La langue française

Lambeau

Définitions du mot « lambeau »

Trésor de la Langue Française informatisé

LAMBEAU, subst. masc.

A. − Morceau d'étoffe, de papier, de matière souple, déchiré ou arraché, détaché du tout ou y attenant en partie. Lambeau de toile; rapiécer des lambeaux; arracher par lambeaux; mettre en lambeaux. D'une secousse elle lui déchira sa chemise dont un lambeau lui resta aux mains (Péladan, Vice supr.,1884, p. 34).Il a apporté des fleurets et durant des heures entières il boutonne les murs de sa pièce dont le papier n'est plus que loques et lambeaux (Courteline, Ronds-de-cuir,1893, 3etabl., I, p. 93).La lumière se trouvait au-dessus du lit de Paul. Il la rabattait avec un lambeau d'andrinople (Cocteau, Enf. terr.,1929, p. 80).
En lambeau(x). [Au plur. ds Ac.] Déchiré. Draps en lambeaux; vêtements en lambeaux. Il secouait sous son manteau Un haillon de pourpre en lambeau (Musset, Nuit déc.,1835, p. 93).Le papier de tenture pendait en lambeaux (France, Dieux ont soif,1912, p. 255).Un pantalon en lambeaux (Pagnol, Marius,1931, I, 1, p. 10).
P. anal.
1. Morceau de chair ou de peau arrachée volontairement ou accidentellement. Lambeau sanglant; lambeaux de chair et de sang. Sa chair tombait par lambeaux, en lambeaux (Ac.1835-1935).Juan, désespéré, (...) le mordit à la joue, déchira un lambeau de chair qui découvrait sa mâchoire (Borel, Champavert,1833, p. 55).Ce terrible saint (...) qui saisissant un lambeau de sa chair qu'on lui arrachait, le jeta au juge avec ce cri : « Es canis, mange, chien » (Bloy, Journal,1899, p. 323).V. ampoule ex. 7 :
1. ... j'allai trouver un médecin, pensant qu'il faudrait recoudre ou achever de sectionner le petit lambeau de chair que j'avais à moitié détaché [en me mordant la langue]. Gide, Journal,1934, p. 1204.
Spécialement
a) CHASSE. ,,Loques de peau gris-noir, facilement déchirées, qui pendent aux nouveaux bois des Cerfs et des Brocards`` (Burn. 1970).
b) CHIRURGIE
Segment de parties molles conservées lors de l'amputation d'un membre pour recouvrir les parties osseuses et obtenir une cicatrice souple. Amputation à un seul lambeau, à deux lambeaux (Littré).Tailler le lambeau (Nélaton, Pathol. chir., t. 1, 1844, p. 230).Il ne restait plus [après l'amputation] qu'à rabattre le lambeau de chair sur la plaie, ainsi qu'une épaulette à plat (Zola, Débâcle,1892, p. 338).
,,Fragment de peau (...) de forme variable, qui n'est plus solidarisé aves ses tissus d'origine que par l'intermédiaire d'un pédicule nourricier, utilisé en chirurgie plastique`` (Méd. Flamm. 1975) :
2. La première [méthode] consiste à découper dans la peau de votre front une sorte de triangle (...). C'est l'étoffe du nouveau nez. On décolle ce lambeau dans toute son étendue, sauf le pédicule inférieur qui doit rester adhérent. On le tord sur lui-même de façon à laisser l'épiderme en dehors, et on le coud par ses bords aux limites correspondantes de la plaie. About, Nez notaire,1862, p. 89.
