Ancre : définition de ancre


Ancre : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

ANCRE, subst. fém.

I.− MAR. Pièce d'acier qui fait partie du gréement et qu'on laisse tomber à l'aide d'une chaîne ou d'une haussière au fond de l'eau, où elle s'accroche de manière à retenir le bateau. Mouiller l'ancre, mettre le navire à l'ancre :
1. Une ancre à jet élongée derrière n'ayant eu aucun succès, nous mîmes la chaloupe à la mer et nous envoyâmes dans la même direction une ancre de poste que nous eûmes le soin d'emponneller, et sur laquelle nous virâmes avec force et à plusieurs reprises sans faire bouger la corvette de place. Dumont d'Urville, Voyage au Pôle Sud et dans l'Océanie,t. 6, 1844, p. 276.
2. Le navire avait quatre ancres, la grosse ancre, la seconde ancre qui est l'ancre travailleuse, working-anchor, et deux ancres d'affourche. Ces quatre ancres, mouillées avec des chaînes, étaient manœuvrées, selon les occasions, par le grand cabestan de poupe et le petit cabestan de proue. V. Hugo, Les Travailleurs de la mer,1866, p. 102.
3. John fit ses dispositions pour l'appareillage. Il ordonna de lever l'ancre. Mais les pattes de l'ancre, sous les secousses du câble, s'étaient profondément incrustées dans le sable. Sans guindeau, et même avec les palans que Wilson installa, il fut impossible de l'arracher. J. Verne, Les Enfants du capitaine Grant,t. 3, 1868, p. 74.
4. Au bout d'un instant, il fut réveillé par un bruit de chaînes; les matelots mouillaient une nouvelle ancre. Dans tout le port c'était l'agitation qui précède la tempête; on amenait des voiles et des mâts, on arrimait des câbles, des ancres grinçaient. A. Maurois, Ariel ou la Vie de Shelley,1923, p. 340.
Rem. 1. L'ancre traditionnelle est composée d'une barre droite appelée tige ou verge, terminée d'un côté par un anneau appelé organeau et de l'autre par deux bras prolongés d'une patte (ex. 3) dont la pointe se nomme le bec. Sur la verge, dans un plan perpendiculaire à celui des bras se trouve le jas ou jouail. 2. Selon Le Clère 1960 : ,,jeter l'ancre est une formule livresque qui ne s'emploie jamais dans la pratique; on dit toujours mouiller l'ancre``. 3. Chasser se dit d'une ancre qui ne parvient pas à « mordre » c'est-à-dire à prendre sur le fond. On dit de même que le bateau chasse sur ses ancres :
5. ... l'impulsion du navire est si forte, que nous craignons de briser nos câbles en jetant l'ancre : enfin l'ancre est tombée; elle chasse quelques brasses et mord le fond. Nous sommes sur une mer encore clapoteuse, mais dont les vagues ne font que nous bercer sans péril; ... A. de Lamartine, Voyage en Orient,t. 2, 1835, p. 319.
6. L'ancre sauva le vaisseau quand il eut chassé sur ses autres ancres, au milieu des coraux des îles Sandwich. F.-R. de Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 1, 1848, p. 255.
Rem. Autres syntagmes être à l'ancre, couper l'ancre, laisser tomber l'ancre, lever, virer l'ancre.
Maîtresse-ancre, ou ancre de miséricorde, ancre sacrée, ancre de salut. La plus forte des ancres d'un bateau, à laquelle on a recours en cas de danger :
7. Le vaisseau s'approche doucement de la rive, où s'élevoit une chapelle chrétienne abandonnée. On précipite au fond de la mer des sacs remplis de pierres, attachés à un câble de Tyr, et l'ancre sacrée, dernière ressource dans les naufrages. F.-R. de Chateaubriand, Les Martyrs,t. 3, 1810, p. 120.
8. À mer étale nous allons mouiller la maîtresse ancre droit par le travers. Dumont d'Urville, Voyage au Pôle Sud et dans l'Océanie,t. 9, 1846, p. 345.
9. Il en est de même pour les ferrures; j'avais eu l'idée pour les forger de couper un morceau du jas de l'ancre de miséricorde mais nous finissons par trouver un boulon de rechange (...) qui pourra servir. J.-B. Charcot, Le« Pourquoi-Pas? » dans l'Antarctique, deuxième expédition antarctique française, 1910, p. 246.
Rem. Autres syntagmes ancre de corps mort, ancre flottante, ancre de touée.
Au fig.
A.− Ce qui fixe, ce qui rend stable, solide :
10. Le christianisme a été la grande ancre qui a fixé tant de nations flottantes, et retenu dans le port, ces États, qui se briseront peut-être, s'ils viennent à rompre l'anneau commun où la religion les tient attachés. F.-R. de Chateaubriand, Génie du Christianisme,t. 2, 1803, pp. 79-80.
11. Pas d'autre philosophie en lui [Leconte de Lisle] qu'un désespoir (...) qui a pour ancres l'orgueil, la misanthropie, la haine... A. Thibaudet, Histoire de la littérature française de 1789 à nos jours,1936, p. 517.
B.− Locutions
1. Ancre de salut (et plus rarement ancre de miséricorde). Dernière ressource, ultime secours :
12. La confusion et l'anarchie n'eussent donc pas manqué d'être aussitôt dans l'État. Alors toutes les classes des citoyens, toutes les factions auraient vu avec plaisir dans Napoléon une ancre de salut, un point de ralliement, seul propre à sauver tout à la fois et de la terreur royale et de la terreur démagogique. E.-D. de Las Cases, Le Mémorial de Sainte-Hélène,t. 1, 1823, p. 757.
2. À l'ancre.
[En parlant d'un inanimé concr.] Qui est fixé, qui demeure immobile en un point :
13. L'air est presque tiède. Il n'y a pas encore de vent. Ça fait trois jours qu'à la barrière de l'horizon, au Sud, un grand nuage est à l'ancre, dansant sur place. J. Giono, Regain,1930, pp. 54-55.
14. Il existe, près de Nancy (...) un quartier (...) où les errants mettent quelque temps à l'ancre les roulottes : c'est Tomblaines [sic]. Tout un peuple vit là (...) parmi les choux tristes et les clapiers momentanés (...). Il [Lerson] habitait une baraque rapetassée... P. Vialar, La Mort est un commencement,Les Morts vivants, 1947, p. 47.
Lang. région. [En parlant d'une pers.] Sans emploi, dans l'inaction :
