La langue française

Gaze

Définitions du mot « gaze »

Trésor de la Langue Française informatisé

GAZE, subst. fém.

A. − Tissu très fin et très léger, de coton, de soie ou de lin, à l'aspect presque transparent, dont les fils de trame sont fortement liés à la chaîne. Gaze de Chambéry, d'Italie; gaze légère. Les voluptueux esclaves laissent couler des arômes, les essences qui ravissent, on tend les rideaux de gaze rose, on allonge les sofas où le cœur de l'homme s'amollit et se pâme sous les baisers (Flaub., Souv.,1841, p. 76).Nous vîmes s'avancer tout à coup une personne vêtue d'une tunique traînante en gaze vert d'eau, avec de longs cheveux noirs soigneusement nattés (Loti, Mariage,1882, p. 47) :
1. Ses petits seins et tout son corps se dessinaient sous une tunique d'azur et de cramoisi, dans un gilet d'or, boutonné par de grosses perles, au-dessus d'une ceinture de gaze, et de larges pantalons de soie orange serraient sa cheville où jouait un anneau d'or. Barrès, Jardin Oronte,1922, p. 35.
En appos. avec valeur d'adj. On donne le nom de tissu gaze à des tissus très légers dans lesquels l'entrelacement des fils par rapport aux duites ne se fait plus d'une façon rectiligne (Araud, Thomas, Fabric. drap,1921, p. 257).
P. méton. Pièce de ce tissu. Les mousselines, les gazes, les guipures d'art, coulaient à flots légers, pendant que des tulles brodés, très riches, et des pièces de soie orientale, lamées d'argent, servaient de fond à cette décoration géante (Zola, Bonh. dames,1883, p. 769).
En partic. Tissu de coton très fin et aéré, généralement stérilisé, dont on se sert pour les pansements. Gaze phéniquée, iodoformée; une bande, une compresse de gaze; gaze à pansements. Antoine déposa sur la table de nuit la boîte de gaze qu'il avait apportée et commença à défaire le pansement (Martin du G., Thib., Consul., 1928, p. 1109).Elle s'enfermait des heures dans le salon d'angle avec le buste à moustaches, des chemises déchirées, de l'ouate hydrophile, de la gaze, des épingles anglaises (Cocteau, Enf. terr.,1929, 1repart., p. 63) :
2. Tarrou fit entrer Rambert dans une très petite salle, entièrement tapissée de placards. Il ouvrit l'un d'eux, tira d'un stérilisateur deux masques de gaze hydrophile, en tendit un à Rambert et l'invita à s'en couvrir. Camus, Peste,1947, p. 1385.
B. − P. anal.
1. Gaze métallique. Treillage fait d'un fil de métal très fin servant à diffuser une flamme (d'apr. Rob.).
2. Littér. Substance ou matière ayant l'aspect de la gaze. Mais, sur Paris, il n'y avait plus qu'une mince fumée, une simple gaze frémissante et près de s'envoler (Zola, Page amour,1878, p. 850).De gros hannetons, ouvrant des ailes de gaze fripée, s'enlevaient soudain d'un vol lourd (Moselly, Terres lorr.,1907, p. 128) :
3. Il regarda longtemps ce long trou blanc, ce ravin élargi en forme de vaste conque sonore où la voix des vents, l'hiver, s'amplifiait. Au fond, l'eau de l'étang fumait. Et des gazes légères s'accrochaient au feuillage doré des petits saules et des buissons. Van der Meersch, Invas. 14,1935, p. 10.
C. − Au fig., vieilli, littér. Adoucissement dont on se sert pour tempérer un fait, une pensée. Et de là, il part pour faire à l'Altesse une déclaration toute sensuelle, dont les énormités ityphalliques [sic] disparaissent sous la gaze d'une parole si ingénieuse, si originale, si poétique, si cocasse, que les déclarations d'après dîner du poète mériteraient une sténographie (Goncourt, Journal,1872, p. 860) :
4. ... elles n'imaginent plus rien au delà; elles voilent le tout dans la gaze impalpable d'une religion modique, où l'on ne risque pas de se fourvoyer, puisqu'on ne fait qu'obéir, et, dans ce nid peu bruyant, on berce, on empâte, on endort les hommes déjà assoupis et qui ne demandent pas mieux que de l'être davantage. Gobineau, Pléiades,1874, p. 164.
REM. 1.
Gazier, -ière, subst.,vieilli. Ouvrier, ouvrière dans la fabrication de la gaze. Au siècle dernier, on nommait les ouvriers spécialement occupés à la fabrication de ce tissu délicat des gaziers ou des gazetiers (Havard t. 2, 1888).
2.
Gazillon, subst. masc.Bandeau de gaze très légère. La coiffure, composée du tarbouch rouge entortillé de gazillons, laissait échapper un fouillis de rubans et de tresses de soie (Nerval, Voy. Orient, t. 1, 1851, p. 167).
Prononc. et Orth. : [gɑ:z]. Mais [a] ds Dub. et Lar. Lang. fr. Ds Ac. dep. 1694. Homon. gaz. Étymol. et Hist. 1461 (Estimation du mobilier de l'Hôtel de Faye, 26 déc., chartrier de Thouars ds Rev. des soc. sav. des départ., 5esérie, t. 8, 1874, p. 281 : une robbe de gaze pour homme). Orig. incertaine; plutôt empr. à l'ar. qazz « bourre de soie », lui-même empr. au persan (Cor., s.v. gasa; Lok., no1147), qu'issu du nom de la ville de Gaza en Palestine (REW3, no3710) où l'existence ancienne d'une industrie textile n'est pas assurée (v. Cor., loc. cit. et FEW t. 19, p. 53b). L'esp. gasa, l'angl. gauze (v. NED) et l'all. gaze (v. Kluge) sont empr. au fr., mais la manière dont le mot et la chose ont pénétré en Europe n'est pas assurée : cf. lat. médiév. garza à Bologne en 1250 et à Rome en 1361 (v. DEI), et gazzatum à Budapest en 1279 (v. Du Cange). Fréq. abs. littér. : 388. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 568, b) 1 135; xxes. : a) 508, b) 255. Bbg. Sain. Sources t. 1 1972 [1925], p. 398; t. 2 1972 [1925], p. 119, 228.