2. [P. anal. de forme] Lambeaux de forêts. Une colline qui conserve aussi un lambeau de roches schisteuses sur un anticlinal (Vidal de La Bl., Tabl. géogr. Fr.,1908, p. 316).Un dernier lambeau de brume irisée flottait au coin des maisons noires (Maurois, Ariel,1923, p. 114).Parfois, les jeunes frondaisons s'écartaient pour découvrir (...) un lambeau de ciel satiné (Duhamel, Suzanne,1941, p. 98).
GÉOL. Lambeau de recouvrement. Fragment d'une nappe de recouvrement laissé par l'érosion. Cf. Bloy, Journal, 1906, p. 298.
B. − Au fig. Ce qui reste, subsiste d'un tout divisé, arraché, usé; fragment, débris que l'on recueille. Lambeau de passé, de souvenirs. Il dépend de vous de redorer votre blason, de racheter et de réunir les lambeaux dispersés de votre héritage (Sandeau, Sacs,1851, p. 4).C'étaient pourtant de mauvais souvenirs; mais il saignait de leur arrachement, comme d'un lambeau de son passé (Genevoix, Raboliot,1925, p. 302):
3. Puis, en 855, quand le premier des trois lambeaux se divisa à son tour, de ces morceaux d'un morceau de l'empire de Charlemagne on put encore faire un empereur, (...) un roi (...) et un autre roi... Hugo, Rhin,1842, p. 123.
Arracher par lambeaux; lambeau par lambeau. La jeune fille était fort réservée; il fallait lui arracher son histoire, lambeau par lambeau (Rolland, J.-Chr., Révolte, 1907, p. 520).Son orgueil, il fallait l'arracher par lambeaux (Daniel-Rops, Mort,1934, p. 551).
En partic. Fragment d'écrit, de conversation incomplètement reçu ou cité. Pour comprendre ce genre d'éloquence politique de l'abbé Maury, il ne suffit pas de lire les lambeaux de discours qu'on a conservés, il faut en avoir la clef (Sainte-Beuve, Caus. lundi, t. 4, 1851-62, p. 276).J'ai surpris un curieux lambeau de conversation entre Jacques et Christel (Gracq, Beau tén.,1945, p. 102).
Prononc. et Orth. : [lɑ ̃bo]. Au plur. des lambeaux. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1165 labeaus plur., hérald. [cf. lambel] (Benoît de Ste-Maure, Troie, 7819 ds T.-L.); 1285 lambiaus (Jacques Bretel, Tournoi de Chauvency, 1976, ibid.); 2. 2equart du xiiies. labiaus plur. « ruban pendant en manière de frange » ([Manessier], 3eContinuation de Perceval, 35476, ibid.); 3. ca 1250 lambiau « morceau (de chair, d'os) » (Doon de Mayence, éd. A. Pey, 5089); 4. 1480 « morceau d'une étoffe déchirée » (G. Coquillart, Droitz nouveaulx, 516 ds Œuvres, éd. M. J. Freeman, p. 153). Dér. de l'a. b. frq. *labba « morceau d'une étoffe déchirée », cf. l'a. h. all. lappa « pan de vêtement, lambeau », all. Lappen, m. b. all. lappe « lambeau ». La forme simple n'est pas attestée en fr. (FEW t. 16, p. 433). V. aussi label et lambel. Fréq. abs. littér. : 1 151. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 599, b) 2 540; xxes. : a) 1 738, b) 1 123. Bbg. Quem. DDL t. 8.

