La langue française

Balance

Sommaire

  • Définitions du mot balance
  • Étymologie de « balance »
  • Phonétique de « balance »
  • Évolution historique de l’usage du mot « balance »
  • Citations contenant le mot « balance »
  • Images d'illustration du mot « balance »
  • Traductions du mot « balance »
  • Synonymes de « balance »

Définitions du mot balance

Trésor de la Langue Française informatisé

BALANCE, subst. fém.

I.− Instrument de mesure.
A.− Mesure du poids.
1. Instrument servant à peser, à mesurer la masse d'un corps par référence à un système étalon :
1. Ses expériences se bornent à celles d'une balance à cadran, ou quelques badauds vont s'assurer du poids de leur corps; ... Jouy, L'Hermite de la Chaussée d'Antin,t. 5, 1814, p. 136.
2. Une tête de veau, mordant sa langue, une cravate rouge sur les poils bruns du cou tranché, égouttait du sang sur le dos rose d'un mouton entier. Les poids de cuivre et les plateaux de balance luisaient sur marbre blanc. Hamp, Vin de Champagne,1909, p. 79.
3. Dans l'autre salle, on criait des noms. Alors, un de ceux-là marchait sur ses pieds déchaussés, avec un bruit comme en font les bêtes. Comme il entrait là-bas, on entendait : « Pesez-le! » Le poids grinçait sur le fléau de la balance : − Cinquante kilos, on disait. Giono, Le Grand troupeau,1931, p. 130.
TURFISTE. Salles des balances ou simplement balances. Salle où l'on pèse les jockeys avant et après la course.
SYNT. (Types de balances, suivant l'usage auquel on les destine et les mécanismes de leur fonctionnement). Balance de P. Curie, de Roberval; balance pèse-lettre, romaine, de Quintenz; microbalances; balance automatique, argyrométrique (M. Gasnier, Dépôts métalliques directs et indirects, 1927, p. 342), hydrostatique (A. Brongniart, Traité des arts céram., 1844, p. 220).
2. [La balance comme symbole] La balance figure dans certaines représentations à caractère symbolique.
a) Symbole de la Justice, représenté par deux plateaux suspendus à un fléau :
4. Les uns le [public] représentent comme un divin génie, qui tient à la main le glaive et la balance de Thémis, juge les prétentions des auteurs, et condamne sans appel les mauvais ouvrages; (...). Les autres le représentent comme un monstre hideux, ... Jouy, L'Hermite de la Chaussée d'Antin,t. 1, 1811, p. 124.
b) Symbole du Septième signe du Zodiaque :
5. Mais lorsque l'astre du jour, atteignant la balance et le serpent céleste ou les signes d'automne, passe dans l'autre hémisphère, alors il livre par sa retraite nos régions aux rigueurs de l'hiver, aux vents impétueux et à tous les ravages que le génie malfaisant des ténebres exerce dans le monde. Dupuis, Abr. de l'orig. de tous les cultes,1796, p. 314.
B.− P. anal.
1. Appareil servant à mesurer des forces autres que les poids et ayant leur application dans des domaines particuliers. Balance électromagnétique, électrodynamique, manométrique :
6. La force produite par la pression des gaz de la poudre [dans une bouche à feu] se mesure (...) directement par l'emploi des crushers ou de la balance manométrique; ... A. Ledieu, E. Cadiat, Le Nouv. matériel naval,t. 1, 1890, p. 2.
2. Instrument ou dispositif rappelant la balance par sa forme ou par le principe d'équilibre de son fonctionnement.
PÊCHE. Petit filet plat dont la forme rappelle un plateau de balance, utilisé pour pêcher les crevettes, les écrevisses... Dépêchez-vous, Monsieur Fanning, nous allons poser des balances dans le ruisseau (Mauriac, Asmodée,1938, III, I, p. 93).
TECHNOL. [En parlant d'une machine à vapeur] :
7. On a donné le nom spécial de balance à l'ensemble de l'appareil formé par les ressorts, leurs tiges et leurs fourreaux. Herdner, Locomotives...,p. 112.
3. Appareil permettant des mesures ou des calculs numériques particuliers.
CHIM. Balance d'Arndt. ,,Balance automatique et enregistreuse conçue pour mesurer de façon continue la densité du gaz carbonique dans les fumées`` (Méd. Biol. t. 1 1970). Balance de sorption :
8. Par une « balance de sorption » de Mc Bain et Bakr, (...) on a mesuré la sorption de vapeurs d'acétone... Le Journal de phys. et le Radium,1931, p. 175D.
ÉLECTR. Balance de courant :
9. La « balance de courant » employée pour la première fois en 1911, (...) a été un peu modifiée et utilisée pour la détermination de la valeur absolue de l'ampère. Le Journal de phys. et le Radium,1935, p. 7D.
II.− P. métaph. ou au fig. [Implique la not. de jugement ou d'équilibre]
A.− Action de juger.
1. [Concerne l'exercice d'un pouvoir de justice divine ou hum. (cf. I A 2)] :
10. Le soin de ces intérêts doit donc être remis à ceux qui peuvent s'en occuper, aux tribunaux, (...) qui ont le loisir, comme ils ont le devoir, de tout approfondir, de tout peser dans une balance exacte; aux tribunaux, dont telle est la mission spéciale, et qui seuls peuvent la remplir. Constant, Principes de pol.,1815, p. 152.
11. − Fou! Trois fois fou à lier, celui qui calcule ses chances, qui met la raison de son côté! La justice céleste tient une balance dans ses mains. Musset, Les Caprices de Marianne,1834, II, 4, p. 170.
2. [Concerne le fait de comparer, de soupeser deux situations ou deux choses opposées] :
12. Que le scélérat, de quelque rang qu'il soit, tremble en apprenant qu'il existe des juges incorruptibles qui pèsent dans la même balance l'homme qui repose sous le chaume et l'homme entouré du faste de l'opulence. La Martelière, Robert, chef de brigands,1793, II, 2, p. 17.
13. Aucune considération ne peut entrer en balance avec la nécessité de repousser un agresseur. Constant, De l'Esprit de conquête,1813, p. 163.
14. ... car, quand le gouvernement est obligé de tenir la balance égale entre deux partis opposés, c'est un exercice continuel de raison et de justice. Mmede Staël, Considérations sur les princ. événements de la Révolution fr.,t. 1, 1817, p. 25.
15. J'accorde que les idées mystiques et extraordinaires puissent quelquefois mener à d'importantes découvertes : il faut aussi mettre dans l'autre bassin de la balance les inconvéniens qui peuvent en résulter. J. de Maistre, Les Soirées de Saint-Pétersbourg, t. 2, 1821, p. 261.
B.− État qui en résulte.
1. [En parlant d'une pers.]
a) Incertitude, hésitation :
16. Les juges cependant demeuroient en balance. Le linot, le serin, de la fauvette amis, Ne vouloient point donner de prix : Les autres disputoient. ... Florian, Fables,La Fauvette et le rossignol, 1792, p. 154.
b) Pondération, impartialité :
17. M. Damas-Ainard (...) vit dans la supposition de M. Fauriel une témérité gratuite de conjecture (...). M. Magnin, avec sa modération scrupuleuse et sa balance, s'est fait le rapporteur de ce procès dans un article du Journal des Savants... Sainte-Beuve, Portraits contemp.,t. 4, 1846-69, p. 264.
c) Avantage :
18. Quand on comparait sa beauté à celle de la duchesse, c'était surtout cet air de n'être émue par rien, cette façon d'être comme au-dessus de toutes choses, qui faisaient pencher la balance en faveur de sa rivale. Stendhal, La Chartreuse de Parme,1839, p. 253.
19. Averroès peut être considéré comme un rationaliste pur. Mais ce beau mouvement fut comprimé par la persécution des musulmans rigides. Le nombre et l'influence des philosophes ne furent pas assez grands pour emporter la balance, comme cela a eu lieu en Europe. Renan, L'Avenir de la sc.,1890, p. 497.
2. [En parlant d'une chose abstr.] :
20. La limitation de la souveraineté est donc véritable, et elle est possible. Elle sera garantie d'abord par la force qui garantit toutes les vérités reconnues, par l'opinion : ensuite elle le sera d'une manière plus précise, par la distribution et par la balance des pouvoirs. Constant, Principes de pol.,1815, p. 16.
21. Si la balance est rompue en faveur de la première [fonction primaire de la représentation], la vie psychique gagne en vivacité, mais tend à la superficialité, à l'incohérence, et boude l'abstraction. Mounier, Traité du caractère,1946, p. 292.
3. Emplois spéc., dans divers domaines techn.Méthode, technique ou procédé mis en œuvre en vue de mesurer, de comparer certaines données ou certains phénomènes.
En partic.
a) COMPTAB. Synon. de solde*.
b) ÉCON. POL.
Balance commerciale. ,,Déficit ou excédent couvrant les opérations du commerce international soumises aux statistiques ou au contrôle des douanes`` (Pujol 1970) :
22. En décembre 1931, Neville Chamberlain annonce qu'il faut réduire les importations en les taxant. Il justifie cette décision par les arguments traditionnels du protectionnisme : − Les importations vont diminuer, donc le déficit de la balance commerciale diminuera aussi; ... J.-A. Lesourd, C. Gérard, Hist. écon., XIXeet XXes., t. 2, 1966, p. 581.
Balance des paiements. ,,Ensemble des recettes et des dépenses, des débits et des crédits couvrant toutes les opérations de commerce effectuées entre un pays donné et les autres pays, entre les résidents de ce pays et les résidents des autres pays`` (Pujol 1970) :
23. Ce sont les structures de ces groupes, leurs interrelations, leurs rapports avec l'arbitre public, qui (...) déterminent les conditions sous lesquelles s'établissent concrètement les coûts comparés, les termes de l'échange, les gains de l'échange, les corrections des déséquilibres de la balance des paiements. Perroux, L'Écon. du XXes.,1964, p. 278.
III.− Arg. [Déverbal de balancer : jeter]
A.− Mise à pied.
B.− ,,Réplique mordante`` (Esn. 1966).
PRONONC. : [balɑ ̃:s]. Enq. : /balɑ ̃s/.
ÉTYMOL. ET HIST. − 1. Fin xiies. « instrument servant à peser » (Lambert le Tort, A. de Bernay, Alexandre, éd. H. Michelant, 498, 11 dans T.-L. : Unes grandes balances fist aporter avant, L'uel mist a une part, sans nul autre serjant. D'autre part vont obers et elmes aportant; Tant en i entasserent, Les cordes vont rompant; Ains la balance a l'uel ne se mut tant ne quant); 1160-70 mettre en balence fig. « peser des arguments, les considérer » (Béroul, Tristan, éd. E. Muret, 1113, ibid. : Qui avroit sol un escuier Por moi destruit ne a feu mis, Se iere roi de .VII. päïs, Ses me metroit il en balence Ainz que n'en fust prise venjance); xviies. tenir la balance égale « pratiquer l'égalité » (D'Ablancourt dans Rich. 1680); 1636 emporter la balance « prévaloir » (Corneille, Le Cid, III, 4 dans Littré : Et ta beauté sans doute emportait la balance); av. 1683 comm. « bilan » (Colbert dans Lettres, Instructions et Mémoires de Colbert, éd. Clément, Paris, 1861, t. 3, p. 555 cité dans Kuhn, p. 171); 2. 1379 « signe du zodiaque » (J. de Brie, Bon berger, 64, éd. Lacroix dans T.-L. : ou signe de la livre que aulcuns nomment balance). Empr. au lat. pop. *bilancia « balance à deux plateaux » issu du lat. vulg. bilanx (bis ,,deux fois`` et lanx « plateau de balance ») attesté au ives. (Martianus Capella, 2, 180 dans TLL s.v., 1985, 7). L'initiale ba- peut s'expliquer par le changement de -ĭ- en -a- sous l'action ouvrante de -l- (cf. zelosus > jaloux) et peut-être, en outre, par l'influence de ballant part. prés. du verbe baller*, à cause du mouvement des plateaux de la balance (cf. l'expression dial. être en ballant « hésiter, être indécis », v. ballant). En a. fr. balance désignait un seul plateau, c'est pourquoi on trouve balances pour désigner l'ensemble (Alexandre, supra) jusqu'au xvies. (La Noue dans Hug.) et encore dans Rich. 1680.
STAT. − Fréq. abs. littér. : 1 060. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 838, b) 1 174; xxes. : a) 1 342, b) 1 506.
BBG. − Dauzat Ling. fr. 1946, p. 150. − Gottsch. Redens. 1930, p. 257. − Pamart (P.). Infiltrations ou invasions. Vie Lang. 1969, p. 318. − Rog. 1965, p. 83. − Steiger (A.), Wartburg (W. von). Défense de l'étymol. ar. de romaine. Vox rom. 1960, t. 19, pp. 221-244.

