La langue française

Aigle

Sommaire

  • Définitions du mot aigle
  • Étymologie de « aigle »
  • Phonétique de « aigle »
  • Évolution historique de l’usage du mot « aigle »
  • Citations contenant le mot « aigle »
  • Images d'illustration du mot « aigle »
  • Traductions du mot « aigle »
  • Synonymes de « aigle »
  • Antonymes de « aigle »

Définitions du mot aigle

Trésor de la Langue Française informatisé

AIGLE, subst. masc. ou fém.

I.− Sens gén.
A.− Masc. ou fém. Oiseau de proie diurne (famille des Aquilidés), de très grande taille, d'une envergure très étendue, au bec crochu du bout, aux tarses emplumés aux serres puissantes et doué d'une vue perçante. Aigle brun, impérial, noir, roux, royal; grand aigle; l'aigle trompette ou glatit (Rob.) :
1. ... tous les habitans du pays chassaient ou pêchaient pour nous; (...) nous fûmes forcés d'accepter un traîneau de kamtschadales pour la collection des curiosités du roi, et deux aigles royaux pour la ménagerie, ainsi que beaucoup de zibelines. Voyage de La Pérouse autour du monde,t. 3, 1797, p. 141.
2. L'aigle, roi des déserts, dédaigne ainsi la plaine; Il ne veut, comme toi [Byron], que des rocs escarpés Que l'hiver a blanchis, que la foudre a frappés; Des rivages couverts des débris du naufrage, Ou des champs tout noircis des restes du carnage; Et tandis que l'oiseau qui chante ses douleurs, Bâtit aux bords des eaux son nid parmi les fleurs, Lui, des sommets d'Athos franchit l'horrible cime, Suspend aux flancs des monts son aire sur l'abyme, Et là, seul, entouré de membres palpitants, De rochers d'un sang noir sans cesse dégouttants, Trouvant sa volupté dans les cris de sa proie, Bercé par la tempête, il s'endort dans sa joie. A. de Lamartine, Méditations poétiques,L'Homme, 1820, p. 26.
3. « Poursuis, ô mon héros, ton généreux dessein. On suspendrait le vol de l'aigle altière, Quand elle voit un daim errer sur la bruyère, Qu'on ne détournerait tes pas audacieux Du sentier de la gloire et des faits périlleux. P.-M.-F.-L. Baour-Lormian, Ossian,La Bataille de Témora, Chant 5, 1827, p. 193.
4. Quelle différence réelle entre l'aigle et le vautour? L'aigle aime fort le sang et préfère la chair vivante, mais mange fort bien la morte. Le vautour tue rarement, et sert directement la vie, remettant à son service et dans le grand courant de la circulation vitale les choses désorganisées qui en associeraient d'autres à leur désorganisation. L'aigle ne vit guère que de meurtre, et on peut l'appeler le ministre de la mort. Le vautour est au contraire le serviteur de la vie. La beauté, la force de l'aigle, l'ont fait choisir pour symbole par plus d'un peuple guerrier qui vivait, comme lui, de meurtre. Les Perses, les Romains l'adoptèrent. On l'associa aux hautes idées que donnaient ces grands empires. J. Michelet, L'Oiseau,1856, pp. 110-111.
5. L'aigle ordinaire s'attaque surtout au plus timide des êtres, au lièvre; l'aigle tacheté, aux canards. Le jean-le-blanc mange de préférence des mulots et des souris, et si avidement qu'il les avale sans même leur donner un coup de bec. L'aigle cul-blanc, ou pygargue, est sujet à tuer ses petits; souvent il les chasse avant qu'ils puissent se nourrir eux-mêmes. J. Michelet, L'Oiseau,1856p. 111.
6. Puis vinrent les bœufs blancs bossus, (...) (...) L'hyène; puis, sortis des arbres à leur tour, Les oiseaux, l'aigle altier, le milan, le vautour Cachant dans un lambeau souillé son bec infâme, Les condors dont le vol est comme un jet de flamme, Les rapides faucons, l'épervier qui sait voir L'infini, le corbeau capuchonné de noir Dont l'aile suit d'en haut les guerres infertiles, Et les paons somptueux qui mangent des reptiles... T. de Banville, Les Exilés,L'Éducation de l'amour, 1874, p. 66.
7. Ça! Un aigle! Allons donc!! − Regardez-le ce pauvre oiseau râpé! Ça... Un aigle! Allons donc!! Tout au plus une conscience. Le fait est que le grand aigle était piteux; maigre, battant de l'aile et dépenné, à voir comme il s'acharnait goulûment sur sa douloureuse pitance, le pauvre oiseau semblait n'avoir pas mangé de trois jours. A. Gide, Le Prométhée mal enchaîné,1899, p. 314.
8. L'art pour l'art!... Une foi magnifique! Mais la foi seulement des forts. L'art! Étreindre la vie, comme l'aigle sa proie, et l'emporter dans l'air, s'élever avec elle dans l'espace serein!... Pour cela, il faut des serres, de vastes ailes, et un cœur puissant. Mais vous n'êtes que des moineaux, qui, quand ils ont trouvé quelque morceau de charogne, le dépècent sur place et se le disputent en piaillant... L'art pour l'art!... Malheureux! L'art n'est pas une vile pâture, livrée aux vils passants. Une jouissance, certes, et de toutes la plus enivrante. Mais elle n'est le prix que d'une lutte acharnée, et son laurier couronne la victoire de la force. L'art est la vie domptée. R. Rolland, Jean-Christophe,La Foire sur la place, 1908, p. 720.
9. Le maître vénérable en embouchant son cor Apprend aux compagnons qu'il sait viser encor. Ses fils sourient de voir le vieillard si ingambe Parmi les jeunes troncs moins fermes que ses jambes. Montagnes et coteaux à présent découverts Ressemblent à la fable inégale en ses vers : Fable qui s'envola jusques aux Pyrénées; Humble alouette ici, là aigle déchaînée. F. Jammes, Les Géorgiques chrétiennes,1912, pp. 20-21.
10. Certains oiseaux sont dépourvus de gésier; tel est le cas des Rapaces (aigle, chouette, buse), qui sont des oiseaux carnivores. H. Camefort, A. Gama, Sciences naturelles,Classe de philosophie, mathématiques et sciences expérimentales, 1960, p. 119.
Rem. Dans ce sens le mot est fém. lorsqu'il désigne la femelle (ex. 3 et 9).
Aigle(-)pêcheur (parfois aigle de mer ou aigle marin). Oiseau de proie diurne vivant au bord des rivières et de la mer et se nourrissant principalement de poissons :
11. ... aussi-tôt que la basse de mer quitte l'océan pour entrer dans le fleuve, l'aigle pêcheur (fishing-hawk) vient habiter ces montagnes. Après s'être élevé dans les airs à une immense hauteur, pour mieux distinguer sa proie sous les eaux, il se précipite avec la rapidité de la foudre, s'y plonge, et bientôt reparoît tenant dans ses serres cet énorme poisson, dont le poids et les mouvemens convulsifs rendent son vol plus lent et plus pénible. Mais dans son voisinage habite aussi un ennemi formidable, l'aigle à tête chauve (bald-eagle), qui aime le poisson sans pouvoir le prendre, et que la rareté du gibier dans cette saison oblige de quitter les montagnes : aussi-tôt qu'il voit l'aigle pêcheur parvenu à la hauteur de son aire, ce monarque des oiseaux quitte le sien, le poursuit à tire-d'aile jusqu'à ce que le pêcheur, convaincu de son infériorité, abandonne sa proie. J. de Crèvecœur, Voyage dans la Haute Pensylvanie et dans l'État de New-York,t. 1, 1801, p. 252.
12. Le vent circule dans les ruines, et leurs innombrables jours deviennent autant de tuyaux d'où s'échappent mille plaintes; l'orgue avoit jadis moins de soupirs sous ces voûtes religieuses. De longues herbes tremblent aux ouvertures des dômes : derrière ces ouvertures, on voit fuir la nue et planer l'aigle marin. F.-R. de Chateaubriand, Génie du Christianisme, t. 2, 1803, p. 161.
13. L'épervier, l'aigle de mer fuient devant toi; le pied traînant, ils grimpent sur leur roc pour abriter, contre toi, leur couvée sous leur poitrail; du bec, de l'aile, et de leur œil de flamme, hérissés, ils font peur à ton flot. Poursuis l'épervier et l'aigle de mer, si tu veux prendre, dans l'œuf, leurs petits coiffés de duvet. E. Quinet, Ahasvérus,1833, p. 76.
14. Quantité d'oiseaux au bord du fleuve; peu craintifs, car jamais chassés ni poursuivis; aigles-pêcheurs, charognards, milans (?), étincelants guêpiers vert-émeraude, petites hirondelles à tête caroubier, et quantité de petits oiseaux gris et blancs semblables à ceux des bords du Congo. A. Gide, Voyage au Congo,1927, p. 816.
B.− Au fig.
1. [P. allus. aux traits physiques de l'aigle] Loc. et proverbes. Avoir des yeux d'aigle, avoir une vue perçante; au sens moral avoir un regard d'aigle, un coup d'œil d'aigle, avoir une grande vivacité et une grande pénétration d'esprit :
15. Il n'avait pas pour lui les résultats de cette vaste et terrible expérience, qui a tout vérifié et tout résumé; mais ce qu'il a vu il l'a supérieurement vu et vu sous un angle immense. Il a admirablement saisi les grandes phases de l'évolution sociale. Son regard d'aigle pénètre à fond les objets et les traverse en y jetant la lumière. Son génie, qui touche à tout en même temps, ressemble à l'éclair qui se montre à la fois aux quatre points de l'horizon. Ch.-J. de Chênedollé, Extraits du journal,1822, p. 115.