15. Ils [les gens du village] sont à l'ancre et il n'y a rien à faire pour moi (...) ils me disent que, dans tout ce village ouvert, il n'y a rien à faire pour moi nulle part. J. Giono, Les Grands chemins,1951, p. 200.
3. Jeter l'ancre. S'établir, se fixer dans un lieu, dans une situation, dans un état :
16. Ceux-là ne cherchent plus la griserie du voyage, parce que cette terre est trop parfumée, où ils se sont arrêtés. Ceux-là ne navigueront plus sur les mers mauvaises, parce qu'ils ont trouvé le port et que l'ancre a été jetée dans l'incomparable béatitude. E. Psichari, Le Voyage du centurion,1914, pp. 191-192.
Jeter l'ancre + compl. de nom. Fixer, arrêter l'évolution (mauvaise) de :
17. ... peut-être en ces jours déplorables, au milieu des tempêtes civiles, vivaient et mouraient obscurs quelques-uns de ces hommes de génie, qui, par le poids de leurs œuvres, auraient pu fixer la langue, et, en quelque sorte, jeter l'ancre de notre littérature. Ch.-A. Sainte-Beuve, Tableau hist. et crit. de la poésie française et du théâtre français au XVIesiècle,1828, p. 108.
4. Lever l'ancre. Quitter un lieu, s'éloigner, partir :
18. Par un tel temps, ce n'est pas à Gabès, à Tozeur ou Nefta que je me souhaite, c'est ailleurs et partout, errant, flottant, sans attaches... Mieux vaut se cramponner au travail et ne consentir à lever l'ancre que lorsque la suite de mon livre sera mieux précisée. A. Gide, Journal,1934, p. 1199.
II.− Autres domaines techn. (p. anal. avec le sens I).
A.− AÉRON. Instrument formé de plusieurs crochets articulés servant à l'atterrissage des aérostats :
19. L'ancre du ballon captif est une ancre-chaîne formée de dix éléments articulés l'un avec l'autre, et dont la longueur varie de 23 à 10 cm. A. Ledieu, E. Cadiat, Le Nouveau matériel naval,t. 2, 1899, p. 339.
B.− BÂT. Barre de fer en forme de croix ou de lettres (I, S, T, X ou Y), apparente ou noyée dans le mur, passant dans l'œil d'un tirant et destinée à empêcher l'écartement des murs, à maintenir les tuyaux de cheminée élevés ou à affermir les pilots de garde dont on garnit les devants d'un quai ou d'une jetée :
20. Dans toute construction faite pour durer, le fer employé en chaînages ne devrait être considéré que comme des brides dont les extrémités seules seraient agrafées fortement. Et alors pour ces agrafes ou ancres, la peinture ne doit être appliquée que comme un palliatif très-insuffisant : il faut avoir recours au galvanisme par le zinc ou le cuivre, avec scellements en mastics gras. E. Viollet-le-Duc, Entretiens sur l'architecture,t. 2, 1872, p. 44.
Rem. A pour synon. ancrure (cf. Lar. 19eet Lar. 20e).
C.− HÉRALD. Meuble représentant une ancre de marine et ,,dont la tige se nomme stangue, la traverse trabe, et le câble, lorsqu'il y en a un, gumène``. (Grandm. 1852) :
21. C'est Bartolomé Ruis, prince des vieux pilotes, Qui, sur l'écu royal qu'elle enrichit encor, Porte une ancre de sable à la gumène d'or. J.-M. de Heredia, Les Trophées,1893, p. 114.
Spéc. Insigne officiel de la Marine marchande, de la Marine militaire et de l'Armée coloniale.
D.− HORLOG. Pièce d'horlogerie ayant la forme d'une ancre et servant à régler l'échappement d'une montre ou d'une horloge :
22. La précision et la sûreté des montres ne sont devenues réalisables sur une large échelle qu'avec l'introduction de l'échappement libre à ancre (...). Cette importante amélioration fut imaginée par Th. Mudge en 1775. Depuis plus d'un siècle, l'emploi du mouvement à ancre constitue la règle pour toutes les montres. E. von Bassermann-Jordan, Montres, horloges et pendules,1964, p. 172.
Rem. Guérin 1892 et Quillet 1965 notent que ,,les horlogers font ce mot du masculin``.
E.− ICONOGR. CHRÉT. Symbole de l'espérance, souvent représenté sur les monuments des premiers chrétiens.
Prononc. − 1. Forme phon. : [ɑ ̃:kʀ ̥]. Enq. : /ãkʀ/. 2. Homon. : encre.
Étymol. ET HIST. − 1160-1174 mar. (Wace, Rou, 2ep., 1158 ds Gdf. Compl.); p. anal. 1616, 18 nov. archit. (Reg. aux délibérations des consaulx d'apr. La Grange, Docum. relatifs à quelques monum. de Tournai, 39 ds Gdf. Compl. : Sera tenu livrer soixante ancres avecq clefs a deux costez qui servira pour clauwer aux sommiers du deuzieme estaige); 1534 fig. à l'ancre « dans l'inaction, dans l'impuissance » (Rabelais, II, 2 ds Hug. : Toute la contree estoit à l'ancre); 1546 ancre sacre « dernier recours, dernier refuge » (Id., III, 7, ibid. : En laquelle souloit comme en l'ancre sacre constituer son dernier refuge contre tous naufraiges d'adversité). Empr. au lat. ancora « ancre » au sens propre dep. Afranius, Com., 139 ds TLL s.v., 30, 27; emploi fig. dep. Varron, Rust., 17, 7, ibid., 31, 10; fig. « appui, dernier refuge » : Ovide, Pont., 3, 2, 6, ibid., 31, 14.
STAT. − Fréq. abs. litt. : 666. Fréq. rel. litt. : xixes. : a) 1 380, b) 1 293; xxes. : a) 579, b) 612.
BBG. − Archéol. chrét. 1924. − Arts Mét. 1766. − Bach.-Dez. 1882. − Barb.-Cad. 1963. − Barber. 1969. − Baudr. Pêches 1827. − Bible 1912. − Bouillet 1859. − Canada 1930. − Chabat t. 1 1875. − Chesn. 1857. − Comm. t. 1 1837. − Dheilly 1964. − Encyclop. méthod. Mécan. t. 1 1782. − Foi t. 1 1968. − Galiana Déc. sc. 1968. − Gottsch. Redens. 1930, pp. 263-264. − Goug. Lang. pop. 1929, p. 94. − Goug. Mots t. 1 1962, p. 211. − Gougenheim (G.). La Relatinisation du vocab. fr. Annales de l'Univ. de Paris. 1959, t. 29, no1, p. 8. − Grandm. 1852. − Gruss 1952. − Guilb. Aviat. 1965. − Jal 1848. − Jossier 1881. − Lacr. 1963. − Lavedan 1964. − Le Clère 1960. − Le Roux 1752. − Marcel 1938. − Noël 1968. − Pope 1961 [1952], § 1173. − Prév. 1755. − Privat-Foc. 1870. − Séguy 1967. − Soé-Dup. 1906. − Viollet 1875. − Will. 1831. − Zastrow (D.). Entstehung und Ausbildung des französischen Vokabulars der Luftfahrt mit Fahrzeugen ,,leichter als Luft`` (Ballon, Luftschiff) von den Anfängen bis 1910. Tübingen, 1963, p. 287, 294, 320, 497.