Wiktionnaire

Nom commun

balance \ba.lɑ̃s\ féminin

  1. (Métrologie) Instrument de mesure utilisé pour peser des éléments, pour déterminer leur masse.
    • Aussi les Mores portent toujours des balances , & rebutent les pièces qui ne sont pas de poids: il faut les remettre à la fonte , ce qui produit des sommes considérables aux Juifs, qui sont les seuls monnoyeurs & fondeurs de ce Pays. — (Histoire des révolutions de l'empire de Maroc, depuis la mort du dernier Empereur Muley Ismael, écrite par John Braithwaite, traduite de l'anglois, Amsterdam : chez Pierre Mortier, 1731, p. 461)
  2. (Par extension) Instrument de mesure utilisé pour déterminer des forces.
    • La balance de Cotton sert à mesurer la force électromagnétique.
  3. Réglage précis.
    • La balance audio.
    • La balance des blancs est un réglage en photographie.
    • La balance des couleurs est un réglage en photographie.
  4. Filet rappelant la forme d’un plateau de balance pour pêcher les écrevisses, les crevettes.
  5. (Argot) Dénonciateur, personne donnant des renseignements à la police. → voir cousin, donneuse, indic...
    • Les multirécidivistes sont paranos, ils connaissent le travail de la police et font des contre-observations. […]. En plus, ce ne sont pas des poucaves, des balances qui parlent de leurs complices. De bons petits élèves très attentifs. — (Fabio Benoit, Mauvaise personne, Lausanne & Paris : Editions Favre, 2019)
  6. (Belgique) (Argot) (Éducation) Note non satisfaisante mais qui n’entraîne pas d’échec.
    • J’ai eu une balance en chimie.
  7. (Figuré) Équilibre.
    • La balance des pouvoirs existe dans le gouvernement constitutionnel.
  8. (Économie) Montant qui représente la différence entre les comptes débiteur créditeur, entre deux soldes (import / export), etc.
    • La balance de son compte, en ma faveur, est de deux mille francs.
    • De la balance de chaque compte particulier ouvert au grand livre résulte l’état général de l’actif et du passif.
    • Balance commerciale.
  9. (Vieilli) (Comptabilité) Action d’arrêter, à une certaine époque, les écritures d’une maison de commerce, pour qu’elle se rende compte de sa situation → voir bilan.
    • Ce négociant fait sa balance tous les ans.
  10. (Audiovisuel) Dispositif permettant d’ajuster les niveaux acoustiques de sortie des deux voies d’un ensemble stéréophonique.
  11. (Héraldique)
    1. Meuble représentant l’instrument de mesure du même nom dans les armoiries. Sa représentation est généralement celle de la balance à plateaux tenue à la main.
      • De gueules à deux balances d’or, qui est de la commune de Prayssas du Lot et Garonne → voir illustration « armoiries avec deux balances »
    2. Attribut donné à certains êtres humains dans les armoiries (archange, femme aveugle…).
      • D'azur au saint Michel Archange tenant de sa dextre une épée haute et de sa senestre une balance, le tout d’or, qui est de la commune de Reichstett du Bas-Rhin → voir illustration « armoiries avec un archange tenant une balance »
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