16. Patient, actif, énergique, constant, rapide dans ses expéditions, il avait un coup d'œil d'aigle, il devançait tout, prévoyait tout, savait tout, cachait tout; diplomate pour concevoir, soldat pour marcher. H. de Balzac, Le Père Goriot,1835, p. 102.
17. Il avait le génie de la guerre, comme il avait toutes les sortes de génies. Son œil d'aigle voyait tout à la fois. Il possédait la présence d'esprit, la mémoire, la connaissance des hommes, le sens des foules, une puissance de travail unique; il pénétrait dans les moindres détails et les subordonnait à l'ensemble. A. France, La Vie en fleur,1922, p. 341.
Nez d'aigle ou nez en bec d'aigle. Nez busqué ou aquilin :
18. Il devait avoir dix-sept ans. Il était beau d'une beauté caractéristique. Sa face, maigre et allongée, semblait creusée par le coup de pouce d'un sculpteur puissant; le front montueux, les arcades sourcilières proéminentes, le nez en bec d'aigle, le menton fait d'un large méplat, les joues accusant les pommettes et coupées de plans fuyants, donnaient à la tête un relief d'une vigueur singulière. É. Zola, La Fortune des Rougon,1871, p. 11.
19. Il s'était réveillé de fort méchante humeur; sa maigre figure était rigide, ses yeux gris restaient fixés droit devant eux, ses sourcils avaient l'air de deux accents circonflexes, et son nez d'aigle était plus pincé que d'habitude. A. Theuriet, Le Mariage de Gérard,1875, p. 21.
20. Le nez en bec d'aigle, et bien coupant, exprime toujours quelque dureté impérieuse; et cela suppose quelque relation vraie entre les traits et le caractère; car cette forme, par elle-même, ne signifie rien; il faut donc qu'elle évoque une attitude, un son de voix, un retard, des paroles et des actions enfin, qui provoquent principalement la crainte ou le respect. Alain, Propos,1912, p. 127.
Crier comme un aigle. Crier d'une voix aiguë et perçante :
21. Madame fut très gaie. Elle me raconta ses contestes à Blaye avec le général Bugeaud, de la façon la plus amusante. Bugeaud l'attaquait sur la politique et se fâchait; Madame se fâchait plus que lui : ils criaient comme deux aigles et elle le chassait de la chambre. F.-R. de Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 4, 1848, p. 431.
Proverbes. L'aigle ne chasse point aux mouches. L'aigle n'engendre pas la colombe (cf. Nouv. Lar. ill. et Lar. 20e).
2. [P. allus. à la noblesse de l'aigle (ex. 2, 3), en parlant d'une pers.] Homme de génie, doué d'un esprit ou d'un talent supérieur. Synon. phénix :
22. Le comte de Caylus avait ou feignait une grande passion pour les chevaux; il passait sa vie dans son écurie, et souvent y déjeunait. Cette grande passion, jointe à l'habitude de ne jamais rire, lui donnait beaucoup de considération parmi ses amis : c'était l'aigle de ce petit cercle. Stendhal, Le Rouge et le Noir,1830, p. 313.
23. L'artiste n'avait voulu laisser à personne le soin de conduire son œuvre. Il siégeait au pupitre, à cinq mètres au-dessus du niveau des flots de l'orchestre. Dans le périmètre étaient disposés les croque-notes chevelus jugés dignes d'applaudir avec discernement. Lui, cependant, l'artiste, le révélateur musical, l'aigle de la clef de sol, promenait son regard sur l'assemblée, cherchant à rappeler à l'ordre une incommode mèche de cheveux, et s'inspirant d'avance du succès qu'il allait obtenir. Parlez-moi du génie pour infuser de la confiance et inoculer de l'aplomb : c'est à cette pierre de touche qu'on le reconnaît. L. Reybaud, Jérôme Paturot,1842, p. 200.
24. Je crois que si l'on regardait toujours les cieux, on finirait par avoir des ailes. À propos d'ailes, que de dindons sont ici-bas! Dindons qui passent pour des aigles et qui font la roue comme des paons. G. Flaubert, Correspondance,1853, p. 310.
25. Ah! mais, c'est qu'il est temps de s'expliquer, à la fin! Et il faut qu'une bonne fois je vous dise votre fait, maître Orphée, mon chaste époux, qui rougissez! Apprenez que je vous déteste! que j'ai cru épouser un artiste et que je me suis unie à l'homme le plus ennuyeux de la création. Vous vous croyez un aigle, parce que vous avez inventé les vers hexamètres!... Mais c'est votre plus grand crime à mes yeux!... Est-ce que vous croyez que je passerai ma jeunesse à vous entendre réciter des songes classiques et racler (Montrant le violon d'Orphée.) l'exécrable instrument que voilà?... H. Crémieux, Orphée aux enfers,1858, I, 2, p. 8.
26. Olivier, qui, dans son collège de province, n'avait point de peine à passer pour un aigle, était anéanti par ces épreuves : il semblait avoir perdu possession de tous ses dons. Au lycée où on le mit, et où il avait réussi à obtenir une bourse, son classement fut si désastreux dans les premiers temps qu'on lui enleva sa bourse. Il se crut tout à fait stupide. R. Rolland, Jean-Christophe,Antoinette, 1908, p. 867.
Fam. N'être pas un aigle. N'avoir qu'une intelligence moyenne :
27. Entendu à Saint-Gervais un sermon de Ferrière (sur la graine de sénevé), bien juvénile et candide. Que cette apologétique traditionnelle est fatigante, quand on l'a percée à jour et qu'elle se répète comme si de rien n'était. L'orateur n'est pas un aigle; mais c'est toujours la même sensibilité caressante et féminine, que je remarquai dès la première composition qu'il me lut au gymnase. Sa voix et sa pensée sont restées enfantines. Il impatiente un peu mon esprit, mais mon cœur lui est sympathique. H.-F. Amiel, Journal intime,20 mai 1866, p. 292.
Rem. Au sens fig., aigle est en principe du masc. Cependant, lorsqu'il est appliqué à une femme, il est parfois au fém. :
28. Elle avait une amie de chapelle, vieille vierge comme elle, appelée MlleVaubois, absolument hébétée, et près de laquelle Mademoiselle Gillenormand avait le plaisir d'être une aigle. En dehors des agnus dei et des ave maria, MlleVaubois n'avait de lumières que sur les différentes façons de faire les confitures. MlleVaubois, parfaite en son genre, était l'hermine de la stupidité sans une seule tache d'intelligence. V. Hugo, Les Misérables,t. 1, 1862, p. 724.
En partic. Surnom donné à divers personnages historiques célèbres. L'Aigle de Pathmos (ou absol. l'Aigle). Surnom de l'évangéliste saint Jean :
29. ... s. Jean est bien à cet égard de l'école de Platon; il est le philosophe qui ne sépare pas le sentiment de la connaissance, et qui s'élève autant à l'aide de l'amour qu'à l'aide du raisonnement; il est l'Aigle, comme l'appellent les Pères, il a des ailes vers l'infini, et il plane avec ces ailes, tandis que s. Marc vit au désert avec les moines, et s. Paul dans les villes aux prises avec les empires. P. Leroux, De l'Humanité,t. 2, 1840, p. 836.
L'aigle de Meaux. Surnom donné à Bossuet :
30. Les effets de cet art surprennent quelquefois : nul ne se fût avisé, avant l'abbé Bremond, que Bossuet ait pu prêter à sourire et qu'il pût y avoir dans l'Aigle de Meaux un gibier pour Molière. F. Mauriac, Journal1, 1934, p. 98.
Absol., littér. L'Aigle. Napoléon 1er:
31. Les valets à nobles ancêtres Ont fui, le nez dans leur manteau. Tous, dégalonnant leurs costumes, Vont au nouveau chef de l'État De l'Aigle mort vendre les plumes. P.-J. de Béranger, Chansons,t. 3, Les Deux grenadiers 1829, p. 208.
32. Napoléon avait déjà pris son vol : aigle, on lui avait donné un rocher, à la pointe duquel il demeura au soleil jusqu'à son départ : on l'apercevait de toute la terre. F.-R. de Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 3, 1848, p. 159.
II.− Emplois spéc.
A.− Arg. Aigle blanc :
33. Aigle blanc : Chef de bande de voleurs. Sans doute parce que l'aigle vole haut (Argot des voleurs) (...) N[ouveau]. Ch. Virmaître, Dict. d'argot fin-de-siècle,1894, p. 6.
B.− Emplois techn. (masc. ou fém.)
1. ALCHIMIE
a) Masc. Nom donné par les alchimistes à différents corps. Aigle blanc. ,,Muriate de mercure doux.`` (Littré).
Rem. Attesté également ds Besch. 1845, Nouv. Lar. ill., DG, Lar. 20e.
Aigle céleste. ,,Sorte de panacée préparée avec du mercure.`` (Littré).
Aigle étendu. ,,Sel ammoniac sublimé.`` (Littré).
Aigle noir. ,,Cobalt sublimé.`` (Littré).
Rem. Les 3 syntagmes ci-dessus, sont attestés également ds Besch. 1845, Nouv. Lar. ill., DG.
b) Fém. Aigle volante. ,,Nom du mercure sublimé.`` (Besch. 1845) :
34. Entendez-vous un peu l'alchimie (...)? (...) − Vous êtes trop habile, monsieur Coignard, pour ne pas connaître l'Aigle volante, l'Oiseau d'Hermès... A. France, La Rôtisserie de la Reine Pédauque,1893, p. 107.
