La langue française

Boire

Définitions du mot « boire »

Trésor de la Langue Française informatisé

BOIRE1, verbe trans. et subst. masc.

I.− Verbe trans.
A.− [Le suj. désigne une pers. ou, pour certains emplois, un animal] Avaler un liquide.
1. [Le compl. dir. est exprimé] Boire de l'eau, un verre; le matin, il prend de la viande et boit du vin (Renard, Journal,1900, p. 594):
1. Donc, nous allons boire le coup du départ. C'est émouvant, le coup du départ. On quitte sa famille, ses amis, ses clients. On part pour les mers inconnues d'où l'on est presque sûr de ne pas revenir. Alors on prend son verre d'une main qui ne tremble pas. On boit le dernier coup sur la terre ferme... le coup du départ... C'est émotionnant... à votre santé... Pagnol, Marius,1931, IV, 3, p. 214.
Boire une somme d'argent. La dépenser en boissons :
2. Un des traits dominants du caractère de l'indigène est son absence de « réserve ». Le peu qu'il a, il le dépense aussitôt, le boit, le mange ou le joue. Gide, Le Retour du Tchad,1928, p. 924.
Fam. Boire la tasse, boire un bouillon. Avaler de l'eau en quantité plus ou moins grande au cours d'un bain de mer. P. euphémisme. Boire à la grande tasse. Se noyer dans la mer.
[Avec un suj. désignant une boisson] Emploi pronom. à valeur passive. Se boire.
a) Être bu (habituellement). Tisane qui se boit chaude, qui se boit froide; vin qui se boit au dessert (Besch. 1845).
b) Pouvoir être bu. ... cela ne valait pas le vin du Rhin, mais cela se buvait et tout le monde avait soif (P. Féval dansGuérin1892).
2. Emploi abs.
a) [Le compl. non exprimé peut désigner toute espèce de boissons] :
3. À l'encontre des hommes qui buvaient par lampées dans des tasses de faïence grossière d'un blanc crayeux, cru, et parfois aussi dans des bols qu'ils voulaient servis à la rasade, quelle qu'en fût la grandeur, la jeune femme aimait boire à petites gorgées, dans une tasse de fantaisie qu'elle n'emplissait jamais jusqu'au bord. G. Guèvremont, Le Survenant,1945, p. 12.
SYNT. Boire chaud, frais; boire à la régalade, à longs traits; boire à sa soif, boire tout son soûl; boire dans un verre, boire à la fontaine; faire boire qqn; mener boire un animal; donner, servir, verser à boire. Interj. à boire!
b) Spéc. Boire du vin ou des boissons alcoolisées. En partic. avoir coutume d'en boire avec excès, être alcoolique. ... le bonhomme Grandgousier, (...), bon gaillard en son temps, aimant à boire sec et à manger salé (Sainte-Beuve, Tabl. hist. et crit. de la poésie fr. et du théâtre fr. au XVIes.,1828, p. 269).
Emploi passif, pop. Il est bu. Il est ivre. (Attesté dans Thomas 1956, Lar. encyclop., Colin 1971) :
4. Ceux que l'on rencontrait maintenant étaient trop « bus », pour que l'on pût penser encore à discuter (...) On tâchait seulement de les asseoir par terre, sans trop les abîmer : un soulard, c'est sacré! R. Rolland, Colas Breugnon,1919, p. 226.
c) Locutions
Chansons, airs à boire. Chansons que l'on chante à la fin d'un repas et dans lesquelles on célèbre le vin. ... un pot-pourri de bribes de chorals, de « lieder » sentimentaux, de marches belliqueuses et de chansons à boire (R. Rolland, Jean-Christophe,L'Aube, 1904, p. 50.
Boire à la santé de qqn, boire à qqn, à qqc. :
5. ... chaque fois les dîneurs, levant leurs verres, buvaient à sa santé. Maupassant, Contes et nouvelles,t. 1, La Bécasse, 1882, p. 5.
Vieilli
Après boire. Après avoir bu.
Rem. Encore attesté au xxes. par DG, Ac. 1932 et Rob.
Donner pour boire. Donner une gratification à un travailleur salarié. Je promets pour boire au cocher (Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe,t. 1, 1848, p. 385).
Rem. Cette loc. encore usitée au xixes. n'apparaît plus auj. que sous sa forme substantivée : un pourboire.
d) Proverbes et loc. proverbiales (gén. péj.)
Le vin est tiré, il faut le boire. Il faut poursuivre une affaire dans laquelle on s'est trop engagé pour pouvoir reculer. On ne saurait faire boire un âne s'il n'a pas soif. On ne peut forcer une personne entêtée à faire ce qu'elle n'a pas envie de faire. Qui a bu boira. On ne se corrige jamais de certains défauts.
C'est la mer à boire (fam.). C'est une entreprise qui présente des difficultés insurmontables.
Rem. Plus souvent à la forme négative : Ce n'est pas la mer à boire.
Il y a à boire et à manger (fam.). C'est une chose qui présente divers aspects contradictoires, de bons et de mauvais côtés.
MAN. Cheval qui boit dans son blanc. Cheval qui a le nez blanc, le reste du corps étant d'une autre couleur.
3. P. anal. [Le suj. désigne un corps perméable ou poreux] Absorber un liquide; se laisser pénétrer, imprégner par lui :
6. ... j'arrête ici cette lettre, griffonnée, comme vous le pouvez voir, sur je ne sais quel papyrus égyptien plus poreux et plus altéré qu'une éponge. Voici un supplice que j'enregistre parmi ceux que je ne souhaite pas à mes pires ennemis : écrire avec une plume qui crache sur du papier qui boit. Hugo, Le Rhin,1842, p. 378.
Boire la lumière :
7. Les pigeons de Jenny voletaient perpétuellement sur la pente des toits de tuiles, et les murs étaient restés enduits d'un vieux crépi rose vif qui buvait la lumière comme un badigeon italien. R. Martin du Gard, Les Thibault,La Belle saison, 1923, p. 952.
COUT. Faire boire une étoffe. La coudre de manière lâche. Faire boire un ourlet, un surjet.
P. anal., vocab. de la mar. Faire boire la ralingue, la voile.
B.− Au fig., littér. dans la plupart de ses emplois [Le suj. désigne gén. une pers.]
1. Recevoir un bien d'ordre physique, moral ou intellectuel et en jouir ou en tirer parti intensément. C'est à la vraie source de sa vie que son âme va boire (Massis, Jugements,1923, p. 240):