Ancre : définition du Wiktionnaire

Nom commun 1

ancre \ɑ̃kʁ\ féminin

  1. (Marine) Objet lourd au bout d’une corde ou chaine, qu’on laisse tomber au fond de l’eau afin d’empêcher un bateau de dériver.
    • L’ancre de veille de tribord, empennelée d'une ancre à jet, fut mouillée par bâbord-arrière pour servir d’ancre d’évitage ; elle avait une biture de 80 brasses. — (Frédéric Zurcher et Élie-Philippe Margollé, Les Naufrages célèbres, Hachette, Paris, 1873, 3e édition, 1877, p. 156)
    • […] le bateau raidissant sa chaîne cassa ses bosses ; le frein du guindeau se rompit ; il fallu mouiller la seconde ancre pour pouvoir le réparer. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
    • Derrière la jetée je mouillais mes ancres, ayant couvert, en trente-trois jours, les dix-huit cents milles qui me séparaient des îles Bermudes. — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil ; tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
    • Gaspard entendit le bruit de la chaîne d’ancre qui se dévidait dans l’écubier. — (André Dhôtel, Le Pays où l’on n’arrive jamais, 1955)
  2. (Architecture) Barre de fer qu’on emploie pour empêcher soit l’écartement des murs, soit la poussée des voûtes, ou pour maintenir des tuyaux de cheminée qui sont fort élevés.
  3. Pièce qui sert d’échappement dans une horloge, une montre.
  4. (Internet) Zone déterminée d'un document servant de départ ou d'arrivée à un lien hypertextuel avec une autre zone de ce document ou avec une zone déterminée d'un autre document.
  5. (Héraldique) Meuble représentant une ancre de marine dans les armoiries. Elle est généralement représentée en pal, la trabe vers le chef. Elle est composée d’une stangue, tige, verge ou flanque, d’une trabe (traverse ou jas) surmontée d’un organeau (anneau). Les bras de l’ancre portant des pelles (sortes de pointes de flèches). On n’indique les composants de l’ancre que s’ils sont d'un émail différent ou s’ils sont manquant. Parfois une gumène (corde, câble, qu’il faut blasonner) est attachée à l’organeau et s’enroule autour de la stangue. Elle peut former des nœuds. Quand il y a un second organeau en bas de l’ancre, on parle d’ancre bouclée. Une ancre renversée fait référence à la marine d’eau douce.
    • D’azur à une ancre d’argent, qui est de la commune Espira-de-l’Agly des Pyrénées-Orientales → voir illustration « armoiries avec une ancre »

Nom commun 2

ancre \ɑ̃kʁ\ féminin

  1. (Métrologie) (Désuet)
    • ANCRE, en allemand, en danois, en hollandais et en anglais anker, en suédois ankare. Mesure de capacité, ou baril pour liquides, formant le quart de l’aime, en usage en Allemagne et en Hollande. — (Horace Doursther, Dictionnaire universel des poids et mesures, anciens et modernes, M. Hayez, Bruxelles, 1840)
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Ancre : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ANCRE. n. f.
T. de Marine. Pièce de fer terminée par deux branches qu'on laisse tomber au fond de l'eau pour fixer un navire. L'anneau, les bras de l'ancre. La grande ancre. La maîtresse ancre. Jeter l'ancre, mouiller l'ancre, ou absolument Mouiller. Se tenir, demeurer, être à l'ancre. Lever l'ancre. Un vaisseau qui a perdu toutes ses ancres, qui chasse sur ses ancres. L'ancre est le symbole de l'espérance. Ancre de miséricorde se disait autrefois de la Maîtresse ancre. Fig., C'est notre ancre de salut, C'est la seule chose qui puisse nous sauver, c'est la plus sûre ou l'unique ressource que nous ayons. Il désigne, en termes d'Arts, une Grosse barre de fer qu'on emploie pour empêcher soit l'écartement des murs, soit la poussée des voûtes, ou pour maintenir des tuyaux de cheminée qui sont fort élevés. Il se dit aussi de la Pièce qui sert d'échappement dans une horloge, une montre.

Ancre : définition du Littré (1872-1877)

ANCRE (an-kr') s. f.
  • 1Instrument de fer à deux dents qu'on laisse tomber au fond de l'eau pour fixer les bâtiments. Jeter l'ancre. Il fit lever l'ancre, Fénelon, Tél. VIII. Les voiles s'enflent : on lève les ancres, Fénelon, ib. XXIV.

    Mouiller l'ancre ou simplement mouiller, jeter l'ancre.

    Ancre de miséricorde ou ancre sacrée, se disait autrefois de la maîtresse ancre.

  • 2 Fig. C'est mon ancre de salut, c'est ma dernière ressource. Rome était un vaisseau tenu par deux ancres dans la tempête, la religion et les mœurs, Montesquieu, Esp. VIII, 13. Le christianisme a été l'ancre qui a fixé tant de nations flottantes, Chateaubriand, Génie, III, III, 2.
  • 3En numismatique, symbole du royaume de Syrie sous les Séleucides et de différentes villes.

    Indique aussi les victoires navales.

    Symbole religieux de l'espérance.

  • 4En paléographie, indique un passage remarquable d'un manuscrit.
  • 5 Terme de zoologie. Poisson du genre des spares.

HISTORIQUE

XIIe s. Si faisons aliance estable, E covenant ferme e entier De nos securre [secourir] et entre aidier ; à ce seit nostre ancre fichée, Qui pas ne puisse estre esracée, Benoit de Sainte-Maure, II, 8969.

