La langue française

Bouillir

Sommaire

  • Définitions du mot bouillir
  • Étymologie de « bouillir »
  • Phonétique de « bouillir »
  • Évolution historique de l’usage du mot « bouillir »
  • Citations contenant le mot « bouillir »
  • Traductions du mot « bouillir »
  • Synonymes de « bouillir »
  • Antonymes de « bouillir »

Définitions du mot bouillir

Trésor de la Langue Française informatisé

BOUILLIR, verbe.

I.− Emploi intrans. [En parlant le plus souvent d'un liquide, d'une matière liquéfiée] Être en état d'ébullition :
1. ... quand je dis que mon eau placée sur mon réchaud va bouillir aujourd'hui comme elle faisait hier, et que cela est d'une absolue nécessité, je sens confusément que mon imagination transporte le réchaud d'aujourd'hui sur celui d'hier, la casserole sur la casserole, l'eau sur l'eau, la durée qui s'écoule sur la durée qui s'écoule, ... Bergson, L'Évolution créatrice,1907, p. 216.
A.− P. méton. [En parlant d'un récipient où l'on fait cuire qqc.] Faire bouillir le pot. Le pot bout (Ac.1835-1932).
B.− Au fig.
1. Fam. [En parlant d'une chose ou d'une pers.] N'être bon ni à rôtir ni à bouillir. N'être propre à rien (Ac. 1798-1932).
2. Être en état d'excitation. Avoir le sang qui bout dans les veines. Être ardent, fougueux.
P. exagér. Être brûlant. La cervelle, la tête me bout (Ac. 1835-1932).
P. ext., usuel. Bouillir de colère, d'impatience :
2. Le feldwebel, un petit homme trapu, à tête ronde, au nez court, salua avec une correction rigide, mais son visage semblait encore bouillir d'indignation. Romains, Les Hommes de bonne volonté,Verdun, 1938, p. 271.
II.− En constr. à sens factitif. Faire bouillir. (Faire) cuire dans un liquide en ébullition. Faire bouillir de la viande, des châtaignes, des pommes de terre (Ac. 1835-1932).
Nettoyer, stériliser dans l'eau bouillante. Faire bouillir sa lessive :
3. Dans le cabinet de toilette, la religieuse de garde, les pointes de sa cornette relevées par une épingle, faisait bouillir des seringues. Druon, Les Grandes familles,1948, p. 35.
Emploi absol., région. Faire bouillir. Faire bouillir la lessive; faire bouillir l'eau d'érable (Canada 1930, Bél. 1957).
Au fig.
P. méton., fam. Avoir de quoi faire bouillir la marmite. ,,Avoir de quoi vivre`` (DG).
Cela fait bouillir le sang. Cela provoque une vive impatience. Faire bouillir qqn. ,,Provoquer son irritation, son impatience`` (Dub.).
Rem. Logiquement bouillir reste intrans. : « faire en sorte que quelque chose bouille »; mais faire bouillir est senti comme un composé à constr. globale transitive.
III.− Emploi trans., rare. Faire bouillir.
A.− [Le compl. désigne une pers.] Faire périr dans une chaudière d'eau bouillante :
4. Rien de plus lugubre que ces représailles en peinture, sur un jeu de cartes, en présence des bûchers à rôtir les contrebandiers et de la chaudière à bouillir les faux monnayeurs. Hugo, Les Misérables,t. 2, 1862, p. 204.
B.− [Le compl. désigne un inanimé] Fam.
1. Porter à ébullition. Bouillir le lait pour le conserver (Ac.1932).
Au fig. Bouillir du lait à qqn. Se moquer de lui, le traiter comme un enfant; lui dire quelque chose d'agréable (cf. Besch. 1845, etc.).
2. Faire cuire dans de l'eau en ébullition. Bouillir du linge (Lar. Lang. fr.) :
5. Tout en discutant, elles n'arrêtaient pas d'éplucher leurs châtaignes, la petite par terre se démenait, comme si elle avait fait un travail de force. − Vous les épluchez avant de les bouillir? dit Juliette, et moi qui ai toujours fait le contraire! E. Triolet, Le Premier accroc coûte deux cents francs,1945, p. 18.
3. Au fig. [P. fig. étymol.] :
