La langue française

Acère

Sommaire

  • Définitions du mot acère
  • Étymologie de « acère »
  • Phonétique de « acère »
  • Évolution historique de l’usage du mot « acère »
  • Images d'illustration du mot « acère »
  • Traductions du mot « acère »
  • Synonymes de « acère »
  • Antonymes de « acère »

Définitions du mot acère

Trésor de la Langue Française informatisé

ACÉRER, verbe trans.

1. MÉTALL. Souder de l'acier à un instrument en fer pour en rendre le tranchant ou la pointe propres à s'affûter plus finement et plus efficacement.
2. Au fig.
a) [Appliqué à la douleur] La rendre plus vive :
1. ... Partout ailleurs le talent comme le sort se sert de la gaieté pour acérer la douleur. G. de Staël, De l'Allemagne,t. 3, 1810, p. 195.
2. Tout en exécrant ces sensations avilissantes et sinistres, je ne me pouvais empêcher d'en acérer sans cesse l'aiguillon infâme et douloureux. O.-V. Milosz, L'Amoureuse initiation,1910, p. 189.
Rem. Acérer est dans cet emploi un superl. de aiguiser.
b) [Appliqué au mot froid, empl. comme compl. d'agent] Piquer très vivement (cf. acéré II B) :
3. ... la soirée s'acérant des mille aiguilles d'un froid subtil. J. Barbey d'Aurevilly, Deuxième memorandum,1839, p. 335.
Rem. Pour la fig., voir acéré, plus fréq. dans cet emploi. Besch. 1845 précise : ,,aiguiser, rendre piquant, déchirant, mordant, blessant. Acérer sa plume, son style, son discours, sa critique, ses traits, une épigramme, etc.`` Mais ces emplois aux formes verbales autres que le part. passé semblent directement tirés par les lexicographes de ceux du part. passé. Ils ne sont pas enregistrés par Ac. en dehors du part. passé, et sont mal attestés avant l'époque mod. (cf. étymol. Littré cite un ex. de Mirabeau, Collection, t. 3, p. 107 : ,,Quelques motifs particuliers acéraient les calomnies et les haines.``)
Prononc. − 1. Forme phon. : [aseʀe], j'acère [ʒasε:ʀ]. 2. Dér. et composés : acérage, acérain, acérellé, acéreux, acérin, acérure.
Étymol. ET HIST. − 1348 acherer « garnir d'acier » métal. (Actes normands de la Chambre des Comptes, éd. Delisle, 366 ds Quem. : Renover une scie pour les sciures de bois..., acherer un grand martel de la garnison); 1387 aserrer « id. » (Jehan d'Arras, Mélusine, 137, Bibl. Elz., ibid. : La peussiés ouyr grant martellis a reclaver petites plates gantelles, harnois de jambes, aserrer lances et chevaux tourner); 1470 assirier « id. » (Dépenses pour le clocher de Saint Nicolas à Fribourg, 24, Blavignac, ibid. : Pour iiii martelz qu'il a assirier); 1578 emploi fig. (Du Bartas, Judith, L. I ds Hug. : Toy qui... aceras le courage [cœur] de la foible Judith d'une masle vigueur...). Acérer dér. de acer, forme anc. de acier*; aciérer, dér. de acier; la différenciation sém. des 2 verbes n'apparaît qu'au début du xixes. L'emploi fig. semble être partic. du part. passé. Cf. acéré.
STAT. − Fréq. abs. litt. : 3.
BBG. − Bar 1960. − Bénac 1956. − Jossier 1881. − Littré-Robin 1865. − Nysten 1814-20. − Ritter (E.). Les Quatre dictionnaires français. Remarques lexicographiques. B. de l'Inst. nat. genevois 1905, t. 36, p. 340. − Séguy 1967.

ACÉRÉ, ÉE, part. passé et adj.