BALANCE. n. f.
Instrument dont on se sert pour peser, composé de deux bassins ou plateaux suspendus à un fléau et destinés, l'un à recevoir le poids, l'autre l'objet que l'on veut peser. Balance juste. Fausse balance. De bonnes balances. Les bassins, les plats, les plateaux d'une balance. La languette d'une balance. Le fléau d'une balance. L'arbre d'une balance. Tenir la balance juste, la tenir en équilibre. Faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre. La balance est le symbole de la justice. Balance d'essai, ou TRÉBUCHET, La balance particulière dont se servent les essayeurs. Balance romaine. Voyez ROMAINE. Le poids emporte la balance, Il est plus pesant que la chose pesée. Fig., Cette raison, cette considération emporte la balance, Elle l'emporte sur les raisons, sur les considérations qu'on y oppose. Fig., Tenir la balance égale entre deux personnes, entre deux partis, Ne pas favoriser l'un plus que l'autre. Fig., Faire pencher la balance, Faire qu'une personne, qu'une chose, qu'un avis, qu'une considération l'emporte sur l'autre. Fig., Mettre dans la balance, Mettre en parallèle, examiner en comparant. Mettre dans la balance les actions de deux grands hommes. Fig., Mettre en balance, Peser dans son esprit le pour et le contre, en quelque matière que ce soit. Mettre en balance les avantages et les inconvénients, les raisons de part et d'autre. Fig., Entrer en balance, Être mis en comparaison. Ses droits peuvent-ils entrer en balance avec les miens? Fig., Tenir l'esprit en balance, Le tenir irrésolu et en suspens. Ces considérations opposées tiennent mon esprit en balance. Fig., La victoire a été longtemps en balance, La victoire a été longtemps disputée de part et d'autre. Il se dit aussi figurément de l'Équilibre des États, de la pondération des pouvoirs politiques. La balance de l'Europe. La balance des pouvoirs existe dans le gouvernement constitutionnel. En termes de Commerce, il signifie Chiffre qui représente la différence de compte entre le débiteur et le créancier. La balance de son compte, en ma faveur, est de deux mille francs. Il se dit aussi de l'Action d'arrêter, à une certaine époque, les écritures d'une maison de commerce, pour qu'elle se rende compte de sa situation. Faire la balance. Ce négociant fait sa balance tous les ans, tous les mois. De la balance de chaque compte particulier ouvert au grand livre résulte l'état général de l'actif et du passif. Balance du commerce, Différence entre les exportations et les importations commerciales d'un pays. La balance du commerce de ces deux pays accuse tant de millions en faveur du premier.

Littré (1872-1877)

BALANCE (ba-lan-s') s. f.
  • 1Instrument composé de deux bassins ou plateaux suspendus à un fléau, et destiné à faire connaître le poids d'un corps. Les bassins, la languette, l'arbre d'une balance. Grands compositeurs de riens, pesant gravement des œufs de mouche dans des balances de toile d'araignée, Voltaire, Lettr. Trublet, 27 avr. 1761.

    Fig. Mettre en balance, examiner le pour et le contre. Ils mettent tous les discours à la balance, Bossuet, Par. de Dieu, 2. Elle a pesé les choses dans une juste balance, Bossuet, II, Pass. 1. Quand on rend la justice on met tout en balance, Corneille, Cid. IV, 5.

    Entrer en balance, être mis en comparaison. Lors qu'on fait des projets d'une telle importance, Les intérêts d'amour entrent-ils en balance ? Corneille, Sert. I, 1. Souffrez Rome et le roi dedans l'autre balance, Corneille, Nicom. III, 6.

    Mettre dans la balance, mettre en parallèle, examiner en comparant. Que Rome avec ses lois mette dans la balance Tant de pleurs…, Racine, Bérén. IV, 4. Penses-tu qu'un instant ma vertu démentie Eût mis dans la balance un homme et la patrie ? Voltaire, M. de César, III, 2.

    En balance, en suspens, hésitant. Il était en balance entre deux projets. Notre longue amitié, l'amour ni l'alliance N'ont pu mettre un moment mon esprit en balance, Corneille, Hor. II, 3. Voilà ce qui retient mon esprit en balance, Corneille, Sertor. I, 2. Ma reconnaissance Ne peut être sans honte un moment en balance, Corneille, Sertor. I, 2. Cessez d'être en balance et de vous défier, Corneille, le Ment. III, 5. Et mettre sans respect notre honneur en balance, Régnier, Sat. V. Hispal par sa vaillance Tenait les choses en balance, La Fontaine, Fianc. Il ne tient pas l'auditeur en balance, Molière, Préf. du Tart. Je ne m'offense point de vous voir en balance, Molière, Amph. III, 5. Rien n'a retenu son esprit en balance, Molière, Femmes sav. IV, 1. Toujours en balance entre nos passions et nos devoirs, Massillon, Prière, 1, 1re semaine, Carême. La victoire fut longtemps en balance, enfin la valeur des légions en décida, Vertot, Rév. rom. XI, p. 1.

    Emporter la balance, avoir l'avantage, prévaloir. Et ta beauté sans doute emportait la balance, Corneille, Cid, III, 4. Enfin votre rigueur emporta la balance, Racine, Bér. I, 4. Ma gloire intéressée emporte la balance, Racine, Iphig. IV, 7. Dans la balance Mon nom peut-être aurait plus de poids qu'il ne pense, Racine, Brit. I, 2. Selon vous, entre deux êtres bornés, un seul degré de perfection emporte la balance, et détermine Dieu invinciblement, Fénelon, III, 44. De quelque côté que le monarque se tourne, il emporte et précipite la balance, Montesquieu, Esp. III, 10.

    Tenir la balance égale entre deux personnes, ne pas se montrer plus favorable à l'une qu'à l'autre. Il faut qu'entre eux et lui je tienne la balance, Racine, Brit. I, 1. Et me mettre sans choix en égale balance Le vice et la vertu, Régnier, Sat X. Ils tiennent mes désirs en égale balance, Régnier, Dial.

    Tenir la balance, déterminer un certain équilibre dont on règle la condition. Tenant la balance droite au milieu de tant d'empires, Bossuet, Unité, 2. Le vainqueur de Rhodes tint la balance dans l'Inde, Voltaire, Mœurs, 157.

    Faire pencher la balance, donner l'avantage. Et le ciel, qui pour moi fit pencher la balance, Dans ce temps-là sans doute agissait sur son cœur, Racine, Esth. I, 1.

  • 2En physique, balance hydrostatique, celle qui permet de peser les corps d'abord dans l'air, puis dans l'eau, pour en déterminer la pesanteur spécifique.
  • 3La justice humaine ou divine. Il tient seul de l'État le glaive et la balance, Rotrou, Bélis. I, 3. En pesant dans sa balance vos cœurs et vos pensées, Massillon, Jugement. Le Dieu vengeur de l'innocence, Tout prêt à te juger, tient déjà sa balance, Racine, Esth. III, 5.

    En langage mystique, la balance du sanctuaire. A moins que vous ne preniez sans cesse la balance du sanctuaire pour peser chaque chose devant Dieu, et pour examiner ce qu'il y a de bon et ce qu'il y a de défectueux, Bourdaloue, Pensées, t. II, p. 33. Malheur à ces ministres faciles et complaisants qui, portant la balance du sanctuaire que le Seigneur leur a confiée, au lieu de la tenir droite, la font pencher du côté où les entraîne une condescendance naturelle et toute humaine ! Bourdaloue, Pensées, t. I, p. 334.

  • 4Balance politique, distribution des territoires et des alliances de manière qu'une sorte d'équilibre soit établi entre les États. L'état mitoyen qui tient tout en balance, Bossuet, Hist. III, 7. Le système de la balance de l'Europe n'a été développé que dans les derniers temps, Voltaire, Mœurs, 51.
  • 5 Terme de commerce. Différence entre la somme du crédit et la somme du débit, ou solde d'un compte. La balance de ce compte est de mille francs.

    Compte résumé que fait un commerçant à des époques déterminées, et qui présente le résultat général de toutes ses affaires.