XIIIe s. Quant il furent bien arivé, Le pont [il] mist jus, ancre ad geté, Marie de France, Eliduc.

XIVe s. Lors jeterent leur ancre et leur grans cros d'achier, Dont il fisent ensamble leur vaissiaus attachier, Baud. de Seb. IV, 710.

XVe s. Gisant à l'ancre, Froissart, II, II, 27.

XVIe s. L'encre de mer se fiche au pré tout vert, Fortune ainsi l'a voulu et souffert, Marot, IV, 27. Toute la contrée estoyt à l'ancre, c'estoyt pitoyable cas de veoir le travail des humains, pour se guarantir de ceste horrificque alteration, Rabelais, Pant. II, 2. Il les faisoit fouetter oultrageusement, ou bien demourer tout le long d'un jour debout, ayant une ancre de fer pesante sur leurs espaules, Amyot, Arist. 55. Les Estats, conseil de vostre roiaume seul et salutaire, auquel vos majeurs ont tousjours recouru, comme à l'ancre sacré, D'Aubigné, Hist. II, 248. Lansac faisant lever ses ancres fit contenance de descendre en Ré, D'Aubigné, ib. II, 294. Tenir l'ancre à pic, D'Aubigné, ib. Les reflormez levent l'ancre pour aller à lui, D'Aubigné, ib. Après les ancres levez, D'Aubigné, ib. II, 390. Et à chacun cable un ancre, Du Bellay, M. 160.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

ANCRE. Ajoutez : - REM. Ancre est employé trois fois au masculin par Choisy, Journal de son voyage de Siam (le 14 août et les 25 et 26 sept. 1685). Le même auteur l'emploie aussi au féminin (22 septembre). Il est maintenant féminin. Ancre au masculin n'est point un solécisme ; le genre a varié, et, comme on peut voir à l'historique, il a été fait, au XVIe siècle, masculin par quelques auteurs.

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Ancre : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

ANCRE, s. f. (Marine.) est un instrument de fer ABCD (Voyez Pl. II. fig. 1.) dont on se sert pour arrêter les vaisseaux. On attache cet instrument à un cable dont l’autre extrémité est attachée au vaisseau. On jette l’ancre à la mer, où par son propre poids & par ses pointes B, D, elle s’attache au fond, & retient ainsi le vaisseau.

L’ancre est composée de plusieurs parties.

La partie Pe est appellée la verge de l’ancre ; elle est ronde dans les petites, & quarrée dans les grandes.

La partie BCD soudée au bout de la verge s’appelle la croisée ou crosse : BC, moitié de la croisée, est le bras ou la branche.

L’arganeau ou l’organeau est un anneau EA passant par le trou g du haut de la verge. C’est à cet anneau qu’on attache le cable.

Les pattes de l’ancre sont des lames de fer BIK, DGH, de forme triangulaire, qui forment l’extrémité des bras, & qui servent à mordre le fond de la mer.

Les angles des pattes I, K, G, H, sont appellés les oreilles.

Le jas ou jouet de l’ancre est un axe de bois composé de deux morceaux de bois fort épais, dont l’un est ABEF (fig. 3.) dans lesquels il faut remarquer une rainure CD qui doit embrasser la tête de l’ancre ; outre cela on remarque à la tête de l’ancre deux petites éminences appellées tenons, dont l’une est nm (fig. 1.) & l’autre est au côté opposé.

Ces tenons sont exactement renfermés dans l’intérieur du jas, & empêchent qu’il ne puisse monter ni descendre. Les deux morceaux de bois dont nous avons parlé, sont attachés à l’ancre de maniere qu’ils soient perpendiculaires à un plan passant par la verge & par les pattes ; on les fixe de plus ensemble avec des clous ; & étant ainsi joints, ils forment le jas GHIK. Le jas sert à empêcher que la croisée ne soit parallele au fond de la mer, ce qui empêcheroit l’ancre de mordre.

Il y a dans un vaisseau plusieurs ancres : la plus grosse s’appelle la maitresse ancre : celle qui la suit en grosseur se nomme la seconde : la troisieme s’appelle ancre d’affourche ; on la jette du côté opposé à la maitresse ancre, & de maniere que les deux cables fassent un angle au-dedans du vaisseau : la quatrieme ou plus petite ancre se nomme ancre de toue ou boüeuse ; on la jette à quelque distance du vaisseau ; on attache un cable par une de ses extrémités à cette ancre, & par l’autre au cabestan, & en tournant le cabestan on amene le vaisseau vers le côté où il est arrêté par l’ancre.

On se sert aussi d’une corde appellée l’orin, dont on attache une extrémité à l’ancre, & l’autre à un bout de liége flottant sur l’eau, afin que si l’ancre vient à se détacher du cable, on retrouve, par le moyen de ce liége, l’endroit où elle est.

Il y a encore d’autres ancres dont il sera fait mention à la suite de cet article.

Il y a grande apparence que les ancres sont fort anciennes : mais leur premier inventeur est inconnu, ou du moins incertain. Des passages d’Appollonius de Rhodes, & d’Etienne de Bysance, prouvent que les Anciens ont eu des ancres de pierre ; & on voit par Athénée qu’ils en ont eu même de bois. Il y a apparence que les premieres ancres de fer dont on se servit n’avoient qu’une dent ; & l’on voit par un passage de Nicolas Witsen, que dans ces derniers tems on en a fait aussi quelques-unes de cette espece.

A l’égard des ancres de fer à deux dents, il paroît par les médailles & par les passages qui nous restent, qu’elles étoient assez semblables à celles dont nous nous servons aujourd’hui. On a quelquefois fait usage d’ancres à trois dents : mais ces ancres, ainsi que celles à quatre dents, sont moins bonnes que celles à deux, parce qu’elles sont sujettes à plus d’inconvéniens. M. le Marquis Poleni en détaille les principaux dans sa piece Latine sur les ancres, imprimée à Paris en 1737, à l’Imprimerie royale, & dont nous avons tiré tout ce que nous avons dit jusqu’à présent.

Cette piece fut composée à l’occasion du prix que l’Académie Royale des Sciences de Paris avoit proposé pour cette année 1737.

L’Académie avoit demandé 1°. quelle étoit la meilleure figure des ancres. Le prix de cette partie fut adjugé à M. Jean Bernoulli le fils ; & voici l’extrait de sa piece.