6. Il aurait bien joué au sautaré, au quienlion, au ramounadis. Peut-être pour amuser son impatience, alors qu'il bouillait la fièvre. Pourrat, Gaspard des Montagnes,La Tour du Levant, 1931, p. 170.
PRONONC. ET ORTH. − 1. Forme phon. : [buji:ʀ], (je) bous [bu]. Le verbe est transcrit avec [λ] mouillé dans Fér. 1768, Fér. Crit. t. 1 1787, Gattel 1841, Nod. 1844, Fél. 1851 et Littré. 2. Homon. (je) bous, (il, elle) bout et boue (fange), bout (extrémité). 3. Forme graph. − Clédat 1930, p. 48 : ,,x a été dans l'ancienne graphie un signe abréviatif, distinct de la lettre et qui, par convention, valait us; on écrivais les dieus ou les diex, les chevax ou les chevaus. Puis on a confondu le signe abréviatif et la lettre, et brouillé les graphies; telle est l'origine peu recommandable, de l'x du pluriel après u, et des formes verbales telles que je veux, tu vaux. Un certain nombre de mots, comme je meus, je bous, le pluriel de bleu et de la plupart des noms en ou, ont échappé par hasard à la corruption; on n'a jamais su pourquoi, écrit Michel Bréal.``
ÉTYMOL. ET HIST. − 1. 1080 « jaillir » (Roland, éd. Bédier, 2248), seulement en a. fr.; 2. ca 1150 « s'agiter en formant des bulles sous l'influence de la chaleur » (Wace, St Nicolas, 174 dans T.-L. : l'eve [...] commencea a boillir); 1165-70 fig. (Troie [Joly] 13120, ibid.); 1317 part. passé substantivé (Mart., Anecd., I, 135 dans Gdf. Compl.); ca 1393 boulu part. passé adjectivé (Ménagier, II, 77 dans T.-L.), forme condamnée par Rich. 1680. Du lat. bullire intrans. « bouillonner » (Vitruve dans TLL s.v., 2243, 30, en parlant d'une source); notamment sous l'infl. de la chaleur (ives., Palladius, ibid., 2243, 36).
STAT. − Fréq. abs. littér. : 548. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 503, b) 952; xxes. : a) 855, b) 872.
DÉR. 1.
Bouillage, subst. masc.,,Action de faire bouillir`` (Guérin 1892); ,,fermentation du vin en tonneaux`` (Lar. 3). [buja:ʒ]. 1reattest. av. 1866 (Payen dans Lar. 19e); dér. de bouillir, suff. -age*.
2.
Bouillaison, subst. fém.,,Fermentation du cidre`` (Ac. Compl. 1842). Seules transcr. dans Land. 1834 : bou-iè-zon ([ε] ouvert à la 2esyll.), dans Besch. 1845 : bou-ie-zon (e fermé à la 2esyll.) et dans Littré : bou-llé-zon (e fermé à la 2esyll. et [λ] mouillé). 1reattest. 1783 (Encyclop. méthod., Arts et Métiers, t. 2, p. 246); dér. de bouillir, suff. -aison*.
3.
Bouillissage, subst. masc.,,Action de faire bouillir (les matières dont se fait le papier)`` (DG). Seule transcr. dans DG : bou-yi-sàj. 1reattest. 1765 (Encyclop. t. 16, s.v. toile, p. 376a); dér. du rad. de bouillir avec élargissement du rad., sur le modèle de mots comme décatissage.
4.
Bouillisseur, subst. masc.,,Appareil dans lequel s'effectue le bouillissage`` (Lar. encyclop.). 1reattest. 1923 (G. Saillard, Betterave et sucrerie de betterave); dér. avec suff. -eur2* de bouillir avec élargissement du rad., v. bouillissage.
5.
Bouilloir, subst. masc.,,Récipient dans lequel on fond les métaux destinés au monnayage`` (Duval 1959). Dernière transcr. dans DG : bou-ywàr [λ] mouillé dans Gattel 1841 et dans Littré. 1reattest. 1409 boullouer (Déclar. de biens de Clisson dans Gdf.); 1567 bouiloir (Arch. Nord, B 13 204 fo70 dans IGLF Litt.); dér. de bouillir, suff. -oir*.
6.
Boulage, subst. masc.,,Quantité de linge que l'on met bouillir dans une chaudière`` (Besch. 1845). Seule transcr. dans Littré et DG : bou-làj'. 1reattest. 1845 id.; dér. avec suff. -age* d'une anc. forme de bouillir : boulir av. 1200 (Perceval, 1recontinuation, éd. Roach, 7184).
BBG. − Goug. Lang. pop. 1929, pp. 61-62, 112-113. − Mellot (J.). Faire bouillir Vie Lang. 1957, pp. 58-61. − Sigurs 1963/64, p. 427.

