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Cantonner

Définitions du mot « cantonner »

Trésor de la Langue Française informatisé

CANTONNER, verbe.

I.− Emploi trans.
A.− Vx. Garnir dans les coins.
1. ARCHIT. [Que] les tourelles [se préparent] à cantonner le clocher (A. Arnoux, Abisag,1919, p. 299).
2. HÉRALD. Cantonner une croix de gueules de douze oiseaux couleur du temps (Toulet, Mon amie Nane,1905, p. 76).
B.− TECHN. MILIT. Cantonner des troupes, des soldats. (Les) faire séjourner en un lieu déterminé :
1. ... croyez-vous que ce soit un médiocre avantage pour la cour et pour le parti dont je parle, de cantonner les soldats, de les camper, de les diviser en corps d'armée, de les isoler des citoyens, pour substituer insensiblement sous les noms imposans de discipline militaire et d'honneur, l'esprit d'obéissance aveugle et absolue, l'ancien esprit militaire enfin à l'amour de la liberté, aux sentiments populaires qui étoient entretenus par leur communication avec le peuple? Robespierre, Discours,Sur la guerre, t. 2, 1792, p. 87.
P. anal. [En parlant de chevaux de relais] Synon. poster :
2. ... je veux huit relais échelonnés sur la route (...). − Votre excellence avait déjà manifesté ce désir, répondit Bertuccio, et les chevaux sont tout prêts. Je les ai achetés et cantonnés moi-même aux endroits les plus commodes, c'est-à-dire dans des villages où personne ne s'arrête ordinairement. A. Dumas Père, Le Comte de Monte-Cristo,t. 2, 1846, p. 339.
C.− Maintenir enfermé quelqu'un ou quelque chose dans certaines limites.
1. [Dans un lieu concr.] :
3. ... en Angleterre, en Amérique, la victoire [du féminisme] a été difficile. L'Angleterre victorienne cantonnait impérieusement la femme au foyer. S. de Beauvoir, Le Deuxième sexe,1949, p. 208.
2. Fréq., au fig. :
4. ... cultivez en tous sens votre intelligence, ne la cantonnez ni dans un parti, ni dans une école, ni dans une seule idée; ouvrez-lui des jours sur tous les horizons... Sainte-Beuve, Causeries du lundi,t. 11, 1851-62, p. 402.
II.− Emploi pronom. ou intrans.
A.− TECHN. MILIT.
1. Vieilli. Se cantonner. S'établir, établir ses cantonnements* :
5. Nous ne suivions pas l'exemple des Prussiens qui s'étaient cantonnés à Limbourg et que Houchard avait surpris dans leurs villages, nous campions sous nos tentes. Lorsqu'on est en guerre, il faut ouvrir l'œil; ceux qui prennent trop leurs aises s'endorment. Erckmann-Chatrian, Histoire d'un paysan,t. 2, 1870, p. 80.
P. anal., vieilli. Élire domicile. [En parlant de pers. autres que milit. ou d'animaux] Certains oiseaux qui se cantonnent au haut des anciennes tours (Chateaubriand, Génie du Christianisme,t. 1, 1803, p. 177):
6. Toute la civilisation chrétienne s'est formé de la sorte : le missionnaire devenu curé s'est arrêté; les barbares se sont cantonnés autour de lui, comme les troupeaux se rassemblent autour du berger. Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe,t. 4, 1848, p. 291.
Au fig. :
7. ... les sympathies des deux femmes, au lieu d'aller l'une à l'autre, s'isolent, se cantonnent à distance, comme deux royautés jalouses l'une de l'autre. E. et J. de Goncourt, Journal,1882, p. 168.
2. Emploi intrans. Cantonner. Établir ses cantonnements*, s'établir, séjourner. Synon. prendre ses quartiers :
8. Mais, quand il fait son entrée dans le village où il doit cantonner, le troupier n'est pas au bout de ses peines. Il est rare que l'escouade ou la section arrivent à se loger dans le local qui leur a été assigné : ... Barbusse, Le Feu,1916, p. 210.
B.− P. ext. Se cantonner. Demeurer enfermé dans un certain lieu ou certains domaines (exprimés ou non).
1. [Dans un lieu concr.] Demeurer exclusivement (dans) :
9. Quelquefois le surchauffement [dans une chaudière] provient de ce que la vapeur se cantonne dans le haut des tubes chauffés, d'où elle ne peut se dégager... L. Ser, Traité de phys. industrielle,t. 2, 1890, p. 242.
2. Au fig.
a) Se cantonner en soi-même. Se renfermer en soi-même :
10. Après qu'elle [l'action] a emprunté au milieu universel de quoi se produire, elle ne se cantonne pas en elle-même : issue de la nature, il semble qu'elle doive retourner à la nature et en recevoir son complément nécessaire. M. Blondel, L'Action,1893, p. 201.
b) Usuel. S'en tenir à (un domaine), ne pas vouloir sortir de. Se cantonner dans la littérature (Green, Journal,1935, p. 35):
11. Mais si vous-mêmes, ... vous ne vous cantonnez pas sur ce terrain, étroit sans doute, mais solide, de la conférence d'Algésiras, vous donnez à d'autres le droit de ne pas s'y tenir. Jaurès, Le Guêpier marocain (1906-08),1914, p. 75.
Prononc. et Orth. : [kɑ ̃tɔne], (je) cantonne [kɑ ̃tɔn]. Ds Ac. 1694-1932. Fér. Crit. t. 1 1787 propose la graph. cantoner avec 1 seul n. Étymol. et Hist. 1. 1352-58 « se fixer » (Bers., T. Liv., ms. Ste-Gen., fo264ads Gdf. Compl.); 2. xvies. se cantonner « s'isoler » (La Noue, Dict. polit. et milit., p. 27 ds Gdf. Compl. : Un quartier de pais se cantonneroit, l'autre se mettroit sous quelques chefs militaires); xviies. fig. se cantonner en soi-même (Bossuet, Char. frat., 1 ds Littré); 3. 1690 hérald. (Fur.). Dénominatif de canton* au sens de « coin, région » et terme d'hérald.; dés. -er. Fréq. abs. littér. : 101.