8. L'œil! Songez à lui! L'œil! Il boit la vie apparente pour en nourrir la pensée. Il boit le monde, la couleur, le mouvement, les livres, les tableaux, tout ce qui est beau et tout ce qui est laid, et il en fait des idées. Maupassant, Contes et nouvelles,t. 2, Un Cas de divorce, 1886, p. 1068.
SYNT. Boire l'oubli, boire (à) la coupe des plaisirs, boire le bonheur à longs traits; boire à pleine bible (Gide, Si le grain ne meurt, 1924, p. 499); boire le sommeil (Romains, Les Hommes de bonne volonté, La Douceur de la vie, 1939, p. 49).
Boire qqn du regard, des yeux. Le regarder intensément :
9. Peut-être eût-il été sage aussi d'amollir cette tension du regard, la fixité dont il buvait ses gestes, et de ne pas croire suffisante la discrétion qu'il mettait à maintenir ses ardents yeux tristes, le plus souvent possible au-dessous des siens. Malègue, Augustin,t. 2, 1933, p. 197.
Boire les paroles de qqn. Les écouter avec passion ou avec une admiration sans réserve, les savourer, s'en délecter :
10. Je buvais ses paroles; elles ne dérangeaient pas mon univers, elles n'entraînaient aucune contestation de moi-même, et pourtant elles rendaient à mes oreilles un son absolument neuf. S. de Beauvoir, Mémoires d'une jeune fille rangée,1958, p. 180.
Boire du lait (fam.). Voir ou entendre quelque chose avec un plaisir extrême.
Péj. Boire la sueur de qqn. Tirer injustement profit de son travail, l'exploiter :
11. C'était l'heure où le vieux coquin accusait les riches de boire la sueur du peuple. Il avait des emportements superbes contre ces messieurs de la ville neuve, qui vivaient dans la paresse et se faisaient entretenir par le pauvre monde. Zola, La Fortune des Rougon,1871, p. 143.
2. Surmonter une difficulté.
MAN. Cheval qui boit l'obstacle. Qui le franchit très facilement.
3. Supporter quelque chose de pénible, d'humiliant. Boire l'amertume, un affront, la honte :
12. ... Avec, pour vivre, un seul moyen Boire son mal, taire sa rage; Les pieds usés, le cœur moisi, Les gens d'ici, Quittant leur gîte et leur pays, S'en vont, ce soir, par les routes, à l'infini. Verhaeren, Les Campagnes hallucinées,1893, p. 90.
[P. réf. à la mort de Socrate] Boire la ciguë. Subir une peine, un malheur généralement causé par la malveillance d'autrui :
13. Mais toi, tout de suite, celui que tu aimes ou qui t'aime, tu le transformes en esclave, et s'il n'assume point les charges de cet esclavage tu le condamnes. Alors l'autre, parce qu'un ami lui faisait cadeau de son amour, a changé ce cadeau en devoirs. Et don de l'amour devenait devoir de boire la ciguë et esclavage. L'ami n'aimait point la ciguë. Saint-Exupéry, Citadelle,1944, p. 641.
[P. réf. à la passion du Christ] Boire le calice jusqu'à la lie. Endurer une souffrance jusqu'au bout :
14. ... accumulez outrage sur outrage, ne vous gênez pas, Monsieur, je vous connais, rien ne m'étonnera, je suis résignée à tout, j'accomplirai mon devoir jusqu'au bout, je boirai le calice jusqu'à la lie, jusqu'à la mort. Flaubert, La 1reÉducation sentimentale,1845, p. 129.
Littér. (Avoir) toute honte bue. Être inaccessible à la honte pour en avoir connu toutes les formes.
Fam. Boire un bouillon. Échouer dans une entreprise; subir une perte.
Rem. On rencontre dans la docum. le composé boit-sans-soif, subst. masc. (D. Poulot, Le Sublime ou le Travailleur comme il est en 1870 et ce qu'il peut être, 1872, p. 92). Mot attesté également dans Rob. Suppl. 1970.
II.− Emploi subst. masc. (au sing. seulement, et précédé de l'art. déf.). Action de boire; ce que l'on boit. ... le buveur ne regarde guère que le boire (Valéry, Eupalinos ou l'Architecte,1923, p. 108):
15. Nous aimons ces changements, ces triomphes de l'animalité au retour de la chasse, ces coups de fouet de fatigue, cette griserie des fonctions physiques, où le boire, le manger, le dormir deviennent comme des félicités divines de bêtes. E. et J. de Goncourt, Journal,1867, p. 391.
Loc. fig. En oublier, en perdre le boire et le manger. Être accaparé tout entier par une préoccupation, un souci, une passion. Je sens que je vais en rêver, de ce Courbet. Je sens (...) que je vais en perdre le boire et le manger (G. Duhamel, Chronique des Pasquier,La Nuit de la Saint-Jean, 1935, p. 26).
Prononc. : [bwa:ʀ]. (je) bois [bwa] (Barbeau-Rodhe 1930 [bwa]). Enq. : /bwa/ (il) boit.
Étymol. ET HIST. − A.− Verbe. 1. xes. « absorber un liquide quelconque (ici un poison) » (Passion, éd. D'Avalle, 461); xiies. cont. relig. (Eucharistie) (Li Epistle Saint Bernard a Mont Deu, ms. Verdun 72, fo58 rodans Gdf. Compl.); ca 1200 fig. (Roman de Renart, éd. M. Roques, 9674); 2. 1180-1185 « prendre des boissons alcoolisées » (Huon de Rotelande, Ipomedon, 4577, dans Gdf. Compl.); 3. 1550 p. anal. « absorber en parlant d'un corps poreux » (Ronsard, Odes, IV, 31 dans Hug.). B.− Subst. xes. bewre (St Léger, 200 dans A. Henry, Chrestomathie, p. 12); 1160 beivre (Wace, Rou, éd. Andresen, III, 9637 dans T.-L.); début xiiies. boire (Amadas et Ydoine, 553, ibid.). A du lat. bibere attesté aux sens propre et fig. dep. Plaute (TLL s.v., 1959). La voyelle rad. [œ] des formes faibles s'est peu à peu fermée en [ü], beuvons est encore empl. à côté de buvons par Ramus 1562 (Fouché, p. 429), l'inf. a.fr. beivre, boivre est devenu boire d'apr. croire, verbe dont l'ind. prés. 3 croit a été rapproché de boit. B substantivation de A.
STAT. − Fréq. abs. littér. : 10 787. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 11 595, b) 18 377; xxes. : a) 18 475, b) 15 025.
BBG. − Boire ... Déboire. Vie Lang. 1962, p. 292. − L. (J.). Boire un bouillon. Vie Lang. 1955, p. 96. − Martin (E.). Explication de la signif. et de la constr. de : avoir ses hontes bues. Courrier (Le) de Vaugelas. 1878, p. 172. − Sain. Lang. par. 1920, p. 428.