  • 6Balance du commerce, comparaison de la valeur des marchandises exportées avec celle des marchandises importées, l'or et l'argent exceptés. Balance des achats et des ventes à l'étranger. Le tableau de la balance du commerce est la représentation des échanges d'une nation avec les autres nations, Necker, Admin. des finances, t. II, p. 108. Si nous attrapions de l'étranger dix millions par an pour la balance du commerce, Voltaire, l'Homme aux quarante écus, Entretien avec un géomètre.

    Théorie, système qui considère comme avantageux d'importer des métaux précieux et d'exporter d'autres marchandises. Les besoins et les échanges seront égaux, et par conséquent la balance sera égale, Melon, Essai philos. sur le commerce, 1734, édit. de 1843, p. 707. L'objet de la balance est d'augmenter la masse d'or et d'argent comme gage des échanges, ID. ib. p. 799. Vouloir mettre en sa faveur la balance du commerce, c'est-à-dire vouloir donner des marchandises et se les faire payer en or, c'est ne vouloir point de commerce, J. B. Say, Traité d'économie politique, 1841, p. 173.

    La locution paraît venir des auteurs anglais, balance of trade.

  • 7 Par extension, l'état de ce qui entre et de ce qui sort. La balance entre l'afflux de l'eau dans un étang et le débit par l'issue.
  • 8La Balance, constellation zodiacale dans laquelle, au temps d'Hipparque (130 ans avant J. C.), le soleil entrait lors de l'équinoxe d'automne. Aujourd'hui, le signe de la Balance, qui n'est qu'une conception abstraite, représente toujours 30 degrés à partir du point équinoxial. La constellation de la Balance ne coïncide plus, depuis bien longtemps, avec le signe.
  • 9 Terme de pêche. Espèce de filet plat fixé sur un cercle de fer pour prendre les écrevisses.

HISTORIQUE

XIIe s. Puis [il] prie Deu qui tout a en balance, Ronc. p. 52. Et je sui, las ! de ça en tel balance Que mains jointes [j'] aor [adore] Ma bele mort ou ma haute richor [fortune], Couci, XVI. Par Dieu, Amours, tout [je] sui hors de balance ; Partir m'esteut de vous, sans demeurer, ib. XXIV. Et non pourquant la terre d'outremer [je] Voi en si trèz grant balance, Qu'en chantant [je] veuil prier le roi de France Que ne croie couart ne losengier [qui lui conseillent de quitter la croisade], Quesnes, Romancero, p. 100. [à] Maint gentil homme torna puis à pesance, Tuit li ostaige en furent en balance [en péril], Raoul de C. 33. N'es Brabenchuns n'est pas de la fin demurance, N'es Flamencs, n'es Engleis, ne en tuz celz de France ; Car en son petit dei en tient Deus la balance, Qui met tant cum li plest nos mesfaiz en suffrance, Th. le mart. 157.

XIIIe s. Ens en la balance iert pesé Tot quant nos averons ovré ; E bien e mal puis recevron ; Selon le fait, le guerredon, Grégoire le Grand, p. 82. Ains le doit tenir en balance, Qu'il ait paor et esperance, la Rose, 13871. Tout metoit en une balance Bonne aventure et mescheance, Et les faisoit egal peser, ib. 5875. Le seignor deit estre en la court come dreite balance, Ass. de Jér. 44. On les paioit à la balance, et valoit chascune balance dix mille livres, Joinville, 249.

XVe s. Si demeura la chose en cette balance un temps, Froissart, II, II, 52. N'ont pas Anglois souvent leurs rois trays ? Certes ouïl ; tous en ont congnoissance ; Et encore, le roy de leur pays Est maintenant en doubteuse balance, Orléans, Bal. 77. Le comte de Ligny qui tout pesoit à la balanche et consideroit que l'on ne doit reffuser raison, s'accorda au traictie, Chastelain, Chron. du Duc Philippe, ch. 24. Tu as duré et durras sans doubtance, Tant com raisons sera de toy amée ; Autrement non : fay donc à la balance Justice en toy et que bien soit gardée, Deschamps, Sur quels points doit durer ce royaume.

XVIe s. Quand il est question d'estimer les pechez, n'apportons point de fausses balances, mais apportons la balance des Escritures, Calvin, Instit. 317. Tout cela ayant esté mis en l'une des balances, l'autre où estoit la coustume depravée l'a emporté, Lanoue, 255. Qui vouldra les comparer, il trouvera en pesant les choses à la balance du droit et de la raison, que…, Amyot, Timol. 47. En la balance l'or et le fer sont tout un, Génin, Récréat. t. II, p. 238.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

BALANCE.
2Ajoutez : Une bonne balance hydrostatique, qui penchait sensiblement à un quart de grain, Buffon, Hist. nat. Part. exp. Œuvres, t. VIII, p. 186.

Balance de Roberval, balance dans laquelle les plateaux sont au-dessus du point de suspension, auquel ils sont reliés à l'aide d'un parallélogramme articulé.

Balance de Quintenz, ou balance à bascule, ou bascule, balance employée pour peser les lourds fardeaux ; les longueurs des bras de levier sont dans un rapport constant, en général égal à 1/10 ; une articulation particulière permet au plateau qui reçoit le corps à peser, de se mouvoir horizontalement.

Balance romaine, voy. ROMAINE 1.

On donne encore le nom de balance à divers appareils destinés à mesurer des forces quelconques. Balance de torsion.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

BALANCE, s. f. est l’une des six puissances simples En Méchanique, servant principalement à faire connoître l’égalité ou la différence de poids dans les corps pesans, & par conséquent leur masse ou leur quantité de matiere.

Il y a deux sortes de balance, l’ancienne & la moderne.

L’ancienne ou la romaine, appellée aussi peson, consiste en un levier qui se meut sur un centre, & qui est suspendu près d’un des bouts. D’un côté du centre on applique le corps qu’on veut peser ; de l’autre côte l’on suspend un poids qui peut glisser le long du levier, & qui tient la balance en équilibre ; & la valeur du poids à peser s’estime par les divisions qui sont marquées aux différens endroits où le poids glissant est arrêté.

La balance moderne, qui est celle dont on se sert communément aujourd’hui, consiste en un levier suspendu précisément par le milieu : il y a un plat ou bassin suspendu par une corde à chacun des deux bouts du levier : dans l’un & l’autre cas le levier est appellé jugum, traversant ou fléau, dont les deux moitiés qui sont de l’un & de l’autre côté de l’axe se nomment brachia, ou les bras ; la partie par où on le tient trutina, anse ou chasse ; la ligne sur laquelle le levier tourne, ou qui en divise les bras, s’appelle l’axe, ou essieu ; & quand on la considere relativement à la longueur des bras, on ne la regarde que comme un point, & on l’appelle le centre de la balance ; les endroits où se placent les poids se nomment points de suspension, ou d’application.

Le petit style perpendiculaire au fléau, & qui fait connoître, ou que les corps sont en équilibre, ou qu’ils pesent plus l’un que l’autre, s’appelle l’aiguille, en Latin examen.

Ainsi dans la balance romaine le poids qui sert à contrebalancer ceux qu’on veut connoître, est le même, mais s’applique à différens points ; au lieu que dans la balance ordinaire le contrepoids varie, & le point d’application est toûjours le même.

Le principe sur lequel la construction de l’une & l’autre balance est fondée est le même, & se peut comprendre par ce qui suit.

Théorie de la balance. Le levier AB (Voy. Plan. de Méchan. fig. 9.) est la principale partie de la balance : c’est un levier du premier genre, & qui au lieu d’être posé sur un appui en C, centre de son mouvement, est suspendu par une verge, qui est attachée au point C ; de sorte que le méchanisme de la balance dépend du même théorème que celui du levier. Voy. Levier.

Donc comme le poids connu est à l’inconnu, ainsi la distance depuis le poids inconnu jusqu’au centre du mouvement est à la distance où doit être le poids connu, pour que les deux poids se tiennent l’un l’autre en équilibre ; & par conséquent le poids connu fait connoître la valeur du poids inconnu.