Wiktionnaire

Verbe

cantonner \kɑ̃.tɔ.ne\ transitif, intransitif ou pronominal 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se cantonner)

  1. (Militaire) Distribuer des troupes sur les points où elles doivent séjourner.
    • Faire cantonner des troupes.
  2. (Intransitif) (Par extension) Prendre son cantonnement pour les troupes mêmes que l’on cantonne.
    • Tout en somnolant, en s'étirant, en maugréant, la nuit se passe et, à 6 heures ce matin du 20, nous débarquons à 500 m de Bussy-le-Repos où nous allons cantonner. — (Les carnets de guerre de Victor Christophe, dans Journaux de combattants et de civils de la France du Nord dans la Grande Guerre, Presses Univ. Septentrion, 1998, page 96)
    • Des souvenirs récents, qui me restaient de Besançon, où nous avions cantonné plusieurs mois, me servirent à composer l’atmosphère de ce livre et à y serrer de très près la ressemblance directe de tous les personnages… — (Francis Carco raconté par lui-même, Éditions Sansot, Paris, 2e édition, 1921, p. 16)
  3. (Figuré) Circonscrire dans certaines limites.
    • Certaines, incapables de s'adapter à des variations extérieures de grande amplitude, seront étroitement cantonnées dans un milieu déterminé, […]. — (Henri Gaussen, Géographie des Plantes, Armand Colin, 1933, p.23)
    • …il n’est pas un de mes amis que je ne reconnusse supérieur à moi dans cette région particulière; mais leur intelligence était sans doute plus cantonnée — (André Gide, Si le grain ne meurt, 1926)
  4. (Architecture) Garnir les coins.
    • Clochetons qui cantonnent la base d'une flèche d'église.
  5. (Pronominal) (Militaire) Se retirer dans un lieu où l’on estime être plus en sûreté.
    • Il fit cerner les villages où les voleurs avaient coutume de se cantonner. — (François-René de Chateaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem, 1811)
  6. (Pronominal) (Sens propre) (Militaire) Se retrancher, pour un petit nombre de gens qui se fortifient contre un plus grand nombre.
    • Les rebelles s’étaient cantonnés dans un coin de la province.
  7. (Pronominal) (Figuré) Se restreindre à une chose, ne pas vouloir en sortir.
    • Raschi, en se cantonnant dans son rôle de commentateur, s'est attiré, lui, la reconnaissance de tous. — (Léon Berman, Histoire des Juifs de France des origines à nos jours, 1937)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

CANTONNER. v. tr.
T. de Guerre. Distribuer des troupes sur les points où elles doivent séjourner. Il s'emploie intransitivement et se dit des Troupes mêmes que l'on cantonne. Les troupes commencèrent à cantonner. Faire cantonner des troupes.

