la Marne):
4. ... toutes ses démarches pour retrouver Jean demeuraient vaines. Accablée par son malheur, elle s'imagina que le hasard la servirait ce jour même et que ce soir, sans doute, un miracle se produirait: elle rencontrerait enfin le jeune homme. Roy,Bonheur occas., 1945, p.302.
Enfant du miracle. Enfant trouvé ou inconnu, de naissance non identifiée. MmeDolorès et un enfant inconnu: l'enfant du miracle (Martin du G.,Thib., Belle sais., 1923, p.844).Plutôt que le fils d'un mort, on m'a fait entendre que j'étais l'Enfant du Miracle (Sartre,Mots, 1964, p.13).
Miracle chimique (vx). ,,Formation d'un précipité de sulfate de baryum`` (Duval 1959).
AGRIC. (Blé de) miracle. Variété de froment. On continue les semailles: épeautre, blé rouge d'automne, miracle, seigle (Bosco,Mas Théot., 1945, p.321).
3. Locutions
a) Loc. verb.
Accomplir, faire des miracles; faire miracle (fam.)
Obtenir des effets surprenants, remarquables; avoir un effet très positif. Synon. faire des merveilles, faire merveille.[Le suj. désigne une pers.] − Vous avez fait des miracles (...). Paris est devenu la capitale du monde. − Oui, c'est vraiment prodigieux (Zola,Curée, 1872, p.342).
[Le suj. désigne une chose] L'amour fait des miracles. Maître Jovelin, dont on lui vantait les baumes et les élixirs, comme faisant miracle dans la circonstance (Sand,Beaux MM. Bois-Doré, t.2, 1857, p.202).Le chirurgien fera l'impossible pour vous les garder [vos jambes] (...), maintenant, la chirurgie fait des miracles (Romains,Hommes bonne vol., 1938, p.264).
Faire des efforts extraordinaires. Faire des miracles d'économie. Tu es profondément injuste (...) avec moi, qui fais des miracles (...) pour écourter autant que possible tes heures de captivité (Courteline,Boubouroche, 1893, ii, 1, p.53).
C'est/ce serait (un) miracle si + ind.; c'est/ce serait (un) miracle que + subj.; c'est/ce serait (un) miracle (que) de + inf. (plus rare). C'est, ce serait extraordinaire. C'est un miracle qu'il vive avec une balle dans le ventre (Stendhal,L. Leuwen, t.2, 1835, p.355).C'est un miracle que de faire cette route en trois jours et demi (Balzac,Lettres Étr., 1843, p.197).C'est bien miracle (...) s'il ne me parvient pas dès aujourd'hui n'importe quelle enveloppe (Gide,Isabelle, 1911, p.625).Oui, c'était un miracle pour les passagers de voir tout à coup, hors de la brume, un minuscule voilier qui dansait dans la houle s'approcher du courrier (Peisson,Parti Liverpool, 1932, p.125).
Ne pas promettre de miracle. Ne promettre que ce que l'on pourra tenir
b) Loc. adv.
À miracle (vx ou littér.). Merveilleusement, à la perfection. Synon. à merveille.Belle à miracle. J'ai baisé la main, soyeuse à miracle (Farrère,Homme qui assass., 1907, p.97).Il rapportait, de ses discussions avec les employeurs, des récits extraordinaires qu'il mimait à miracle (Duhamel,Notaire Havre, 1933, p.84).
Par miracle. D'une façon inopinée et heureuse. Synon. par bonheur, par chance, par extraordinaire.Comme par miracle; échapper par miracle à un danger, à la mort. Il coula, reparut, faillit se noyer, reprit pied par miracle (Van der Meersch,Empreinte dieu, 1936, p.68).Interview, coups de téléphone (...) Maintenant je suis seul. La maison, par miracle, est silencieuse (Mauriac,Journal 3, 1940, p.256).
c) Loc. interjective. Miracle! ô/oh miracle! [Pour exprimer la surprise, l'émerveillement] Vous passez devant la sacristie. Ô miracle! elle est ouverte. Vous y entrez (Hugo,Rhin, 1842, p.103).Il presse à tout hasard la serrure [de la valise]. Oh! miracle! Les valves s'entrouvrent (Gide,Faux-monn., 1925, p.996).
d) En cont. exclam., [pour marquer sa surprise à une pers. qu'on n'a pas vue depuis longtemps] Comment allez-vous, madame?... Il y a si longtemps qu'on ne vous a vue. C'est un miracle, vraiment (Zola,Page amour, 1878, p.993).Quel miracle de vous rencontrer! (...) Vous êtes tellement occupée! on n'ose même plus vous inviter (Beauvoir,Mandarins, 1954, p.180).
C. − Réussite exceptionnelle.
1. Un miracle de + subst. abstr.Chose ou personne extraordinaire (dans un domaine quelconque).
a) [En parlant de choses] Miracle d'adresse, d'architecture, d'équilibre, d'harmonie, d'imagination. La dentelle est curieuse: c'est un miracle d'habileté féminine; on sort de là avec de la surprise dans les yeux (Benjamin,Gaspard, 1915, p.119).Ils avaient décidé de camper près des champs. Les nuits étaient des miracles de fraîcheur et de parfum (Giono,Que ma joie demeure, 1935, p.444).