Wiktionnaire

Nom commun

lambeau masculin

  1. Morceau d’une étoffe déchirée.
    • Ce vêtement est tout en lambeaux, s’en va en lambeaux, par lambeaux.
    • Elle a laissé un lambeau de sa robe à ces épines.
  2. Morceaux de chair déchirée.
    • Lorsque le lambeau avait été couvert d'emplâtre, et qu'au bout de quelques jours j'enlevais ce dernier, le lambeau cutané avait une teinte blanchâtre; si cela avait lieu plus tard, il passait à une véritable putréfaction. Si, au contraire, je m'étais contenté de l'assujétir par des points de suture, il se racoquillait, et se desséchait en une mince lamelle. — (Johann Friedrich Dieffenbach, « Considérations générales sur la transplantation de parties animales », dans le Journal complémentaire du dictionnaire des sciences médicales, tome 38, Paris : chez C. L. F. Panckouke, 1830, p. 280)
    • Et soudain il sentit surgir en lui la résolution violente d’échapper à cette suppliciante domination. Elle l’avait cloué sur une croix ; il y saignait de tous ses membres, et elle le regardait agoniser sans comprendre sa souffrance, contente même d’avoir fait ça. Mais il s’arracherait de ce poteau mortel, en y laissant des morceaux de son corps, des lambeaux de sa chair et tout son cœur déchiqueté. — (Guy de Maupassant, Notre cœur, 2e partie, ch. VI, 1890)
  3. (Figuré) Partie détachée ; fragment ; débris.
    • Les petits chevaux des Cosaques escaladent les amas de décombres, entre des lambeaux de murs placardés d’affiches portant la dernière proclamation de Gœbbels : « Tout Allemand doit défendre sa capitale. Les hordes rouges seront arrêtées. » — (Georges Blond, L'Agonie de l'Allemagne 1944-1945, Fayard, 1952, p.326)
    • On n’a entendu que quelques lambeaux de ce discours.
    • Il ne lui est resté un lambeau de cette succession.
    • Plusieurs états se formèrent des lambeaux de l’empire romain.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

LAMBEAU. n. m.
Morceau d'une étoffe déchirée. Ce vêtement est tout en lambeaux, s'en va en lambeaux, par lambeaux. Elle a laissé un lambeau de sa robe à ces épines. Il se dit aussi des Morceaux de chair déchirée. Sa chair tombait par lambeaux, en lambeaux. Il signifie au figuré Partie détachée, fragment, débris. On n'a entendu que quelques lambeaux de ce discours. Il ne lui est resté un lambeau de cette succession. Plusieurs États se formèrent des lambeaux de l'empire romain.

Littré (1872-1877)

LAMBEAU (lan-bô) s. m.
  • 1Partie détachée et déchirée. On eût dit, à les voir [les martyrs], qu'à mesure qu'on leur enlevait quelque lambeau de leur chair, leur âme s'en serait trouvée beaucoup allégée, comme si on les eût déchargés d'un pesant fardeau, Bossuet, Panég. St Gorgon, 2. Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux Que des chiens dévorants se disputaient entre eux, Racine, Athal. II, 5.

    Terme de chirurgie. Amputation à un seul lambeau, à deux lambeaux, amputation dans laquelle on fait un ou deux lambeaux pour recouvrir la plaie, par opposition à amputation circulaire.

    Il se dit, en particulier, de morceaux d'étoffes déchirées. Il n'était point couvert de ces tristes lambeaux Qu'une ombre désolée emporte des tombeaux, Corneille, Poly. I, 3. Je l'ai trouvé couvert d'une affreuse poussière, Revêtu de lambeaux, tout pâle…, Racine, Ésth. II, 1. Caché sous les lambeaux de l'obscure indigence, Legouvé, Épich. et Nér. V, 2.

    Des pauvres en lambeaux, des pauvres qui n'ont que des vêtements en pièces.

  • 2 Fig. Partie considérée comme arrachée, déchirée d'un tout. Verrais-je d'un œil sec déchirer par lambeaux Une succession qui doit, par parenthèse, Vous rendre un jour heureux et nous mettre à notre aise ? Regnard, Légat. I, 2. Les membres de la Convention n'ont offert que des talents tronqués et des lambeaux d'éloquence, Chateaubriand, Génie, III, IV, 1. Quand la censure à son rocher funeste De ton génie a promis les lambeaux, Béranger, Censeur.