BOIRE2, subst. fém.

A.− Dans le cours inférieur de la Loire petit golfe formé par le fleuve (cf. Vidal de La Blache, Tabl. de la géogr. de la France, 1908, p. 166).
B.− Rigole à ciel ouvert faisant communiquer une masse d'eau stagnante avec une rivière; fossé pratiqué sur le bord d'une rivière (cf. Code de la pêche fluviale, 1875, p. 58).
Prononc. : [bwa:ʀ]. Étymol. et Hist. 1343 « fosse faisant communiquer une chantepleure avec une rivière, surtout sur la Loire » (A. N. JJ 72, fo347 vodans Gdf. Compl.); 1561 ang. (Inv. Arch. H., II, Suppl., p. 58 col. 2 dans Verr.-On., s.v. boire 3). Terme de la Basse-Loire (Verr.-On.), d'orig. inconnue (FEW t. 21, pp. 24-25); rapproché ultérieurement du verbe boire : cf. Trév. 1704, s.v. boire; attesté dans la même aire géogr. en lat. médiév. sous la forme bera en 1110-1130 (Inv. Arch. H., I, p. 63 col. 2 dans Verr.-On., loc. cit.) et beria en 1337 (Charta Fulconis episc. Andegav. de decimis Valleyae ex Tabulario S. Albini Andegav. dans Du Cange t. 1, p. 638b); ces formes excluent un rapprochement avec le prov. mod. bouiro « bief d'un moulin » qui représente une forme *boria; un rapprochement avec l'a. fr. buire « écluse » (1321, Cart. d'Esdras de Corbie, Richel. 1. 17760, fo36 vodans Gdf.), d'aire géogr. pic. et wallonne, réputé d'étymol. inconnue par FEW t. 23, p. 88b, est peu probable du point de vue phonét. et vu l'éloignement des 2 aires géographiques.
BBG. − Soyer (J.). Qq. mots du fr. mod. rares ou inéd. trouvés dans les doc. orléanais. Fr. mod. 1944, t. 12, p. 180.

Wiktionnaire

Verbe

boire \bwaʁ\ transitif, intransitif ou pronominal 3e groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se boire)

  1. (Transitif) Mettre un liquide dans sa bouche et l’avaler.
    • Pour couronner le tout, mon avocat se laisse aller sur son banc, tombe en faiblesse, et ne revient de son évanouissement qu’après avoir bu un verre de vinaigre des quatre-voleurs. — (Louis Huart, Physiologie de l’avocat, in Le Musée pour rire, tome premier, Aubert, Paris, 1839)
    • J’ai retrouvé ici la coutume américaine de ne boire aux repas que de l'eau ou du lait. — (Jules Leclercq, La Terre de glace, Féroë, Islande, les geysers, le mont Hékla, Paris : E. Plon & Cie, 1883, page 46)
    • Depuis le 24 janvier nous sommes en ramadan, neuvième mois de l’année lunaire mahométane, pendant lequel tout bon musulman s’abstient de manger, de boire, de fumer, bref, de toute jouissance charnelle, depuis l’aube jusqu'au coucher du soleil. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, p. 126)
    • Au bout d’une vingtaine de mètres, il s’arrêta devant un restaurant, une boîte à bon marché, et nous invita à entrer avec lui, histoire de manger et de boire un peu. — (Henry Miller, L’Ancien Combattant alcoolique au crâne en planche à lessive, in Max et les Phagocytes, traduction de Jean-Claude Lefaure, Éditions du Chêne, 1947)
    • Si je ne vieillis pas, gamin, c’est que je bois la sève des bouleaux au printemps. Ça dépure, ça fait pisser par pintes. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
  2. (Figuré) Absorber avec avidité quelque chose d'immatériel.
    • Elle buvait ses paroles.
    • – Est-elle jeune?
      – Elle doit l'être.
      – À quoi jugez-vous cela?
      – À sa voix que j'ai entendue, à sa main que j'ai touchée, à son haleine que j'ai bue.
      — (Alexandre Dumas, Le comte de Moret (Le sphinx rouge), 1865, II, 3)
  3. (Intransitif) Boire de l’alcool avec excès ; s’enivrer.
    • Et lui qui buvait rarement et fort peu prit coup sur coup deux pleins verres de kirsch, de notre kirsch qui fait dans les soixante et qui vous met le feu aux veines pour une grande journée. — (Jean Rogissart, Hurtebise aux griottes, L’Amitié par le livre, Blainville-sur-Mer, 1954, p. 16)
    • C'est alors que l'on commence à boire d'une façon plus suivie; à l’œnolisme aigu, succède peu à peu l’œnolisme chronique que nous constatons le plus souvent aujourd'hui, du moins chez l'ouvrier qui, imbu du préjugé que le vin donne des forces, arrive à boire, en moyenne, de 2 à 3 litres de vin par jour. — (Paul Carnot & Etienne Lancereaux, Intoxications, J.-B. Baillière et fils, 1907, page 209)
    • Ses économies sombraient, son ventre poussait, mais il ne s'en préoccupait guère; il buvait à longueur de temps avec ceux qui voulaient bien le suivre. — (Michaël Perruchoud, Poil au temps, Éditions L'Âge d’Homme, 2002, p. 99)
    • (Par extension)Ces loustics prennent l’argent, vont le boire ou le dissiper au jeu et, comme renseignements, ceinture. — (Francis Carco, Messieurs les vrais de vrai, Les Éditions de France, Paris, 1927)
  4. (Intransitif) (Par extension) Absorber du liquide.
    • Ce papier boit, l’encre passe au travers.
    • L’éponge boit, elle absorbe l’eau.
  5. (Par ellipse) Être sur le point de se noyer.
    • Quand on vint à son secours, il commençait à boire.
  6. (Familier) Porter un toast à.
    • Le Prince était perdu dans ses méditations. Il les interrompit cependant pour boire à l’Empereur, en levant une coupe de champagne. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 147 de l’éd. de 1921)
  7. (Pronominal) Être normalement bu d’une certaine façon.
    • La tisane se boit chaude.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