b) [En parlant de pers.] Un miracle de beauté, de bonté, de douceur. C'est un bijou d'or et de diamant que cette femme! Vit-on jamais un pareil miracle d'élégance, d'amabilité et de grâce (Renan,Drames philos., Eau jouvence, 1881, iii, 1, p.475).Un vieux tout blanc de peau et de poils, qui allait sur ses soixante-dix ans, un vrai miracle de belle santé dans les mines (Zola,Germinal, 1885, p.1418).
Par antiphrase. Un miracle de bêtise, d'imprudence, de laideur. La grande fille de seize ans était (...) un miracle de perversion et d'abêtissement (Zola,Vérité, 1902, p.289).Ce qu'il pue! Une vraie petite rognure, un miracle d'étron concentré (Magnane,Bête à concours, 1941, p.337).
2. Le miracle + adj. (gén. ethnique).Réussite spectaculaire et inespérée d'un État, d'un pays (notamment dans le domaine économique ou de la civilisation). Le miracle grec (v. grec ex. 2); le miracle allemand. Un succès si magnifique et un capital si restreint, c'était là le miracle anglais (Tharaud,Dingley, 1906, p.148).Le «miracle grec» c'est beau, mais le miracle français, je veux dire notre expansion au treizième siècle, ce n'est pas mal non plus (Barrès,Voy. Sparte, 1906, p.56).Dans le monde entier, des businessmen intéressés et les mass-media complaisantes ont réussi à accréditer l'idée d'un «miracle brésilien». (...) le taux de croissance du P.N.B. produit national brut (...) grimpait en moyenne de dix pour cent par an (Le Nouvel Observateur, 26 avr. 1976, p.57, col. 1).
Rem. Miracle/-miracle est très fréq. au xxes. comme adj. ou 2eélém. de subst. composé au sens de «très efficace». a) [En parlant de choses] Remède, solution miracle. Les excès de consommation que peut entraîner l'existence d'un produit miracle à l'attirante couleur (R. Schwartz, Nouv. remèdes et mal. act., 1965, p.71). b) [En parlant de pers.] Candidat(-)miracle, homme(-)miracle. Je demande mon chemin et avec un «pur» accent oxfordien, un interlocuteur-miracle − le seul que je rencontre − m'explique que tout est fermé (F Magazine, juill. 1979, p.98, col.1).
II. − LITT. DU MOY. ÂGE. Composition dramatique populaire issue du drame liturgique et précédant les mystères, mettant en scène les miracles de la Vierge ou d'un saint. Les miracles Nostre-Dame. De délicates sculptures qui représentent le miracle de saint Théophile (Proust,Swann, 1913, p.29):
5. Les miracles [it. ds le texte] et les mystères se donnaient en plein jour dans les églises, dans les cours des palais de justice, aux carrefours des villes, dans les cimetières... Chateaubr.,Essai litt. angl., t.1, 1836, p.81.
Prononc. et Orth.: [miʀ ɑ:kḽ], [-a-]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. 1. Mil. xies. relig. «fait ne s'expliquant pas par des causes naturelles et qu'on attribue à une intervention divine» (Alexis, éd. C. Storey, 559); 2. 1269-78 «chose étonnante» (Jean de Meun, Roman de la Rose, éd. F. Lecoy, 18928: Et qui voudroit plus bas anquerre des miracles que font en terre li cors du ciel et les esteles, tant an i trouveroit de beles que ja mes n'avroit tout escrit qui tout voudroit metre an escrit); 1659 crier au miracle (Corneille, Œdipe, V, 9); 1688 tenir du miracle (Bossuet, Variations, 1 ds Littré); 3.1567 «chose digne d'admiration, merveille» (J. Martin, Arch. Vitruve, F. 1oB rods IGLF: Un temple consacré à Diane, lequel estoit nombré entre les sept miracles du monde); 4. ca 1580 faire grand miracle de «considérer comme merveilleux» (Montaigne, Essais, I, 26, éd. P. Villey et L. Saulnier, I, p.158); 5. 1690 (Fur.: Miracle, se dit aussi par hyperbole dans des choses moins rares. C'est un miracle de vous voir, un miracle de vous trouver chez vous). II. Ca 1258 «Composition dramatique représentant un épisode de la vie d'un saint» (Rutebeuf, Le Miracle de Théophile). Empr. au lat. miraculum «prodige, merveille, chose extraordinaire» qui a pris un sens relig. dans la lang. eccl. (v. Blaise Lat. chrét.). Fréq. abs. littér.: 3342. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 4001, b) 3000; xxes.: a) 5145, b) 6096. Bbg. Léon-Dufour (X.). Miracle, qu'est-ce à dire? Foi Lang. 1977, no3, pp.174-177. _ Mack. t.2 1939, p.54.