Wiktionnaire

Verbe

bouillir \bu.jiʁ\ intransitif 3e groupe (voir la conjugaison)

  1. Être dans l’état d’ébullition. — Note : Se dit proprement des liquides, lorsque la chaleur ou la fermentation y produit un mouvement et qu’il se forme des bulles à la surface.
    • Il est de fait que le mercure sur lequel on fait bouillir de l'eau, communique à ce liquide la vertu la plus vermifuge ; […]. — (Jean Antoine Chaptal, Élémens de chimie, volume 2, Deterville à Paris, 2e éd., an III, page 373)
    • Cette opération, qui se fait dans un appareil analogue à l’appareil distillatoire, est fondée sur la différence de volatilité de l’alcool et des huiles odorantes qui ne bouillent, en général, qu’à des températures bien supérieures à 100°. — (Edmond Nivoit, Notions élémentaires sur l’industrie dans le département des Ardennes, E. Jolly, Charleville, 1869, page 147)
    • […] on sait, en effet, que l’eau saturée de sel bout seulement vers 108 degrés. — (Marcel Hégelbacher, La Parfumerie et la savonnerie, 1924, page 53)
  2. (Cuisine) Faire cuire dans l’eau ou dans un autre liquide porté à ébullition.
    • Une porte latérale s'ouvrit, et nous entrâmes dans une pièce voûtée où, sur un long potager, bouillaient dix ragoûts. — (Amans-Alexis Monteil, Histoire des Français des divers états aux cinq derniers siècles, 1841, page 11)
    • Des racines coupées et des feuilles de betteraves, bouillant dans une marmite sur le feu, mêlaient leur parfum âcre à l’odeur de renfermé qui semblait stagner dans les encoignures. — (Louis Pergaud, La Vengeance du père Jourgeot, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • (Par analogie)Comme le supplicieur d’Orléans qui faisait bouillir les faux-monnayeurs et repoussait de la pique ceux qui venaient surnager, Ambroise Paré faisait échauder vivants deux petits chiens dans l’huile de lys, […]. — (L’Union médicale du Canada, 1910, volume 39, page 529)
  3. Porter à ébullition le récipient où l’on fait cuire quelque chose.
    • Faire bouillir le pot. Le pot bout.
  4. (Œnologie) Fermenter, en parlant du raisin dans la cuve après la vendange. → voir bouillage et bouillaison
    • Il faut arroser la vendange dès que l'on entend le raisin bouillir.
  5. (Figuré) Être émotionnellement excité ou agité, au point d’avoir de la difficulté à se contenir.
    • Bouillir de colère, d’impatience, d'indignation.
    • Il bouillait sur son siège et, bien que peu habitué à prendre la parole en public, il se lança :
      — Avec les
      Passeurs de Loire, une association de Tigy, nous avons fait, mon épouse, mon petit-fils Pierre et moi, une promenade en bateau sur le fleuve. — (Boris Delafontaine, La Loire interdite, Éditions Publibook, 2016, page 208)
    • Dans les prisons et dans les camps, les djihadistes étrangers, européens, français, bouillaient de se voir libérer par l’armée d’invasion ou de vivre le moment où le chaos leur ouvrirait grand les portes. — (Allan Kaval, Réduits à solliciter le renfort de Damas, les Kurdes pleurent la fin d’un monde, Le Monde. Mis en ligne le 14 octobre 2019)

bouillir transitif

  1. Porter à ébullition.
    • Bouillir le lait pour le conserver.
  2. (Industrie) (Vieilli) former des bouillons, des bulles de fusion.
    • Mais si dans les verreries à charbon, l’on tisoit pour garantir le verre de venir ambité, la poussière du charbon tomberoit sur le verre ; elle le feroit bouillir, & les bouillons ou petites vessies occasionnées de cette manière, gâteroient les marchandises ; & d’un autre côté, si l’on n’étoit pas assidu à tiser, le verre viendroit ambité. — (« VERRERIE », dans l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, dirigée par swahili et Jean le Rond d'Alembert, 1re éd., tome 17, 1751 , p. 107)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