Il cherche d’abord l’angle le plus favorable pour que l’ancre enfonce, c’est-à-dire, celui sous lequel la patte entre le plus profondément & avec le plus de facilité & de force, & il trouve que cet angle est égal à 45 degrés, c’est-à-dire, que le bras doit faire avec le fond de la mer un angle de 45 degrés, en supposant que le fond de la mer soit horisontal, & que le cable le soit aussi ; suppositions qui à la vérité ne sont pas à la rigueur, mais qui peuvent pourtant être prises pour assez exactes.

Il s’applique ensuite à déterminer la figure de l’ancre la plus avantageuse. Il observe d’abord que la résistance des différentes parties du fond de la mer devant être censée la même partout, elle peut être regardée comme semblable à l’action d’une infinité de puissances paralleles qui agiroient sur la croisée. Ainsi, en supposant la croisée ou sa surface concave d’une égale largeur partout, il en résulte que la figure la plus avantageuse de cette surface concave seroit celle d’une chainette, c’est-à-dire, de la courbe que prend un fil chargé de poids égaux, & attaché horisontalement par les extrémités ; car il est visible que si l’ancre étoit flexible, elle prendroit cette figure d’elle-même, & la conserveroit après l’avoir prise. C’est donc la figure la moins sujette à changer, lorsque la branche est supposée inflexible. V. Chainette.

Mais on ne doit pas faire la croisée d’une égale largeur partout ; car en ce cas, elle ne résisteroit pas également à être cassée dans toute sa longueur. Elle se casseroit plus aisément (par la proprieté du levier) vers le sommet de la croisée que vers les extrémités. Ainsi il faut qu’elle soit plus mince vers ses extrémités, que vers vers son milieu.

M. Jean Bernoulli imagine donc deux courbes, dont l’une termine la surface concave de l’ancre, & représente par ses ordonnées les différentes largeurs de cette surface, & une autre courbe qu’il appelle courbe des épaisseurs, & dont les ordonnées soient perpendiculaires à la surface concave ; & il trouve par le principe de l’égalité de rupture, l’équation qui doit être entre les ordonnées de la courbe des épaisseurs, & celles de la courbe des largeurs. De plus, pour que la branche soit le moins sujette qu’il est possible à se plier ou à changer de figure, il faut une autre équation entre les deux courbes dont nous venons de parler. Le problème sera donc parfaitement résolu si les deux courbes sont telles qu’elles satisfassent à la fois aux deux équations ; condition qu’on peut remplir d’une infinité de manieres. (O)

* 2°. La seconde question proposée par l’Académie avoit pour objet la meilleure maniere de forger les ancres. Cette question, comme on verra par ce qui suit, pouvoit avoir deux branches ; l’une relative à l’ancre, l’autre relative aux machines qu’on employe pour les forger.

Le prix quant à la partie relative à l’ancre, la seule apparemment que l’Académie avoit en vûe dans sa question, fut adjugé à M. Tresaguet : voici l’extrait de la principale partie de son Mémoire, qu’on peut consulter, si l’on desire un plus grand détail. On forge des barres plates & pyramidales ; on en arrange plusieurs les unes auprès des autres, ensorte qu’elles aient ensemble plus que le diametre de la piece qu’on veut forger ; & que leur longueur soit moindre, parce qu’elles s’étendent & diminuent d’épaisseur en les forgeant. On donne plus d’épaisseur aux barres les plus éloignées du centre, parce que le feu agit davantage sur elles. On lie toutes ces barres ensemble avec des liens de fer soudés, que l’on fait entrer par le petit bout du paquet, & que l’on chasse ensuite à grands coups. V. Pl. I. premier tableau, figure 1. Un forgeron qui lie, avec des liens soudés, neuf barres de fer ensemble, pour faire une verge d’ancre ; a, le paquet de barres de fer ; b, ringal ou barre de fer, prise au centre du paquet, qui sert à le tourner & manier dans la forge & sous le gros marteau ; cc, liens que le forgeron chasse à grands coups de marteau.

On porte en cet état le paquet à la forge d ; on le place au-dessus de la tuyere ; on le couvre de charbon ; on souffle d’abord modérément ; puis on fait un vent fort & continuel. De cette maniere la chaleur passe de la surface au centre ; & comme les barres sont inégales, & que les premieres sont les plus fortes, tout s’échauffe également. Pour savoir si le paquet est assez chaud, on perce la croûte de charbon qui l’enveloppe ; s’il paroît net & blanc, il est prêt à être soudé : à l’aide de la potence ig, & de sa chaîne f qui embrasse le paquet, on le fait aller sans effort sous le martinet, qui, en quatre ou cinq coups, soude toutes les barres. Le paquet est placé sur l’enclume ou tas ke. Deux forgerons, figure 2 & 3, le soûtiennent ; & le marteleur, ou (figure 4) le maître ancrier dirige la piece par le moyen du ringal, & fait appliquer les coups de marteau où ils doivent porter. Ce marteau agit dans ce tableau par le moyen de l’eau, & comme celui des grosses forges. Voyez ce détail à l’article Grosses Forges. Les figures 5 & 6 du même tableau tirent une corde qui passe sur une poulie, & qui est attachée à la patte d’une ancre ; la verge de cette ancre est fixée à un pieu n ; & ces forgerons se disposent à cintrer les bras.

La longueur d’une ancre de 6000 livres doit être à peu près de quinze piés, & sa grosseur de dix pouces. On proportionne le poids des ancres à la force de l’équipage & à la grandeur du vaisseau.

De la maniere dont une ancre est mouillée, le plus grand effort qu’elle fait est dans le plan qui passe par la verge & les deux bras. Or il est évident qu’une barre qui n’est pas quarrée, est plus difficile à casser sur le côté, que sur le plat. D’où il s’ensuit, selon M. Tresaguet, que l’ancre, pour avoir la force la plus grande, doit être plate dans ce sens. Cependant il ne sera pas mal d’abattre les angles en rond, pour rendre plus doux le frotement contre le cable & les rochers.

Lorsque la verge est forgée ; le trou par où doit passer l’organeau percé ; le ringal coupé ; le quarré, & les tenons formés ; le trou qui doit recevoir la croisée, percé ; on forge la croisée & les pattes. M. Tresaguet est encore d’avis, que pour former les pattes, on forge des barres dont on applatisse les extremités.