Wiktionnaire

Nom commun

miracle \mi.ʁɑkl\ ou \mi.ʁakl\ masculin

  1. (Religion) Acte de la puissance divine contraire aux lois connues de la nature.
    • Mais les temps des miracles sont passés... Les os de Saint-Pierre faisaient des miracles ; les fidèles les adoraient ; les anatomistes sont venus, ils les ont pris dans leurs mains pestiférées, et ont blasphémé : « mais ce sont des os de moutons ! » et les os miraculeux ont suspendu leurs miracles. — (Paul Lafargue, Pie IX au Paradis, 1890)
    • Le front barré des plis de la plus douloureuse perplexité, il était là, immobile demandant, après l’avoir vigoureusement blasphémé, un miracle à son Dieu, […]. — (Louis Pergaud, L’Argument décisif, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Mais le domaine de la foi correspond à celui du surnaturel et du miracle. […]. Il est donc légitime lorsque la foi et la raison semblent en désaccord, de tenir pour vraies les affirmations de la foi, puisque le miracle est chose toujours réalisable pour un Dieu tout-puissant. — (Louis Rougier, Histoire d’une faillite philosophique: la Scolastique, 1925, éd. 1966)
    • Ce miracle, ignoré du clergé local au XVIIe s., est surement le produit de l’imagination de certains spécialistes en hagiographie. — (Léon Berman, Histoire des Juifs de France des origines à nos jours, 1937)
    • Peut-être dira-t-on que si les miracles ne sont pas physiquement impossibles, ils le sont du moins moralement, comme étant contraires à la sagesse et à la majesté de l’Etre suprême. — (Philippe Basset, Thèses théologiques sur les miracles, 1813)
  2. (Par hyperbole) Chose extraordinaire ou hasard merveilleux, du fait qu’un événement devait naturellement arriver et cependant n’est pas arrivé, ou inversement.
    • Entre l'obélisque de Paris et son frère resté à Louxor, il n'y a plus de ressemblance aucune, et c'est miracle que le nôtre ait su prendre une beauté nouvelle en abandonnant sur la terre égyptienne tout ce qui lui donnait signification et grandeur. — (Pierre Louÿs, La ville plus belle que le monument, dans Archipel, 1932)
    • Les colonnes qui supportent les voûtes de la chapelle de la Vierge sont d'une légèreté telle que pour un peu on crierait au miracle. — (Jean Bertot, Août 1893: la France en bicyclette de Paris à Grenoble et Marseille, Ancienne maison Quantin, 1894, page 42)
  3. Ce qui fait naître l’étonnement, l’admiration.
    • J'ai conté […] le miracle de cette résistance inouïe, à un contre six, […], dans la vase, les trous perfides des arroyos, sous un ciel qui crachait des tonnes de mitraille, […]. — (Charles Le Goffic, Bourguignottes et pompons rouges, 1916, p.91)
    • […], et qu'il était merveilleux son médecin, et qu'il avait déjà fait des miracles dans les constipations en ville et ailleurs, et qu'entre autres, il était en train de la guérir elle, d'une rétention de caca dont elle souffrait depuis plus de dix ans. — (Louis-Ferdinand Céline [Louis Ferdinand Destouches], Voyage au bout de la nuit, Denoël et Steele, Paris, 1932)
    • Son œil s'attarde pourtant sur la jauge d’essence. Impitoyable, l’aiguille marque zéro. Par quel miracle, le réservoir où Mr. Smith a versé de ses mains, au moment du départ, soixante-dix litres de supercarburant, a-t-il pu se vider subitement ? — (Serge Dalens, La tache de vin, Éditions Fleurus, 2012, p 189)
  4. (Histoire) (XIIe siècle - XV) D'abord récit, puis représentation théâtrales, basées sur la vie des saints.

Nom commun

miracle \ˈmɪɹ.ə.kl̩\

  1. Miracle.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MIRACLE. n. m.
Acte de la puissance divine contraire aux lois connues de la nature. Opérer des miracles. Il se dit, par exagération, d'une Chose extraordinaire, d'un hasard merveilleux, du fait qu'un événement devait naturellement arriver et cependant n'est pas arrivé, ou inversement. Il a échappé à la mort par miracle. C'est un miracle qu'il n'ait pas été tué dans cette bataille. C'est un miracle qu'il soit venu si vite, qu'il ait achevé si promptement cet ouvrage. Fam., C'est un miracle de vous voir, se dit à une Personne qu'on n'avait pas vue depuis longtemps. Il se dit aussi de Tout ce qui fait naître l'étonnement, l'admiration. Cette femme est un miracle de la nature, un miracle de beauté. Un miracle d'énergie, de dévouement, de bonté. Fam., Crier au miracle, crier miracle, se dit Quand quelqu'un fait une chose qu'il n'a pas coutume de faire, qui est opposée à ses habitudes, à son caractère. Il n'y a pas de quoi crier miracle, se dit à une Personne qui se vante après avoir fait une chose fort aisée, ou même après avoir commis une maladresse. Un beau miracle se dit ironiquement d'une Chose fort ordinaire ou même d'une action maladroite. Voilà un beau miracle. Vous avez fait là un beau miracle. Fam., Faire des miracles en quelque occasion, Accomplir un exploit, obtenir un résultat extraordinaire. Tenir du miracle, Offrir un caractère merveilleux. Cour des miracles se disait d'un Endroit de Paris où se réunissaient les gueux et les mendiants.

À MIRACLE, loc. adv., se dit par exagération au sens de Parfaitement bien, avec un succès inespéré. Cela est fait à miracle. La commission était difficile, il s'en est acquitté à miracle.