BOUILLIR. (Je bous; nous bouillons. Je bouillais. Je bouillis. Je bouillirai. Bous. Qu'il bouille. Que je bouille. Que je bouillisse. Bouillant. Bouilli.) v. intr.
Être dans l'état d'ébullition. Il se dit proprement des Liquides, lorsque la chaleur ou la fermentation y produit un mouvement et qu'il se forme des bulles à la surface. Faire bouillir de l'eau. Mettre de l'eau bouillir. Du lait qui bout, qui commence à bouillir. Fig., Le sang lui bout dans les veines, se dit d'un Jeune homme ardent, fougueux, dans la première vigueur de l'âge. Fig., Cela fait bouillir le sang, se dit de Ce qui cause une vive impatience. On dit de même Mon sang bout quand je vois, quand j'entends de pareilles choses. Fig., La tête me bout, la cervelle me bout, Je sens une excessive chaleur à la tête. Fig., Bouillir d'impatience, Éprouver une impatience violente. Il se dit aussi des Choses qu'on fait cuire dans l'eau ou quelque autre liquide. Faire bouillir des châtaignes, des pommes de terre, etc. Faire bouillir des herbes. Il se dit également du Récipient où l'on fait cuire quelque chose. Faire bouillir le pot. Le pot bout. Fam., Cela fait bouillir la marmite; cela sert, cela aide à faire bouillir la marmite, à faire bouillir le pot, se dit de Ce qui contribue particulièrement à faire subsister un ménage. Ce petit emploi l'aide à faire bouillir la marmite. Fig. et fam., N'être bon ni à rôtir, ni à bouillir. Voyez BON, adj. Il s'emploie quelquefois comme verbe transitif dans le sens de Faire bouillir. Bouillir le lait pour le conserver.

Littré (1872-1877)

BOUILLIR (bou-llir, ll mouillées, et non bou-yir), je bous, tu bous, il bout, nous bouillons, vous bouillez, ils bouillent ; je bouillais ; je bouillis ; je bouillirai ; je bouillirais ; bous, bouillons, bouillez ; que je bouille, que nous bouillions ; que je bouillisse, que nous bouillissions ; bouillant ; bouilli, bouillie v. n.
  • 1Produire des bulles qui crèvent au fur et à mesure, en parlant d'un liquide soumis à la chaleur ou à la fermentation. Le café bout. Le vin bout dans la cuve. L'eau bout dans le vide.

    On dit, en prenant le contenant pour le contenu, le pot bout.

    Par extension. Dès qu'un certain acide en notre corps domine, Tout fermente, tout bout, les esprits, les liqueurs, La Fontaine, Quinquina, II.

    Être brûlant. La tête me bout.

  • 2Se cuire en bouillant. Quand les olives auront assez bouilli. La viande bouillait lentement.

    Fig. et familièrement. N'être bon ni à rôtir ni à bouillir, n'être propre à rien.

    Bouillir du lait à quelqu'un, lui être agréable en parole ou en action. Cette locution est le seul cas où bouillir soit employé activement. Colbert mort, et Pelletier contrôleur général de la façon de M. de Louvois, le roi lui donna ordre de chasser Desmarets et de lui faire une honte publique : c'était bouillir du lait à une créature de Louvois, Saint-Simon, 77, 256.

  • 3Faire bouillir. Faire bouillir des marrons dans de l'eau. En faisant bouillir de la viande. On dit, dans le même sens, mettre bouillir.

    Au fig. Cela me fait bouillir le sang dans les veines, cela me cause une vive impatience. Les esprits où il n'y a point de remède font bouillir le sang, Sévigné, 42.

    Familièrement. Cela fait bouillir la marmite ou le pot, cela procure les moyens de vivre.

    Faire bouillir, ancien supplice qui consistait à faire périr le condamné dans une chaudière bouillante. J'ai vu bouillir leurs corps dans la poix et les flammes, Rotrou, St Genest, III, 2.

  • 4 Fig. Bouillir de colère, surtout d'impatience. Je bouillais. Jeune homme à qui le sang bout. Ceux à qui la chaleur ne bout plus dans les veines, Malherbe, II, 12. Lorsqu'aux veines des Grecs le sang bouillait encore, Rotrou, Antig. I, 6. Du frêle arbuste où bout la noble séve, La moindre fleur parfume au loin les airs, Béranger, Damoclès.

HISTORIQUE

XIe s. Dessouz le front lui buillit [bout] la cervelle, Ch. de Rol. CLXIV.