Rem. Attesté également ds Nouv. Lar. ill., Lar. 20e.
Aigle de Vénus. ,,Safran composé de vert-de-gris, au moyen d'un feu de réverbère, auquel on ajoute du sel ammoniac, quelquefois sublimé.`` (Besch. 1845, Nouv. Lar. ill.).
2. ARBORIC. Bois d'aigle. ,,Sorte de bois odoriférant qui croît en Chine et au royaume de Siam, et dont il se fait, au Japon, un commerce considérable.`` (Ac. Compl. 1842).
Rem. Attesté également ds Besch. 1845, Littré.
3. ARCHIT. (masc.)
a) Figure sculptée représentant un aigle aux ailes déployées et ornant le lutrin de certaines églises. Chanter à l'aigle (Ac. 1798, 1835) :
35. Dans les grandes églises modernes de Smyrne et de Constantinople (...), sur le devant [de la chaire] est ordinairement un pupitre que supporte un aigle en bois doré, (...) quelquefois accompagné de l'ange, du lion et du bœuf, qui, avec lui, forment les attributs des quatre évangélistes. A. Lenoir, Architecture monastique,t. 1, 1852, p. 341.
36. Villard de Honnecourt nous a laissé des dessins de lutrins ou aquila du xiiiesiècle; (...) ils sont composés d'un socle en bois (...); une tige s'élève au milieu de ce soubassement et supporte l'aigle, dont les ailes ouvertes sont disposées de manière à former un pupitre. A. Lenoir, Architecture monastique,t. 2, 1856, p. 253.
b) Figure d'oiseau ornant les chapiteaux de certaines églises ou de certains temples :
37. Dès le veet le viesiècle, (...) l'aigle ou la colombe viennent remplacer la volute corinthienne pour soutenir l'abaque. A. Lenoir, Architecture monastique,t. 1, 1852, p. 217.
38. Quand l'évêque Euphrasius construisit la basilique de Parenzo, en Istrie, on exécuta, sous ses ordres, des chapiteaux ornés d'aigles et de feuillages groupés sur une masse de forme byzantine. A. Lenoir, Architecture monastique,t. 1, 1852p. 402.
4. ASTRON. ,,Constellation de l'hémisphère septentrional, située entre le Serpentaire et le Dauphin.`` (Nouv. Lar. ill.) :
39. Les Syriens avaient consacré dans leurs temples les images des poissons, un des signes célestes. Les constellations Nesra ou l'aigle, aiyûk ou la chevre, yagutho ou les Pléiades, et Suwaha ou Alhauwaa, le serpentaire, eurent leurs idoles chez les anciens Sabéens. On trouve encore ces noms dans le commentaire de Hyde sur Ulug-Beigh. Ch.-F. Dupuis, Abrégé de l'Origine de tous les cultes,1796, p. 41.
Rem. Attesté également ds Ac. 1798-1878, Wailly Vocab. 1818, Boiste 1834, Land. 1834, Besch. 1845, Littré, Quillet 1965.
5. BOT. Aigle impériale ou Fougère aigle/à l'aigle/ grand aigle. Grande fougère (Ptéridophytes) dont le pétiole, sectionné à la base, figure un aigle double :
40. Le Ptéris ou Fougère-Aigle est très abondant dans les bois sablonneux des environs de Paris; c'est la plus grande de nos Fougères indigènes. Elle produit une seule feuille très découpée et qui peut atteindre plusieurs mètres de longueur. C'est sur les bords de la feuille que se trouvent les sporanges. On l'appelle Fougère-Aigle parce qu'en coupant un peu en biais la base du pétiole, on voit la partie fibreuse, de couleur brune, dessiner un double Aigle qui rappelle celui des armes d'Autriche ou de Russie. E. Caustier, Botanique,Paris, Vuibert, 14eéd. 1911, pp. 245-246.
41. La plus grande et la plus belle de nos Fougères indigènes, la Fougère aigle, Pteris aquilina, a donné son nom au vaste embranchement des Ptéridophytes. Ses frondes majestueuses et finement ciselées, enroulées en crosse à leur extrémité, font partie de tous les paysages; car la Fougère aigle est une espèce cosmopolite qui s'accommode de tous les climats. J.-M. Pelt, Évolution et sexualité des plantes,Genève, Roto-Sadaz, 1970, p. 44.
Rem. Attesté ds Nouv. Lar. ill., Lar. 20eet Lar. 3.
6. FINANCES
a) Aigle. ,,s.f. pièce de cinq francs en argent.`` (Nouguier, Notes manuscrites interfoliées au Dict. de Delesalle, 10 janv. 1900, p. 7).
Rem. Donné comme subst. masc. ds Esn. 1965.
b) ,,Nom des pièces d'or de 10 dollars aux États-Unis, portant l'aigle américain. Il existe aussi des demi-aigles et des doubles-aigles.`` (Baudhuin 1968).
Rem. Attesté également ds Ac. Compl. 1842, Littré, Nouv. Lar. ill., DG, Lar. 20e, Rob., Quillet 1965, Lar. 3, Lar. Lang. fr.
7. HÉRALD. et domaine de l'emblématique
a) BLAS. (au fém.) Figure héraldique représentant un aigle, sur les armes de certaines familles, de certaines villes, de certaines provinces, de certaines nations. Il porte sur le tout d'azur, à l'aigle éployée d'argent. L'aigle impériale, « les armes de l'Empire d'Autriche ». (Ac. t. 1 1932) :
42. Tout avait un sens dans ce grave et vénérable édifice. Derrière chaque chaise, sur la face de chaque pan de la plate-forme octogone, étaient sculptées et peintes les armoiries des sept électeurs : le lion de Bohême; les épées croisées de Brandebourg; Saxe, qui portait d'argent à l'aigle de gueules; le Palatinat, qui portait de gueules au lion d'argent; Trèves, qui portait d'argent à la crois de gueules; Cologne, qui portait d'argent à la croix de sable; et Mayence, qui portait de gueules à la roue d'argent. V. Hugo, Le Rhin,1842, p. 273.
43. Les souvenirs et les passions étaient descendus; on abattait et l'on brûlait les armes de France; on les attachait à la corde des conducteurs de diligences et des facteurs de la poste; les notaires retiraient leurs panonceaux, les huissiers leurs rouelles, les voituriers leurs estampilles, les fournisseurs de la cour leurs écussons. Ceux qui jadis avaient recouvert les aigles napoléoniennes peintes à l'huile de lis bourboniens détrempés à la colle n'eurent besoin que d'une éponge pour nettoyer leur loyauté : avec un peu d'eau on efface aujourd'hui la reconnaissance et les empires. F.-R. de Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 3, 1848, pp. 594-595.
44. ... on voit que beaucoup des familles auxquelles appartenaient les héroïnes du tournoi fictif avaient part à l'administration de la ville et, fait particulièrement notable, qu'à l'instar des nobles elles avaient leurs armoiries : celle-ci, d'azur à l'aigle d'or, bordées de sinople et papillonnées d'argent; celle-là, de vair, semées de coupes d'or; cette autre, d'or, semées d'aigles noires; cette autre encore, de vair, frétées de campanelles; ou bien d'or, à deux lions rampants vermeils; ou bien d'or semé d'aigles d'azur, à belingues de gueules, chargées de trois écus enfermant chacun un château de sinople. Et ainsi des bourgeois qui, deux siècles auparavant ou peut-être moins, n'étaient encore que d'industrieux, mais chétifs artisans, formaient maintenant une aristocratie à l'image de l'ancienne; ... E. Faral, La Vie quotidienne au temps de Saint Louis,1942, p. 63.
b) Au fém. et gén. au plur. Enseignes militaires de quelques nations. Se dit en particulier des aigles romaines des enseignes de l'armée française sous l'Empire. L'aigle romaine, les aigles romaines. L'aigle française, les aigles françaises (Ac. t. 1 1932) :
45. Je l'entends encore, nous pleurions tous comme de vrais enfants; les aigles, les drapeaux étaient inclinés comme pour un enterrement, car, on peut vous le dire, c'était les funérailles de l'Empire, et ses armées pimpantes n'étaient plus que des squelettes. H. de Balzac, Le Médecin de campagne,1833, p. 187.
46. Pour l'œil du penseur qui voit vivre l'histoire, deux grandes aigles planent perpétuellement sur le Rhin, l'aigle des légions romaines et l'aigle des régiments français. V. Hugo, Le Rhin,1842, p. 121.
47. La grande peste d'orgueil nationaliste s'était répandue là. Elle avait transformé le caractère italien. Ces gens, que Christophe avait connus indifférents et indolents, ne rêvaient plus que de gloire militaire, de combats, de conquêtes, d'aigles romaines volant sur les sables de Libye; ils se croyaient revenus au temps des Empereurs. R. Rolland, Jean-Christophe,La Nouvelle journée, 1912, p. 1560.
c) Au masc. Nom donné à diverses décorations représentant un aigle. L'Aigle blanc de Pologne, l'Aigle noir de Prusse, etc. :
48. Les uniformes surtout fatiguaient l'œil de leurs broderies; les ordres étrangers, les plaques de pierreries, les grands cordons, tous les aigles allemands, toutes les jarretières anglaises, les toisons d'or et les couronnes de fer, les Cincinnatus et les Nicham Iftihar se déployaient sur les fracs civils ou militaires et formaient comme autant de ruisseaux d'or et d'argent qui se croisaient dans des directions différentes. Quel luxe! Dieu! quel luxe! J'étais ébloui, suffoqué... L. Reybaud, Jérôme Paturot,1842, p. 227.