Car comme la balance est un vrai levier, sa propriété est la même que celle du levier ; savoir, que les poids qui y sont suspendus, doivent être en raison inverse de leurs distances à l’appui, pour être en équilibre. Mais cette propriété du levier que l’expérience nous manifeste, n’est peut-être pas une chose facile à démontrer en toute rigueur. Il en est à peu-près de ce principe comme de celui de l’équilibre ; on ne voit l’équilibre de deux corps avec toute la clarté possible que lorsque les deux corps sont égaux, & qu’ils tendent à se mouvoir en sens contraire avec des vîtesses égales. Car alors il n’y a point de raison pour que l’un se meuve plûtôt que l’autre ; & si l’on veut démontrer rigoureusement l’équilibre lorsque les deux corps sont inégaux, & tendent à se mouvoir en sens contraire avec des vîtesses qui soient en raison inverse de leurs masses, on est obligé de rappeller ce cas au premier, où les masses & les vîtesses sont égales. De même on ne voit bien clairement l’équilibre dans la balance que quand les bras en sont égaux & chargés de poids égaux. La meilleure maniere de démontrer l’équilibre dans les autres cas, est peut-être de les ramener à ce premier, simple & évident par lui-même. C’est ce qu’a fait M. Newton dans le premier livre de ses Principes, section premiere.

Soient, dit-il, (fig. 3. n°. 4. Méch.) OK, OL, des bras de levier inégaux, auxquels soient suspendus les poids A, P ; soit fait OD= à OL, le plus grand des bras, la difficulté se réduit à démontrer que les poids A, P, attachés au levier LOD, sont en équilibre. Il faut pour cela que le poids P soit égal à la partie du poids A qui agit suivant la ligne DC perpendiculaire à OD ; car les bras OL, OD, étant égaux, il faut que les forces qui tendent à les mouvoir, soient égales, pour qu’il y ait équilibre. Or l’action du poids A, suivant DC, est au poids A, comme DC à DA, c’est-à-dire, comme OK à OD. Donc la force du poids A suivant . Et comme cette force est égale au poids P, & que OL =OD, on aura , c’est-à-dire, que les poids A, P, doivent être en raison des bras de levier OL, OK, pour être en équilibre.

Mais en démontrant ainsi les propriétés du levier, on tombe dans un inconvénient : c’est qu’on est obligé alors de changer le levier droit en un levier recourbé & brisé en son point d’appui, comme on le peut voir dans la démonstration précédente ; de sorte qu’on ne démontre les propriétés du levier droit à bras inégaux que par celles du levier courbe, ce qui ne paroît pas être dans l’analogie naturelle. Cependant il faut avoüer que cette maniere de démontrer les propriétés du levier est peut-être la plus exacte & la plus rigoureuse de toutes celles qu’on a jamais données.

Quoi qu’il en soit, c’est une chose assez singuliere que les propriétés du levier courbe, c’est-à-dire dont les bras ne sont pas en ligne droite, soient plus faciles à démontrer rigoureusement que celles du levier droit. L’auteur du traité de Dynamique, imprimé à Paris en 1743, a réduit l’équilibre dans le levier courbe à l’équilibre de deux puissances égales & directement opposées : mais comme ces puissances égales & opposées s’évanoüissent dans le cas du levier droit, la démonstration pour ce dernier cas ne peut être tirée qu’indirectement du cas général.

On pourroit démontrer les propriétés du levier droit dont les puissances sont paralleles, en imaginant toutes ces puissances réduites à une seule, dont la direction passe par le point d’appui. C’est ainsi que M. Varignon en a usé dans sa Méchanique. Cette méthode entre plusieurs avantages, a celui de l’élégance & de l’uniformité : mais n’a-t-elle pas aussi, comme les autres, le défaut d’être indirecte, & de n’être pas tirée des vrais principes de l’équilibre ? Il faut imaginer que les directions des puissances prolongées concourent à l’infini ; les réduire ensuite à une seule par la décomposition, & démontrer que la direction de cette derniere passe par le point d’appui. Doit-on s’y prendre de cette maniere pour prouver l’équilibre de deux puissances égales appliquées suivant des directions paralleles à des bras égaux de levier ? Il semble que cet équilibre est aussi simple & aussi facile à concevoir, que celui de deux puissances opposées en ligne droite, & que nous n’avons aucun moyen direct de réduire l’un à l’autre. Or, si la méthode de M. Varignon pour démontrer l’équilibre du levier est indirecte dans un cas, elle doit aussi l’être nécessairement dans l’application au cas général.

Si l’on divise les bras d’une balance en parties égales, une once appliquée à la neuvieme division depuis le centre, tiendra en équilibre trois onces qui seront à la troisieme de l’autre côté du centre ; & deux onces à la sixieme division agissent aussi fortement que trois à la quatrieme, &c. L’action d’une puissance qui fait mouvoir une balance, est donc en raison composée de cette même puissance, & de sa distance du centre.

Il est bon de remarquer ici que le poids presse également le point de suspension, à quelque distance qu’il en soit suspendu, & tout comme s’il étoit attaché immédiatement à ce point ; car la corde qui suspend ce poids en est également tendue à quelque endroit que le poids y soit placé.

On sent bien au reste que nous faisons ici abstraction du poids de la corde, & que nous ne la regardons que comme une ligne sans épaisseur ; car le poids de la corde s’ajoûte à celui du corps qui y est attaché, & peut faire un effet très-sensible, si la corde est d’une longueur considérable.

Une balance est dite être en équilibre, quand les actions des poids sur les bras de la balance pour la mouvoir, sont égales, de maniere qu’elles se détruisent l’une l’autre. Quand une balance est en équilibre, les poids qui sont de part & d’autre sont dits équipondérans, c’est-à-dire, qui se contrebalancent. Des poids inégaux peuvent se contrebalancer aussi : mais il faut pour cela que leurs distances du centre soient en raison réciproque de ces poids ; ensorte que si l’on multiplie chaque poids par sa distance, les produits soient égaux : c’est sur quoi est fondée la construction de la balance romaine, ou peson. Voyez Romaine, ou Peson.

Par exemple, dans une balance dont les bras sont fort inégaux, un bassin étant suspendu au bras le plus court, & un autre au plus long bras divisé en parties égales : si l’on met un poids dans le bassin attaché au plus petit bras, & qu’en même tems on place un poids connu, par exemple une once, dans le bassin attaché au plus long bras, & qu’on fasse glisser ce bassin sur le plus long bras jusqu’à ce que les deux poids soient en équilibre ; le nombre des divisions entre le point d’appui & le poids d’une once, indiquera le nombre d’onces que pese le corps, & les sous-divisions marqueront le nombre de parties de l’once. C’est encore sur le même principe qu’est fondée la balance trompeuse, laquelle trompe par l’inégalité des bras ou des bassins : par exemple, prenez deux bassins de balance dont les poids soient inégaux dans la proportion de 10 à 9, & suspendez l’un & l’autre à des distances égales, alors si vous prenez des poids qui soient l’un à l’autre comme 9 à 10, & que vous mettiez le premier dans le premier bassin, & l’autre dans le second, ils pourront être en équilibre.

Plusieurs poids suspendus à différentes distances d’un côté, peuvent se tenir en équilibre avec un poids seul qui sera de l’autre côté ; pour cet effet, il faudra que le produit de ce poids par sa distance du centre, soit égal à la somme des produits de tous les autres poids multipliés chacun par sa distance du centre.

Par exemple, si on suspend trois poids d’une once chacun à la deuxieme, troisieme, & cinquieme division, ils feront équilibre avec le poids d’une once appliqué de l’autre côté du point d’appui à la distance de la dixieme division. En effet, le poids d’une once appliqué à la deuxieme division fait équilibre avec le poids d’un cinquieme d’once appliqué à la dixieme division. De même le poids d’une once appliqué à la troisieme division fait équilibre à d’once appliqués à la dixieme division, & le poids d’une once à la cinquieme division fait équilibre au poids d’une demi-once à la dixieme division ; or un cinquieme d’once avec d’once & une demi-once, font une once entiere. Donc une once entiere appliquée à la dixieme division, fait seule équilibre à 3 onces appliquées aux divisions 2, 3, & 5, de l’autre côté du point d’appui.