I.− Part. passé de acérer*
II.− Adjectif
A.− Au propre
1. [En parlant du fer, d'un obj. en fer] Garni d'acier pour en rendre le tranchant plus affilé ou plus pointu :
1. Les briques destinées aux constructions extérieures (...) doivent être (...) dures au point de faire feu sous le choc du marteau acéré du maçon. A. Brongniart, Traité des arts céramiques,t. 1, 1844, p. 339.
2. J'ai pris un canif dont la lame avait un tranchant acéré, et me suis fendu les chairs aux endroits où se réunissent les lèvres. Lautréamont, Les Chants de Maldoror,1869, p. 126.
3. Cela ne se fit pas sans que l'on chassât un peu dans les environs, d'autant mieux que Pencroff possédait maintenant quelques douzaines de flèches armées de pointes très-acérées. J. Verne, L'Île mystérieuse,1874, p. 117.
4. ... Fleury, toujours dévoué, était remonté là-haut et avait vu par le judas que le prisonnier maniait un autre couteau de petite dimension, cette fois, mais qui dardait une lame acérée comme une langue de vipère. Boylesve, La leçon d'amour dans un parc,1902, p. 136.
P. compar. (avec la forme d'une lame acérée) :
5. le chœur. − Louée soit notre sœur la flamme qui est pure − forte − vivante − acérée − éloquente − invincible − irrésistible −! P. Claudel, Jeanne d'Arc au bûcher,1939, 11, p. 1225.
2. P. ext. [En parlant de choses naturellement tranchantes] Tranchant, pointu.
− Dans le domaine de la zool. :
6. Aiguillons, tarières, ventouses, dents tranchantes, pinces acérées, un arsenal d'armes inconnues qui n'ont pas de noms encore, naquirent, s'allongèrent, s'aiguisèrent pour travailler la matière vive. J. Michelet, L'Insecte,1857, p. 132.
7. Il y avait des dents aiguës et des griffes acérées qui s'enfonçaient dans les chairs saignantes. L. Ménard, Rêveries d'un païen mystique,1876, p. 213.
− Dans le domaine de la bot. :
8. Au bruit de leurs discours, le monstre qui dormait Leva sa tête étrange, avec un long murmure, Et, tout autour de lui, de la base au sommet, Son feuillage acéré sonna comme une armure... L. Bouilhet, Dernières chansons,L'Aloès, 1869, p. 102.
9. Les Aloès (Aloe), (...) sont connus pour leurs feuilles charnues au bord garni d'épines acérées. Plantefol, Cours de botanique et de biologie végétale, t. 2, 1931, p. 312.
B.− P. anal. Qui produit une sensation aiguë.
[En parlant de sons] Perçant, strident :
10. ... de toute cette foule effervescente s'échappait, comme la vapeur de la fournaise, une rumeur aigre, aiguë, acérée, sifflante comme les ailes d'un moucheron. V. Hugo, Notre-Dame de Paris,1832, p. 58.
11. C'était indéfinissable et charmant; quelque chose de pur, de sonore, d'aérien, d'ailé, pour ainsi dire. C'étaient de continuels épanouissements, des mélodies, des cadences inattendues, puis des phrases simples semées de notes acérées et sifflantes. V. Hugo, Notre-Dame de Paris,1832p. 79.
[En parlant du froid] Vif, intense :
12. Aujourd'hui éveillé à neuf heures, lu de l'italien dans mon lit, − puis levé, − déjeuné. − Un temps gris et bas, − le froid pénétrant et acéré. J. Barbey d'Aurevilly, Premier memorandum,1838, p. 165.
C.− Au fig.
1. Compar. explicite. Qui laisse une impression vive, comme si elle était produite par une lame ou une pointe acérée :
13. Le regard de l'Anglais était froid et acéré comme une lame d'épée... P.-A. Ponson du Terrail, Rocambole,t. 2, Le Club des valets de cœur, 1859, p. 97.
14. Car il est de certaines sensations délicieuses dont le vague n'exclut pas l'intensité; et il n'est pas de pointe plus acérée que celle de l'infini. Ch. Baudelaire, Petits poèmes en prose,Le « Confiteor » de l'artiste, 1867, p. 16.
15. Vitet? Un destructeur! Son arme favorite est un mot, insignifiant en apparence, mais plus tranchant qu'un scalpel et plus acéré qu'un aiguillon. G. Duhamel, La Confession de minuit,t. 1, 1920, p. 164.
2. [En parlant d'une idée, d'une méthode, d'une fac. hum.] Fin, pénétrant :