49. Gustave-Adolphe, le détrôné et le banni, fut le seul des rois alors régnants qui osa élever la voix pour sauver le jeune prince français. Il fit partir de Carlsruhe un aide-de-camp porteur d'une lettre à Bonaparte; la lettre arriva trop tard : le dernier des Condé n'existait plus. Gustave-Adolphe renvoya au roi de Prusse le cordon de l'Aigle-Noir, comme Louis XVIII avait renvoyé la Toison-d'Or au roi d'Espagne. Gustave déclarait à l'héritier du grand Frédéric que, « d'après les lois de la chevalerie, il ne pouvait pas consentir à être le frère d'armes de l'assassin du duc d'Enghien ». (Bonaparte avait l'Aigle-Noir.) F.-R. de Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 2, 1848, p. 138.
Spéc. Grand aigle. ,,Appellation donnée par Napoléon en 1805 à la plus haute dignité de la Légion d'honneur. (On dit, auj., grand-croix).`` (Lar. 3) :
50. Il eut là son cinquième cheval tué sous lui. En sueur, la flamme aux yeux, l'écume aux lèvres, l'uniforme déboutonné, une de ses épaulettes à demi coupée par le coup de sabre d'un horse-guard, sa plaque de grand-aigle bosselée par une balle, sanglant, fangeux, magnifique, une épée cassée à la main, il disait : Venez voir comment meurt un maréchal de France sur le champ de bataille! V. Hugo, Les Misérables,t. 1, 1862, p. 407.
51. Le général portait sur sa large poitrine le ruban de grand-aigle de la Légion d'Honneur et la croix de Saint-Louis. Je ne fis pas de difficulté à ce qu'il portât la croix de Saint-Louis à Wagram. J'en eusse fait quand je revis plus tard ce portrait chez un brocanteur, si l'on ne m'eût appris que le général comte Michaud, comblé de faveurs et d'honneurs par les Bourbons, avait fait ajouter, en 1816, cette croix à son portrait. A. France, Le Petit Pierre,1918, p. 168.
Rem. Attesté également ds Nouv. Lar. ill.
8. ICHTYOL. Aigle ou aigle de mer.
a) Nom spécifique d'une raie des mers d'Europe, principalement de la Méditerranée, à la chair dure, à l'odeur désagréable, armée au bout de la queue d'un aiguillon dentelé, de 3 à 4 pouces de long, très redouté des pêcheurs (d'apr. Baudr. Pêches 1827) :
52. Les raies en général ont leurs deux mâchoires garnies de dents disposées comme des pavés; quelquefois chacune d'elles a son milieu relevé d'une épine, comme dans la torpille; d'autrefois toutes sont plates; le plus souvent toutes ces dents sont petites et à-peu-près égales; d'autres fois celles du milieu sont plus grandes, et en forme de bandes transverses, les latérales seules sont en carreaux; c'est le cas de la raie aigle, et sans doute de plusieurs raies étrangères. G. Cuvier, Leçons d'anatomie comparée,t. 3, 1805, p. 179.
Rem. Attesté également ds Wailly Vocab. 1818, Boiste 1834, Littré, Nouv. Lar. ill., Lar. 20e, Quillet 1965, Lar. 3, Lar. Lang. fr.
b) ,,Nom vulgaire du maigre, poisson du genre sciène (sciena aquila).`` (Lar. 20e).
Rem. Attesté également ds Besch. 1845, Lar. 3.
9. IMPRIM. (masc.)
a) Nom donné à un format de carton de 80 X 114 cm (Grand aigle), ou de 75 X 105 cm (Petit aigle) (d'apr. Comte-Pern. 1963).
Rem. Attesté également ds Land. 1834, Nouv. Lar. ill., Lar. 3, Lar. Lang. fr.
b) Nom donné à un format de papier de 75 X 106 cm (Grand aigle), ou de 70 X 94 cm (Petit aigle) (d'apr. Comte-Pern. 1963) :
53. Voici les noms des différents papiers dont on se sert à Paris pour l'impression; savoir, le grand-aigle, le nom-de-jésus, le grand-raisin, le carré, l'écu, la couronne et la petite couronne. A.-F. Momoro, Traité élémentaire de l'imprimerie,1794, p. 247.
54. Dans ce quinzième siècle, si vigoureux et si naïf, les noms des différents formats de papier, de même que les noms donnés aux caractères, portèrent l'empreinte de la naïveté du temps. Ainsi le Raisin, le Jésus, le Colombier, le papier Pot, l'Écu, le Coquille, le Couronne furent ainsi nommés de la grappe, de l'image de Notre-Seigneur, de la couronne, de l'écu, du pot, enfin du filigrane marqué au milieu de la feuille, comme plus tard, sous Napoléon, on y mit un aigle : d'où le papier dit Grand-Aigle. De même, on appela les caractères Cicéro, Saint-Augustin, Gros-Canon, des livres de liturgie, des œuvres théologiques et des traités de Cicéron auxquels ces caractères furent d'abord employés. H. de Balzac, Les Illusions perdues,1843, p. 117.
Rem. Attesté également ds Boiste 1834, Ac. 1835-1932, Ac. Compl. 1842, Besch. 1845, Poit. 1860, Littré, Nouv. Lar. ill., DG, Lar. 20e, Rob., Quillet 1965, Lar. 3, Pt Rob., Lar. Lang. fr.
10. MÉD., vx. Aigle (ou aige) (fém.). ,,Petite tumeur qui se forme au blanc de l'œil sous la conjonctive.`` (Nysten 1814-20).
Rem. Attesté également ds Littré-Robin 1865.
11. MINÉR. Pierre d'aigle ou aétite. ,,Variété d'oxyde ferrique hydraté, ainsi nommée parce que, suivant une légende, les aigles portaient cette pierre dans leur nid.`` (Lar. 3) :
55. Les limonites sont des hydrates de fer, non doués d'éclat métallique, bruns ou jaunes, à poussière jaune. (...) 1. Pierre d'aigle. − Limonite en rognons rougeâtres renfermant un noyau libre (géodes); minerai de fer. A. Pérès, Les Pierres et les roches,Guide pratique, 1896, p. 31.
Rem. Attesté également ds Besch. 1845, Littré, Nouv. Lar. ill., Lar. 20e, Rob., Quillet 1965, Lar. Lang. fr.
12. ZOOL. (Mollusques), vx. Aigle royal. ,,Nom vulgaire du bulimus bicarinatus. Cette coquille est aujourd'hui très commune et se trouve dans l'Afrique équatoriale.`` (Besch. 1845).
Rem. Attesté également ds Nouv. Lar. ill.
Prononc. − 1. Forme phon. : [εgl̥]. Passy 1914 note [ε ˑ] ouvert mi-long (pour [ε:] ouvert long, cf. DG). 2. Dér. et composés : aiglet, aiglette, aigliau, aiglon, aiglure (cf. Lar. encyclop.), aquilin.
Étymol. ET HIST. − 1. 1165 eigle, fém. « grand oiseau de proie diurne » (Chret. de Troyes, Guillaume d'Angleterre, éd. Foerster, 883 ds T.-L. : Une eigle vint); ca 1170 egle, masc. « id. » (Livres des Rois, éd. Le Roux de Lincy, 123 ibid. : li egles); fin xiie-début xiiies. aille, masc. (Gervaise, Bestiaire, ms. Brit. Mus., add. 28 260, fo95c ds Gdf. Compl. : Quant li aille est viel); 2. 1remoitié xiies. hérald. « aigle considéré comme emblême » (Pèlerinage de Charlemagne à Jérusalem, éd. Koschwitz, 263 ds T.-L. : Virent Costantinoble [...] Les clochiers et les aigles et les ponts reluisanz); 3. 1690 liturg. (Fur. : On appelle aussi dans les Églises aigle le pulpitre de cuivre qui est au milieu du Chœur, à cause qu'il représente une aigle : et on dit dans les Chapitres, qu'un Chanoine est à l'aigle, quand il est Semainier, lors qu'il fait l'Office). Soit emprunté à l'a. prov. aigla fém. « id. » (dep. Deudes de Prades, xiiies. ds Rayn. t. 1, p. 38 b; lat. aquila, fém.) soit, plus prob., issu par un traitement partic., non pop. du lat. aquila (ce mot désignant non seulement l'oiseau de proie mais aussi l'enseigne romaine) dont le processus serait le suiv. : au stade de l'étape régulière *agwila, anticipation de w (cf. *agwa [< lat. aqua] *augwa), d'où : *aṷgwila, puis apr. réduction à *aṷgila, assimilation de l' diphtongal par l'i pénultième atone en : d'où *aigila. *ai̭gla, aigle apr. syncope, voir Fouché t. 3 1961, pp. 718-719. La forme rég. a. fr. aille, supra demeure vivante en fr.-prov. (Suisse romande, fém. alye, aye, masc. alyo, ayo ds Pat. Suisse rom., s.v. aigle). Masc. et fém. en a. fr. aux sens 1 et 2, prob. en raison de l'hésitation de genre dans l'emploi de l'art. devant un subst. à voyelle initiale; très souvent fém. au xvies.; déclaré de genre masc. au sens 1, fém. au sens 2 par Ac. 1694; le genre masc. au sens 1 l'emporte en fr. mod. peut-être p. anal. avec d'autres noms d'oiseaux de proie : faucon, épervier ...
STAT. − Fréq. abs. litt. : 1 930. Fréq. rel. litt. : xixes. : a) 3 887, b) 3 850; xxes. : a) 2 813, b) 1 135.
BBG. − Ac. Gastr. 1962. − Bailly (R.) 1969 [1946]. − Bar 1960. − Baudhuin 1968. − Baudr. Chasses 1834. − Baudr. Pêches 1827. − Bél. 1957. − Bénac 1956. − Bertin 1967. − Bible 1912. − Bouillet 1859. − Brard 1838. − Comte-Pern. 1963. − Cuisin 1969. − Daire 1759. − Dauzat Ling. fr. 1946, p. 51. − Divin. 1964. − Dumas 1965 [1873]. − Éd. 1913. − Éd. 1967. − Esn. 1965. − Fér. 1768. − Gay t. 1 1967 [1887]. − Goug. Lang. pop. 1929, p. 96. − Grandm. 1852. − Hanse 1949. − Lacr. 1963. − Laf. 1878. − Laf. Suppl. 1878. − La Rue 1954. − Lav. Diffic. 1846. − Le Roux 1752. − Littré-Robin 1865. − Marcel 1938. − Mots rares 1965. − Nysten 1814-20. − Pope 1961, § 54. − Prév. 1755. − Privat-Foc. 1870. − Thomas 1956. − Timm. 1892. − Zimmermann (A.). Wie sind die aus dem Romanischen zu erschliessenden vulgärlateinischen Suffixe attus (a), ottus (a) und itta entstanden? Z. rom. Philol. 1904, t. 28, p. 344.