    Fragments d'auteurs incomplétement cités. Que les faiseurs de lettres pastorales [les ministres réfugiés], qui se parent des lambeaux de saint Cyprien, Bossuet, Lett. pastor. sur la comm. pasc. 4. Nous n'avons point les règlements de police de Lacédémone ; nous n'en avons l'idée que par quelques lambeaux de Plutarque, qui vivait longtemps après Lycurgue, Voltaire, Polit. et législ. Comm. Esprit des lois, XVI. Vous m'avez parlé de cet ancien poëme, fait il y a vingt-cinq ans, dont il court des lambeaux très informes et très falsifiés, Voltaire, Lett. Thiriot, 9 mai 1755.

  • 3 Terme de vénerie. Peau velue qui couvre le bois du cerf et qui s'en détache à une certaine époque de l'année.

HISTORIQUE

XVe s. Couverts de grandes couvertures De drap d'or, traynant à lambeaulx, Vigiles de Charles VII, t. II, p. 125, dans LACURNE. Lambeaulx de satin jaune, Petit Jehan de Saintré, p. 189, dans LACURNE.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

LAMBEAU, s. m. (Gramm. & Art. méchaniq.) morceau d’étoffe déchirée. Mettre en lambeaux, c’est déchirer. Voyez les art. suiv.

Lambeau, (Chapellier.) c’est un morceau de toile neuve & forte, qui est taillée en pointe, de la forme des capades, & que l’on met entre chacune, pour les empêcher de se joindre, ou, comme ils disent, de se feutrer ensemble, tandis qu’on les bastit, pour en former un chapeau. C’est proprement le lambeau qui donne la forme à un chapeau, & sur lequel chaque capade se moule. Voyez Chapeau & nos fig.

Lambeau, terme de Chasse, c’est la peau velue du bois de cerf qu’il dépouille, & qu’on trouve au pié du freouer.

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Étymologie de « lambeau »

Voy. LAMBEL.

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De l’ancien français lambel, forme nasalisé de label → voir Lappen et Lumpen en allemand.
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Phonétique du mot « lambeau »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
lambeau lɑ̃bo

Citations contenant le mot « lambeau »

  • C'est d'avoir été et de ne plus être qui arrache à l'homme le dernier lambeau de sa joie. De Yves Thériault / Ashini
  • Avec ses bonnets de nuit et des lambeaux de sa robe de chambre, le philosophe bouche les trous de l’édifice universel. De Heinrich Heine
  • Les lourdes portes de l'oubli se referment mais des lambeaux de souvenirs s'agrippent aux battants. De Jacques Lamarche / Eurydice
  • C’est la LUCIDITE, la fautive, elle met les poètes en lambeaux, elle qui vous apprend un jour que le père Noël n’existe pas. Elle qui vous bouffe l’enfance. De Pierre Perret / Grand Jacques
  • « Le lambeau, c’est un morceau de chair ou de peau qui a été arraché volontairement ou accidentellement. En chirurgie, le lambeau est un segment de parties molles conservées pour recouvrir les parties osseuses et obtenir une cicatrice souple », décrit l’auteur sur le plat verso du livre. Le lambeau, c’est l’opération qu’a subie Philippe Lançon. Une balle lui a arraché la mâchoire lors des attentats en plus d’autres blessures. Le Quotidien, Le Lambeau de Philippe Lançon | Roger Blackburn | Chroniques | Le Quotidien - Chicoutimi
  • Les lieux. La salle de rédaction de Charlie Hebdo, l’hôpital de la Salpêtrière et l’hôpital des Invalides. A savoir : en chirurgie, un lambeau est un segment de parties molles conservées lors de l’amputation d’un membre pour recouvrir les parties osseuses et obtenir une cicatrice souple. , « Le lambeau »: Retour sur le livre qui a aidé Philippe Lançon à se reconstruire

Traductions du mot « lambeau »

Langue Traduction
Anglais shred
Espagnol desgarrar
Italien brandello
Allemand fetzen
Chinois 撕碎
Arabe أجاد
Portugais destruir
Russe шинковать
Japonais 細断
Basque shred
Corse shred
Source : Google Translate API

Synonymes de « lambeau »

Source : synonymes de lambeau sur lebonsynonyme.fr

Lambeau

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