Quand toutes ces pieces sont forgées & assemblées, ce qui s’exécute à la forge, au martinet & au marteau, l’ancre est finie. Voyez second tableau de la même Planche, le détail de ces opérations. La figure 1, est un forgeron qui met du charbon à la forge : a, le foyer ; figure 2. est un marteleur ou maître ancrier, qui tient un levier passé dans le trou de l’organeau, & qui dirige l’ancre sous le martinet i : les figures 3. 4. 5. soûtiennent la verge de l’ancre, soulagent le marteleur, & lui obéissent : gf & cd sont deux chaînes attachées à deux potences mobiles, dont l’une cd soûtient la verge, & l’autre gf porte le bras. L’opération qui se passe ici, est celle de souder la croisée à la verge, ce qui s’appelle encoller l’ancre.

Lorsque l’ancre est encollée, on la rechauffe ; on travaille à souder la balevre ; ce qui ne peut s’exécuter sous le martinet, mais ce qui se fait à bras ; & c’est ce qu’on a représenté dans le même second tableau, où l’on voit (figure 7) un forgeron, qui, avec une barre de fer qu’il appuie contre la croisée de l’ancre encollée, qui est dirigée par un maître ancrier, 6, contient cette ancre ; tandis qu’un forgeron, 8, avec un marteau à frapper devant, répare la balevre. Ces ouvriers sont aussi soulagés par leur potence pq. On entend par balevre, les inégalités qui restent nécessairement autour de l’endroit où s’est fait l’encollage.

Mais tout le travail précédent suppose qu’on a des eaux à sa portée, & qu’on peut employer un équipage & des roues à l’eau pour mouvoir un martinet ; ce qui n’arrive pas toûjours : alors il faut y suppléer par quelque machine, & faire aller le martinet à force de bras. C’est un attelier de cette derniere espece qu’on voit dans le tableau de la Planche seconde des ancres. Les Figures 1, 2, 3, 4, 5, 6, sont six forgerons partagés en deux bandes égales, lesquels tirent des cordes roulées sur des roues larges. Le mouvement de ces roues se communique à un cric, celui du cric au martinet, & le martinet hausse & baisse de la maniere dont nous allons le démontrer en détail ; après avoir fait observer autour de l’enclume b cinq forgerons qui tiennent une ancre sous le marteau, & qui l’encollent, ou soudent la croisée à la verge. b, l’enclume ; d, cremailleres qui servent à soûtenir la piece, à la hausser ou baisser, & à en faciliter le mouvement. Ces cremailleres sont soûtenues sur les bras des potences mobiles ef. ff sont des tirans qui fortifient les bras de la potence, & les empêchent de céder sous la pesanteur des fardeaux.

Passons maintenant à la description de la machine qui meut le martinet ; la chose la plus importante de cet attelier. Pour en donner une notion claire & distincte, nous allons parcourir la figure & l’usage de chacune de ses parties en particulier ; puis nous exposerons le jeu du tout.

La figure II du bas de la Planche, est une coupe verticale de la machine : G est le martinet ; ce martinet est une masse de 7 à 800 livres, dont la tête Y est acerée ; son autre bout X passe dans l’œil d’une bascule GHNI, qui lui sert de manche : H est un boulon qui traverse cette bascule & les deux jumelles OO ; car il faut bien se ressouvenir que ceci est une coupe, & qu’on ne voit que la moitié de la machine.

Sur la partie N de la bascule est posé un ressort qu’on en voit séparé, fig. 14. g est le ressort ; h une platine sur laquelle il peut s’appliquer ; i un étressillon qui empêche le ressort de fléchir & de se rompre. On verra dans la suite l’usage de cette piece.

L’extrémité 1 fig. II. de la bascule GHNI, est percée d’un trou, & traversée d’une corde qui passe dans un trou fait à la bascule supérieure MLK, & qui est arrêtée sur cette bascule par un nœud Z. Cette corde unit les deux bascules, & acheve de rendre leur élévation ou abaissement inséparable. ML est un boulon de la bascule supérieure MLK, qui traverse les deux jumelles OO ; à l’extrémité P de la bascule supérieure est un crochet qu’on voit ; il y en a un second sur la face opposée, qu’on ne peut appercevoir dans cette figure ; mais qu’on voit fig. 9.

La figure 9 représente l’extrémité de la bascule supérieure avec toute son armure ; VV sont ses deux crochets. Dans ces crochets est placée une espece de T, qu’on voit séparément, fig. 10 ; ce T dont Y (fig. 10) est la tête, a à sa queue Z un œil, une virole, ou une douille. Ce qu’on voit (fig. 9) inséré dans cette douille, en X, est une dent de cric ; cette dent de cric est arrêtée dans la douille du T, par une clavette qui la traverse & la douille aussi, comme on voit fig. 12. b est la dent, c est la clavette ; d’où il s’ensuit (fig. 9.) que la dent ne peut baisser, sans tirer avec elle le T, qui sera nécessairement suivi de l’extrémité T de la bascule supérieure.

On voit (fig. 11) le cric placé entre les deux jumelles, qui lui servent de coulisse ; ce cric est garni de dents QQ. RS est une coupe du tambour qui porte la lanterne, qui fait mouvoir le cric QQ. R partie de la lanterne garnie de fuseaux ; S partie de la lanterne sans fuseaux.

La figure 13. est une vûe du tambour, de la lanterne, & du cric, qu’il faut bien examiner si l’on veut avoir une idée nette du jeu de la machine : dd est un essieu de fer du tambour & de la lanterne : f le tambour ; g les fuseaux de la lanterne ; e le cric. On voit comment les fuseaux de la lanterne, dans le mouvement du tambour qui l’emporte avec lui, commencent & cessent d’engrener dans les dents du cric.

On voit (fig. 15.) la machine entiere : qqqq sont les traverses des côtés qui soûtiennent les paillers sur lesquels les tourillons de l’arbre du tambour se meuvent : rrrr sont des pieces qui forment le chassis de la machine ; leur assemblage n’a rien d’extraordinaire : mm sont de grandes roues larges mobiles, & qui ne portent point à terre ; des cordes font sur ces roues autant de tours qu’on veut : nn est la pareille de mm : k la grande bascule : l la petite bascule ou la supérieure : u le martinet : o courbe assemblée sur la traverse q, de maniere que son extrémité puisse s’appliquer & s’écarter d’une entaille faite au croisillon de la roue m, & par conséquent arrêter ou laisser cette roue libre ainsi que sa pareille : p est une pince qui sert à amener dedans ou à chasser la courbe o de l’entaille du croisillon.