Wiktionnaire

Nom commun 1

aigle \ɛɡl\ masculin et féminin identiques

  1. (Ornithologie) Oiseau de proie rapace diurne à la vue perçante, au bec crochu à bords tranchants et aux pattes puissantes munies de serres pour saisir leurs proies. Il trompète ou glatit lorsqu’il pousse son cri.
    • J’ai aperçu un aigle noir.
    • Le vol de l’aigle n'est pas un vol battu.
    • L’aire d’un aigle est souvent très étendue.
    • Aigle mâle.
  2. (Figuré) (France) Homme de génie, qui a un esprit, un talent supérieur.
    • Cet homme-là est un aigle au prix de ceux dont vous parlez.
    • C’est l’aigle de leur société.
    • De lui à coup sûr, bien plutôt de M. Thiers, on pourrait dire, sans crainte de se tromper, qu’il n'était pas un aigle. En plus, il était totalement dénué de la haute culture générale dont s’enorgueillissait […] son prédécesseur. — (Joseph Caillaux, Mes Mémoires, I, Ma jeunesse orgueilleuse, 1942)
    • À la différence des gourous et des aigles qui se flattent d'exercer le métier de consultant, je reconnais n’avoir aucune ambition susceptible de rivaliser avec la leur. — (Philippe Delaroche, Caïn et Abel avaient un frère, Éditions de l’Olivier / Le Seuil, 2000, page 15)
    • Hélas ! ce pauvre Père Ange, c’est bien dommage ! c’était l’aigle de notre communauté. — (Denis Diderot, Jacques le Fataliste, 1796)
  3. (Par analogie) Pupitre d’église représentant un aigle, le rapace, aux ailes étendues.
  4. Emblème des légions romaines, devenu symbole impérial sous Napoléon. Note : Dans ce cas le mot est toujours au féminin. → voir Section suivante
    • Aigle romaine, aigle impériale.
    • — Quel qu’ait été l’homme qui est mort à Saint-Hélène, j’ai travaillé dix ans dans son gouvernement et mon beau-frère fut blessé trois fois sous ses aigles. — (Anatole France, Le crime de Sylvestre Bonnard, Calmann-Lévy ; éditions Le Livre de Poche, 1967, page 141)
    • On voit encore figurer l’aigle romaine dans les armées de Valentinien II, de Justinien et de leurs successeurs, jusqu’à la fin de l’empire d’Orient. L’aigle portée en tête des armées perses était d’or, aux ailes éployées. — (Encyclopédie de famille tome 1, éditions Firmin Didot, Paris, 1868)
    • Et que si je serrais cette main trop loyale,
      J’écraserais dans l’œuf ton aigle impériale !
      — (Victor Hugo, Hernani, 1830)

Nom commun 2

aigle \ɛɡl\ féminin

  1. (Zoologie) Femelle de l’aigle.
    • Cette belle aigle pondit deux œufs. - L’aigle est furieuse quand on lui ravit ses aiglons.
  2. (Héraldique) Meuble représentant l’animal stylisé du même nom dans les armoiries. Elle est généralement représentée de front, les ailes éployées vers le chef, la tête tournée à dextre. À rapprocher de aiglat, aiglette, aiglettes, aiglons, émerillon, épervier, faucon, gerfaut et vautour.
    • Aussi Charles parut-il assez effrayé de ce placement, car il n’avait pas autant de foi que le baron allemand dans l’aigle impériale. — (Honoré de Balzac, Modeste Mignon, 1844)
    • Cependant, le caractère vraiment ornemental et architectural des armoiries, qui ne tolérait pas une représentation des objets sous leur forme parfaitement naturelle, se conserva […] jusqu’au milieu du 16e [siècle]. Depuis, les bonnes traditions allèrent s’affaiblissant, jusqu’au 19e qui a été témoin de la décadence complète de cet art vénérable, dont il semble qu’on eût oublié même les principes les plus élémentaires. Les armoiries qui offrirent le spectacle écœurant de lions pleins de mansuétude dont l’attitude chancelante fit supposer qu’ils étaient pris de vin, de sauvages minés par la phtisie ou bien se pavanant en petits-maîtres sauf le costume, d'aigles à l’air de serins de canarie, de casques en forme de melon ou de bonnet de nuit, inondèrent le monde. — (Johannes Baptist Rietstap, Armorial général : précédé d’un Dictionnaire des termes du blason, tome 1 (A–K), G. B. van Goor Zonen, Gouda, 1884)
    • D’azur à une aigle d’or, qui est de Sierentz → voir illustration « armoiries avec une aigle »
  3. Symbole métaphorique des États-Unis et de plusieurs autres empires et États.
    • Dans la région du Richelieu, des tavernes arbordent le drapeau tricolore français; leurs enseignes affichent l’aigle, symbole américain par excellence. — (Anne-Marie Sicotte, Histoire inédite des Patriotes, Fides, 2016, p. 219)
  4. (Histoire) Chacun des totems des légions romaines.
    • Bien plus qu’un simple étendard, l’aigle de la légion était une divinité mineure.
  5. (Figuré) La légion romaine elle-même.
    • Les aigles foudroyées.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

AIGLE. n. m.
Oiseau de proie de la famille des Aquilides, à la vue perçante, au bec crochu à bords tranchants et au tarse emplumé jusqu'à l'extrémité des doigts. Aigle noir. Aigle royal. Aigle roux. Grand aigle. Le vol de l'aigle. L'aire d'un aigle. Aigle mâle. Aigle devient féminin quand il désigne expressément la femelle. Cette belle aigle pondit deux œufs. L'aigle est furieuse quand on lui ravit ses aiglons. Fig., C'est un aigle, se dit d'un Homme de génie, d'un homme qui a un esprit, un talent supérieur. Il se dit aussi dans un sens relatif. Cet homme-là est un aigle au prix de ceux dont vous parlez. C'est l'aigle de leur société. Fig., Cet homme a des yeux d'aigle, Il a les yeux vifs et perçants; et au sens moral Il a un œil d'aigle, le regard de l'aigle, Il a une grande étendue, une grande pénétration d'esprit. Prov., Crier comme un aigle, Crier d'une voix aiguë et perçante. Par analogie, il se dit d'un Pupitre d'église représentant un aigle aux ailes étendues. Grand aigle désigne le Papier du plus grand format. Du papier grand aigle, ou simplement Du grand aigle.

AIGLE, en termes d'Armoiries et de Devises, est féminin. Il porte sur le tout d'azur, à l'aigle éployée d'argent. Les armes de l'Empire français étaient une aigle tenant un foudre dans ses serres. L'aigle impériale, Les armes de l'Empire d'Autriche, qui étaient une aigle à deux têtes. L'aigle romaine, les aigles romaines, Les enseignes des légions romaines, ainsi appelées parce qu'elles étaient surmontées de la figure d'un aigle. Plusieurs aigles furent prises par les Germains, après la défaite de Varus, sous le règne d'Auguste. L'aigle française, les aigles françaises, Les drapeaux de l'armée française.

Littré (1872-1877)

AIGLE (è-gl') s. m.
  • 1Un des plus grands et le plus puissant de tous les oiseaux de proie. L'aigle brun. L'aigle noir. L'espèce de l'aigle commun est moins pure, et la race en paraît moins noble que celle du grand aigle, Buffon, Aigle. Mais ainsi que des cieux, où son vol se déploie, L'aigle souvent trompé redescend sans sa proie…, Lamartine, Médit. I, 20. L'aigle, roi des déserts, dédaigne ainsi la plaine ; Il ne veut, comme toi, que des rocs escarpés Que l'hiver a blanchis, que la foudre a frappés, Lamartine, ib. I, 2. Un aigle sur un champ prétendant droit d'aubaine, Ne fait point appeler un aigle à la huitaine, Boileau, Sat. VII. Et l'insecte insensible enseveli sous l'herbe, Et l'aigle impérieux qui plane au haut des cieux, Voltaire, Fanat. I, 4.

    Crier comme un aigle, crier d'une voix aiguë et perçante.

    Avoir des yeux d'aigle, avoir des regards perçants.

    Fig. Avoir un œil d'aigle, avoir une grande pénétration.

    C'est un aigle, se dit d'un homme de talent, d'un esprit supérieur. S'il est de ce jeu, il gagnera, c'est un aigle, Sévigné, 437. Quand il voudra, ces pauvres théologiens seront des aigles, Bossuet, Avert. 6. Que lui répondit cet apôtre vierge, ce prophète du Nouveau Testament, cet aigle, ce théologien par excellence, ce saint vieillard qui n'avait de force que pour prêcher la charité ? Bossuet, Anne de Gonz. Le plus médiocre jésuite est un aigle chez eux [les Malabares], Voltaire, Lett. Pruss. 57.

    C'est l'aigle de cette société, se dit d'un homme qui se distingue des autres par le bon sens, l'esprit, etc. Accoutumé à être l'aigle du conseil, Harlay en prit jalousie [de la Briffe], Saint-Simon, 17, 201. L'aigle d'une maison n'est qu'un sot dans une autre, Gresset, le Méch. IV, 7. Qu'un fat soit l'aigle des salons, Qu'un docteur sente l'ambre…, Béranger, Marotte.

  • 2Au fém. Comme une aigle qu'on voit toujours, soit qu'elle vole au milieu des airs, soit qu'elle se pose sur le haut de quelques rochers, Bossuet, Or. fun. de Condé. On fit entendre à l'aigle enfin qu'elle avait tort, La Fontaine, l'Aigle et l'Escar. Mais bientôt, à son tour, Une aigle au bec tranchant dévore le vautour ; L'homme, d'un plomb mortel, atteint cette aigle altière, Voltaire, Lisbonne. L'aigle altière et rapide aux ailes étendues, Voltaire, Disc. 1.
  • 3Aigle est féminin en termes d'armoiries et de devises. Il porte, sur le tout d'azur, à l'aigle éployée d'argent. Les armes de l'empire français sont une aigle tenant un foudre dans ses serres.

    L'aigle romaine, l'étendard de la république et de l'empire. Et voyant, pour surcroît de douleur et de haine, Parmi ses étendards porter l'aigle romaine, Racine, Mithr. V, 4. Vous avez vu cent fois nos soldats en courroux Porter en murmurant leurs aigles devant vous, Racine, Brit. IV, 2. L'aigle abattait l'aigle, et de chaque côté Nos légions s'armaient contre leur liberté, Corneille, Cinna, I, 3. Sans lui rien mettre au cœur qu'une crainte servile Qui tremble à voir une aigle et respecte un édile, Corneille, Nic. I, 1. Pourquoi, malgré nos chaînes, Avons-nous combattu sous les aigles romaines ? Voltaire, Guèbres, I, 1. Nos consuls, devant lui, cachaient l'aigle indignée, La Harpe, Coriol. I, 8.

    L'aigle impériale, les armes de l'empire d'Autriche, qui sont une aigle à deux têtes. Cependant on l'a fait aussi masculin. Rendre à l'aigle éperdu sa première vigueur, Boileau, Disc. au roi.