Wiktionnaire

Nom commun

gaze \ɡaz\ féminin

  1. (Textile) Étoffe légère et transparente, faite de soie ou de fil d’or, ou d’argent.
    • Jamais elle ne portait de ces insipides robes de gaze qui laissent tout voir et ne font rien deviner. — (Charles Baudelaire, La Fanfarlo, 1847 ; Gallimard, 2012, collection Folio, page 51.)
    • Il appuya sa tête livide sur l’épaule de la jeune femme, et ses doigts crispés se cramponnèrent, en la déchirant, à la fine batiste brodée qui couvrait d’un flot de gaze le corps de Marguerite. — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, volume I, chapitre VIII)
    • Les femmes apparaissaient vêtues de gaze d’or. Il y en avait qui, debout, plongeait du front dans la nuit. D’autres, couchées sur les nattes, semblaient peintes des pieds à la tête comme des émaux sous les flammes. — (Pierre Louÿs, Les Aventures du roi Pausole, 1901)
    • (Figuré)Un voile transparent de vapeur impalpable, comme faufilé aux grands roseaux de la rive, en couvrait de sa gaze ténue le miroir étincelant. — (Louis Pergaud, L’Évasion de la mort, in De Goupil à Margot, 1910)
    • Il n’est qu’un jeune chat, fils d’un de ces rayés. Il porte sur son pelage les raies de la race, les vieilles marques de l’ancêtre sauvage. Mais le sang de sa mère a jeté, sur ces rayures, un voile floconneux et bleuâtre de poils longs, impalpables comme une transparente gaze de Perse. — (Colette, Les deux chattes, dans La maison de Claudine, Hachette, 1922, collection Livre de Poche, 1960, page 137.)
  2. (Médecine) Sorte de tissu de coton destiné aux pansements.

Forme de verbe

gaze \ɡaz\

  1. Première personne du singulier du présent de l’indicatif de gazer.
  2. Troisième personne du singulier du présent de l’indicatif de gazer.
  3. Première personne du singulier du présent du subjonctif de gazer.
  4. Troisième personne du singulier du présent du subjonctif de gazer.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif de gazer.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

GAZE. n. f.
Espèce d'étoffe légère et transparente, faite de soie ou de fil d'or, ou d'argent. Gaze de soie. Gaze d'argent. Voile de gaze. Moustiquaire de gaze.