Littré (1872-1877)

MIRACLE (mi-ra-kl') s. m.
  • 1Acte contraire aux lois ordinaires de la nature et produit par une puissance surnaturelle. La vertu divine qui avait opéré ce miracle, Pascal, Prov. XI. Miracle : c'est un effet qui excède la force naturelle des moyens qu'on y emploie ; et non-miracle est un effet qui n'excède pas la force naturelle des moyens qu'on y emploie, Pascal, Pens. XXIII, 41, éd. HAVET. Je ne serais pas chrétien sans les miracles, dit saint Augustin, Pascal, ib. XXV, 94. Incrédules, les plus crédules : ils croient les miracles de Vespasien, pour ne pas croire ceux de Moïse, Pascal, ib. XXIV, 99. Les miracles sont plus importants que vous ne pensez ; ils ont servi à la fondation et serviront à la continuation de l'Église jusqu'à l'Antechrist, jusqu'à la fin, Pascal, ib. XXIII, 19. Aux hérétiques les miracles seraient inutiles ; car l'Église, autorisée par les miracles qui ont préoccupé la créance, nous dit qu'il n'ont pas la vraie foi, Pascal, ib. XXIII, 13. Les miracles discernent la doctrine, et la doctrine discerne les miracles, Pascal, ib. XXIII, 1. Si j'avais vu un miracle, disent-ils, je me convertirais ; comment assurent-ils qu'ils feraient ce qu'ils ignorent ? Pascal, ib. XIII, 9. Les prophéties, les miracles mêmes et les preuves de notre religion ne sont pas de telle nature qu'on puisse dire qu'ils sont absolument convaincants, Pascal, ib. XXIV, 18. Dieu fait des miracles en leur faveur [des rois de Juda], Bossuet, Hist. II, 4. Le don des miracles est une grâce infructueuse qu'ont eue quelques saints, mais qui n'a point aidé à les faire saints, Bourdaloue, 5e dim. après Pâq. Dominic. t. II, p. 217. En ces murs même une troupe égarée… De ses miracles faux [de Mahomet] soutient l'illusion, Voltaire, Fanat. I, 1. Rien ne caractérise mieux un miracle que l'impossibilité d'en expliquer l'effet par des causes naturelles, Buffon, Hist. nat. Preuv. théor. terr. Œuv. t. I, p. 290. Le fameux Spinosa, qui avait dit que les miracles étaient impossibles, parce qu'ils étaient contraires aux lois de la nature et qu'ils supposaient de la variation dans les décrets de Dieu, Bonnet, Paling. XVII, 6.

    Cour des Miracles, se disait d'un endroit de Paris où se réunissaient les gueux et les mendiants, ainsi dite parce que ceux qui simulaient toutes sortes d'infirmités pour solliciter la charité, redevenaient là sains et dispos.

  • 2 Par exagération, chose extraordinaire, ou chose ordinaire, régulière dans l'ordre naturel, mais dont on ne sait aucunement la cause ou le moyen. Les miracles que fait Marie Pour le salut des fleurs de lis, Malherbe, VI, 3. Et la main de Rodrigue a fait tous ces miracles ! Corneille, Cid, IV, 1. Un héros, comme un dieu, peut faire des miracles, Corneille, Sophon. II, 3. Ô miracle d'amour ! Corneille, Cid, III, 4. Un jour sans douleur est pour moi un miracle, Scarron, Lettres, Œuv. t. I, p. 249, dans POUGENS. Il y a du miracle à un si prompt changement, Sévigné, 4 févr. 1696. C'est un beau miracle, si la Trousse s'est sauvé de l'état où l'on nous l'a représenté, Sévigné, 13 août 1675. Le ciel fit naître en même temps et faisait croître sous une pareille éducation le roi, dont la naissance miraculeuse promettait à tout l'univers une vie pleine de miracles, Fléchier, Mar.-Thér. C'est miracle que ce que nous voyons entre les Espagnols et les Français ; Dieu tourne les cœurs comme il lui plaît, Maintenon, Lett. au D. de Noailles, 5 mars 1701. Le succès tenait du miracle, Bossuet, Var. 1. Achille, à qui le ciel promet tant de miracles, Racine, Iphig. I, 1. Ceux qui ont fait les relations de ces étranges événements [la conquête du Mexique] les ont voulu relever par des miracles qui ne servent en effet qu'à les rabaisser ; le vrai miracle fut la conduite de Cortez, Voltaire, Mœurs, 147. L'attraction et la direction de l'aimant sont des miracles continuels ; un limaçon auquel il revient une tête est un miracle ; la naissance de chaque animal, la production de chaque végétal sont des miracles de tous les jours, Voltaire, Dict. phil. Miracles. Les miracles sont faits Pour qui veut fermement la mort ou le succès, Saurin, Spart. III, 4. Un petit nombre de soldats, persuadés de l'habileté de leur général, peuvent enfanter des miracles, Chateaubriand, Génie, I, II, 2.

    Familièrement. C'est un miracle de vous voir, se dit d'une personne qu'on n'avait pas vue depuis longtemps.

    Familièrement. Crier au miracle, crier miracle, se dit quand quelqu'un fait une chose qu'il n'a pas coutume de faire. Ce n'est pour faire au miracle crier, La Fontaine, F. avare.

    Familièrement. Faire des miracles, faire miracle, réussir merveilleusement. Pour moi les huguenots pourraient faire miracle…, Régnier, Sat. IX. C'est un homme qui fait des miracles, Molière, Méd. m. lui, I, 5. Le changement d'air me fait des miracles, Sévigné, 8 avr. 1676. Quelle joie, ma chère enfant, que le quinquina ait fait ses miracles ordinaires ! Sévigné, 589.

    Voilà un beau miracle, se dit ironiquement à quelqu'un qui se vante d'une chose fort ordinaire.