XIIIe s. Mais es noeces ot joie molt ; Toute li cours fremist et bout [s'agite] ; Toute nuit dansent et carolent, Roi Guillaume, p. 91, dans DU CANGE, Gloss. français, au mot boudre. Adont fist Salehedin prendre or et argent, et le fist fundre en une pouele de fier, puis li fist avaler en la gorge tout boullant, et maintenant li convint morir, Chron. de Rains, 112. Renart mist l'iave sor le feu, Et la fist trestote boillant, Ren. 1091. Tant burent à leur volenté Qu'à Primaut le cervel bolut, ib. 3151. Ou sera bouillis en chaudieres, Ou rostis devant et derrieres, la Rose, 19475. Qui porroit paradis avoir Après la mort por son avoir, Bon feroit enbler et tolir ; Mes il les covendra boillir Ou puis d'enfer sans jà reembre [sans rançon], Rutebeuf, 189.

XIVe s. Que depuis icellui Mesnagier ait esté pris par nostre bailli de Constentin, et par icellui pour ladite cause [de fausse monnoie] sa confession oye, condempné à mort et à estre bouli… Et quant ledit Mesnagier fu mis en la chaudiere, Du Cange, bullire. Cuers dementir, cerveles boudre, Guiart, t. I, p. 110.

XVIe s. En eau bouillant, Marot, IV, 24. Et puis on va, pour la faire bouillir, L'herbe nouvelle à la lune cueillir, Du Bellay, J. IV, 21, recto. L'herbe nouvelle on fauche au cler serein, Pour la bouillir dedans vaisseaux d'airein, Du Bellay, J. IV, 74, recto. Le moust bouillant dans un vaisseau pousse à mont tout…, Montaigne, II, 12. Si elles en prennent un à qui la vigueur de l'aage boult encores, Montaigne, III, 327. Ils faisoient bouillir de vieux souliers et de vieilles burettes à huyle pour en tirer quelque saveur, Amyot, Sylla, 30. L'enfant osta le couvercle de la chaudiere où estoit l'eau toute bouillante, et saultant dedans s'y boulut et estouffa, Amyot, Démétr. 30. Il faut bouillir la dite gerbe en eau et miel, Paré, V, 29. En lieu de vin, il usoit d'eau bouillie et souvent toute pure, Paré, V, 30. Prenez racines de tintimal, boullues en vin, Paré, XV, 26. Lorsque l'eau bouil, De Serres, 846. Vous les ferés buillir une onde dans l'eau claire, De Serres, 847. Vous les bouillirés un peu en l'eau claire, De Serres, 848. Si le courroux bout encor en son cueur, Ronsard, 608.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

BOUILLIR. Ajoutez : - REM. Bouillir, qui n'est actif que dans la locution figurée : bouillir du lait à quelqu'un, est maintenant employé activement dans l'usage général. Ce lait nous arrive de la campagne plus ou moins falsifié, toujours étendu d'eau, représentant la traite du jour et de la nuit ; il faut le bouillir pour le conserver, Journ. offic. 12 avril 1875, p. 2632, 1re col.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

BOUILLIR, v. neut. (l’action de) (Physiq.) c’est l’agitation d’un fluide, occasionnée par le feu. Voyez Feu, Chaleur. Voici comment s’opere cette agitation, selon les Physiciens. Les plus petites particules de la matiere dont le feu est composé étant détachées les unes des autres, & poussées en tourbillon avec une grande vîtesse, passent à travers les pores du vaisseau, & se mêlent avec la liqueur qui y est contenue ; par la résistance qu’elles y trouvent, leur mouvement est détruit, ou du moins communiqué en grande partie au fluide qui est en repos : de-là vient la premiere agitation intestine. Par l’action continuée de la premiere cause, l’effet est augmenté, & le mouvement du fluide devient continuellement plus violent ; desorte que le fluide est par degrés plus sensiblement agité. Alors les nouvelles particules du feu venant à frapper sur celles de la surface inférieure du fluide, non-seulement les poussent en haut, mais mêmes les rendent plus légeres qu’auparavant ; ce qui les détermine à monter : elles les rendent plus légeres, soit en les enflant en petites vésicules, soit en brisant & en séparant les petites particules de fluide ; & c’est ce qui cause un flux continuel du fluide du fond du vaisseau vers le haut, & du haut au fond ; c’est-à-dire que par-là le fluide de la surface, & celui qui est au fond du vase, changent de place ; & c’est pour cela que le fluide de la surface est plûtôt chaud que celui du fond. M. Homberg dit dans les Mém. de l’académie, que si on ôte du feu une chaudiere bouillante, & qu’on applique la main dans l’instant sous la chaudiere, on ne se brûlera pas ; la raison qu’il en donne est que les particules ignées qui passent par la partie inférieure de la chaudiere ne s’y arrêtent pas, & vont gagner la surface de l’eau.