Littré (1872-1877)

GAZE (ga-z') s. f.
  • 1Espèce d'étoffe fort claire, faite de soie ou de fil d'or et d'argent. La vieille lui baisa les franges de sa robe de gaze, Voltaire, Taureau, 2. On doit à leurs travaux réunis [de Montigni et de Holker] la perfection actuelle de nos quincailleries et de nos fabriques de gaze, Condorcet, Montigni. J'aime un sein qui palpite et soulève une gaze, Chénier, Poésies diverses, p. 231.

    Par analogie. Ceux-là [des poissons] dorment dans un rayon de soleil qui pénètre la gaze argentée des flots, Chateaubriand, Génie, I, v, 4.

    Terme de point d'Alençon. Voy. REMPLI.

  • 2 Fig. Voile, adoucissement. Nuls traits à découvert n'auront ici de place ; Tout y sera voilé, mais de gaze, et si bien Que je crois qu'on n'en perdra rien, La Fontaine, Tabl. Le cardinal de Bouillon prétexta quelques affaires à Naples ; cette gaze n'empêcha pas tout Rome de voir fort clair à travers, Saint-Simon, 148, 167. Quoi qu'il en soit, ma Minerve sévère Adoucira ces grotesques portraits, Et, les voilant d'une gaze légère, Ne montrera que la moitié des traits, Gresset, le Lutrin vivant.

HISTORIQUE

XVIe s. Dessus la toille ou sur la gaze peinte De fil en fil pressoit la laine teinte, Ronsard, 686.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

GAZE. Ajoutez :
3 Nom, dans l'Oise, du vesceron, ervum hirsutum, L., les Primes d'honneur, Paris, 1872, p. 64.
Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Encyclopédie, 1re édition (1751)

* GAZE, s. f. (Manufactur.) tissu leger ou tout de fil, ou tout de soie, ou fil & soie, travaillé à claire voie, & percé de trous comme le tissu de crin dont on fait les cribles : la fabrication de cette espece d’étoffe ou de toile est très-ingénieuse ; ceux qui en ont parlé n’ont pas considéré le métier d’assez près ; & à juger de la gaze par ce qu’on en lit dans le dictionnaire du Commerce, il est bien difficile de la distinguer de la toile ou du satin.

Pour fabriquer la gaze, il faut commencer par disposer la chaîne comme si on avoit à fabriquer une autre étoffe de soie ; je veux dire la devider sur l’ourdissoir (Voyez l’article Ourdissoir) ; la porter de l’ourdissoir sur le plioir (Voyez l’article Plioir) ; & du plioir sur les ensuples ; l’encroiser, & achever le montage du métier.

Le métier du gazier ne differe guere des autres métiers de la fabrique des étoffes en soie, soit unies soit figurées ; & il se monte exactement de la même maniere. Il y a lecture du dessein, gravassine, gravassiniere, lacs, semple, rame, tirage, &c. Voyez à l’art. Soie, le travail des étoffes en soie ; voyez sur-tout l’article Velours ciselé, frisé, & de plusieurs couleurs.

Quoique nous renvoyions ici à un grand nombre d’articles étrangers à la gaze, cela n’empêchera point que nous ne fassions entendre très-distinctement la différence qu’il y a entre la fabrication de cette étoffe & celle de la toile ou du satin. Pour cet effet, laissant-là toutes les manœuvres qui sont communes au gazier, au tisserand, & au manufacturier d’étoffes en soie, nous nous attacherons à celles qui lui sont propres ; & nous insisterons sur la partie qui distingue son métier des autres métiers à ourdir.

Cette partie est une lisse qui porte des petits grains de chapelets qu’on appelle des perles. C’est la fonction de cette lisse qui empêche que la gaze unie ne soit une toile ou un satin, & qui en fait une gaze : c’est ce que nous allons démontrer de la maniere la plus simple & la plus claire.

Si vous comparez nos Planches I. & II. du Gazier avec nos Planches du Manufacturier en soie, vous appercevrez d’un coup-d’œil ce qu’il y a de commun entre le métier à gaze & les autres métiers à ourdissage : mais pour bien entendre la fabrication de la gaze, il suffit de s’occuper de la III. Pl. Voyez donc cette Planche.