    Il a fait miracle, il a fait un beau miracle, se dit de quelqu'un qui a commis quelque maladresse.

    Cela se peut sans miracle, cela est très aisé.

    Par exclamation, miracle ! beau miracle ! Miracle ! criait-on ; venez voir par les nues Passer la reine des tortues, La Fontaine, Fabl. X, 3.

    Miracle chimique, nom donné autrefois à la transformation subite par laquelle l'acide sulfurique concentré, versé dans une solution rapprochée de chlorure de calcium, donne du sulfate de chaux, qui se prend aussitôt en une masse solide.

  • 3Se dit des personnes qui sont dignes d'admiration. Anne, qui de Madrid fut l'unique miracle, Malherbe, II, 9. Je veux du même esprit que ce miracle d'armes [Achille], Chercher en quelque part un séjour écarté, Malherbe, V, 2. Ô roi, le miracle des rois, Malherbe, VI, 4. Henri, ce grand Henri que les soins de nature Avaient fait un miracle aux yeux de l'univers, Malherbe, VI, 11. Nous verrons de nous deux qui pourra l'emporter ; Qui, dans nos soins communs pour ce jeune miracle, Aux vœux de son rival portera plus d'obstacle, Molière, l'Ét. I, 1.

    Il se dit aussi des animaux. L'éléphant est en même temps un miracle d'intelligence et un monstre de matière, Buffon, Quadrup t. IV, p. 263.

    Se dit encore des choses qui sont dignes d'admiration. Que le miracle de l'Italie, le Pastor fido, l'a entièrement négligée [la liaison des scènes], Corneille, Avert. au lect. de la seconde partie des œuvres.

  • 4Par miracle, loc. adv. D'une façon qui est considérée comme un miracle, qui excite l'étonnement ou l'admiration. Il ne se soutient que par miracle, et à chaque pas il est sur le point de succomber, Bourdaloue, Exhort. sur J. C. portant sa croix, t. II, p. 137.
  • 5À miracle, loc. adv. À merveille, fort bien, on ne peut mieux. Il sait notre langue à miracle, La Fontaine, Œuv. posth. dans LE ROUX, Dict. comique. Une oie ; je les aime fort. - Tant mieux, touchez là, à demain à dîner ; ma femme les apprête à miracle, Brueys, Avoc. Pat. I, 6. Comment diable, à merveille, à miracle ! courage ! Piron, Métrom. III, 8. Mes enfants s'en tirent à miracle, Collin D'Harleville, Vieux célib. III, 3.

HISTORIQUE

XIIe s. Maint miracle fait Deus là ù fu descenduz [saint Thomas], D'avogles, de contraiz [contrefais] et de surz et de muz, De lepruz, qui receivent e santez e vertuz, Th. le mart. 131. E maint humme l'unt puis à miracle tenu, ib. 52.

XIIIe s. Et pour le bel miracle que Diex i demonstroit, Berte, CXXXV. Ore m'a l'en puis dit que il gist en la cité de Marseille, là où il fit moult beles miracles, Joinville, 289.

XIVe s. Si qu'on doit croire sans douter, Que ce sont miracles apertes Que musique fait ; c'est voir [vrai] certes, Machaut, p. 9.

XVIe s. Ce grand œuvre de l'Escurial du roy d'Espagne qu'on dit que jamais tous les sept miracles de jadis n'ont approché, Brantôme, Capit. franç. t. I, p. 276, dans LACURNE. Il n'est miracle que de vieux saints, Cotgrave

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

MIRACLE, subst. masc. (Théologie.) dans un sens populaire ; prodige ou événement extraordinaire qui nous surprend par sa nouveauté. Voyez Prodige.

Miracle dans un sens plus exact & plus philosophique signifie un effet qui n’est la suite d’aucune des lois connues de la nature, ou qui ne sauroit s’accorder avec ces lois. Ainsi un miracle étant une suspension de quelqu’une de ces lois, il ne sauroit venir d’une cause moins puissante que celle qui a établi elle-même ces lois.

Les Théologiens sont partagés sur la notion du vrai miracle : M. Clarke, dans son traité de l’existence de Dieu, tome III. chap. xix. définit le miracle un événement singulier produit contre le cours ordinaire régulier & uniforme des causes naturelles, par l’intervention de quelque être intelligent supérieur à l’homme.

M. l’abbé Houteville, dans son traité de la religion Chrétienne, prouvée par les faits, Liv. I. ch. v. dit que le miracle est un résultat de l’ordre général de la méchanique du monde, & du jeu de tous ses ressorts. C’est, ajoute-t-il, une suite de l’harmonie des lois générales que Dieu a établies pour la conduite de son ouvrage ; mais c’est un effet rare, surprenant, qui n’a point pour principe les lois générales, ordinaires, & connues, qui surpasse l’intelligence des hommes, dont ils ignorent parfaitement la cause, & qu’ils ne peuvent produire par leur industrie. Il appuie cette idée sur ces deux passages de saint Augustin, nec enim ista (miracula) cum fiunt, contra naturam fiunt, nisi nobis quibus aliter naturæ cursus innotuit, non autem Deo cui hoc est naturæ quod fecerit. De Genesi, ad litter. lib. V. cnp. xiij. & dans le liv. XXI. de la cité de Dieu, chap. viij. quomodo est contra naturam quod Dei fit voluntate, cum voluntas tanti utique conditoris conditæ cujusque rei natura sit ? Portentum ergo fit non contra naturam, sed contra quam est nota natura.