Donc aussi plusieurs poids appliqués des deux côtés en nombre inégal, seront en équilibre, si étant multipliés chacun par sa distance du centre, les sommes des produits de part & d’autre sont égales ; & si ces sommes sont égales, il y aura équilibre.

Pour prouver cela par l’expérience, suspendez un poids de deux onces à la cinquieme division, & deux autres chacun d’une once à la deuxieme & à la septieme ; de l’autre côté suspendez deux poids d’une once aussi chacun à la neuvieme & dixieme division. Ces deux tiendront en équilibre les trois autres ; la démonstration en est à peu près la même que de la proposition précédente.

Pour qu’une balance soit juste, il faut que les points de suspension soient exactement dans la même ligne que le centre de la balance, & qu’ils en soient également distans ; il faut aussi que les bras soient de longueur convenable, afin qu’on s’apperçoive plus aisément s’ils sont égaux, & que l’erreur qui peut résulter de leur inégalité, soit au moins fort petite ; qu’il y ait le moins de frottement qu’il est possible autour du point fixe ou centre de la balance. Quand une balance est trompeuse, soit par l’inégalité de ses bras, soit par celle de ses bassins, il est bien aisé de s’en assûrer : il n’y a qu’à changer les poids qui sont dans chaque bassin, & les mettre l’un à la place de l’autre ; ces poids qui étoient auparavant en équilibre, cesseront alors d’y être si la balance est trompeuse. Voyez Appui

Balance de M. de Roberval, est une sorte de levier, où des poids égaux sont en équilibre, quoiqu’ils paroissent situés à des extrémités de bras de leviers inégaux. Voyez Levier.

Balance Hydrostatique, est une espece de balance qu’on a imaginée, pour trouver la pesanteur spécifique des corps liquides & solides. Voyez Gravité, ou Pesanteur specifique.

Cet instrument est d’un usage considérable pour connoître les degrés d’alliage des corps de toute espece, la qualité & la richesse des métaux, mines, mineraux, &c. les proportions de quelque mêlange que ce soit, &c. la pesanteur spécifique étant le seul moyen de juger parfaitement de toutes ces choses. Voyez Poids, Métal, Or, Alliage, &c.

L’usage de la balance hydrostatique est fondé sur ce théorème d’Archimede, qu’un corps plus pesant que l’eau, pese moins dans l’eau que dans l’air, du poids d’une masse d’eau de même volume que lui. D’où il suit que si l’on retranche le poids du corps dans l’eau, de son poids dans l’air, la différence donnera le poids d’une masse d’eau égale à celle du solide proposé.

Cet instrument est représenté dans les Planches d’Hydrostatique, fig. 34. & n’a pas besoin d’une description fort ample. On pese d’abord dans l’air le poids E, qui n’est autre chose qu’un plateau garni ou couvert de différens poids, & le poids qu’on veut mesurer, lequel est suspendu à l’extrémité du bras F, ensuite on met ce dernier poids dans un fluide, & on voit par la quantité de poids qu’il faut ôter de dessus le plateau E, combien le poids dont il s’agit a perdu, & par conséquent combien pese un volume de fluide égal à celui du corps.

Pour peser un corps dans l’eau, on le met quelquefois dans le petit sceau de verre IK, & alors on ne doit pas oublier de couler le plateau R sur le petit plateau quarré H, afin que le poids de ce plateau, qui est égal à celui du volume d’eau, dont le seau occupe la place, puisse rétablir l’équilibre.

A l’égard des gravités spécifiques des fluides, on se sert pour cela d’une petite boule de verre G, de la maniere suivante.

Pour trouver la pesanteur spécifique d’un fluide, suspendez à l’extrémité d’un des bras F un petit bassin, & mettez dedans la boule G ; remplissez ensuite les deux tiers d’un vaisseau cylindrique OP, avec de l’eau commune : lorsque vous aurez mis la boule dedans, il faudra mettre sur le plateau E, de petits poids, jusqu’à ce que les bras E, F, demeurent dans une position horisontale.

Ainsi l’excès du poids de la boule sur celui d’un égal volume d’eau, se trouvera contrebalancé par les poids ajoûtés au plateau E, ce qui la fera demeurer en équilibre au milieu de l’eau. Or concevons à présent cette boule ainsi en équilibre, comme si elle étoit réellement une quantité d’eau congelée dans la même forme : si à la place de l’eau qui environne cette partie congelée, nous substituons quelqu’autre liqueur de différente pesanteur, l’équilibre ne doit plus subsister, il faudra donc pour le rétablir, mettre des poids sur celui des plateaux E, F, de la balance qui sera le plus foible.

Ces poids qu’il aura fallu ajoûter dans la balance, seront la différence en gravité de deux quantités, l’une d’eau, l’autre de la liqueur qu’on a voulu examiner, & dont le volume est égal à celui de la boule de verre. Supposons donc que le poids du volume d’eau dont la boule occupe la place, soit de 803 grains ; si nous ajoûtons à ce nombre celui des grains qu’il aura fallu ajoûter sur le plateau auquel la boule est attachée, ou si nous ôtons de 803 grains le nombre de ceux qu’il auroit fallu mettre sur le plateau opposé, le reste sera le poids du volume du fluide égal à celui de la boule, & la gravité spécifique de l’eau sera à celle de ce fluide comme 803 est à ce reste ; enfin si on divise ce même reste par 803, le quotient exprimera la gravité spécifique du fluide, l’unité exprimant celle de l’eau.

Pour rendre ceci plus sensible par un exemple, supposons qu’on veuille savoir la gravité du lait : plongeant dans cette liqueur la boule telle qu’elle est attachée à la balance, on trouve qu’il faut mettre 28 grains sur le plateau auquel elle est suspendue, pour rétablir l’équilibre : ajoûtant donc 28 grains à 803, la somme sera 831 ; & ainsi la gravité spécifique du lait sera à celle de l’eau, comme 803 à 831. On peut donc par le moyen de la balance hydrostatique : 1°. connoître la pesanteur spécifique d’une liqueur : 2°. comparer les pesanteurs spécifiques de deux liqueurs : 3°. comparer les gravités spécifiques de deux corps solides ; car si deux corps solides pesent autant l’un que l’autre dans l’air, celui qui a le plus de pesanteur spécifique, pesera davantage dans l’eau : 4°. comparer la gravité spécifique d’un corps solide avec celle d’une liqueur ; car la gravité spécifique du corps est à celle de la liqueur, comme le poids du corps dans l’air, est à ce qu’il perd de son poids dans la liqueur. Voyez aussi Aréometre.

Le Docteur Hook a imaginé une balance hydrostatique qui peut être d’une grande utilité pour examiner la pureté de l’eau, &c. Elle consiste en un ballon de verre d’environ trois pouces de diametre, lequel a un col étroit d’une demi-ligne de diametre : on charge ce ballon de minium afin de le rendre tant soit peu plus pesant qu’un pareil volume d’eau, on le trempe ensuite dans l’eau après l’avoir attaché au bras d’une exacte balance, qui a un contrepoids à l’autre bras. Cela fait, on ne sauroit ajoûter à l’eau la plus petite quantité de sel, que le col du ballon ne s’éleve au-dessus de l’eau d’un demi-pouce plus qu’il n’étoit d’abord. En effet, l’eau devenant plus pesante par l’addition du sel, le ballon qui y étoit auparavant en équilibre, doit s’élever. Transact. Philosoph. n°. 197.