Les cylindres AB, ab, (fig. 1. Pl. IV.) sont les ensuples ; AB est celle de devant ; ab une de celles de derriere. 1, 2 ; 1, 2 ; 1, 2 ; 1, 2, sont les fils de la chaîne portés sur les deux ensuples : c, c ; c, c ; c, c, &c… représentent les dents du peigne : d, d, e, e, e, e, la lisse avec ses perles ; f, f, g, g, g, g, une autre lisse avec des annelets de verre qu’on appelle des maillons ; h h, i i, les bâtons d’encroix.

On voit que les fils de chaîne 1, 1, 1, &c. passent dans les perles e, e, e, e, & dans les maillons g, g, g, g, & qu’ils sont placés sur les ensuples de maniere qu’ils se croisent aux points k, k, k, k. D’où il suit que, si nous supposons que la lisse d, d, soit levée, les fils de chaîne restant dans leurs situations relatives ; les fils 1, 1, 1, 1, feront angle avec les fils 2, 2, 2, 2, le fil 1 devant le fil 2, le fil 1 devant le fil 2, le fil 1 devant le fil 2, & ainsi de suite, comme ils sont rangés sur les ensuples. Donc, si le fil l, l, l, l, l, m, m, m, m, m, &c. représente un fil de trame, & que le gazier ait donné un coup de navette de droite à gauche, ce fil de trame sera pris en l, l, l, l, entre les fils de chaîne, comme on voit fig. 2. même Pl.

Mais si on laisse retomber la lisse dd, & qu’on fasse lever la lisse ff, comme on voit fig. 2. même Pl. qu’arrivera-t-il ? que les fils de chaîne 1, 1, 1, 1, &c. ne garderont plus leurs situations relatives avec les fils 2, 2, 2, 2 ; que ces fils 1, 1, 1, 1, passeront de l’autre côté des fils 2, 2, 2, 2 ; que les fils 2, 2, 2, 2, feront angle avec les fils 1, 1, 1, 1, le fil 2 devant le fil 1, le fil 2 devant le fil 1, le fil 2 devant le fil 1, & ainsi de suite ; & que, si l’ouvrier donne un second coup de navette de gauche à droite, le fil de trame l, l, l, l, m, m, m, m, &c. sera pris entre les fils de chaîne, comme on le voit fig. 2. en m, m, m, m ; il y aura donc entre ces deux coups de navette, ou la portion du fil de trame l, l, l, l, & la portion du même fil m, m, m, m, une espece d’encroix 0, 0, 0, 0, ou de tour des fils de chaîne 1, 1, 1, 1, sur les fils de chaîne 2, 2, 2, 2, qui tient les portions de fil de trame séparées, & qui ne leur permet jamais de s’approcher, & de former un tissu serré comme il est à la toile & au satin : c’est ce tour ou cet encroix & le déplacement alternatif des fils de chaîne qui écartent les coups de navette ou les portions de fil de trame ; & c’est cet écart qui forme les trous ou claires voies de la gaze.

Qu’on laisse retomber la lisse ff, & qu’on fasse lever la lisse dd, comme on la voit fig. 3. même Pl. les fils de chaîne reprendront leur position relative aussi-tôt que la lisse ff sera retombée, & les fils 1, 1, 1, 1, feront angle avec les fils 2, 2, 2, 2 ; de maniere que le fil 1 soit devant le fil 2, le fil 1 devant le fil 2, le fil 1 devant le fil 2, & ainsi de suite, comme il est arrivé figure 1. Donc si l’ouvrier donne un troisieme coup de navette de droite à gauche, le fil de trame se trouvera pris, comme on le voit figure 3. en n, n, n, n ; ensorte que la portion m, m, m, m, de ce fil se trouvera séparée de la portion n, n, n, n, comme celle-ci l’étoit de la premiere l, l, l, l, par un tour ou espece d’encroix p, p, p, p, qui empêchera que le coup de battant ne puisse tenir les portions de trame m, m, m, m & n, n, n, n, approchées ; ce qui donnera lieu à une nouvelle rangée de trous.