BOIRE. (Je bois; nous buvons. Je buvais. Je bus. Je boirai. Bois. Que je boive. Que je busse. Buvant. Bu.) v. tr.
Avaler un liquide. Boire de l'eau, du vin, de la bière, etc. Absolument, Boire frais. Boire chaud. Boire à la fontaine. Boire dans le creux de la main. Boire dans un verre. Boire d'un trait. Boire à longs traits, à la régalade. Par extension, Boire un verre, une bouteille de cidre. Donner à boire, Tenir cabaret, vendre du vin en détail à tout venant. Il y a au coin de la rue un homme qui donne à boire. Donner à boire et à manger. Vin prêt à boire, Vin qui a acquis sa maturité, qui est en état d'être bu. Chansons à boire, Chansons faites pour être chantées à table. On dit dans le même sens Air à boire. Cet homme boit bien, il boit sec, Il boit beaucoup. Boire d'autant, Boire beaucoup. Boire à sa soif, Ne boire que quand on en a effectivement besoin. Boire son soûl, tout son soûl, Boire autant qu'on veut et au-delà du besoin. Pop., Boire à tire-larigot, boire comme un templier, boire comme un trou, comme une éponge, Boire excessivement. Boire à la santé de quelqu'un, Exprimer des vœux pour la santé de quelqu'un en buvant. On dit aussi Boire une santé, des santés. On dit de même Boire à quelqu'un. Boire au retour, au prompt retour, à l'heureux voyage, aux succès de quelqu'un, etc. Boire au bon retour de quelqu'un signifie aussi Boire en signe de joie de son arrivée. Boire à la ronde, Boire tour à tour, les uns après les autres. Après boire, Après avoir bu. Donner pour boire à des ouvriers, à un commissionnaire, à un cocher. Voyez POURBOIRE. Fig., Boire le vin de l'étrier, ou le coup de l'étrier, Boire un verre de vin quand on est prêt à partir. Fig. et fam., C'est la mer à boire, se dit d'une Entreprise qui présente des difficultés extrêmes, des obstacles insurmontables. On dit dans le sens contraire, Ce n'est pas la mer à boire. Il se dit encore de Quelqu'un qui court le risque de se noyer. Quand on vint à son secours, il commençait à boire. Il y a à boire et à manger, se dit proprement d'un Liquide, vin, bouillon, café, trouble et épais. Fig. et fam., il se dit d'une Affaire qui peut avoir à la fois de bons et de mauvais résultats, d'une question qui présente plusieurs aspects, d'un ouvrage où il y a du bon et du mauvais. Prov., Qui bon l'achète, bon le boit, se dit en parlant d'un Bon vin. Fig. et fam., il signifie Il ne faut point plaindre l'argent à de bonne marchandise. Prov. et fig., On ne saurait faire boire un âne s'il n'a soif, qui n'a pas soif. Voyez ÂNE. Prov. et fig., Le vin est tiré, il faut le boire, se dit pour exprimer qu'on est trop engagé dans une affaire pour reculer. Fig., Boire le calice, Se soumettre à faire ou à souffrir ce qu'on ne saurait éviter. Boire le calice jusqu'à la lie, Souffrir une humiliation complète, une douleur longue et cruelle, un malheur dans toute son étendue. Fig., Boire un affront, Souffrir une injure sans en témoigner de ressentiment. Avoir toute honte bue, N'avoir plus honte de rien. Prov. et fig., Qui fait la faute, la boit, Celui qui a fait une faute en doit porter la peine. Le roi boit! ou La reine boit! Acclamation usitée dans les repas le jour des Rois, lorsque le roi ou la reine de la fève boit. Il signifie aussi Boire avec excès, s'enivrer. Il est sujet à boire. Il a le défaut de boire. Elle a renvoyé son chauffeur, parce qu'il buvait. Prov. et fig., Qui a bu boira, se dit en parlant d'un Défaut dont on ne se corrige jamais. Il signifie aussi, en parlant des choses, S'imbiber, s'imprégner. Ce papier boit, L'encre passe au travers. La terre boit l'eau. L'éponge boit.

BOIRE s'emploie aussi comme nom masculin dans cette locution figurée et familière, Il en oublie, il en perd le boire et le manger, Il est entièrement absorbé par une occupation, par une passion.

Littré (1872-1877)

BOIRE (boi-r'), je bois, tu bois, il boit, nous buvons, vous buvez, ils boivent ; je buvais ; je bus, tu bus, il but, nous bûmes, vous bûtes, ils burent ; je boirai ; je boirais ; bois, buvons, buvez ; que je boive, que tu boives, qu'il boive, que nous buvions, que vous buviez, qu'ils boivent ; que je busse, que tu busses, qu'il bût, que nous bussions, que vous bussiez, qu'ils bussent ; buvant ; bu v. a.
  • 1Avaler un liquide. Il boit du vin. Vous boirez de la tisane. Il but du poison. Buvez un verre d'eau.
  • 2Dépenser à boire. Il [mon aïeul] but ainsi son héritage ; Que son âme soit en repos ! Béranger, Enfant de b. maison. Buvons gaîment l'argent de mon tombeau, Béranger, Mon tomb.

    À boire ! locution pour demander qu'on verse à boire.

  • 3 Fig. Que tout seul, s'il se peut, je boive tout le fiel Que répandrait sur vous la colère du ciel, Mairet, Sophon. IV, 1. Et d'enfants à sa table une riante troupe Semblait boire avec lui la joie à pleine coupe, Racine, Esth. II, 9. La céleste troupe, Dans ce jus vanté, Boit à pleine coupe L'immortalité, Rousseau J.-B. Bacchus, cantate. Le germe des douleurs infecte leur repas ; Et dans des coupes d'or ils boivent le trépas, Thomas, Ép. au peuple. Quand pourrai-je… Boire l'heureux oubli des soins tumultueux, Delille, L'hom. des ch. IV. Adieux, regrets, baisers… Mon âme s'en troublait, mon oreille ravie Buvait languissamment ces prémices de vie, Lamartine, Joc. I, 36.