Un feu excessif diminue la pesanteur spécifique de l’eau, desorte qu’il la peut faire monter sous la forme d’air : de-là vient la vapeur & la fumée ; cependant l’air renfermé dans les interstices de l’eau, doit être regardé comme la principale cause de cet effet, parce que l’air étant dilaté & ayant acquis de nouvelles forces par l’action du feu, brise sa prison & monte à travers l’eau dans l’air, emportant avec lui quelques-unes des bulles d’eau qui lui sont adhérentes. Voyez Vapeur, Exhalaison.

Les particules d’air qui sont dans les différentes interstices du fluide étant ainsi dilatées & se portant en haut, se rencontrent & s’accrochent dans leur passage ; par ce moyen une grande quantité d’eau est soulevée & retombe rapidement, & l’air s’éleve & sort de l’eau : car quoique l’air après l’union de ses parties puisse soûtenir une grande quantité d’eau par son élasticité, pendant qu’il est dans l’eau, il ne peut plus cependant la porter avec lui dans l’atmosphere ; parce que quand une fois il est dégagé de la surface de l’eau qui est dans le vaisseau, il se détend de lui-même ; & ainsi sa force devient égale à celle de l’air refroidi. Ajoûtez à cela que la force de l’air pour enlever l’eau, est diminuée par la force avec laquelle les particules d’eau tendent à se réunir aux particules d’eau semblables qui les attirent plus fortement, & qui les forcent de rester sur la surface de l’eau ; desorte qu’il ne s’échappe presque point de particules d’eau avec l’air, que celles qui y sont immédiatement adhérentes, quoique l’air fasse effort pour en enlever une plus grande quantité ; & de-là vient le principal phénomene de l’ébullition, savoir la fluctuation de la surface de l’eau. L’eau tiede ou froide semble bouillir dans la machine pneumatique quand l’air en est pompé : la raison de cet effet est facile à comprendre, car la pression de l’atmosphere n’agissant plus sur la surface de l’eau, l’air renfermé dans ses interstices se dilate avec assez de force pour soûlever l’eau, & se dégager par lui-même. Quand l’ébullition de l’eau cesse, on peut la faire recommencer en y versant de l’eau froide ; & quand l’ébullition est très-grande, on peut la faire diminuer en y versant de l’eau chaude ; car en versant de l’eau froide, on ajoûte de nouvel air qui n’est point encore dilaté ni dégagé ; & en versant de l’eau chaude, on ajoûte de l’air qui est déja dilaté, & qui doit faire beaucoup moins d’effort. (O)

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Étymologie de « bouillir »

Du latin bullire (« bouillonner, bouillir ») qui, en Italie et en Gaule, a supplanté fervēre, « bouillir », conservé en Ibérie et Roumanie : espagnol hervir, portugais ferver, roumain a fierbe.
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Picard, boulir, bolir ; wall. boûr ; provenç. bulhir, bolhir, buillir ; catal. bullir ; ital. bullire ; du latin bullire, de bulla (voy. BULLE). Le wallon boûr suppose un changement de conjugaison, bullere au lieu de bullire, avec l'accent tonique sur bul au lieu de l'accent sur li ; cette forme se trouve aussi dans l'ancien français, mais elle appartient à Guiart qui était flamand ; de sorte que cette conjugaison serait du nord de la France. La conjugaison est régulière au présent ; car le latin bullio, bullis, bullit, ayant l'accent tonique sur la première syllabe, n'a pu donner jadis que : je bous, tu bous, il bout.