Ainsi à chaque coup de navette, chaque fil de chaîne 1, 1, 1, 1, faisant par le moyen de la lisse à perle & de la lisse à maillon, sur chaque autre fil de chaîne 2, 2, 2, 2, une espece de tour ou d’encroix, ces fils ne pourront jamais être serrés ; ces tours ou encroix les tiendront séparés ; & à l’aide de ces séparations, il y aura à chaque coup de navette une rangée de petits espaces vuides entre chaque portion de fil de trame & de chaîne ; ce qui fera la claire voie de la gaze.

Voici en un mot tout le mystere de la gaze expliqué, sans même qu’il soit besoin de figures. Imaginez des fils horisontaux & paralleles les uns aux autres, comme sur le métier du tisserand ; soit le premier de ces fils nommé a, le second b, le troisieme a, le quatrieme b, le cinquieme a, le sixieme b, & ainsi de suite : si vous faites lever tous les fils a, a, a, a, les fils b, b, b, b, restant horisontaux & paralleles, & que vous donniez un coup de navette, ou que vous passiez un fil de trame ; que vous fassiez baisser les fils a, a, a, a ; & que les laissant horisontaux & paralleles, vous fassiez lever les fils b, b, b, b ; & que vous donniez un second coup de navette, ou que vous passiez un fil de trame ; il est clair que le battant pressera l’une contre l’autre ces deux portions des fils de trame ; & que vous ferez de la toile, en continuant toûjours ainsi.

Mais si, après avoir fait lever les fils a, a, a, a ; laissé les fils b, b, b, b, dans la situation horisontale & parallele ; donné un coup de trame, & laissé retomber les fils a, a, a, a ; au lieu de lever les fils b, b, b, b, vous levez une seconde fois a, a, a, a, mais en les faisant passer de l’autre côté des fils b, b, b, b : ensorte qu’au lieu de se trouver dans la situation ab, ab, ab, ab, comme au premier coup de navette, ils se trouvent au second coup de navette dans la situation ba, ba, ba, ba ; il est évident que les fils b, b, b, b, seront toûjours restés immobiles & paralleles ; mais que les fils a, a, a, a, auront perpétuellement serpenté sur eux une fois en-dessus, une fois en-dessous ; une fois en-dessus, une fois en-dessous, de gauche à droite, de droite à gauche ; & que ces petits serpentemens des fils a, a, a, a, empêcheront les fils de trame lancés à chaque coup de navette, de se serrer, & d’être voisins ; ce qui fera une toile à claire voie.

Or c’est précisément là ce qui s’exécute par le moyen de la lisse à perle & de la lisse à maillon : aussi ces perles sont-elles enfilées dans des brins de fil ou de soie d’une certaine longueur ; afin que quand on leve la lisse à maillon, comme on voit fig. 2. ces brins de fils puissent faire boucle autour des fils de chaîne qui restent immobiles, ne point gêner ces fils, & leur laisser bien leur parallélisme.

Outre ces deux lisses, il y en a une troisieme au métier de tisserand ; cette lisse est pour le fond. L’on distingue donc dans la fabrication de la gaze trois pas ; le pas de gaze, le pas de fond, & le pas dur.

Voilà pour les gazes unies ; & ce qu’il falloit savoir pour distinguer le métier & la manœuvre du gazier de tout autre ourdissage.

Quant aux gazes figurées, brochées, elles s’exécutent comme toutes les autres étoffes figurées, tantôt à la petite tire, tantôt à la grande tire. Le brocher se fait à l’espolin à l’ordinaire : il faut autant d’espolins que de couleurs : les couleurs se placent par le moyen de la lecture, du rame, & du semple, ainsi que nous l’avons dit & que nous le démontrerons avec clarté aux étoffes de la manufacture en soie ; le brocher se fait en-dessus.

Comme les fils du brocher s’étendent sur route la largeur de l’étoffe, quoiqu’ils ne soient pris entre les fils de chaîne qu’en quelques endroits ; on n’apperçoit point le dessein, & toutes les façons ou figures sont cachées, tant que la piece de gaze est sur le métier : mais quand la piece est levée de dessus le métier, on la donne à des ouvrieres appellées coupeuses, qui étendent la piece sur deux ensuples placées & retenues aux deux extrémités d’un chassis de bois qu’on voit Pl. III. & qu’on appelle le découpoir : elles se rangent assises autour du découpoir comme autour d’une table ; & avec des forces ou ciseaux d’un demi-pié de long ; elles enlevent toutes les soies inutiles ou portions de fils non compris entre les fils de chaîne, & font paroître la figure.