16. ... l'idée est fine, délicate, acérée, quelquefois subtile... E. et J. de Goncourt, Journal,févr. 1865, p. 130.
17. ... la mystique, issue de l'exercice de la Raison, est une SCIENCE, et la plus stricte et acérée de toutes. L. Daudet, Études et milieux littéraires,1927, p. 24.
18. Il ne l'avouait guère et comme, à cet étrange respect, se mêlait beaucoup d'aversion, il attaquait volontiers et cherchait l'avantage. Il redoutait, entre autres, l'intelligence acérée de Schleiter et se refusait pourtant à lui marquer la moindre considération. G. Duhamel, Chronique des Pasquier,Vue de la terre promise, 1934, p. 123.
3. [En parlant d'un écrit, de paroles, de leur ton, d'attitudes] Vif, mordant :
19. Eh bien, la parole la plus acérée, l'ironie la plus aiguë, ne lui arrachèrent ni un mouvement ni un geste de dépit. H. de Balzac, La Peau de chagrin,1831, p. 129.
20. C'était un homme d'une grande taille, dont la physionomie, vulgaire et disgracieuse dans l'ensemble, s'animait de temps en temps d'une finesse railleuse et d'un sourire acéré. L. Reybaud, Jérôme Paturot,1842, p. 214.
21. M. Duranty est là, au milieu de ses estampes et de ses livres, assis devant sa table, et ses doigts effilés et nerveux, son œil, acéré et railleur, sa mine fouilleuse et aiguë, son pincé de comique anglais, son petit rire sec dans le tuyau de sa pipe, repassent devant moi à la vue de cette toile où le caractère de ce curieux analyste est si bien rendu. J.-K. Huysmans, L'Art moderne,1883, p. 136.
22. Un bas bleu, Mmede Villeparisis en avait peut-être été un dans sa prime jeunesse, et, ivre alors de son savoir, n'avait peut-être pas su retenir contre des gens du monde moins intelligents et moins instruits qu'elle, des traits acérés que le blessé n'oublie pas. M. Proust, À la recherche du temps perdu,Le Côté de Guermantes 1, 1920, p. 186.
23. Si l'on répète un propos de Philip, il reste acéré, subtil, il continue à faire mouche. R. Martin du Gard, Les Thibault,Épilogue, 1940, p. 966.
24. ... je refoulai les chevaliers errants, je me parlai sans cesse des hommes de lettres, des dangers qu'ils couraient, de leur plume acérée qui embrochait les méchants. J.-P. Sartre, Les Mots,1964, p. 144.
P. ext., rare. [En parlant d'une pers.] :
25. Il hantait volontiers les soupers sans entraves, Où l'esprit, en jouant, se mêle aux choses graves, Philosophe acéré, convive ingénieux, C'était lui qu'en son cœur l'édile aimait le mieux, Après un morse noir qu'il nourrissait d'esclaves, Et Coracoïdes, son bouffon aux gros yeux. L. Bouilhet, Melaenis,1857, p. 39.
Prononc. − Enq. : /aseʀe1/.
Étymol. ET HIST. − 1. a) 1155 « garni d'acier (de l'extrémité d'une lance rendue plus tranchante et solide) » (Brut, éd. Arnold, 9298 ds Keller, Voc. Wace, 314 b : Lance ot redde, Bun aveit nun, Acerez fu li fer en sun); 1172-75 « id. » (Chrét. de Troyes, Chevalier au Lion, éd. M. Roques, 5618 : Et lor escu n'estoient mie Tel que rien en ostast espee Tant fust tranchanz ne aceree); b) 1562 « dur et tranchant comme l'acier » (Rabelais, L'Île sonante, éd. Abel Lefranc, p. 24-25 : les chats fourrez sont bestes moult horribles... ils... ont aussi les griphes tant longues, fortes et asserees que rien ne leur eschappe); 2. emploi fig. a) 1276 « dur comme l'acier, inébranlable (de pers.) » (Enf. Og., éd. Scheler, 6769 ds T.-L. : ce sont gent aceree); b) 2emoitié xvies. « robuste, fort (inanimé non matériel) » (Charron, P. Traité de la sagesse, I, III, ch. XXXIX, 759 ds Gdf. Compl. : Socrates par sa sobrieté avoit une santé forte et aceree); c) av. 1755 « (d'un propos destiné à blesser) piquant, mordant » (Saint-Simon, Mém. [1715], t. XII, c. 18 ds Dict. hist. de la lang. fr. publ. par l'Ac. fr., t. 1, 1865, 696 b : Les brocards les plus cruels et les mieux acérés, couloient sur lui comme sur toile cirée, pour peu qu'il crût avoir intérêt à les secouer). Dér. de acer, forme anc. de acier; suff. *; cf. a. fr. acerin « id » aux sens propre et fig.
STAT. − Fréq. abs. litt. : 155.