    Boire, dans le sens d'être obligé d'endurer. Honorable défaite… Encores derechef me la fallut-il boire, Régnier, Sat. VIII. Qui gai fait une erreur, la boit à repentance, Régnier, Sat. X. Ayant bu la première honte, Hamilton, Gramm. 11. Malheureux que je suis ! il faut que je boive l'affront, Molière, Préc. 18. Mon frère, doucement il faut boire la chose, Molière, Éc. des mar. III, 20. Ils boivent les affronts comme l'eau, Rousseau, Ém. II. Il boit, en expirant, le plus horrible affront : Les pieds d'un malheureux suspendu sur sa tête Renversaient sa couronne et lui battaient le front, Masson, les Helvétiens, III.

  • 4 Absolument, boire du vin. On buvait pendant des jours entiers. Boire beaucoup, boire avec excès, bien boire. Il avait bu copieusement. Aimer à boire. Vous buviez sur son reste, et montriez d'affecter Le côté qu'à sa bouche elle avait su porter, Molière, l'Étour. IV, 5. Soyons bien buvants, bien mangeants, Nous devons à la mort de trois l'un en dix ans, La Fontaine, Fab. VI, 19. J'ai soupé hier avec trois des plus jolies femmes de Paris ; nous avons bu jusqu'au jour…, Lesage, Turc. III, 5.

    Boire son soûl, boire autant qu'on veut.

    Boire à la santé de quelqu'un, faire des vœux pour quelqu'un en buvant. Nous buvons à votre heureux retour. Qu'on boive aux maîtres de la terre, Qui n'en boivent pas plus gaîment, Béranger, Trinquons.

    On dit aussi, boire la santé de quelqu'un, au lieu de boire à sa santé. Je voudrais bien les remercier d'avoir bu ma santé ; la vôtre fut bue avant-hier chez la princesse de Tarente, Sévigné, 441.

    Boire sec. Cet homme boit sec, c'est-à-dire il boit beaucoup.

    Le roi boit ! la reine boit ! Acclamation usitée dans les repas du jour des Rois, lorsque le roi ou la reine de la fève boivent.

    Boire, être ivrogne. Cet homme a le défaut de boire.

    Donner à boire, tenir un cabaret.

    Chanson à boire, chanson de table. Elle chanta vingt chansons à boire, Sévigné, 407. Chanter un air à boire, Molière, Bourg. IV, 1.

    Donner pour boire, donner une gratification en outre du salaire. Je lui donnerai de quoi boire, Sévigné, 15.

    Après boire, après avoir bu, à son aise. Un poëte n'est bizarre et fâcheux qu'après boire, Régnier, Sat. VIII. Un beau jour, après boire, La Fontaine, Mazet. Eh bien ! nous lirez-vous quelque chose aujourd'hui ? Me dit un curieux qui s'est toujours fait gloire D'honorer les neuf sœurs et toujours, après boire, Aime à dormir au bruit des vers psalmodiés, Chénier, Ép. 2.

    Fig. Ils boiront dans la coupe affreuse, inépuisable, Que tu présenteras au jour de ta fureur, à toute la race coupable, Racine, Ath. II, 9.

    En langage poétique, boire à la source d'Hippocrène, faire des vers.

    Boire, courir risque de se noyer. On est allé à son secours ; il commençait à boire. Il faillit se noyer et but beaucoup. On dit dans le même sens, boire un coup.

    Terme de manége. Un cheval qui boit dans son blanc, est un cheval qui a le nez blanc ; un cheval qui boit la bride, a le mors trop enfoncé dans la bouche.

  • 5S'imbiber, s'imprégner de. L'éponge boit l'eau. La terre brûlée longtemps par le soleil, but la pluie.

    Absolument. Ce papier boit, il se laisse pénétrer par l'encre.

    Fig. La terre humectée But à regret le sang des neveux d'Érecthée, Racine, Phèdre, II, 1. Telle est Iris, quand un nuage obscur, Chargé de pluie, altéré de lumière, Boit le soleil, et vers notre paupière Réfléchit l'or et la pourpre et l'azur, Malf. Narcisse, III.

  • 6 V. n. Terme de tannerie. Faire boire les peaux, les mettre à la rivière.
  • 7 Terme de couturière. Faire boire du taffetas, du linge, une étoffe, tenir en cousant une pièce lâche contre l'autre tendue, de manière qu'avec des longueurs inégales elles arrivent au même point.

    Terme de marine. Faire boire la voile, tenir la voile lâche en la cousant à sa ralingue.

    En ces deux derniers emplois, boire se dit pour être béant, à demi ouvert, et cela se comprend, puisque boire exige que la bouche soit ouverte.

  • 8Se boire, v. réfl. Être bu. Ce vin se boit au dessert.

PROVERBES

Boire comme un templier, comme une éponge ; boire excessivement. Les chevaliers de l'ordre du Temple étaient accusés d'être ivrognes.

Boire le vin du marché, boire ensemble après la conclusion d'un marché.

Boire le vin ou le coup de l'étrier, boire un verre de vin quand on est près de partir.

À petit manger bien boire, c'est-à-dire lorsqu'on a peu à manger, il est bon de boire un bon coup.

Il y a à boire et à manger, c'est-à-dire l'affaire présente de bons et de mauvais côtés ; se dit aussi, au propre, d'un liquide trouble, par exemple du café mal filtré.

Qui bon l'achète, bon le boit, c'est-à-dire il ne faut point plaindre l'argent à bonne marchandise.

On ne saurait faire boire un âne s'il n'a soif, c'est-à-dire on ne saurait déterminer une personne entêtée à faire ce qu'elle n'a pas envie de faire.

Qui fait la faute la boit, on porte la peine des fautes qu'on fait.

On ne saurait si peu boire qu'on ne s'en sente, c'est-à-dire boire un peu trop expose toujours à quelque sottise.

Croyez cela et buvez de l'eau, se dit d'une chose qui ne mérite pas de croyance. On dit dans un sens à peu près analogue : buvez frais ; buvez du meilleur. Prononcez seulement ces mots in, cum, sub, et buvez du meilleur, Voltaire, Dial. 10.

C'est la mer à boire, se dit d'une chose trop difficile, qui ne se peut faire. Ce n'est pas la mer à boire, se dit d'une chose qui ne présente pas de grandes difficultés. Si je pouvais remplir mes coffres de ducats ! Si j'apprenais l'hébreu, les sciences, l'histoire ! Tout cela c'est la mer à boire, La Fontaine, Fab. VIII, 25.

Il n'y a pas de l'eau à boire, c'est-à-dire à ce travail, à ce métier, à ce marché, il n'y a rien à gagner.