Ces lacis ou portions de fils non compris entre les fils de chaîne & superflus, s’appellent recoupes ; c’est une belle matiere ; c’est tout fil, ou c’est du fil & de la soie mêlés : on ne lui a encore trouvé aucun usage. J’ai bien de la peine à croire qu’elle n’en puisse avoir aucun, & que l’industrieuse économie des Chinois ne parvînt pas à en tirer parti : on en feroit des magasins à très-peu de frais dans ce pays-ci où les ouvrieres la brûlent.

Celui qui imagina la lisse à perle ; qui fit serpenter ainsi un fil de chaîne sur son voisin ; & qui vit que ce serpentement écartoit les fils de chaîne les uns des autres ; empêchoit les fils de trame d’être approchés par le coup de battant, & formoit de cette maniere un tissu criblé de trous, eut le génie de son art.

Gaze de Cos, (Hist. anc. des Arts.) coa vestis, dans Tibulle & dans Properce, qui dit, & tenues coâ veste movere sinus : Horace l’appelle coa purpura. Cette gaze avoit été inventée par une femme nommée Pamphila ; car, selon la remarque de Pline, il ne faut pas frustrer cette femme de la gloire qui lui appartient, d’avoir trouvé ce merveilleux secret de faire que les habits montrent les femmes toutes nues, non fraudanda gloria excogitatæ rationis, ut denudet feminas vestis, hist. nat. libr XI. cap. xxij.

En effet, cette étoffe étoit si déliée, si transparente, qu’elle laissoit voir le corps comme à nud ; c’est pourquoi Varron appelloit les habits qui en étoient faits, vitreas togas : Publius Syrus les nomme joliment ventum textilem, du vent tissu, & nebulam lineam, une nuée de lin ; æquum est, dit-il, induere nuptam ventum textilem, & palàm prostare nudam in nebulâ lineâ ? « Est-il honnête qu’une femme mariée porte des habits de vent, & paroisse nue sous une nuée de lin ? » Cependant les femmes & les filles d’Orient, & en particulier celles de Jérusalem, étoient vêtues d’habits semblables à la gaze de Cos, & qu’Isaïe nomme διαφανῆ λακωνικαι, interlucentes laconicas.

On faisoit la gaze de Cos d’une soie très-fine qu’on teignoit en pourpre avant que de l’employer, parce qu’après que la gaze étoit faite, elle n’avoit pas assez de corps pour souffrir la teinture ; c’étoit à Misiras, aujourd’hui Mascari, tout auprès de l’île de Cos, qu’on pêchoit les huîtres qui produisoient cette pourpre dont on teignoit la gaze, pour en rendre encore les habits plus précieux.

Il est vrai qu’il n’y avoit dans les commencemens que les courtisanes qui osassent mettre à Rome de tels habits ; mais les honnêtes femmes ne tarderent pas à les imiter ; la mode en subsistoit même encore du tems de S. Jérôme : car écrivant à Lœta sur l’éducation de sa fille, il recommande ut talia vestimenta paret quibus pellatur frigus, non quibus vestita corpora nudentur.

Horace dans une de ses odes, ode 13. liv. IV. traite Lycé, une de ses anciennes maîtresses, de ridicule, de ce qu’elle portoit des habits transparens de Cos, pour faire la jeune : nec coæ referunt jam tibi purpuræ ; « croyez-moi, lui dit-il, ces habits de gaze de Cos ne vous conviennent plus ». (D. J.)

Gaze, (Géog.) ancienne ville d’Asie dans la Palestine, à environ une lieue de la mer, avec un port qu’on appelle la nouvelle Gaze, Majama, & Constantia. Il y a près de la ville un château qui est la résidence d’un pacha ; elle est à vingt lieues de Jérusalem. Long. 52. 30. latit. 31. 28.

Nous avons encore des médailles de Gaze, qui prouvent que quand S. Luc (Act. VIII. vers. 26.) dit que cette ville étoit ἔρημος, ce mot ne doit point signifier deserte, mais comme l’entend Hesychius, ἀφύλακτος, c’est-à-dire démantelée. Gaze en hébreu signifie forte, fortifiée, & munie. En effet, la ville de Gaze étoit très-forte, au rapport de Méla, d’Arrien, & de Quinte-Curce, liv. IV. (D. J.)