  • 4 S. m. Pupitre d'église représentant un aigle aux ailes étendues.
  • 5Décoration. L'aigle noir de Prusse. L'aigle blanc de Pologne.
  • 6Papier grand aigle ou du grand aigle, papier d'un grand format.
  • 7En zoologie, aigle pêcheur, le balbuzard. Aigle de mer, oiseau de proie, dit aussi huard et orfraie.
  • 8En astronomie, constellation de l'hémisphère septentrional.
  • 9Nom spécifique d'une raie des mers d'Europe.
  • 10Aigle, s. m. Nom d'une monnaie d'or aux États-Unis, que l'Annuaire des Longitudes évalue à 5 dollars, soit 27 fr. 60 c. Il y a des demi-aigles valant 13 fr. 80 c. et des double-aigles valant 55 fr. 20 c.
  • 11Pierre d'aigle, voy. AÉTITE.
  • 12Bois d'aigle, voy. BOIS.
  • 13En chimie, aigle blanc, muriate de mercure doux. Aigle noir, cobalt sublimé. Aigle étendu, sel ammoniac sublimé. Aigle céleste, sorte de panacée préparée avec du mercure.

REMARQUE

1. Aigle est féminin toutes les fois qu'il s'agit précisément de la femelle : Cette belle aigle pondit deux œufs.

2. Aigle, dans le Dictionn. de l'Académie, n'est, au sens propre, que du masculin ; mais les meilleurs auteurs l'ont fait aussi féminin, et il n'y aurait aucune faute à lui donner ce genre. Aigle est toujours masculin quand, pris figurément, il indique la supériorité ; il est féminin quand il désigne les armoiries, les étendards. Cependant Mairet l'a fait masculin en ce sens : Clair soleil, la terreur d'un injuste sénat, Et dont l'aigle romain n'a soutenu l'éclat (dans Ménage) ; Boileau aussi. Mais l'usage a prononcé là contre.

HISTORIQUE

XIIe s. L'aigle d'or, Ronc. p. 8. Maint tres [tente] i ot tandu et mainte aigle fichie, Sax. VII.

XIIIe s. Et lores sera renouvelée la teue jovente, aussi comme de l'egle, Psautier, B. M. 258, f° 122. L'en dist k'uns aigles vint volant Juste la mer, peissuns querant, Marie de France, Fable 13. Et une aigle venoit seoir sur son visage, Berte, LXX. Il me bailla ses regles, Et s'en foï plus tost qu'uns egles, la Rose, 4276.

XIVe s. Et puis [je] vi le faucon dessus l'aigle avoler, Que li aigles s'ala en la terre encliner, Guesclin. 5607.

XVe s. Lequel doncques, parce qu'il est le plus noble et l'aigle des vertueux, c'est celui qui doibt plus entierement et le plus vraiement amer autrui noble et vertueux par loy telle, Chastelain, Expos. s. Verité. [Les Romains] attisés aussi derrenierement de convoitise et d'orgueil, pour estre en leur temps les aigles du monde et dompteurs, ont en cette partie de l'Occident fichié et establi le derrenier et le plus seignourieux regne des autres, Chastelain, Chron. du duc Philippe Proesme.

XVIe s. Un toict de tortue qui eschappa des pattes d'un aigle en l'air, Montaigne, I, 74. Quelque chose que l'on die, je croy que la pierre d'aigle n'est autre chose qu'un fruit lapifié, et ce qui jouë dedans est le noyau, Palissy, 284. Les devins apperceurent deux aigles volans vers eux, dont l'une tenoit entre ses griffes un serpent qu'elle perçoit d'oultre en oultre avec ses ongles, Amyot, Timol. 36. Il feit tourner tout court le portenseigne qui portoit la premiere aigle, Amyot, Lucul. 52. Bastons de casse, noix d'Inde, pierres d'aigles, Paré, XXV, 7.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

AIGLE.
8Ajoutez : La 96e planète télescopique.

HISTORIQUE

XIIIe s. Nos dist quand li aille est vieil, Que mult li enpirent li œil, Romania, octobre 1872, p. 437, V. 831.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Encyclopédie, 1re édition (1751)

AIGLE, (Hist. nat.) s. m. très-grand oiseau de proie qui va le jour : c’est le plus courageux de tous ; son bec est recourbé sur toute sa longueur, ce qui peut le faire distinguer du faucon, dont le bec n’est crochu qu’à l’extrémité. On a distingué six especes principales d’aigles ; savoir 1°. l’aigle royal, qui a été appellé chrysaëtos, ou asterias, sans doute parce que ses plumes sont rousses ou de couleur d’or, & qu’elles sont parsemées de taches dont on a comparé la blancheur à celle des étoiles. 2°. L’orfraie, aigle de mer, halieaëtos. Voyez. 3°. Le petit aigle noir, melaneaëtos, ou valeria. 4°. L’aigle à queue blanche, pygargus. 5°. Le huard, morphnos, ou clanga. (Voyez Huard. 6°. Le percnoptere, percnopteros. Voyez Percnoptere.

Aigle Royal. On trouve dans les Mémoires de l’Académie Royale des Sciences la description suivante de deux aigles que l’on a rapportés à l’espece de l’aigle royal. L’un étoit mâle, & l’autre femelle ; ils ne pesoient chacun guere plus de huit livres, parce qu’ils étoient jeunes. Le bec étoit noir par le bout, jaune vers sa naissance, & bleuâtre par le milieu : l’œil étoit enfoncé dans l’orbite, & couvert par une saillie de l’os du front qui faisoit comme un sourcil avancé ; il étoit de couleur isabelle fort vive, & ayant l’éclat d’une topase ; les paupieres étoient grandes, chacune étant capable de couvrir tout l’œil ; outre les paupieres supérieures & inférieures, il y en avoit une interne qui étoit relevée dans le grand coin de l’œil, & qui étant étendue vers le petit, couvroit entierement la cornée. Le plumage étoit de trois couleurs, de châtain brun, roux, & blanc ; le dessus de la tête étoit mêlé de châtain & de roux ; la gorge & le ventre étoient mêlés de blanc, de roux & de châtain, peu de roux, & encore moins de blanc. Les tuyaux des grandes plumes des ailes avoient neuf lignes de tour ; les plumes de la queue étoient fort brunes vers l’extrémité, ayant quelque peu de blanc vers leur origine : les cuisses, les jambes, & le haut des piés, jusqu’au commencement des doigts, étoient couverts de plumes moitié blanches & moitié rousses ; chaque plume étant rousse par le bout, & blanche vers son origine. Outre les grandes plumes qui couvroient le corps, il y avoit à leur racine un duvet fort blanc & fort fin, de la longueur d’un pouce. Les autres plumes qui couvroient le dos & le ventre, avoient quatre ou cinq pouces de long ; celles qui couvroient les jambes en dehors, avoient jusqu’à six pouces, & elles descendoient de trois pouces au-dessous de la partie qui tient lieu de tarse & de métatarse. Les plumes qui garnissoient la gorge & le ventre, avoient sept pouces de long & trois de large à la femelle, & elles étoient rangées les unes sur les autres comme des écailles. Au mâle elles étoient molles, n’ayant des deux côtés du tuyau qu’un long duvet, dont les fibres n’étoient point accrochées ensemble, comme elles sont ordinairement aux plumes fermes arrangées en écailles. Ces plumes étoient doubles ; car chaque tuyau après être sorti de la peau de la longueur d’environ deux lignes & demie, jettoit deux tiges inégales, l’une étant une fois plus grande que l’autre. Les doigts des piés étoient jaunes, couverts d’écailles de différentes grandeurs. Celles de dessus étoient grandes & en table, principalement vers l’extrémité, les autres étant fort petites : les ongles étoient noirs, crochus, & fort grands, surtout celui du doigt de derriere, qui étoit presque une fois plus grand que les autres. Descript. des Anim. vol. III. part. 2. page 89. & suiv.

Joignons à cette description d’un jeune aigle quelque chose de ce qu’Aldrovande a dit d’un aigle royal, qui avoit pris tout son accroissement ; il pesoit douze livres ; il avoit trois piés neuf pouces de longueur depuis la pointe du bec jusqu’à l’extrémité de la queue, qui n’excédoit les pattes étendues que d’environ quatre pouces ; l’envergure étoit de six piés, le bec avoit une palme & un pouce de longueur, & deux pouces de largeur au milieu ; l’extrémité crochue de la partie supérieure du bec étoit longue d’un pouce & de couleur noire ; le reste étoit de couleur de corne, tirant sur le bleu pâle, taché de brun ; la langue ressembloit assez à celle de l’homme ; les yeux étoient fort enfoncés sous une prééminence de l’os du front ; l’iris brilloit comme du feu, & étoit légerement teinte de vert ; la prunelle étoit fort noire ; les plumes du cou étoient fermes & de couleur de fer ; les aîles & la queue étoient brunes, & cette couleur étoit d’autant plus foncée, que les plumes étoient plus grandes ; les petites plumes du reste du corps étoient d’un brun roux ou châtain, & parsemées de taches blanches, plus fréquentes sur le dos que sur le ventre de l’oiseau. Toutes ces plumes étoient blanches à leur racine ; il y avoit six grandes plumes dans chaque aile : les tuyaux étoient forts, plus courts que ceux des plumes d’oie, & très-bons pour écrire. Les jambes étoient revêtues de plumes jusqu’aux piés, dont la couleur étoit jaunâtre ; les doigts étoient couverts d’écailles ; les griffes avoient depuis deux jusqu’à six pouces de longueur.

Willughby a vû trois aigles dont la queue étoit blanche en partie, & il les rapporte à l’espece de l’aigle royal. Chrysaëtos, Ornit. page 28.