Le vin est tiré, il faut le boire, c'est-à-dire il n'y a plus à hésiter, à reculer, et aussi, vous avez commencé, il faut achever.

Qui a bu boira, c'est-à-dire on ne se corrige pas de ses vieux défauts.

HISTORIQUE

XIe s. Li mieux gariz [protégés] en ont boüd [se sont noyés] itant, Ch. de Rol. CLXXVI.

XIIe s. S'il en bevoit, ne fust mort erramment, Ronc. p. 105. Onques Tristans, cil qui but le brevage, Plus loiaument n'ama sans repentir, Couci, XI.

XIIIe s. Et quant il lui donnoit à boire et à manger, Berte, XI. Volentiers [elle] en beüst, mais trouble ert [était l'eau] com godale [sorte de bierre], ib. XXVII. À son plaisir elle a et mangié et beü, ib. LI. Illuec [il] eüst esté noiiés ; Mais li peschieres à esploit S'en vint au comte qui buvoit, Bl. et Jeh. 2711. Si ot non li legas de France maistre Robiers de Crescon et estoit englois, preudomme, mais volentiers buvoit ; par Dieu ! ainsi sont maint preudome, Chron. de Rains, p. 87. Il convient que il [le fripier] doint au roy pour le mestier XXV deniers de la haubanerie, et XII deniers à boivre aus compaignons, Liv. des mét. 202. Il est bien raison que l'anui Que je ai porchacié reçoive ; Droiz est que ma folie boive, Ren. 15748. Je ne sui mie encore morz ; Moult avez tost le duel beü Que vos avez de moi eü, ib. 12775. À ce sunt cil bien cognoissant Qui vont les dames traïssant, Qui dient por eus [els, elles] losengier Qu'il ont perdu boivre et mengier, la Rose, 2566. Et quant il vint à la fontaine Que li pins de ses rains [branches] covroit, Il se pensa que il bevroit, ib. 1488. Il n'est nus qui de celi boive, Boive en neïs plus qu'il ne doive [même s'il en boit plus qu'il ne doit], Qui sa soif en puisse estanchier, Tant a le boivre dous et chier, ib. 6012. S'il fist folie, si la boive, Rutebeuf, 79. Et li dit que il looit [conseillait] qu'il se traïsist [retirât] à main destre sur le flum, pourceque ses serjans eussent à boire, Joinville, 226. Ses chevaliers sarrazins se mistrent en la ville et comencerent à boivre des vins, et furent maintenant touz ivres, Joinville, 248.

XIVe s. Et semblablement ne desirent pas touz unes meismes viandes ou boires, Oresme, Eth. 95.

XVe s. Et usent grand foison d'espices, par especial de sucre et aussi de lait de chevres ; ce sont les communs boires des Turs et des Sarrazins, Froissart, III, IV, 58. Pensez à vos besognes, car jamais je ne buverai ni ne mangerai tant que vous soyez en vie, Froissart, II, III, 76. [Les Anglais naufragés sur la côte d'Irlande] burent assez, Froissart, II, II, 59. L'endemain, après messe et après boire, les traiteurs [les négociateurs] vinrent ensemble en la dite chapelle…, Froissart, I, I, 143. Puisqu'il est trait [tiré], il le faut boire, Orléans, Rép. à Fred. Il lui falloit adviser necessairement comment il pourroit mieulx boire ce qu'il avoit brassé, car boire le luy falloit, Chastelain, Chron. du duc Philippe, Introd. En l'an de mon trentieme eage, Que toutes mes hontes j'eu beues, Ne de tout fol encor ne sage, Villon, Gr. Test.

XVIe s. Plus tost beuront [boiront] les Partes Araris, Marot, IV, 6. [Les rivières] Qui d'une part en la terre se boivent : Autres plusieurs en la mer se reçoivent, Marot, IV, 13. Je boiray par Dieu et à toy, et à ton cheval, Rabelais, Garg. I, 39. Ils en perdent le boire, le manger et le repos, Montaigne, I, 64. Boire chaud, boire froid, Montaigne, I, 164. Qui fait la faute, il la boit, Loysel, 825. Les premiers harquebusiers qu'on avoit poussez beurent seuls quelque fumée, et firent la pluspart du meurtre en attendant les autres, D'Aubigné, Hist. I, 153. Premier que de joindre, il lui fallut boire la volée de 14 canons, D'Aubigné, ib. I, 167. Parmi les pleurs et la tristesse, ce prince beut les remonstrances des pasteurs et des amis [les accueillit], et rompit les mauvaises esperances de la cour, en espousant la sœur du duc de Longueville, D'Aubigné, ib. I, 198. Si peu de pieces qu'ils menoient n'eussent peu passer du costé du Vivarets, d'où les montagnes vont boire dans la riviere, D'Aubigné, ib. I, 320. Ceux qui firent cette sortie, et qui en beurent le premier peril sont en cette compagnie, D'Aubigné, ib. II, 305. En mesme temps commença la tranchée, qui vint percer la contr'escarpe et boire dans le fossé, D'Aubigné, ib. III, 29. Un Allemand de la garde s'estoit fort beu, Paré, IX, 1er disc. La terre les eaux va boivant, L'arbre la boit par sa racine, La mer salée boit le vent, Et le soleil boit la marine ; Le soleil est beu de la lune, Tout boit soit en haut ou en bas : Suivant ceste reigle commune, Pourquoy donc ne boirons-nous pas ? Ronsard, 507. Point ne parle à celui qui boit, Génin, Récréat. t. II, p. 247.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

BOIRE, v. act. & n. (Physiolog.) action par laquelle on fait entrer des liqueurs dans la bouche, puis dans le gosier pour les conduire à l’estomac. Voyez Gosier & Estomac. Il y a deux moyens pour cet effet, sans compter ceux que nous pourrions mettre en usage, si nous voulions imiter les façons de boire des animaux : celles qui sont les plus ordinaires à l’homme, sont de pomper les liquides, ou de les verser dans la bouche.