SE CANTONNER signifie Se retirer dans un lieu où l'on estime être plus en sûreté. Il se dit proprement d'un Petit nombre de gens qui se fortifient contre un plus grand nombre. Les rebelles s'étaient cantonnés dans un coin de la province. Fig., Se cantonner dans une science, Se restreindre à l'étude de cette science, n'en vouloir pas sortir.

Littré (1872-1877)

CANTONNER (kan-to-né) v. a.
  • 1 Terme de guerre. Cantonner des troupes, les distribuer en différents cantons ou villages.

    Fig. Séparer en portions isolées. Le monde, rempli d'aigreur, enfante Luther et Calvin, qui cantonnent la chrétienté, Bossuet, dans le Dict. de DOCHEZ.

  • 2Mettre des bestiaux malades en cantonnement
  • 3 V. n. Les troupes vont bientôt cantonner.
  • 4Se cantonner, v. réfl. Au propre et au figuré, s'isoler, se mettre en sûreté, se fortifier dans un canton. Telle est cette illustre province Où chacun peut se faire prince, Se cantonner en son quartier, Racan, Psaume 30. Cette attache intime que nous avons à nous-mêmes… c'est ce qui fait que chacun de nous se renferme tout entier dans ses intérêts et se cantonne en lui-même, Bossuet, Char. frat. 1. Sertorius se cantonna dans l'Espagne, Bossuet, Hist. I, 9. Ils se cantonnent et se divisent en des partis contraires, La Bruyère, 1. Le pays est rempli de marécages où chaque troupe se cantonne et forme une petite nation, Montesquieu, Espr. XVIII, 10. Et, dans ces belles querelles, les partis se cantonnent, les factions se heurtent, Voltaire, Lettr. Albergati, 23 déc. 1760.

HISTORIQUE

XVIe s. Mais ne pouvants sortir, à cause que les corps de gardes extraordinaires continuoient nuict et jour aux lieux où l'on les avoit posez, et la ville tousjours ainsi cantonnée [occupée militairement], Carloix, VII, 3. Cantonnez-vous et vous instalez tyranniquement dans les villes du roy, Sat. Ménipp. 6.

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Étymologie de « cantonner »

Canton.

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Phonétique du mot « cantonner »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
cantonner kɑ̃tɔne

Évolution historique de l’usage du mot « cantonner »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « cantonner »

  • Vieillir, c'est ne plus avoir envie de découvrir et se cantonner à la reconnaissance. De Christian Authier / Enterrement de vie de garçon
  • Avec la pratique des réseaux, le professeur peut se transformer en passeur, plutôt que se cantonner dans son rôle traditionnel de pasteur. De Joël de Rosnay / Les dossiers de l’Audiovisuel
  • Avant la version 2004 de Windows 10, il était possible de différer manuellement les mises à jour de fonctionnalité pendant 365 jours. De quoi alors se cantonner à une grosse mise à jour annuelle du système d'exploitation. Génération-NT, Windows 10 (2004) sucre l'option pour différer les grosses mises à jour
  • Annoncé à Abidjan avant fin juin, Tidjane Thiam va finalement se cantonner à un rôle de soutien du futur candidat du PDCI, Henri Konan Bédié. AbidjanTV.net, Côte d'Ivoire: Tidjane Thiam va finalement se cantonner à un rôle de soutien du futur candidat du PDCI | AbidjanTV.net
  • L'écrivain du Dakota du Sud a reçu le National Book Award pour ce recueil de six « novellas » qui parlent crûment des Etats-Unis et du monde. Ultrasombres, elles brossent le portrait saisissant d'une humanité chaotique et désespérée. La maladie, la mort, les catastrophes naturelles, le totalitarisme, la perversion, la corruption : rien n'échappe à la plume acérée de l'auteur. Loin de se cantonner à l'Amérique, Adam Johnson embarque le lecteur en Corée et dans l'ex-RDA, afin de mieux ausculter l'ambiguïté humaine. Les Echos, 6 recueils de nouvelles à dévorer | Les Echos

Traductions du mot « cantonner »

Langue Traduction
Anglais confine
Espagnol acantonarse
Italien relegare
Allemand beschränken
Portugais limitar
Source : Google Translate API

Synonymes de « cantonner »

Source : synonymes de cantonner sur lebonsynonyme.fr

Cantonner

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