Cela posé & bien entendu, il est évident que si des cordes font sur les roues mn autant de tours qu’il est nécessaire pour une chaude, & que ces cordes soient tirées par des hommes, comme on voit au haut de la Planche, de maniere que le point m (figure 25) d’en haut descende du côté des hommes ; il est, dis-je, évident que le tambour, & la lanterne qui lui est adhérente, tourneront dans le même sens, & que les fuseaux de la lanterne rencontrant les dents du cric, feront descendre le cric. Mais le cric ne peut descendre que sa dent supérieure, fixée par une clavette dans la douille du T, ne tire ce T en enbas, & avec ce T, la bascule supérieure, dont le bout P (fig. 2) descendra : mais le bout P de la bascule supérieure ne peut descendre sans appuyer sur le ressort MN, qui résistant à cet effort en vertu de l’étressillon I (fig 14) sur-tout lorsqu’il sera tout-à-fait couché sur la platine H, fera baisser le bout I (fig. 11) de la bascule inférieure. Le bout I de cette bascule ne peut baisser en tournant sur le boulon H, que son extrémité G ne s’éleve ; l’extrémité G ne s’élevera qu’autant que l’extrémité I baissera : mais l’extrémité I cessera de baisser, quand la lanterne aura tourné de toute sa partie garnie de fuseaux. Lorsque le dernier fuseau de la lanterne s’échappera du cric, alors rien ne poussant ni ne retenant en bas les extrémités PI des bascules supérieure & inférieure, l’extrémité élevée X de l’inférieure, entrainée par son propre poids & par celui du marteau, tombera d’une vîtesse encore accélérée par celle du ressort MN (fig. 11), relevera en tombant l’extrémité P de la bascule supérieure, & la machine se retrouvera dans son premier état. Mais les ouvriers continuant de tirer, elle n’y demeurera que jusqu’à ce que la lanterne ayant tourné de la quantité de sa partie vuide de fuseaux, celle qui en est garnie se présentant de rechef au cric, agira sur ses dents, le fera descendre, &c. & recommencer en conséquence autant de fois le même mouvement que nous venons d’expliquer.

La courbe o, fig. 15. en s’appliquant au croisillon de la roue m, l’empêche de tourner, & le marteau peut être tenu élevé.

Mais comme les fardeaux qu’on a à remuer sont très-considérables, on fait usage des potences mobiles ; & pour les hausser & baisser, on applique à ces potences des cremailleres. Voyez fig. 16. une de ces cremailleres, dont le méchanisme est si simple qu’il ne demande aucune explication.

La fig. 17. montre des moufles garnies de cordages, dont on se sert quand les fardeaux sont trop lourds pour les cremailleres.

3°. La troisieme question proposée par l’Académie, étoit la meilleure maniere d’éprouver les Ancres : elle ne fut satisfaite d’aucune des pieces qu’on lui envoya ; & elle partagea la troisieme partie du prix entre M. Daniel Bernoulli, & M. le Marquis Poleni, dont les pieces contenoient d’ailleurs d’excellentes choses. Nous ne dirons donc rien non plus sur cette troisieme partie ; & nous renvoyons ceux qui voudront s’instruire plus à fond sur cette matiere, au volume qui contient ces différentes pieces, imprimé, comme nous l’avons déjà dit, en 1737, à l’Imprimerie royale.

Ancre à demeure, c’est une grosse ancre qui demeure toûjours dans un port, ou dans une rade pour servir à toüer les vaisseaux.

Ancre à la veille, c’est celle qui est prête à être mouillée.

Ancre du large, c’est ainsi qu’on appelle une ancre qui est mouillée vers la mer, lorsqu’il y en a une autre qui est mouillée vers la terre.

Ancre de terre, c’est celle qui est mouillée près de la terre, & opposée à celle qui est mouillée au large.

Ancre de flot, & ancre de jussant ou jusant, c’est lorsqu’on parle de deux ancres mouillées de telle sorte, que l’une étant opposée à l’autre, elles tiennent le vaisseau contre la force du flux & du reflux de la mer.

Brider l’ancre, c’est envelopper les pattes de l’ancre avec deux planches, lorsqu’étant obligé de mouiller dans un mauvais fond, on veut empêcher que le fer de la patte ne creuse trop & n’élargisse le sable, & que le vaisseau ne chasse. Voyez Soulier.

Lever l’ancre, c’est la retirer & la mettre dans le vaisseau pour faire route. « Le vent étant favorable, nous levâmes l’ancre, & appareillâmes pour continuer notre route ».

Lever l’ancre par les cheveux, c’est la tirer du fond avec l’orin qui est frappé à la tête de l’ancre.

Va lever l’ancre avec la chaloupe, c’est un commandement d’aller prendre l’ancre par la chaloupe, qui la hale par son orin, & la rapporte à bord.

Gouverner sur l’ancre, c’est virer le vaisseau quand on leve l’ancre, & porter le cap sur la boüée, afin que le cable vienne plus droiturier aux écubiers & au cabestan.

Joüer sur son ancre, filer sur les ancres. V. Filer.

Courir sur son ancre, chasser sur les ancres, c’est lorsque le vaisseau entraîne ses ancres, & s’éloigne du lieu où il a mouillé ; ce qui arrive quand le gros vent ou les coups de mer ont fait quitter prise à l’ancre, à cause de la force avec laquelle le navire l’a tirée : quelques-uns disent improprement filer sur son ancre. On dit aussi simplement chasser : le vaisseau chasse. Voyez Arer ou Chasser.

Faire venir l’ancre à pic, ou à pique, virer à pic, c’est remettre le cable dans un vaisseau qui se prépare à partir, en sorte qu’il n’en reste que ce qu’il faut pour aller perpendiculairement du navire jusqu’à l’ancre, & qu’en virant encore un demi tour de cable, elle soit enlevée tout-à-fait hors du fond.

L’ancre a quité, l’ancre est dérapée, c’est-à-dire que l’ancre qui étoit au fond de l’eau pour arrêter le navire, ne tient plus à la terre.

L’ancre paroit-elle ? c’est une demande qu’on fait lorsqu’on retire une ancre du fond, pour savoir si elle est à la superficie de l’eau.

Caponner l’ancre. Voyez Capon.

Bosser l’ancre & la mettre en place. V. Bosser.

L’ancre est au bossoir ; cela se dit lorsque son grand anneau de fer touche le bossoir.

Estre à l’ancre : lorsqu’une flotte mouille dans un port, ou que l’on mouille dans une rade où il y a déjà beaucoup de vaisseaux, le pilote, & ceux qui ont le commandement, doivent prendre garde à bien mouiller, & que chaque vaisseau soit à une distance raisonnable des autres, ni trop près ou trop loin de terre.