Plusieurs savans se sont donné la peine de rédiger en table les pesanteurs d’un grand nombre de matieres tant solides que fluides : on doit assûrément leur savoir gré de ce travail, & l’on en sent toute la difficulté, quand on pense aux attentions scrupuleuses, & au tems qu’on est obligé de donner à ces sortes de recherches : mais leurs expériences, quelque exactes qu’elles ayent été, ne peuvent nous servir de regle que comme des à-peu-près ; car les individus de chaque espece varient entr’eux quant à la densité, & l’on ne peut pas dire que deux diamans, deux morceaux de cuivre, deux gouttes de pluie, soient parfaitement semblables. Ainsi quand il est question de savoir au juste la pesanteur spécifique de quelque corps, il faut le mettre lui-même à l’épreuve ; c’est le seul moyen d’en bien juger. Au reste on sera sans doute bien-aise de trouver ici une table dressée sur des expériences fort exactes. Il suffit de dire qu’elles sont de M. Musschembroek. Les pesanteurs specifiques de toutes les matieres énoncées dans cette table, sont comparées à celles de l’eau commune, & l’on prend pour eau commune celle de la pluie dans une température moyenne ; ainsi quand on voit dans la table, eau de pluie 1,000, or de coupelle 19,640, air 1,001 , c’est-à-dire, que la pesanteur specifique de l’or le plus fin, est à celle de l’eau, comme 19 à-peu-près à 1, & que la pesanteur de l’air n’est presque que la millieme partie de celle de l’eau.

Table alphabétique des matieres les plus connues, tant solides que fluides, dont on a éprouvé la pesanteur spécifique.
Acier flexible & non trempé 7, 738.
Acier trempé 7, 704.
Agate d’Angleterre 2, 512.
Air 0, 001 .
Albâtre 1, 872.
Alun 1, 714.
Ambre 1, 040.
Amiante 2, 913.
Antimoine d’Allemagne 4, 000.
Antimoine d’Hongrie 4, 700.
Ardoise bleue 3, 500.
Argent de coupelle 11, 091.
Bismuth 9, 700.
Bois de bresil 1, 030.
Bois de cedre 0, 613.
Bois de orme 0, 600.
Bois de gayac 1, 337.
Bois de ébene 1, 177.
Bois de érable 0, 755.
Bois de frêne 0, 845.
Bois de bouis 1, 030.
Borax 1, 720.
Caillou 2, 542.
Camphre 0, 995.
Charbon de terre 1, 240.
Cinabre naturel 7, 300.
Cinabre artificiel 8, 200.
Cire jaune 0, 995.
Cire rouge 2, 689.
Cire blanche 2, 500.
Corne de bœuf 1, 840.
Corne de cerf 1, 875.
Crystal de roche 2, 650.
Crystal d’Islande 2, 720.
Cuivre de Suede 8, 784.
Cuivre jetté en moule 8, 000.
Diamant 3, 400.
Ecailles d’huître 2, 092.
Encens 1, 071.
Eau commune ou de pluie 1, 000.
Eau distillée 0, 993.
Eau de riviere 1, 009.
Esprit-de-vin rectifié 0, 866.
Esprit-de-vin de térébenthine 0, 874.
Etain pur 7, 320.
Etain allié d’Angleterre 7, 471.
Fer 7, 645.
Gomme Arabique 1, 375.
Grenat de Boheme 4, 360.
Grenat de Suede 3, 978.
Huile de lin 0, 932.
Huile d’olive 0, 913.
Huile de vitriol 1, 700.
Karabé ou ambre jaune 1, 065.
Lait de vache 1, 030.
Litarge d’or 6, 000.
Litarge d’argent 6, 040.
Magnese 3, 530.
Marbre noir d’Italie 2, 704.
Marbre blanc d’Italie 2, 707.
Mercure 13, 593.
Noix de galle 1, 034.
Or d’essai ou découpé 19, 640.
Or de Guinée 18, 888.
Os de bœuf 1, 656.
Pierre sanguine 4, 360.
Pierre calaminaire 5, 000.
Pierre à fusil opaque 2, 542.
Pierre transparente 2, 641.
Poix 1, 150.
Sang humain 1, 040.
Sapin 0, 550.
Sel de glauber 2, 246.
sel ammoniac 1, 453.
sel gemme 2, 143.
sel polychreste 2, 148.
Soufre commun 1, 800.
Talc de Venise 2, 780.
Tartre 1, 849.
Turquoise 2, 508.
Verd-de-gris 1, 714.
Verre blanc 3, 150.
Verre commun 2, 620.
Vin de Bourgogne 0, 953.
Vinaigre de vin 1, 011.
Vitriol d’Angleterre 1, 880.
Yvoire 1, 825.

Cet article est en partie de M. Formey. (O)

* Balance, voyez Romaine, Fleau, Peson, Porte-Balance. La balance commune n’est autre chose qu’un fléau suspendu par le milieu, & soûtenant par ses extrémités des plateaux ou bassins attachés avec des cordes. Voyez fig. 5. du Balancier, une balance qui ne differe de la commune que parce qu’elle est plus petite, & qu’elle a un porte-balance ; f, f, le fléau ou traversin ; l, la languette ; p, un des pivots ; il a son correspondant ; b, le braié ; c, la chasse ; q, q, les deux bassins ou plateaux ; s, s, s, les cordes qui les soûtiennent ; r, r, les crochets ou anneaux qui embrassent les cordes.

La balance fine ou le trebuchet, ne differe de la balance commune, que parce qu’étant destinée à peser des matieres précieuses, où la moindre quantité de trop ou de trop peu, fait une différence considérable pour le prix ; elle est fort petite, & travaillée avec la derniere précision.

Balance sourde : celle-ci a les bouts de son fleau plus bas que son clou, & sa chappe soûtenue en l’air par une guindole ou guignole ; elle est d’usage dans les monnoies.

Balance d’essai, c’est la balance de la figure 5 enfermée dans une lanterne de verre avec son porte-balance, comme on voit figure 7 ; comme on y pese l’or & l’argent, on a pris la précaution de la lanterne, contre l’agitation que l’air pourroit causer à ses bassins.

Balance de chandelier : celle-ci quand elle est petite, a les bassins en forme de seaux, on y met la chandelle debout ; & quand elle est grande, ses bassins sont presqu’entierement plats, afin qu’on y puisse coucher la chandelle. C’est du reste la même chose que la balance commune.

En général, il y a autant de différentes sortes de balances possibles, que de moyens différens possibles d’établir & de rompre l’équilibre établi entre les différentes parties d’un levier, ou d’un corps qui en fait la fonction.

Balance, Libra (Astron.) est aussi un des douze signes du zodiaque, précisément opposé au bélier : on l’appelle balance, parce que les jours & les nuits sont d’égale longueur lorsque le soleil entre dans ce signe, ce qui arrive à l’équinoxe d’automne.

Le catalogue Britannique met les étoiles de la constellation de la balance au nombre de 46. (O)

Balance, s. f. (en Mytholog.) est le symbole de l’équité. La Justice la tient à sa main. Celle que représente le septieme signe du zodiaque fut à l’usage d’Astrée ; ce fut-là qu’elle déposa cette juste balance, lorsqu’elle se retira de la terre au ciel, à l’approche du siecle de fer.

Balance de Commerce, signifie une égalité entre la valeur des marchandises achetées des étrangers, & la valeur des productions d’un pays transportées chez d’autres nations.

Il est nécessaire que cette balance soit gardée parmi les nations commerçantes ; & si elle ne peut l’être en marchandises, elle le doit être en especes.

C’est par ce moyen qu’on connoît si une nation gagne ou perd par son commerce étranger ou par quelque branche de ce commerce, & par conséquent si cette nation s’enrichit ou s’appauvrit en le continuant.

Il y a diverses méthodes pour arriver à cette connoissance.

