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Antanaclase - Figure de style [définition et exemples]

Définition de l'antanaclase

L'antanaclase est une figure de style qui consiste à employer un mot plusieurs fois dans une même phrase, dans deux sens différents.

La construction de l’antanaclase joue sur la polysémie ou l’homophonie, le mot répété prenant plusieurs sens au sein d’une même phrase. Il s’agit d’un procédé littéraire qui ne fait pas appel à la syntaxe mais plutôt à la créativité lexicale, suivant l’évolution sémantique du terme répété, qui répond alors à plusieurs définitions.

La célèbre citation de Pascal : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. », extrait de ses Pensées, illustre parfaitement l’antanaclase mais il existe quelques nuances qu’il convient de développer plus loin.

Ce procédé, reconnu pour être employé dans quelques jeux de mots, inspire les créateurs de slogans publicitaires, à l’origine de messages et formules pertinents et accrocheurs. 

Quelques exemples de célèbres slogans :

  • « Vous vous changez, changez de Kelton » (Montres Kelton)
  • « S’exposer au soleil sans s’exposer au pire » (Nivéa)
  • « Avec nos imprimantes, la qualité d’impression fait toujours impression »

Que ce soit au niveau des écrits ou dans les discours, l’antanaclase permet au lecteur de mémoriser plus facilement le message mais aussi d’être surpris. En variant le sens du terme répété, l’effet produit a un côté fascinant voire séduisant car celui qui l’exploite doit le faire avec adresse, subtilité et intelligence.

Après avoir donné une série d’exemples où l’antanaclase est employée pour constituer une rime, Pierre Fontanier précise que c’est une manière de plaisanter et que « notre langue, nous ne saurions trop le dire, est essentiellement ennemie de toute affectation, de tout jeu de mots puéril ». 

Procédé qualifié de « rime équivoquée » par Patrick Bacry, en citant cet exemple de deux vers de Voltaire, où « la rime repose sur l’homonymie qui existe entre le substantif sort et la troisième personne de l’indicatif présent du verbe sortir. » :

Egiste, écrivait-il, mérite un meilleur sort,
Il est digne de vous, et des Dieux dont il sort

Voltaire, Mérope

Dans la mesure où le mot répété apporte une nouvelle signification, un enrichissement sémantique en donnant davantage de caractère au mot, on parle de diaphore

Henri Suhamy expose le point de vue d’Henri Morier avec l’exemple suivant, d’après texte de Jean Giraudoux, extrait de Suzanne et le Pacifique :

Le jour où le seigle devient tout doré et a son jour de triomphe, unique, sur le blé… 

Jean Giraudoux, Suzanne et le Pacifique

Selon Henri Morier, la diaphore représente « l’antanaclase qui consiste, comme celle qui porte ici sur jour, à enchérir en donnant au mot un sens plus vif, plus soutenu, la deuxième fois. »

Antanaclase ou syllepse

À l’instar de la syllepse, l’antanaclase est une figure du lexique qui joue sur la polysémie. Cependant, l’antanaclase se différencie de la syllepse qui consiste à employer un mot dans une même phrase, à la fois dans son sens propre, par métonymie, aussi dans son sens figuré par métaphore.

L’antanaclase reprend le même mot deux fois, contrairement à la syllepse qui est une figure de style qui n’a qu’une seule occurrence porteuse du double sens :

En voyant le lit vide, il le devint.

Pierre Alexis Ponson du Terrail

Origine et étymologie de l’antanaclase

Le terme antanaclase provient du grec « anti » qui signifie contre et de « ἀνάκλασις / anaklasisdu » pour « répercussion du son » ou littéralement « action de se briser en se courbant ».

L’antanaclase a une place importante dans les œuvres de rhétorique, et ce depuis l’antiquité gréco-romaine. Quintilien, auteur de l’Institution oratoire, manuel de rhétorique datant du Ier siècle après J.-C., emploie l’antanaclase dans un exemple souvent cité, où il utilise le verbe attendre selon des sens différents :

Proculeius reprochait à son fils d'attendre sa mort et celui-ci répondait qu'il ne l'attendait pas. Eh bien, reprit-il, je te prie d'attendre.

Quintilien

Pour lui, la figure de style est proche de la paronomase, idée partagée par Pierre Fontanier. Dans les Figures du discours, ce dernier précise que « l’antanaclase ne diffère de la paronomase, qu’en ce que la forme et les sons se trouvent exactement les mêmes dans les mots de significations différentes rapprochés l’un de l’autre. On peut donc la définir : La répétition d’un même mot pris en différents sens, propres ou censés tels ; ou encore, Le rapprochement de deux mots homonymes et univoques avec des significations toutes différentes. »

Exemples d’antanaclases

SGANARELLE — Ah ! c’était un grand homme !
GÉRONTE— Sans doute
SGANARELLE, levant le bras puis le coude. — Grand homme tout à fait : un homme qui était plus grand que moi de tout cela (…)

Molière, Le médecin malgré lui, Acte II, Scène 4

On dirait l’hiver ;
Parfois on s’y trompe
Le vent de la mer
Souffle dans sa trompe.

Victor Hugo, Les voix intérieures, XXIV

Un homme de caractère n’a pas toujours bon caractère

Citation de Jules Renard

Il est notoire que les sujets sérieux doivent être traités par des sujets sérieux.

Citation de Boris Vian

Régner sur un empire suppose quelque empire sur soi-même.

Philippe Galland, Le Mariage du siècle

Ma défense d’éléphant se révèle plus efficace qu’une défense d’afficher.

San Antonio, Les années 1960

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