Si le vent commence à forcer, il est à propos que tous les vaisseaux filent du cable également, afin que l’un n’aille pas aborder ou tomber sur l’autre.

L’on est mouillé à une distance raisonnable des autres vaisseaux, lorsqu’il y a assez d’espace entre deux, pour ne pas s’aborder en filant tous les cables. Il est bon aussi de butter les vergues, afin que le vent ébranle moins les vaisseaux, & qu’en cas qu’ils vinssent à s’aborder, soit en chassant ou autrement, les vergues des uns ne puissent s’embarrasser dans les vergues & les manœuvres des autres. La distance la plus raisonnable qui doit être entre deux vaisseaux mouillés, est de deux ou trois cables, c’est-à-dire, deux ou trois cens toises. (Z)

Ancre, en Serrurerie, c’est une barre de fer qui a la forme d’une S, ou d’un Y, ou d’un T, ou toute autre figure coudée & en bâton rompu, qu’on fait passer dans l’œil d’un tirant, pour empêcher les écartemens des murs, la poussée des voûtes, ou entretenir les tuyaux des cheminées qui s’élevent beaucoup. Voyez Pl. 12. de Serrurerie : A A est une ancre dans l’œil du tirant HG, chantourné pour que l’œil soit perpendiculaire à l’ancre. Même Plan. la fig. e e est encore une ancre : elle pourroit être ou droite, ou coudée d’une autre façon ; c’est à l’usage qu’on en veut faire à décider de sa forme : mais quelle qu’elle soit du reste, l’ancre est toûjours destinée à passer dans l’œil d’un tirant. Voyez Tirant.

* Ancre, ou Encre, (Géog. mod.) petite ville de France en Picardie, sur une petite riviere de même nom. Long. 20. 15. lat. 49. 59.

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Étymologie de « ancre »

Étymologie de ancre - Littré

Ancora, ἄγϰυρα, crochet, ancre (comp. ANKYLOSE) ; provenç. et ital. ancora.

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Étymologie de ancre - Wiktionnaire

Du latin ancora.
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Phonétique du mot « ancre »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
ancre ɑ̃kr play_arrow

Évolution historique de l’usage du mot « ancre »

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Citations contenant le mot « ancre »

  • La municipalité de Trignac (Loire-Atlantique) a levé l’imposante ancre bien connue des habitants, installée à l’intersection de la route de Penhoët et de la rue Jean-Marie-Perret. , Insolite : l'ancre de Trignac déménage... et garde son mystère | L'Écho de la Presqu'île
  • La commission des Affaires institutionnelles du Sénat a adopté vendredi, à l’unanimité moins trois abstentions, une proposition visant à mieux ancrer dans la Constitution les droits et libertés des personnes en situation de handicap. sudinfo.be, Le droit des personnes en situation de handicap sera mieux ancré dans la Constitution
  • ARKit 4 dans l’iOS 14 fraîchement annoncé ajoute des ancres de localisation, qui peuvent fixer un modèle AR à un emplacement spécifique dans le monde réel, défini par la latitude, la longitude et l’altitude. Cela pourrait être utilisé pour présenter des illustrations virtuelles, comme Apple l’a démontré avec une installation KAWS positionnée au Ferry Building à San Francisco. Il pourrait également être utilisé pour positionner des étiquettes qui sont fixées dans l’espace à un endroit spécifique, ou pour créer des expériences AR complètes à un endroit donné. Breakingnews.fr, ARKit 4 d'Apple ancre la réalité 3D dans des emplacements de cartes du monde réel
  • ARKit 4 introduit des ancres de localisation qui permettent de placer du contenu en réalité augmentée dans le monde réel, avec de vraies coordonnées géographiques. Ainsi, les différents utilisateurs d'une même app pourront voir le même objet virtuel à la même place dans le monde réel, comme une statue virtuelle dans une rue. ARCore, l'équivalent d'ARKit chez Google, dispose d'un système d'ancres similaire. WatchGeneration, ARKit 4 ancre encore plus la réalité augmentée dans le monde réel | WatchGeneration
  • Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages, dans la nuit éternelle emportés sans retour, ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges, jeter l’ancre un seul jour ? De Alphonse de Lamartine / Méditations poétiques
  • Ainsi toujours poussés vers de nouveaux rivages Dans la nuit éternelle emportés sans retour, Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges Jeter l'ancre un seul jour ? De Alphonse de Lamartine / Le lac
  • La femme n'est pas faite pour travailler. Elle doit s'occuper du foyer, être l'ancre de l'homme. De Jacques Médecin / L'Evénement du jeudi - 20 Septembre 1990
  • L'impossibilité fondamentale, quasi organique, de penser à une séparation est pour un couple la véritable ancre de miséricorde et peut-être la seule. De Paul Guimard / L'Ironie du sort
  • Une jeune femme pour un vieillard, c'est une barque qui ne répond pas au gouvernail et que ne retient pas l'ancre. De Théognis / Poèmes élégiaques
  • Nous avons toujours une ancre qui tient ferme aussi longtemps qu'on ne la brise pas soi-même : c'est le sentiment du devoir. De Ivan Tourgueniev / Scènes de la vie russe
  • L'hôpital, grand navire à l'ancre, avec sa cargaison d'émigrants en route vers l'autre monde. De Roland Topor / Pense-bêtes
  • Il ne faut pas lier un navire à une seule ancre, ni une vie à un seul espoir. De Epictète
  • Nous sommes tous emportés par le courant et la foi est notre seule ancre. De Bram Stoker / Dracula
  • Notre âme tire sur notre chair comme un navire sur son ancre. De Léonce Peillard
  • Nous avons notre ancre en nous-mêmes. De Victor Hugo / Philosophie prose
  • Si le vaisseau ne tient qu'à une ancre, le mouillage n'est pas sûr. Hérondas, Mimes, I, 41-42 (traduction L. Laloy)
  • Ainsi toujours poussés vers de nouveaux rivages, Dans la nuit éternelle emportés sans retour, Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges Jeter l'ancre un seul jour ? Alphonse de Prât de Lamartine, Premières Méditations poétiques, le Lac

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Traductions du mot « ancre »

Langue Traduction
Portugais âncora
Allemand anker
Italien ancora
Espagnol ancla
Anglais anchor
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Synonymes de « ancre »

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