On boit en pompant, en suçant, quand on boit avec un chalumeau : les enfans tetent leurs nourrices en suçant. On suce de même en buvant dans un verre, dans un biberon, ou lorsque l’on boit dans une riviere ou au bassin d’une fontaine. On peut pomper ou sucer de différentes manieres, avec la bouche seulement, ou avec la bouche & la poitrine ensemble. Quand on suce avec la bouche seulement, on fait d’elle-même une pompe aspirante, les levres se ferment en rond, & laissent une ouverture que je compare à celle du bout de la pompe qui est dans l’eau ; le corps de la pompe est fait par les joües, les mâchoires & le palais ; la langue fait le piston. Quoique cette comparaison soit exactement juste quant au fond, il y a pourtant quelque différence de la pompe ordinaire à celle que nous faisons avec notre bouche : ces différences consistent en ce que l’ouverture de la pompe, son corps & son piston, ne changent point leur grosseur ni leur diametre, & que les levres peuvent former une ouverture plus ou moins grande, suivant le desir que nous avons de pomper plus ou moins de liqueur à la fois, ou que nous voulons les faire entrer avec plus ou moins de vîtesse : la bouche devenue corps de pompe, s’augmente ou diminue, soit pour contenir la liqueur pompée, soit pour s’ajuster à la langue : celle-ci qui fait le piston, se grossit ou devient petite pour se proportionner aux différens diametres de la bouche : elle prend aussi différentes figures pour s’accommoder aux inégalités des dents, auxquelles elle doit être appliquée avec autant de justesse qu’un piston le doit être au corps de sa pompe. Ainsi on peut dire que la bouche fait tout ce que peut faire une pompe, & que de plus ses parties étant capables d’un nombre infini de modifications, elles multiplient les fonctions de la bouche, & en font une pompe d’une structure particuliere. Pour mettre en usage cette pompe, il faut que quelque liquide soit présent à l’ouverture des levres, & qu’il la bouche entierement ; on approche les joues des mâchoires pour diminuer la capacité de la bouche : on retire la langue en arriere, & le liquide vient occuper la place que tenoit la langue : mais pour faire entrer la boisson plus promptement & en plus grande quantité, on écarte la mâchoire inférieure de la supérieure, & la bouche occupant plus d’espace au dehors, presse l’air extérieur qui comprime la liqueur, & la fait entrer dans la cavité de la bouche, augmentée par l’éloignement des mâchoires. Si l’on met le bout d’un biberon plein d’eau dans l’ouverture des levres, & que l’on fasse les mêmes mouvemens des joues, des levres, de la langue & des mâchoires, le liquide entrera de même. Un siphon, un biberon & autres vaisseaux de pareille espece, ne sont que l’ouverture des levres prolongées. Lorsque l’on a rempli la bouche, il faut la vuider, si l’on veut pomper ou sucer de nouveau. Elle se vuide en-dedans quand on avale, ou en-dehors quand on seringue, pour ainsi-dire, ce que l’on avoit pompé ; c’est ce que font les Cabaretiers quand ils goûtent leurs vins. Dans l’un & dans l’autre cas la langue fait le piston ; elle s’avance en-devant, elle presse le liquide qu’elle jette en-dehors, si les levres sont ouvertes, ou qu’elle chasse du côté du gosier, si la valvule est levée, & que les levres soient exactement fermées. La seconde maniere de faire entrer des liqueurs dans la bouche en pompant, dépend de la dilatation de la poitrine ; par cette dilatation l’air extérieur pousse l’eau & la fait entrer dans l’ouverture des levres ; cela se fait, en inspirant. On inspire de l’eau ou de l’air ensemble ou séparément : quand on inspire du liquide seul, cela se nomme sucer ; & lorsque l’on inspiré l’un & l’autre, cela s’appelle humer : dans cette façon de boire, l’air prend la route de la trachée-artere, pendant que l’eau reste dans la bouche. Pour humer on forme ordinairement une ouverture aux levres plus grande que pour pomper. On éloigne les levres des mâchoires ; on leve le bout de la langue du côté du palais ; on releve la valvule du gosier, & on inspire. L’ouverture des levres doit être plus grande, pour que l’air extérieur qui presse l’eau que l’on veut humer, ait moins de peine à la faire entrer dans la bouche. On éloigne des levres les mâchoires pour former une espace capable de contenir l’eau ; on releve le bout de la langue, qui, comme un rempart, retient l’eau, l’empêche de suivre l’air qui entre dans la trachée-artere ; on releve la valvule du gosier pour que l’air puisse passer ; & enfin en dilatant la poitrine, on inspire pour que l’air extérieur presse le liquide, & l’oblige d’entrer dans la bouche avec lui. C’est ainsi que l’on prend un bouillon, du thé, du caffé & autres liqueurs chaudes.

On peut verser les liquides dans la bouche de trois manieres : dans la premiere on verse doucement à mesure que la langue conduit la boisson dans le gosier ; c’est une façon assez ordinaire de boire. Dans la seconde on verse brusquement tout-à-la-fois, & la langue conduit le tout dans le gosier avec la même vîtesse ; c’est ce que l’on appelle sabler : & la troisieme est de verser dans la bouche ayant la tête renversée ; c’est ce que l’on appelle boire au galet. Quand on boit de la premiere façon, la langue peut prendre deux situations différentes ; elle peut avoir son bout appliqué à la partie du palais qui est la plus proche des dents de devant, sans quitter cette place, quoiqu’elle se meuve pour avaler, parce qu’il suffit qu’elle se baisse pour son milieu, en décrivant une ligne courbe qui laisse deux espaces sur les côtés par où l’eau monte dans le vuide que la courbure de la langue laisse entr’elle & le palais ; après quoi la langue pousse l’eau dans le gosier, en approchant son milieu au palais, sans que son bout quitte sa premiere place, & pour lors le milieu de la langue ne fait que se baisser pour recevoir, & se hausser pour pousser les liquides dans le gosier jusqu’à ce qu’on ait tout avalé. La seconde situation que peut prendre la langue est d’avancer au-delà des dents, & placer son bout au-dessous du bord du verre qui répand sur elle sa liqueur, laquelle est poussée de même dans le gosier lorsque la langue se releve, & qu’elle s’applique au palais. Les actions de sabler & de boire au galet demandent d’autres mouvemens, dans le détail desquels nous n’entrerons pas ici. V. Mém. de l’academie royale des Sciences, année 1715. page 188. & suivantes. (L)

Boire, faire boire les peaux, terme de Chamoiseur & de Mégissier, qui signifie jetter à la riviere les peaux de chevre, de mouton, ou autres animaux semblables, pour les y faire tremper, après qu’elles ont passé sur le chevalet, & qu’elles y ont été préparées avec le couteau de riviere du côté de la chair. On les y laisse plus ou moins de tems, selon la chaleur de la saison. Cette façon se donne quand on est prêt à les travailler de fleur pour la seconde fois. Voyez Chamois.