L’idée commune qu’on a d’un vrai miracle, dit le P. Calmet, dans sa dissertation sur les vrais & les faux miracles, est que c’est un effet qui surpasse les regles ordinaires de la nature : comme de marcher sur les eaux, de ressusciter un mort, de parler tout-à-coup une langue inconnue, &c. Un faux miracle au contraire est un effet qui paroît, mais qui n’est pas au-dessus des lois ordinaires de la nature.

Un théologien moderne distingue le miracle pris dans un sens populaire, le miracle pris dans un sens général, & le miracle pris dans un sens plus propre & plus étroit. Il définit le premier avec saint Augustin : miraculum voco quidquid arduum aut insolitum suprà spem vel facultatem mirantis apparet, lib. de utilit. credend. cap. xvj. Le second, avec saint Thomas : dicitur tamen quandoque miraculum large quod excedit humanam facultatem & considerationem & sic dæmones possunt facere miracula ; & le troisieme, il le définit avec le même saint docteur : miraculum proprie dicitur quod sit præter ordinem totius naturæ creatæ, sub quo ordine continetur omnis virtus creata, I. part. quæst. 114. art. 4°. Ainsi il adopte pour le miracle proprement dit cette définition de Salmeron, tome VI. tract. I. page 1. miraculum proprie dictum est res insolita supra naturæ potentiam effecta. Musson, lection. theolog. de relig. part. II.

On pourroit encore définir le miracle proprement dit, un effet extraordinaire & merveilleux, qui est au-dessus des forces de la nature, & que Dieu opere pour manifester sa puissance & sa gloire, ou pour autoriser la mission de quelqu’un qu’il envoye. C’est ainsi que Moise a prouvé la sienne, & que Jesus-Christ a confirmé la vérité de sa doctrine.

Spinosa qui définissoit le miracle un événement rare qui arrive en conséquence de quelques lois qui nous sont inconnues, a nié qu’il pût rien arriver au-dessus des forces de la nature, rien qui pût troubler l’ordre des choses : & la raison qu’il apporte pour contester la possibilité des miracles, est que les lois de la nature ne sont autre chose que les decrets de Dieu ; or, ajoute-t-il, les decrets de Dieu ne peuvent changer, les lois de la nature ne peuvent donc changer. Donc les miracles sont impossibles, puisqu’un vrai miracle est contraire aux lois connues & ordinaires de la nature.

Dans le système de l’abbé Houteville, ce raisonnement ne conclut rien ; puisque les miracles y sont une suite des lois générales de la nature. Mais dans celui de M. Clarke, & des autres théologiens, il suppose faux ; car Spinosa s’est formé une idée trop bornée de la volonté de Dieu, s’il prétend qu’elle soit tellement immuable, qu’elle ne soit plus libre. Les miracles entrent dans l’économie de ses desseins ; il les a arrêtés de toute éternité pour le moment qui les voit naître, opera mutat, consilia non mutat, dit saint Augustin. Ou bien Spinosa joue sur l’équivoque de ces termes, lois de la nature ; comme si ces lois de la nature étoient différentes de la volonté de Dieu, ou si un miracle détruisoit ces lois de la nature. Un miracle est un effet de la volonté de Dieu, mais d’une volonté libre & particuliere, qui produit un effet différent de ceux qu’elle produit en suivant le cours ordinaire & connu de la nature. Cette interruption ou cette suspension ne marque dans Dieu ni caprice ni imperfection, mais une toute-puissance & une souveraineté conformes à l’idée que nous avons de sa nature.

L’existence des miracles est attestée non-seulement dans l’ancien & dans le nouveau Testament, mais encore depuis Jesus-christ jusqu’à nous, par des témoignages précis des auteurs ecclésiastiques. Saint Augustin sur-tout en raconte un grand nombre opérés de son tems, dont il parle ou comme témoin oculaire, ou comme instruit par ceux qui en avoient été témoins. Il assure que dans la seule ville d’Hippone, il s’étoit fait 70 miracles depuis deux ans qu’on y avoit bâti une chapelle en l’honneur de saint Etienne, premier martyr.

Il y a sur cette matiere deux excès très-fréquens à éviter : l’un est l’aveugle crédulité qui voit dans tout du prodige, & qui veut faire servir l’autorité des vrais miracles, de preuve de la vérité de tous les miracles indistinctement, sans penser que par cette voie l’on n’établit point la réalité de ceux-ci, & qu’on énerve la force des autres. Une disposition encore plus dangereuse, est celle des personnes qui cherchent à renverser toute l’autorité des miracles, & qui pensent qu’il n’est point convenable à la sagesse de Dieu d’établir des lois qu’il seroit si souvent obligé de suspendre. En vain ils alleguent les faux miracles en preuve contre les véritables. Il faut ou s’aveugler & tomber dans le pyrrhonisme historique le plus outré, ou convenir qu’il y en a eu de cette derniere espece, & même en assez grand nombre, pour prouver que dans des occasions extraordinaires, Dieu a jugé cette voix nécessaire pour annoncer aux hommes ses volontés, & manifester sa puissance. L’église même en exigeant notre soumission sur les faits bien avérés, nous donne par sa propre conduite l’exemple de ne pas admettre sans examen tous les faits qui tiennent du prodige ; & nous pouvons croire comme elle que Dieu ne les opere pas sans nécessité ou sans utilité.