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Étymologie de « gaze »

Du nom de la ville de Gaza غزة au Proche-Orient, où elle était fabriquée.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Normand, gaze, la vesce, ainsi dite à cause de la finesse de son feuillage ; bas-lat. gazzatum, gaze ; de Gaza, d'après du Cange, ville d'Orient où l'on fabriquait cette étoffe.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Phonétique du mot « gaze »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
gaze gaz

Évolution historique de l’usage du mot « gaze »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « gaze »

  • Le rapport de marché Écouvillons de gaze mondial comporte des informations à jour et détaillées, publiées par la compagnie CMR. Le rapport aborde une analyse approfondie et détaillée et l’impact sur le marché de l’épidémie de COVID-19 est abordé. Les données prises en compte dans l’étude fournissent une analyse détaillée sur la base des données historiques de 2015 à 2019, ainsi que les prévisions pour toutes les autres conditions du marché de 2020 à 2027. se connecter à la vente dexperts [email protected] or call us on +1-312-376-8303. Thesneaklife, Impact potentiel du Coronavirus (COVID-19) sur le scénario du marché Écouvillons de gaze par acteurs clefs Principale entreprises 3M Company, Johnson & Johnson, Medtronic Plc, Cardinal Health, Medline Industries – Thesneaklife
  • Avec le ralentissement de la croissance économique mondiale, lindustrie Gaze médicale Rouleau a également souffert dun certain impact, mais toujours maintenu une croissance relativement optimiste, les quatre dernières années, la taille du marché Gaze médicale rouleau pour maintenir le taux de croissance annuel moyen de 15 de XXX millions $ en 2014 à XXX millions $ en 2019, les analystes BisReport croient que dans les prochaines années, la taille du marché gaze médicale Rouleau sera élargie, nous nous attendons à ce que dici 2024, la taille du marché de la gaze médicale rouleau atteindra XXX millions $. Le présent rapport porte sur les données des fabricants, y compris: lexpédition, le prix, les produits, le bénéfice brut, record dentrevue, la distribution des entreprises, etc., ces données aident le savoir à la consommation sur les concurrents mieux. Le présent rapport couvre également toutes les régions et pays du monde, ce qui montre un état de développement régional, y compris la taille du marché, le volume et la valeur, ainsi que des données de prix. Par ailleurs, le rapport couvre également les données sectorielles, y compris: segment de type, segment de lindustrie, le segment de canal, etc. couverture différente taille du marché du segment, à la fois le volume et la valeur. couvrir également des informations différentes des clients des industries, ce qui est très important pour les fabricants. Si vous avez besoin de plus amples informations, veuillez contacter BisReport , Impact de Covid-19 sur les prévisions du marché Gaze médicale Rouleau 2024 Par taille Global Industry and Share, la demande, dans le monde entier de la recherche, les joueurs proéminents, Nouvelles tendances, les opportunités dinvestissement et du revenu des attentes – Derrière-l'Entente.com
  • ? ENTRETIEN @LabasOfficiel « Quand on dit à l’état, rappelez vous de ce que vous nous aviez promis, ils nous gaze… https://t.co/szfKEPS4oT L'Obs, « Je ne comprenais pas pourquoi on gaze des soignants » : Farida, l’infirmière interpellée aux Invalides, porte plainte
  • On ne pourrait pas arrêter avec ce verbe "gazer"? c'est désobligeant pour les soldats de la guerre de 14 et pour ceux qui sont morts dans les chambres à gaz. Quelques nuages de gaz lacrymo n'ont rien à voir avec l'ypérite et le Zyklon B. Le Figaro.fr, Les policiers ont-ils gazé les soignants, comme l'affirme Jean-Luc Mélenchon ?

Images d'illustration du mot « gaze »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « gaze »

Langue Traduction
Anglais gauze
Espagnol gasa
Italien garza
Allemand gaze
Chinois 纱布
Arabe الشاش
Portugais gaze
Russe марля
Japonais ガーゼ
Basque gaza
Corse gazzetta
Source : Google Translate API

Synonymes de « gaze »

Source : synonymes de gaze sur lebonsynonyme.fr

Gaze

Retour au sommaire ➦

Partager