1°. La plus reçûe est de prendre une exacte notion du produit que rapportent à proportion les marchandises exportées ou envoyées à l’étranger, & les marchandises importées, c’est-à-dire celles qu’on a tirées de lui. Si les premieres excedent les dernieres, il s’ensuit que la nation qui a fait les exportations est en chemin de gagner, dans l’hypothese que l’excédent est rapporté en argent monnoyé ou non monnoyé ; & ainsi augmente le thrésor de cette nation. Mais cette méthode est incertaine, parce qu’il est difficile d’avoir un compte véritable des marchandises, soit importées soit exportées, les registres des douanes ne pouvant pas les fournir à cause des contrebandes qui se font particulierement de marchandises belles & rares, comme points, dentelles, joyaux, rubans, soies, toiles fines, &c. qu’on peut cacher en un petit volume ; & même des vins, eaux-de-vie, thé, &c. à quoi il faut ajoûter les divers accidens qui affectent la valeur du fonds soit sorti soit rentré, comme pertes faites sur mer, par marchés, banqueroutes, saisies, &c. D’ailleurs, pour ce qui concerne les négoces particuliers, il y a divers pays où les ouvrages de nos manufactures que nous y envoyons ne sont pas en grande considération ; cependant ce que nous en rapportons est nécessaire pour pousser notre commerce en général, comme le trafic en Norvege pour du mairein & des provisions navales. D’un autre côté le commerce de la compagnie des Indes orientales est beaucoup plus avantageux, parce que les marchandises importées excedent de beaucoup les marchandises exportées, que nous vendons beaucoup des premieres aux étrangers, & que nous en consumons beaucoup dans le royaume, par exemple, des indiennes & des soies au lieu des toiles & soies des autres pays, qui nous coûteroient plus cher.

2°. La deuxieme méthode est d’observer le cours du change ; car s’il est ordinairement au-dessus de la valeur intrinseque ou de l’égalité des especes étrangeres, nous perdons non-seulement par le change, mais encore par le cours général de notre commerce. Mais cette méthode est encore imparfaite, puisque nous trafiquons dans plusieurs pays où le cours du change n’est point établi.

3°. La troisieme méthode, qui est du chevalier Jos. Child, se prend de l’accroissement ou de la diminution de notre commerce & de nos navires en général ; car si ces deux points viennent à diminuer, quelque profit que puissent faire des particuliers, la nation perd, & elle gagne dans l’hypothese contraire. Cet auteur établit comme une regle infaillible, que dans toutes les parties du monde où le commerce est grand, continue sur ce pié & augmente de jour en jour aussi-bien que le nombre des navires, par succession de tems ce commerce doit être avantageux à la nation, même dans le cas où un gros commerçant se ruine ; car quoi qu’il puisse perdre, quelle multitude de gens qui gagnent par son moyen ! le roi, les officiers des doüanes, les charpentiers de vaisseau, brasseurs, boulangers, cordiers-manufacturiers, cordiers, porteurs, charretiers, mariniers, &c.

4°. Une derniere maniere est d’observer l’augmentation & la diminution de notre argent, soit monnoyé soit en lingots : mais celle-ci est la moins sensible & la moins palpable de toutes ; car l’argent paroît aux yeux du vulgaire plus abondant lorsqu’il en a moins affaire, & plus rare selon que les occasions de l’employer sont plus fréquentes & plus avantageuses : par ce moyen il semble que nous ayons plus d’argent lorsque nous avons moins de commerce : par exemple, quand la compagnie des Indes orientales a un grand débit à faire, l’argent se trouve pour l’ordinaire plus rare à Londres, parce que l’occasion engage les particuliers à en employer quantité qu’ils avoient amassé à cette intention. Ainsi un haut prix d’intérêt fera que l’argent paroîtra plus rare, parce que chacun aussi-tôt qu’il en peut rassembler quelque somme cherche à la placer. Child, Disc. sur le comm. ch. ix. Chambers, Dictionn. (G)

Balance, en termes de teneurs de livres à parties doubles, signifie l’état final ou la solde du grand livre ou livre de raison, ou d’un compte particulier.

Balance, se dit encore de la clôture de l’inventaire d’un marchand, qui se fait en crédit & en débit, dans lequel il met d’un côté, qui est la gauche, l’argent qu’il a en caisse, ses marchandises, dettes actives, meubles & immeublés ; & en crédit du côté de la droite, ses dettes passives & ce qu’il doit payer en argent ; & quand il a défalqué ce qu’il doit d’un côté de ce qu’il a d’effets d’un autre, il connoît, tout étant compensé & balancé, ce qui doit lui rester de net & de clair, ou ce qu’il a perdu ou gagné.

On se sert quelquefois du mot de bilan au lieu de balance, mais improprement. Bilan a une autre signification plus précise. Voyez Bilan.

Balance, signifie aussi la déclaration que font les maîtres des vaisseaux, des effets & autres marchandises dont ils sont chargés. Ce terme est en usage en ce sens parmi les marchands qui trafiquent en Hollande par les rivieres du Rhin & de la Meuse. (G)

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Étymologie de « balance »

Du latin bilanx, de bi- (« deux fois ») et lanx (« plateau ») : « balance à [deux] plateaux ». Bilanx a aussi donné bilan en français.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Picard, balanche ; provenç. balans et balansa ; espagn. balanza ; ital. bilancia ; du latin bilanx (de bi, deux, voy. BIS, et lanx, plateau), par un bas-latin bilancia, sauf le provençal balans, qui vient directement de bilancem.

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Phonétique du mot « balance »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
balance balɑ̃s

Évolution historique de l’usage du mot « balance »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « balance »

  • Si par hasard tu fais incliner la balance de la justice, que ce ne soit jamais sous le poids d'un cadeau, mais sous celui de la miséricorde. De Miguel de Cervantès / Don Quichotte
  • Jacques Brel père absent... Sa fille balance ! Public.fr, Jacques Brel père absent... Sa fille balance !
  • Le poids ne se sent fort que dans la balance. Malcolm de Chazal, Poèmes, Gallimard
  • Il cherche la fameuse machine à peser les balances. Jacques Prévert, Paroles, Événements , Gallimard
  • La main qui balance le berceau balance aussi le monde, mais comme le ferait un volcan. De Saki / Le Cheval impossible
  • Obèse : Né sous le signe de la balance. De Anonyme
  • Raisonner. Peser des probabilités sur la balance du désir. De Ambrose Bierce
  • En la balance, l’or et le fer sont un. De Proverbe français
  • La vie est une balance qui doit-être surveillée sévèrement. De Moses Isegawa / Chroniques abyssiniennes
  • Scrupule. Poids léger qui suffit à faire pencher une balance. De Jules Renard / Journal
  • Dans la balance de la destinée, le muscle ne pèse jamais autant que le cerveau. De James Russell Lowell
  • Une menace, une promesse, une insolence, une courtoisie : cette balance est celle des affaires. De Henry de Montherlant / La Reine Morte
  • Parce que la science nous balance sa science, science sans conscience égale science de l’inconscience. De MC Solaar / La Concubine de l’hémoglobine
  • Vieillir à tout de même des avantages. Je ne peux plus lire les graduations de ma balance. De Brad Schreiber
  • Sur la balance de la mondialisation, une tête d’enfant du tiers-monde pèse moins lourd qu’un hamburger. De Fatou Diome / Le Ventre de l’Atlantique
  • La légèreté, et elle seule, a le poids suffisant pour équilibrer la balance lourde et triste de la vie. De Alix Girod de l’Ain / Evene.fr - Juin 2006
  • Il faut de la force assurément pour tenir toujours la balance de la justice droite entre tant de gens qui font leurs efforts pour la faire pencher de leur côté. De Louis XIV / Mémoires
  • Florian Delavega a-t-il des nouvelles de Jérémy Frérot ? Il balance sur leur séparation et fait une grande révélation... Public.fr, Florian Delavega a-t-il des nouvelles de Jérémy Frérot ? Il balance sur leur séparation et fait une grande révélation...
  • Via une publication courte de trois lignes, on découvre qu'il balancera son projet intituléSo Icy Summer le 3 juillet prochain :  Mouv, Gucci Mane balance le nom et la date de sortie de son nouvel album

Images d'illustration du mot « balance »

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Traductions du mot « balance »

Langue Traduction
Anglais balance
Espagnol equilibrar
Italien equilibrio
Allemand balance
Chinois 平衡
Arabe توازن
Portugais saldo
Russe баланс
Japonais 残高
Basque oreka
Corse equilibriu
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Synonymes de « balance »

Source : synonymes de balance sur lebonsynonyme.fr
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