L'ironie - Figure de style [définition et exemples]
Parmi toutes les figures de style, l’ironie est sans doute la plus redoutable. Elle permet de critiquer sans en avoir l’air, de moquer tout en semblant louer. Voltaire, Molière et bien d’autres en ont fait une arme littéraire redoutable. Mais comment fonctionne-t-elle exactement ? Quels procédés met-elle en jeu ? Découvrons ensemble cette figure qui dit le contraire de ce qu’elle pense. Bonne lecture !
Définition de l’ironie
L’ironie est un procédé stylistique qui consiste à affirmer le contraire de ce que l’on veut faire comprendre. Le locuteur dit une chose, mais son intention véritable est que l’auditeur ou le lecteur perçoive le sens opposé.
Par exemple, s’exclamer « Quel temps magnifique ! » alors qu’il pleut à verse est une forme d’ironie.
Contrairement au mensonge, l’ironie ne cherche pas à tromper. Son objectif est de se moquer, de dénoncer ou de critiquer. Le contexte, le ton ou la situation permettent au destinataire de saisir le vrai message.
Pour fonctionner, l’ironie suppose trois éléments :
- Un locuteur qui emploie le procédé ironique.
- Une cible visée par la moquerie.
- Un public complice, capable de percevoir le décalage entre ce qui est dit et ce qui est pensé.
Les procédés de l’ironie
L’ironie n’est pas une figure isolée. Elle utilise plusieurs procédés pour produire son effet :
- L’antiphrase : dire le contraire de ce que l’on pense (« Quel temps magnifique ! » sous une pluie battante).
- L’hyperbole : exagérer de manière excessive pour souligner l’absurdité.
- La litote : dire moins pour faire entendre plus.
- La prétérition : feindre de ne pas vouloir dire quelque chose tout en le disant.
- L’emploi d’un vocabulaire inadapté au sujet traité.
L’antiphrase est le procédé le plus courant. Cependant, l’ironie dépasse la simple antiphrase : elle peut s’étendre à un paragraphe, un chapitre, voire une oeuvre entière.
Ironie et figures proches
L’ironie entretient des liens étroits avec d’autres figures de style qu’il convient de distinguer.
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- Le sarcasme est une forme d’ironie plus agressive et blessante. Son intention est de blesser directement l’interlocuteur, tandis que l’ironie peut rester légère.
- L’astéisme fonctionne à l’inverse : c’est un faux blâme qui exprime en réalité un compliment. Par exemple, dire « Vous êtes insupportable » à quelqu’un que l’on adore.
- L’euphémisme atténue la réalité, alors que l’ironie la renverse. Ces deux figures jouent sur l’écart entre le dit et le pensé, mais par des chemins différents.
Origine et étymologie de l’ironie
Le mot « ironie » vient du grec ancien eirôneia (εἰρωνεία), qui signifie « dissimulation » ou « action d’interroger en feignant l’ignorance ». Ce terme apparait au Ve siècle avant J.-C.
En grec, l’eirôn désignait celui qui faisait semblant de ne pas savoir. Ce personnage s’opposait à l’alazôn, le vantard qui prétendait tout connaître. Dans la comédie grecque, l’eirôn triomphait toujours de l’alazôn grâce à sa ruse.
L’ironie socratique
L’une des premières formes d’ironie est l’ironie socratique dans l’Antiquité. Dans les dialogues de Platon, Socrate feint l’ignorance face à ses interlocuteurs. Il pose des questions naïves en apparence, puis amène progressivement son adversaire à se contredire.
Dans La République (Livre I), alors que Socrate multiplie les questions sur la nature de la justice, Thrasymaque finit par s’exclamer : « Ô Hercule, voilà bien l’ironie ordinaire de Socrate ! Je le savais, moi, et j’avais prédit à la compagnie que tu refuserais de répondre, que tu singerais l’ignorant, et que tu ferais tout plutôt que de répondre, si on te posait quelque question. » L’adversaire de Socrate dénonce lui-même le procédé, preuve que cette feinte ignorance était déjà reconnue comme une stratégie redoutable.
Cette méthode, appelée maïeutique, vise à faire accoucher les esprits de la vérité. Socrate ne donne jamais la réponse directement. Il guide son interlocuteur vers la prise de conscience de ses propres erreurs. L’ironie socratique est donc un outil de connaissance, pas seulement de moquerie.
L’ironie voltairienne
Au XVIIIe siècle, Voltaire porte l’ironie à son apogée littéraire. Dans Candide, il utilise un ton faussement naïf pour dénoncer les horreurs de la guerre, le fanatisme religieux et l’optimisme aveugle. Son personnage principal traverse les pires catastrophes en répétant que « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ».
Rien n’était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons, formaient une harmonie telle qu’il n’y en eut jamais en enfer.
Voltaire, Candide, chapitre III
Dans cet exemple, Voltaire décrit ici une bataille sanglante avec le vocabulaire d’une fête. Le contraste entre la beauté apparente et l’horreur réelle constitue l’ironie.
L’ironie voltairienne se caractérise ainsi par un décalage permanent entre le ton et le sujet. Plus la situation est grave, plus le narrateur semble léger. Ce contraste force le lecteur à réfléchir par lui-même. C’est un bon exemple d’ironie portant sur tout un texte, pas seulement une boutade d’une phrase.
Exemples littéraires de l’ironie
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Jean de La Fontaine, Les Animaux malades de la peste
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.
La Fontaine dénonce l’injustice des tribunaux avec une apparente objectivité qui souligne, par contraste, le scandale de la situation.
Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour.
Molière, Le Bourgeois gentilhomme
Molière fait prononcer cette phrase pompeuse par M. Jourdain, un bourgeois ignorant qui ne sait ni lire ni écrire. L’ironie nait du décalage entre le locuteur et le registre de langue employé.
Si c’est ici le meilleur des mondes possibles, que sont donc les autres ?
Voltaire, Candide, chapitre VI
Cet homme était si charitable qu’il aimait même ses ennemis ; et cet autre était si pieux qu’il brûlait les hérétiques avec un extrême scrupule de conscience.
Voltaire, Dictionnaire philosophique
L’ironie atteint ici son sommet : les mots « charitable » et « pieux » sont utilisés pour qualifier des comportements cruels. Le lecteur perçoit immédiatement la contradiction.
J’espère que ces exemples vous permettent de mieux saisir le procédé de l’ironie en tant que figure de style. N’hésitez pas à donner d’autres exemples dans les commentaires.
Pour aller plus loin, lisez notre guide complet des figures de style.