On a vivement agité dans ces derniers tems la question de savoir si les démons pouvoient opérer des miracles, & jusqu’où s’étendoit leur pouvoir en ce genre.

M. Clarke, dans le traité dont nous avons déja parlé, décide que Dieu peut communiquer aux mauvais anges & à des imposteurs le pouvoir de faire des miracles. M. Serces, dans un traité sur les miracles, imprimé à Amsterdam en 1729, soutient l’opinion contraire.

Les prodiges opérés par les magiciens de Pharaon, & rapportés dans l’Exode, ont également divisé les Peres & les Théologiens : les uns comme Origene, saint Augustin, & saint Thomas, ont reconnu que ces prodiges étoient réels, & non pas seulement apparens & phantastiques. Saint Augustin sur-tout s’étant proposé cette question, savoir si les verges des magiciens étoient appellées dragons dans le texte sacre, à cause simplement qu’elles avoient la figure de cet animal, sans en avoir la réalité, le changement qui y étoit arrivé n’ayant été que phantastique ; il répond qu’il semble que les manieres de parler de l’Ecriture étant les mêmes, on doit reconnoître dans les verges des magiciens un changement pareil à celui qu’on remarque dans celles de Moïse. Mais s’étant ensuite objecté qu’il faudroit donc que les démons eussent créé ces serpens, un changement si prompt & si subit d’une verge en un serpent ne paroissant ni possible ni naturel : il dit qu’il y a dans la nature un principe universel répandu dans tous les élémens, qui contient la semence de toutes les choses corporelles, lesquelles paroissent au-dehors lorsque leurs principes sont mis en action à tems, & par des agens convenables ; mais ces agens ne peuvent ni ne doivent être nommés créateurs, puisqu’ils ne tirent rien du néant, & qu’ils déterminent seulement les causes naturelles à produire leurs effets au-dehors. Ainsi, selon ce pere, les démons ont pu produire dans un instant des serpens avec la matiere des verges des magiciens, en appliquant par une vertu subtile & surprenante des causes qui paroissoient fort éloignées à produire un effet subit & extraordinaire : saint Thomas raisonne sur les mêmes principes, & en tire les mêmes conséquences. S. August. quæst. 21. in Exod. S. Thom. I. part. quæst. 104. art. 4.

La grande difficulté dans ce système est que la nature & la force des démons & des ames séparées de la matiere nous étant assez inconnues, il n’est pas aisé de marquer positivement jusqu’où va leur pouvoir sur les corps, ni d’expliquer comment une substance purement spirituelle peut agir d’une maniere physique sur un corps. Il faut pour cela reconnoître en Dieu des volontés particulieres, par lesquelles il a décidé qu’à l’occasion de la volonté d’un esprit, un corps fût mis en mouvement de la maniere que cet esprit le voudroit, ou plutôt que Dieu s’est engagé à donner à la matiere certains mouvemens à l’occasion de la volonté d’un esprit ; c’est le dénouement qu’en donne dom Calmet, dans sa dissertation sur les miracles.

Mais quoiqu’on ne sache pas précisément jusqu’où s’étendent les forces & le pouvoir des esprits, on sait bien jusqu’où elles ne s’étendent pas, & que par conséquent des miracles du premier ordre, tels que la création, la résurrection d’un mort, &c. ne peuvent être l’ouvrage des démons.

Plusieurs autres peres & théologiens soutiennent que les magiciens de Pharaon ne changerent pas véritablement leurs verges en serpens, & qu’ils firent seulement illusion aux yeux des spectateurs. Outre Philon & Josephe qu’on cite pour ce sentiment, l’auteur des questions aux orthodoxes sous le nom de saint Justin, soutient que tout ce que firent les magiciens étoit fait par l’opération du démon ; mais que c’étoit de purs prestiges par lesquels ils trompoient les yeux des assistans en leur représentant comme des serpens ou comme des grenouilles ce qui n’étoit ni l’un ni l’autre. Tertullien, saint Jérome, saint Grégoire de Nysse, saint Prosper, tiennent la même opinion. C’est aussi celle de Tostat, & de quelques théologiens modernes ; & M. Serces entre autres, prétend que les prodiges des ministres de Pharaon, n’étoient que des prodiges & des tours de passe passe semblables à ceux des joueurs de gobelets.

Mais puisqu’il y en a de vrais & de faux, de réels & d’apparens, il est nécessaire d’avoir des caracteres sûrs pour distinguer les uns des autres. M. Clarke en assigne trois, 1°. la doctrine qu’ils établissent ; 2°. la grandeur des miracles considérés en eux-mêmes ; 3°. la quantité & le nombre des miracles. Or comme une doctrine peut être ou impie, ou sainte, ou obscure, en sorte qu’elle ne soit clairement connue ni pour vraie ni pour fausse, soit par les lumieres de la raison, ou par celles de la révélation, il s’ensuit que les miracles faits pour appuyer la premiere sont faux ; que ceux qui soutiennent la seconde sont vrais, & que dans le troisieme cas, les miracles décident que la doctrine en question est vraie, parce que Dieu ne peut abuser de sa toute-puissance pour induire les hommes en erreur. En cas de conflict de miracles, la grandeur & la supériorité des miracles comparés les uns avec les autres, font connoître quels sont ceux qui ont Dieu pour auteur. L’histoire de Moïse & des magiciens de Pharaon, fournit la preuve complette de ce second caractere ; & enfin, en cas de conflict de miracles qui paroissent d’abord égaux, le nombre & la quantité discernent les miracles divins, d’avec les faux miracles par la même preuve.