Wiktionnaire

Adjectif

acère \a.sɛʁ\ masculin et féminin identiques

  1. Sans cornes.
    • Il a une vache acère dans son troupeau.
    • Une scène, délicate et comme estompée, met en présence deux têtes de buffles antiques et une tête de bovin acère. — (Axel Van Albada, Anne-Michelle Van Albada, La montagne des hommes-chiens, 2000)

Forme de verbe

acère \a.sɛʁ\ → voir acérer

  1. Première personne du singulier de l’indicatif présent du verbe acérer.
  2. Troisième personne du singulier de l’indicatif présent du verbe acérer.
  3. Première personne du singulier du subjonctif présent du verbe acérer.
  4. Troisième personne du singulier du subjonctif présent du verbe acérer.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif du verbe acérer.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ACÉRER. v. tr.
Souder de l'acier à la pointe ou au tranchant d'un outil, d'un instrument de fer, pour le rendre susceptible d'être trempé et de devenir ainsi plus propre à percer ou à couper. Acérer un couteau, un burin, etc. Le participe passé

ACÉRÉ, ÉE, est aussi adjectif et se dit en parlant du Fer lorsqu'on l'a garni d'acier, ce qui permet d'en rendre le tranchant plus affilé ou la pointe plus aiguë. Il se dit aussi, par extension, de Toute lame bien affilée, bien aiguisée. Lame acérée. Pointe acérée. Flèches acérées. Des traits acérés. Fig., Des traits acérés, Des traits de satire qui doivent blesser profondément. On dit dans le même sens Les traits acérés de la calomnie. Un style acéré. Une plume acérée. Une langue acérée.

Littré (1872-1877)

ACÈRE (a-se-r') adj. m.
  • Histoire naturelle. Il se dit d'insectes qui n'ont point d'antennes et de mollusques dont la tête est dépourvue de tentacules.
Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Étymologie de « acère »

(adjectif) Du grec ancien κέρας, kéras (« corne »), avec le préfixe privatif a-.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

A privatif, et ϰέρας, corne (voy. CORNE).

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Phonétique du mot « acère »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
acère asɛr

Évolution historique de l’usage du mot « acère »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Images d'illustration du mot « acère »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « acère »

Langue Traduction
Anglais sharp
Espagnol agudo
Italien acuto
Allemand scharf
Chinois 尖锐
Arabe حاد
Portugais afiado
Russe острый
Japonais シャープ
Basque zorrotz
Corse tagliente
Source : Google Translate API

Synonymes de « acère »

Source : synonymes de acère sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « acère »

Partager