Petit Aigle noir, Willughby a décrit un aigle de cette espece, qui étoit de moitié plus gros que le corbeau, mais plus petit que l’aigle à queue blanche ; il avoit les mâchoires & les paupieres dégarnies de plumes & rougeâtres : la tête, le cou, & la poitrine étoient noires ; on voyoit au milieu du dos, ou plûtôt entre les épaules, une grande tache de figure triangulaire, & d’un blanc roussâtre le croupion étoit roux ; les petites plumes des ailes étoient de la couleur de la buse ; les grandes plumes étoient traversées par une bande noire qui joignoit une autre bande blanche : enfin ce qui restoit des plumes jusqu’à leur extrémité étoit d’une couleur cendrée très-foncée ; le bec étoit moins gros que celui de l’aigle blanc ; sa pointe étoit noire, & le gros bout de couleur jaunâtre, auprès de la peau qui étoit rouge vers les narines ; l’iris des yeux étoit de couleur de noisette ; il y avoit des plumes qui couvroient le dessus des pattes, qui étoient rouges au-dessous des plumes : enfin les ongles étoient fort longs.

Aigle a queue blanche. Cet oiseau tire son nom de la couleur blanche qu’il a sur la queue, selon la description que Willughby a faite d’un mâle de cette espece dans son Ornithologie, page 31. Il pese huit livres & demie ; il a environ deux piés & demi depuis la pointe du bec jusqu’à l’extrémité de la queue, & seulement vingt-six à vingt-sept pouces si on ne prend la longueur que jusqu’au bout des pattes ; l’envergure est de six piés quatre pouces. Le bec a presque deux pouces de longueur depuis la pointe jusqu’aux narines, & trois jusqu’aux angles de la bouche, & presque trois jusqu’aux yeux. Le bec a près d’un pouce un quart de largeur ; l’extrémité crochue de la partie supérieure du bec excede presque d’un pouce la partie inférieure : l’ouverture des narines est longue d’un demi-pouce, & se trouve dans une direction oblique. Le bec est d’un jaune clair, de même que la peau qui recouvre sa base & qui environne les narines. La langue est large, charnue, & noire par le bout ; son impression est marquée sur le palais par une cavité ; il a de grands yeux enfoncés sous une prééminence de l’os du front. Ses yeux sont de couleur de noisette pâle. Willughby en avoit vû d’autres de la même espece avec des yeux jaunes & rouges ; celui-ci a les piés d’une couleur jaune claire avec de grands ongles crochus ; celui de derriere, qui est le plus grand, a un pouce de longueur ; le doigt du milieu a deux pouces. La tête de l’oiseau est blanchâtre ; la côte des petites plumes pointues est noire : il n’y a point de plumes entre les yeux & les narines, mais cet espace est couvert de soies cotoneuses par le bas. Les plumes du cou sont fort étroites, & les premieres un peu roussâtres. Le croupion est noirâtre, & tout le reste du corps de couleur de fer. Il y a environ vingt-sept grandes plumes dans chaque aile, qui sont très-bonnes pour écrire ; la troisieme & la quatrieme sont les plus longues ; la seconde a un demi-pouce de moins que la troisieme, & la premiere environ trois pouces & demi moins que la seconde. Toutes les grandes plumes des ailes sont noirâtres, & les plus petites sont de couleur cendrée par le bord. Les ailes repliées ne vont pas jusqu’au bout de la queue. La queue est composée de douze plumes, & longue de près de onze pouces ; la partie supérieure des plumes est blanchâtre, & l’inférieure noire. Willughby avoit vû un autre oiseau de cette espece, dont la queue étoit blanche à son origine, & noire par le bout. Dans celui-ci les plumes extérieures de la queue sont moins longues que celles du milieu, & leur longueur diminue par degrés à mesure qu’elles en sont éloignées.

Willughby trouva cet aigle à Venise, & il le rapporta à l’espece dont il s’agit à cause du blanc de la queue. La couleur de la tête & du bec de cet oiseau suffit, selon l’auteur qui vient d’être cité, pour le distinguer de l’aigle royal, dont la queue est traversée par une bande blanche.

Cette description de l’aigle à queue blanche, n’est pas d’accord avec celle d’Aldrovande dans son Ornithologie, liv. II. cap. 5.

Il y a des aigles sur le mont Caucase, sur le Taurus, au Pérou, en Angleterre, en Allemagne, en Pologne, en Suede, en Danemarck, en Prusse, en Russie, & en général dans tout le Septentrion, où ils trouvent des oiseaux aquatiques qui sont aisés à prendre parce-qu’ils volent difficilement, & quantité d’animaux, &c. Ils habitent les rochers les plus escarpés, & les arbres les plus élevés. Ils se plaisent dans les lieux les plus reculés & les plus solitaires, fuyant non-seulement les hommes & leurs habitations, mais aussi le voisinage des autres oiseaux de proie. Il y a deux especes d’aigles qui semblent être plus familiers : l’aigle à queue blanche, qui approche des villes & qui séjourne dans les bois & dans les plaines ; & le huard qui reste sur les lacs & les étangs. En général ils se nourrissent de la chair des poissons, des crabes, des tortues, des serpens, des oiseaux, tels que les pigeons, les oies, les cygnes, les poules, & beaucoup d’autres. Ils n’épargnent pas même ceux de leur espece, lorsqu’ils sont affamés. Ils enlevent les lievres ; ils attaquent & ils déchirent les brebis, les daims, les chevres, les cerfs, & même les taureaux ; enfin ils tombent sur toute sorte d’animaux, & quelquefois le berger n’est pas en sûreté contr’eux auprès de son troupeau. L’aigle est très-chaud. On a prétendu qu’il s’approchoit jusqu’à trente fois au moins de sa femelle en un seul jour ; & on a ajoûté que la femelle ne refusoit jamais le mâle même après l’avoir reçu tant de fois. Les aigles font leur aire sur les rochers les plus escarpés ou sur le sommet des arbres les plus élevés. Quelquefois les bâtons dont l’aire est composée tiennent d’un côté à un rocher & de l’autre à des arbres. On a vû des aires qui avoient jusqu’à six piés en quarré ; elles sont revêtues de morceaux de peaux de renard ou de lievre & d’autres pelleteries pour tenir les œufs chauds. La ponte est ordinairement de deux œufs, & rarement de trois : ils les couvent pendant vingt ou trente jours ; la chaleur de l’incubation est très-grande : on croît qu’il n’éclôt ordinairement qu’un seul aiglon : le pere & la mere ont grand soin de leurs petits ; ils leur apportent dans leur bec le sang des animaux qu’ils ont tués, & ils leur fournissent des alimens en abondance, souvent même des animaux, comme des lievres, ou des agneaux encore vivans sur lesquels les aiglons commencent à exercer leur férocité naturelle. Lorsqu’on peut aborder une aire, on y trouve différentes parties d’animaux, & même des animaux entiers bons à manger, du gibier, des oiseaux. &c. On les enleve à mesure que l’aigle les apporte, & on retient l’aiglon en l’enchaînant pour faire durer cet approvisionnement : mais il faut éviter la présence de l’aigle ; cet oiseau seroit furieux, & on auroit beaucoup à craindre de sa rencontre ; car on dit que sans être irrité, il attaque les enfans. On dit aussi que l’aigle porte son petit sur ses ailes, & que lorsqu’il est assez fort pour se soûtenir, il l’éprouve en l’abandonnant en l’air, mais qu’il le soûtient à l’instant où les forces lui manquent. On ajoûte que dès qu’il peut se passer de secours étrangers, le pere & la mere le chassent au loin, & ne le souffrent pas dans leur voisinage non plus qu’aucun autre oiseau de proie. Mais la plûpart de ces faits n’ont peut-être jamais été bien observés ; il faudroit au moins tâcher de les confirmer. Je ne parlerai pas de ceux qui sont démentis par l’expérience, ou absurdes par eux-mêmes : par exemple, la pierre d’aigle qui tempere la chaleur de l’incubation, & qui fait éclorre les petits : Voyez Pierre d’Aigle : l’épreuve qu’ils font de leurs petits en les exposant aux rayons du Soleil, & en les abandonnant s’ils ferment la paupiere : la maniere dont les vieux aigles se rajeunissent ; & tant d’autres faits qu’il est inutile de rapporter.

Les Naturalistes assûrent que l’aigle vit long-tems, & peut-être plus qu’aucun autre oiseau. On prétend que lorsqu’il est bien vieux, son bec se courbe au point qu’il ne peut plus prendre de nourriture. Cet oiseau est un des plus rapides au vol & des plus forts pour saisir sa proie. Il est doüé à un degré éminent de qualités, qui lui sont communes avec les autres oiseaux de proie, comme la vûe perçante, la férocité, la voracité, la force du bec & des serres, &c. Voyez Oiseau de proie. (I)

*l’Aigle est un oiseau consacré à Jupiter, du jour où ce Dieu ayant consulté les augures dans l’isle de Naxos, sur le succès de la guerre qu’il alloit entreprendre contre les Titans, il parut un aigle qui lui fut d’un heureux présage. On dit encore que l’aigle lui fournit de l’ambroisie pendant son enfance, & que ce fut pour le récompenser de ce soin qu’il le plaça dans la suite parmi les astres. L’aigle se voit dans les images de Jupiter, tantôt aux piés du Dieu, tantôt à ses côtés, & presque toûjours portant la foudre entre ses serres. Il y a bien de l’apparence que toute cette fable n’est fondée que sur l’observation du vol de l’aigle qui aime à s’élever dans les nuages les plus hauts, & à se tenir dans la région du tonnerre. C’en fut là tout autant qu’il en falloit pour en faire l’oiseau du Dieu du ciel & des airs, & pour lui donner la foudre à porter. Il n’y avoit qu’à mettre les Payens en train, quand il falloit honorer leurs Dieux : la superstition imagine plûtôt les visions les plus extravagates & les plus grossieres, que de rester en repos. Ces visions sont ensuite consacrées par le tems & la crédulité des peuples, & malheur à celui qui sans être appellé par Dieu au grand & périlleux état de missionnaire, aimera assez peu son repos & connoîtra assez peu les hommes, pour se charger de les instruire. Si vous introduisez un rayon de lumiere dans un nid de hibous, vous ne ferez que blesser leurs yeux & exciter leurs cris. Heureux cent fois le peuple à qui la religion ne propose à croire que des choses vraies, sublimes & saintes, & à imiter que des actions vertueuses ; telle est la nôtre, où le Philosophe n’a qu’à suivre sa raison pour arriver aux piés de nos Autels.