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Phonétique du mot « bouillir »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
bouillir bujir

Évolution historique de l’usage du mot « bouillir »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « bouillir »

  • La mort moud sans faire bouillir l'eau. De Proverbe africain
  • La chaleur du lit ne fait pas bouillir la marmite. De Proverbe piémontais
  • Le pauvre a la patience de faire bouillir, mais pas celle de laisser refroidir. De Proverbe scandinave
  • Sagesse, beauté et gentillesse ne font bouillir aucun chaudron. De Proverbe français
  • Ecologie : ne respirez jamais avant d’avoir fait bouillir votre air ! De Pierre Doris
  • Finalement, en mai 2020, le chantier a commencé. En attendant la mise en service, les habitants de Saint-Bernard branchés à l’aqueduc municipal doivent faire bouillir leur eau. Le Soleil, Il faudra bouillir l’eau encore un an à Saint-Bernard en Beauce | Actualités | Le Soleil - Québec
  • Avec toute l’énergie de ceux qui ont connu la misère savent déployer, il repart à zéro. «Lerla monn deside retourn dan sa bizness mo mama ti montre mwa». Il retrouve des gestes familiers : griller,  bouillir soi-même ses pistaches, qu’il achète en gros, ses petits secrets de fabrication aussi.  Le Defi Media Group, Vimarlen : des pistaches pour faire bouillir la marmite  | Defimedia
  • L'air de Paris est si mauvais que je le fais toujours bouillir avant de respirer. De Erik Satie
  • La Marseillaise est le chant qui fait bouillir le sang dans les veines, qu'on chante avec des pleurs et du feu dans les yeux, avec un coeur bravant la mort. De Thomas Carlyle / Histoire de la Révolution française
  • Eh ! Que diable ! Il faut bien bouillir quelquefois ! Dieu nous aurait mis de l'eau dans les veines et non du sang, s'il nous eût voulus toujours et partout imperturbables ! De Jules Verne / Michel Strogoff
  • Il est demandé aux résidents du secteur concerné de faire bouillir leur eau au moins une minute à gros bouillon avant de la consommer dès demain midi, car les travaux pourraient avoir occasionné l’infiltration de microorganismes dangereux pour la santé. L'Express, Secteur ouest : les citoyens devront faire bouillir leur eau à compter de midi - L'Express
  • Drummond commence par faire bouillir le poulet jusqu’à ce qu’il soit tendre. Au lieude bouillon en conserve, elle utilise le bouillon créé en faisant bouillir le poulet. « Un desce qui rend cette casserole si délicieuse, c’est qu’elle est facile à manger », expliqueDrummond lors d’une démonstration télévisée. « Et une partie de la raison en est que je casseles spaghettis en morceaux.  » Breakingnews.fr, «La femme pionnière» Ree Drummond prépare le plus ces 4 recettes pour sa famille
  • Son état de santé est jugé sérieux. Un Rocheboisien de 56 ans a eu la tête, le visage et la main droite brûlée alors qu’il faisait bouillir l’eau au foyer qui se trouve à l’extérieur de sa maison. Les faits se sont déroulés dans l’après-midi du vendredi 5 juin. C’est du moins qu’a relaté son fils, lui âgé de 22 ans, à la police de la région. Le quinquagénaire est actuellement admis à l’unité des grands brûlés de l’hôpital Victoria, Candos. Une enquête policière est en cours en vue de déterminer les circonstances exactes de cet incident.   Le Defi Media Group, Roche-Bois : un quinquagénaire brûlé au visage en faisant bouillir de l’eau | Defimedia
  • Il s'avère que bouillir des pâtes à la perfection sans les coller les unes aux autres, sans qu'elles ne soient ni molles ni dures demande un savoir-faire. Nous vous proposons de découvrir la bonne façon de cuire les pâtes pour une dégustation raffinée. amomama.fr, La bonne façon de cuire les pâtes
  • *Pocher un abricot est utile pour lui ôter son acidité. Pour cela, il suffit de faire bouillir de l’eau en y ajoutant ½ c à c de bicarbonate de soude pour 1  verre d’eau. Dès l’ébullition y placer les abricots puis éteindre et laisser 1 min puis égoutter, plonger dans l’eau froide et égoutter tout de suite et les essuyer avant de les utiliser. France Bleu, Papillote surprise (au poisson et aux légumes !)
  • Des travaux majeurs sur le réseau d’aqueduc expliquent cette invitation à faire bouillir l’eau à titre préventif. Cet avis concerne la population desservie par le réseau d’aqueduc municipal. Le Progrès de Coaticook, Avis d'ébullition d'eau à Compton - Le Progrès de Coaticook

Traductions du mot « bouillir »

Langue Traduction
Anglais boil
Espagnol hervir
Italien bollire
Allemand kochen
Portugais ferver
Source : Google Translate API

Synonymes de « bouillir »

Source : synonymes de bouillir sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « bouillir »

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