Boire dans son blanc, (Manége.) expression figurée qui signifie qu’un cheval bay alzan, &c. a le nez tout blanc. Boire la bride, se dit lorsque les montans de la bride, n’étant pas assez allongés, le mors force les coins de la bouche du cheval, & les fait rider. Faire boire un cheval au seau, c’est lui apporter un seau d’eau pour le faire boire dans l’écurie sans le déranger de sa place. (V)

BOIRE, terme de papier ; on dit que du papier boit, lorsque l’encre pénetre à travers, & paroît de l’autre côté de la feuille ; le papier, qui boit ne vaut rien pour écrire, parce que dans ce cas l’encre s’étend & brouille l’écriture. Ce défaut arrive au papier faute d’avoir été bien collé, & quand il est trop humide.

BOIRE, terme de Tailleur ; les tailleurs disent qu’une étoffe boit, lorsque de deux lisieres qui sont jointes ensemble par une couture, l’une plisse un peu, & est cousue plus lâche que l’autre.

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Étymologie de « boire »

(Verbe) De l’ancien français bevvre (Xe siècle), beivre, boivre, du latin bĭbĕre (« boire »). Le radical bev- (bevons, bevez, bevant) est devenu beuv- puis buv- par labialisation. beuv- a été conservé dans beuverie (→ voir breuvage).
(Nom 1) Déverbal du verbe.
(Nom 2) De l’ancien français buire (« bief, écluse »)[1]. Littré[2] le rapproche également de buire (« pot à anse ») avec le sens de « anse ».
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Bourguig. borre ; Berry, bere, beuvre ; provenç. beure ; catal. beurer ; espagn. beber ; ital. bevere ; du latin bibere ; rattaché au grec πίνειν, boire, par le sanscrit , boire, dans les védas pib, d'où, par assimilation de la consonne, la réduplication bib. Boire est régulièrement formé, ayant l'accent tonique sur la même syllabe que bíbere.

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Phonétique du mot « boire »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
boire bwar

Évolution historique de l’usage du mot « boire »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « boire »

  • L’indulgence est la fontaine où le mépris va boire. De Gilles Veber / Gauthier
  • Il peut tout de même arriver que le plaisir de donner soif à l'autre soit moins grand que celui de lui donner à boire. Robert Mallet, Apostilles, Gallimard
  • Lever matin n'est point bonheur Boire matin est le meilleur. François Rabelais, Gargantua, 21
  • Petite pluie abat grand vent : longues beuvettes* rompent le tonnoire**. François Rabelais, Gargantua, 5
  • Vous en telle ou meilleure pensée réconfortez votre malheur, et buvez frais si faire se peut. François Rabelais, Gargantua, 1
  • C'est maintenant qu'il faut boire. Horace en latin Quintus Horatius Flaccus, Odes, I, XXXVII, 1
  • Dans le canton, les gens disent que Jeppe boit, mais personne ne dit pourquoi Jeppe boit. Ludvig, baron Holberg, Jeppe de la montagne, I, 3
  • Boire peu pour boire longtemps. De Guy Bedos / Revue de presse - 1995
  • Trop boire noie la mémoire. De Proverbe français
  • Si vous êtes venu boire pour oublier, soyez gentil, payez avant de boire. De Jean-Charles
  • Le jambon fait boire Or, le boire désaltère Donc, le jambon désaltère. De Michel de Montaigne
  • Vivre sans boire, c'est mourir, et boire en mourant, c'est revivre. De Marc-Antoine Girard de Saint-Amant
  • Boire du café empêche de dormir. Par contre, dormir empêche de boire du café. De Philippe Geluck / L'excellent du chat
  • A vaincre sans barils, on triomphe sans boire. De Carlos
  • Bien boire et bien manger font bien travailler. De Proverbe français
  • A force de boire, je me suis altéré. De Maurice Roche
  • Quand le chèque est tiré, il faut le boire. De Pierre Perret
  • J’ai arrêté de boire. Mais seulement quand je dors. De George Best
  • Quand le pain est mouillé, il faut le boire. De Chaval
  • Boire sans soif et faire l'amour en tout temps, madame, il n'y a que ça qui nous distingue des autres bêtes. Pierre Augustin Caron de Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, II, 21
  • Boire du vin, c'est être bon catholique. François Béroalde de Verville, Le Moyen de parvenir
  • Il faut être assez fort pour se griser avec un verre d'eau et résister à une bouteille de rhum. Gustave Flaubert, Carnets
  • Donne-lui tout de même à boire, dit mon père. Victor Hugo, La Légende des siècles, Après la bataille
  • Et maintenant buvons, car l'affaire était chaude. Victor Hugo, La Légende des siècles, le Mariage de Roland
  • Une nouvelle qui devrait ravir les amateur de Bordeaux, on  parle du vin de Bordeaux, boire deux  verres de vin rouge par jour ferait maigrir. Cela dit , il convient de mettre le mot "ferait" au conditionnel. C'est  une info trouvée sur le site , Le Bonbon.fr/bordeaux,   site qui relaie une étude américaine qui nous vient de la Washington State University. France Bleu, Vu sur le web, boire du vin pour maigrir, sauter du pont Chaban et Pierre Perret qui reprend du service
  • Un enfant de 11 ans est mort aux Etats-Unis après avoir été forcé à boire trop d’eau par son père et sa belle-mère. , Le calvaire d’un petit garçon mort après avoir été forcé à boire trop d’eau
  • Zachary, tel était le nom de l’enfant victime de la cruauté de ses parents. En effet, il a été forcé à boire des litres d’eau pendant une période de 4 heures sans se nourrir. Il a commencé à se sentir mal aux jambes et a vomi avant d’aller se coucher. Magazine Sextant, Des parents ont tué leurs enfants en lui faisant boire 3 L d’eau en 4 heures
  • Les clubs de Premier League auraient fait campagne pour que les supporters soient autorisés à boire dans leur siège à leur retour dans les stades. News 24, Les clubs PL & # 039; feront campagne pour permettre aux fans de boire dans les sièges & # 039; au retour au sol - News 24

Traductions du mot « boire »

Langue Traduction
Anglais drink
Espagnol beber
Italien bere
Allemand trinken
Portugais beber
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Synonymes de « boire »

Source : synonymes de boire sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « boire »

Boire

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