On ajoute encore qu’on peut discerner les vrais miracles d’avec les prestiges du démon, ou d’autres faits prétendus miraculeux, par la doctrine, par la fin, par les circonstances, & sur-tout par l’autorité de l’Eglise. Quelques écrivains dans ces derniers tems, ont prétendu que les vrais miracles devoient avoir été prédits, sans faire attention que si ce caractere étoit absolument essentiel pour discerner les faux miracles d’avec les véritables, on auroit pû contester la mission de Moïse, dont assurément les miracles n’avoient été prédits nulle part. On peut consulter sur cette matiere le traité de la Religion de M. l’abbé de la Chambre, celui de M. Musson, les ouvrages que nous avons cités de MM. Clarke & Serces, & la dissertation de dom Calmet.

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Étymologie de « miracle »

(XIe siècle) Du latin miraculum (« prodige »). Il formait autrefois un doublet avec la forme populaire mirail, qui avait en outre le sens de miroir. miraculum vient de mirus (« étonnant, merveilleux ») et oculus (« œil ») : ce qui est merveilleux à l’œil.
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Provenç. miracle ; espagn. milagro ; portug. milagre ; ital. miracolo ; du lat. miraculum, de mirari, regarder, admirer (voy. MIRER).

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Du latin miraculum.
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Phonétique du mot « miracle »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
miracle mirakl

Citations contenant le mot « miracle »

  • La chance est la forme laïque du miracle. De Paul Guth / La chance
  • On appelle miracle quand Dieu bat ses records. De Jean Giraudoux / Le sport
  • Le miracle est l'enfant chéri de la foi. De Johann Wolfgang von Goethe
  • Nous doit aussi souvenir que Satan a ses miracles. Jean Calvin de son vrai nom Cauvin , Institution de la religion chrétienne
  • Je n'ai jamais aimé une femme qu'autant qu'elle me paraissait un miracle. Marcel Arland, Carnets de Gilbert, Gallimard
  • Les idées ne suffisent pas, il faut le miracle. De André Derain
  • L'homme est un miracle sans intérêt. De Jean Rostand / Pensées d'un biologiste
  • Le miracle est, avec la vigne, l'une des principales cultures de la France. Pierre Daninos, Les Carnets du major W. Marmaduke Thompson, Hachette
  • Miracle n'est pas œuvre. Georges Duhamel, Le Notaire du Havre, Mercure de France
  • Il n'est miracles que de vieux saints. Henri Estienne, Apologie pour Hérodote
  • Une vocation est un miracle qu'il faut faire avec soi-même. Louis Jouvet, Écoute mon ami, Flammarion
  • Et quel temps fut jamais si fertile en miracles ? Jean Racine, Athalie, I, 1, Joad
  • L'incrédulité est plus forte que les miracles. Jacques Rigaut, Écrits, Lord Patchogue , Gallimard
  • Ne tournez pas la tête : un miracle est derrière. Jules Supervielle, Gravitations, Gallimard
  • Le mépris du dieu pour les esprits humains se marque par les miracles. Paul Valéry, Suite, Gallimard
  • On ne doit pas compter sur le miracle. , Talmud, Pessahim, 64a
  • De par le Roi, défense à Dieu De faire miracle en ce lieu. Anonyme,
  • Seul l’incrédule a droit au miracle. De Elias Canetti
  • A la maîtrise, l’enfant substitue le miracle. De André Malraux
  • On cesse de s'étonner devant un miracle constant. De André Gide / Les nouvelles nourritures
  • Un miracle, c’est un événement qui crée la foi. De George Bernard Shaw / Sainte-Jeanne
  • L'amour est le miracle de la civilisation. De Stendhal / De l'amour
  • L'oisiveté est un miracle peuplé de songes décevants. De Yvon Rivard / Mort et naissance de Christophe Ulric
  • La beauté est un miracle de l’instant. De Hafid Aggoune / Quelle Nuit sommes-nous ?
  • J'attends le miracle toujours renouvelé de ta présence. De Maria Casarès
  • Honnêtement, cela semble mal engagé. Vu le calendrier, avec des déplacements à Genève, puis Saint-Gall, qui s’enchaînent après la réception de Young Boys, il faudrait un miracle. Mais en même temps, les miracles, les Neuchâtelois connaissent ça. Une chose est sûre: si Xamax perd devant YB ce jeudi soir, ce n’est pas là qu’il aura manqué le coche. La victoire à Lucerne a entretenu l’espoir, mais je crains que le réveil n’ait eu lieu un peu tard. , Steve Von Bergen: «Pour Xamax, il faudrait un miracle» - Le Matin

Traductions du mot « miracle »

Langue Traduction
Anglais miracle
Espagnol milagro
Italien miracolo
Allemand wunder
Chinois 奇迹
Arabe معجزة
Portugais milagre
Russe чудо
Japonais 奇跡
Basque mirari
Corse miraculu
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Synonymes de « miracle »

Source : synonymes de miracle sur lebonsynonyme.fr
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