Aigle, s. m. en Astronomie, est le nom d’une des constellations de l’hémisphere septentrional ; son aile droite touche à la ligne équinoctiale ; son aile gauche est voisine de la tête du serpent ; son bec est séparé du reste du corps par le cercle qui va du cancer au capricorne.

L’aigle & Antinoüs ne font communément qu’une même constellation. Voyez Constellation.

Ptolomée dans son catalogue ne compte que 15 étoiles dans la constellation de l’aigle & d’Antinoüs, Tycho-Brahé en compte 17 : le catalogue Britannique en compte 70. Hevelius a donné les longitudes, latitudes, grandeurs, &c. des étoiles qui sont nommées par les deux premiers Auteurs ; on peut voir le calcul du catalogue Britannique sur cette constellation dans l’Histoire Celeste de Flamstéed. (O)

Aigle, s. f. en Blason, est le symbole de la royauté, parce qu’il est, selon Philostrate, le roi des oiseaux ; c’est aussi la raison pour laquelle les anciens l’avoient dédié à Jupiter.

L’Empereur, le Roi de Pologne, &c. portent l’aigle dans leurs armes : on l’estime une des parties les plus nobles du Blason ; & suivant les connoisseurs dans cet art, elle ne devroit jamais être donnée qu’en récompense d’une bravoure ou d’une générosité extraordinaire. Dans ces occasions, on peut permettre de porter ou une aigle entiere, ou une aigle naissante, ou bien seulement une tête d’aigle.

On représente l’aigle quelquefois avec une tête, quelquefois avec deux, quoiqu’elle n’ait jamais qu’un corps, deux jambes, & deux ailes ouvertes & étendues, & en ce cas on dit qu’elle est éployée : telle est l’aigle de l’Empire, qu’on blasonne ainsi ; une aigle éployée, sable, couronnée ; languée, becquée & membrée de gueule.

La raison pour laquelle on a coûtume de donner dans le Blason des aigles avec les ailes ouvertes & étendues, est que dans cette attitude elles remplissent mieux l’écusson, & qu’on s’imagine que cette attitude est naturelle à l’aigle lorsqu’elle arrange son plumage, ou qu’elle regarde le Soleil. On voit cependant dans les armoiries, des aigles dans d’autres attitudes ; il y en a de monstrueuses, à tête d’homme, de loup, &c.

Les Auteurs modernes se servent du mot éployée, pour désigner une aigle qui a deux têtes ; & l’appellent simplement aigle, sans ajoûter d’épithete, lorsqu’elle n’en a qu’une. Le Royaume de Pologne porte gueule, une aigle argent, couronnée & membrée, or.

L’aigle a servi d’étendart à plusieurs nations. Les premiers peuples qui l’ont portée en leurs enseignes sont les Perses, selon le témoignage de Xénophon. Les Romains, après avoir porté diverses autres enseignes, s’arrêterent enfin à l’aigle, la seconde année du Consulat de Marius : avant cette époque, ils portoient indifféremment des loups, des léopards & des aigles, selon la fantaisie de celui qui les commandoit. Voyez Étendart.

Plusieurs d’entre les Savans soûtiennent que les Romains emprunterent l’aigle de Jupiter, qui l’avoit prise pour sa devise, parce que cet oiseau lui avoit fourni du nectar pendant qu’il se tenoit caché dans l’isle de Crete, de peur que son pere Saturne ne le dévorât. D’autres disent qu’ils la tiennent des Toscans, & d’autres enfin des habitans de l’Epire.

Il est bon de remarquer que ces aigles Romaines n’étoient point des aigles peintes sur des drapeaux ; c’étoient des figures en relief, d’or ou d’argent, au haut d’une pique ; elles avoient les ailes étendues, & tenoient quelquefois un foudre dans leurs serres. Voyez l’Hist. de Dion. liv. XI. Au-dessous de l’aigle on attachoit à la pique des boucliers, & quelquefois des couronnes. Voyez Feschius Dissert. de insignibus. Et Lipse, de Militia Romana. liv. IV. Dialogue 5.

On dit que Constantin fut le premier qui introduisit l’aigle à deux têtes, pour montrer qu’encore que l’Empire semblât divisé, ce n’étoit néanmoins qu’un même corps. D’autres disent que ce fut Charlemagne, qui reprit l’aigle, comme étant l’enseigne des Romains, & qu’il y ajoûta une seconde tête. Mais cette opinion est détruite par un aigle à deux têtes, que Lipse a observé dans la colonne Antonine, & parce qu’on ne voit qu’une seule tête dans le sceau de l’Empereur Charles IV. qui est apposé à la Bulle d’or. Ainsi, il y a plus d’apparence à la conjecture du Pere Menestrier, qui dit que de même que les Empereurs d’Orient, quand il y en avoit deux sur le Trône, marquoient leurs monnoies d’une croix à double traverse, que chacun d’eux tenoit d’une main, comme étant le symbole des Chrétiens ; aussi firent-ils la même chose de l’aigle dans leurs enseignes, & au lieu de doubler leurs aigles, ils les joignirent & les représenterent avec deux têtes : en quoi les Empereurs d’Occident suivirent bien-tôt leur exemple.

Le Pere Papebrock demande que la conjecture du Pere Menestrier soit prouvée par d’anciennes monnoies, sans quoi il doute si l’usage de l’aigle à deux têtes n’a point été purement arbitraire ; cependant il convient qu’il est probable que cet usage s’est introduit à l’occasion de deux Empereurs qui avoient été en même tems sur le throne : il ajoûte que depuis l’aigle à deux têtes de la colonne Antonine, on n’en trouve plus jusqu’au quatorzieme siecle sous l’Empereur Jean-Paléologue.

Selon M. Spanheim, l’aigle sur les médailles est un symbole de la divinité & de la providence : mais tous les autres Antiquaires disent que c’est le symbole de la Souveraineté ou de l’Empire ; les Princes sur les médailles desquels on la trouve le plus souvent, sont les Ptolemées & les Seleucides de Syrie : une aigle avec le mot consecratio dénote l’apothéose d’un Empereur. (V)

Aigle, (en Architecture.) c’est la représentation de cet oiseau qui servoit anciennement d’attribut aux chapiteaux des Temples dédiés à Jupiter. On s’en sert encore pour orner quelques chapiteaux, comme à l’ionique de l’Eglise des PP. Barnabites de Paris. (P)

* Aigle, (Géog.) petite ville de France dans la haute Normandie, à onze lieues d’Evreux & dix-neuf de Rouen.

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Étymologie de « aigle »

(Date à préciser) De l’ancien occitan aigla ou du latin aquila.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Berry, aille (ll mouillées) ; provenç. aigla ; espagn. aguila ; ital. aquila ; d'aquila, auquel on donne pour racine le sanscrit açu équivalent à ὠϰύς, rapide. Cependant aquilus, noirâtre, aquilo, vent du nord, ne paraissent pas sans analogie avec aquila. Il y avait dans l'ancien français un féminin aiglesse : Mais jà de cele eglesse li reis mar dutera ; Jamais en altre liu ne nidifiera, Th. le Mart. 165.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Phonétique du mot « aigle »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
aigle ɛglᵊ

Évolution historique de l’usage du mot « aigle »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « aigle »

  • La continuité des grands spectacles nous fait sublimes ou stupides. Sur les Alpes on est aigle ou crétin. Victor Hugo, Tas de pierres, Éditions Milieu du monde
  • J'aime mieux, en soucis et pensers élevés, Être un aigle abattu d'un grand coup de tonnerre Qu'un cygne vieillissant ès jardins cultivés. Jean Bertaut, Stances
  • Le temps est un aigle agile dans un temple. Robert Desnos, Corps et biens, Gallimard
  • L'aigle avec les couleurs nationales volera de clocher en clocher jusqu'aux tours de Notre-Dame. Napoléon Ier, Proclamation du 1er mars 1815
  • Parce que la tortue a le pied sûr, est-ce une raison pour couper les ailes de l'aigle ? Edgar Allan Poe, Eureka
  • L'Angleterre prit l'aigle et l'Autriche l'aiglon. Victor Hugo, Les Chants du crépuscule, Napoléon II
  • L’aigle n’engendre pas la colombe. De Proverbe français
  • L'aigle, même s'il attrape des poules, reste toujours un aigle. De Valeriu Butulescu / Aphorismes
  • L'aigle ne prend pas les mouches. De Proverbe latin
  • Aimer la patrie comme l’aigle son nid. De Proverbe albanais
  • L’aigle a beau avoir des serres, il ne pourrait capturer une mouche. De Proverbe chinois
  • Un défaut de la vitre, et le moineau est un aigle sur le toit. De Jules Renard / Journal
  • L'ignorant a des ailes d'aigle et des yeux de chouette. De George Herbert / Jacula Prudentum
  • C'est dur d'être un aigle quand on vole avec des dindons... De Anonyme
  • Il y la prudence de l’aigle et celle des taupes. De Chamfort / Maximes et pensées
  • L'exception confirme l'aigle, alors j'ai pris mon envol. De Oxmo Puccino
  • La loi est dure mais l'aigle ne chasse pas les mouches. De MC Solaar / L'aigle ne chasse pas les mouches
  • Pour atteindre à de hautes places, ce sont deux choses : il faut être aigle ou reptile. De Honoré de Balzac / Le catéchisme social
  • Parce que la tortue a le pied sûr, est-ce une raison pour couper les ailes de l'aigle ? De Edgar Allan Poe / Eureka
  • L'aigle vole seul ; ce sont les corbeaux, les choucas et les étourneaux qui vont en groupe. De John Webster
  • Le chirurgien doit avoir un oeil d'aigle, un coeur de lion, et une main de femme. De Proverbe anglais
  • Un aigle royal a été aperçu au mois de juin au-dessus du marais, dans le ciel de Clairmarais. Une présence très rare dans l’Audomarois. La Voix du Nord, Un aigle royal aperçu à Clairmarais

Images d'illustration du mot « aigle »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « aigle »

Langue Traduction
Anglais eagle
Espagnol águila
Italien aquila
Allemand adler
Portugais águia
Source : Google Translate API

Synonymes de « aigle »

Source : synonymes de aigle sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « aigle »

Partager