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Syllepse - Figure de style [définition et exemples]

Définition de la syllepse

La syllepse est une figure de style qui consiste à employer un mot dans une même phrase, à la fois dans son sens propre, par métonymie, mais aussi dans son sens figuré par métaphore.

Le terme syllepse, du grec ancien σύλληψις, súllēpsis signifie littéralement « action de prendre ensemble ». 

En jouant sur la polysémie, le mot sur lequel se construit la syllepse prend plusieurs sens.

Par exemple, dans la comédie-ballet Le Mariage forcé de Molière, lorsque Pancrace s’adresse à Sganarelle :

PANCRACE. -  Et de quelle langue voulez-vous vous servir avec moi ?
SGANARELLE. – De quelle langue ?
PANCRACE. – Oui.
SGANARELLE. – Parbleu ! de la langue que j’ai dans la bouche. Je crois que je n’irai pas emprunter celle de mon voisin.
PANCRACE. – Je vous dis, de quel idiome, de quel langage ?

Molière, Le Mariage forcé, Acte III, Scène IV

Appelée aussi « tropes mixtes » par Pierre Fontanier, les syllepses consistent, selon lui, à « prendre un même mot tout à la fois dans les deux sens différents, l’un primitif ou censé tel, mais toujours du moins propre ; et l’autre figuré au sens tel, s’il ne l’est pas toujours en effet ; ce qui a lieu par métonymie, par synecdoque, ou par métaphore. » 

Selon Henri Suhamy, la syllepse est un procédé littéraire dans lequel « métaphores et comparaisons sont souvent imbriquées ». Il cite l’exemple suivant, précisant que dans cet exemple « l’auteur donne au verbe s’écouler à la fois son sens propre et son sens figuré » :

Bogaert sentit que la journée s’écoulerait bêtement et lentement, comme une rivière sans poissons devant l’ombre d’un pêcheur à la ligne.

Pierre Mac Orlan, La Cavalière Elsa

À l’origine de jeux de mots, la syllepse peut divertir le lecteur qui doit alors faire preuve d’imagination et de curiosité pour comprendre le message transmis par l’auteur, comme dans cette citation de Jean Cocteau :

Les miroirs feraient bien de réfléchir avant de nous renvoyer notre image

Jean Cocteau

La syllepse est donc une figure de style où le sens propre se mêle au sens figuré. Inspirés par les jeux de mots que la figure permet, les créateurs de slogans publicitaires utilisent ce procédé pour créer des messages pertinents, accrocheurs et simples à mémoriser :

  • « Leerdammer râpé fondant : même son prix va vous faire fondre. »
  • « On peut dire que notre définition du confort tient la route. » (Peugeot)
  • « En Norvège, plus il fait froid, plus on se frotte les mains. » (Neutrogéna)
  • « Vos enfants méritent une bonne tarte. Vous aussi – Bref, mangez des pommes »

Employée en tant que figure de style, la syllepse produit ainsi un effet de surprise en valorisant une idée.

Syllepse et autres figures de construction

Dans la mesure où elle joue sur les différents sens d’un mot, la syllepse est proche du zeugme, qui consiste à mettre sur le même plan syntaxique deux éléments appartenant à des registres sémantiques différents. L’extrait de l’ouvrage Les Fleurs bleues de Raymond Queneau, cité par le Grévisse Vocabulaire, illustre ces propos :

Il ne battit point sa femme parce que défunte, mais il battit ses filles au nombre de trois ; il battit des serviteurs, des servantes, des tapis, quelques fers encore chauds, la campagne, monnaie et, en fin de compte, ses flancs.

Raymond Queneau, Les fleurs bleues

La syllepse se différencie de l’antanaclase qui reprend dans une même phrase un mot identique dans deux sens propres différents :

 Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point.

Blaise Pascal, Pensées.

La syllepse est une figure de style qui n’a qu’une seule occurrence porteuse du double sens contrairement à l’antanaclase qui reprend le même mot deux fois (voir article sur l'antanaclase). 

Cependant, certains grammairiens y voient une certaine ambivalence :

Je souffre tous les maux que j’ai faits devant Troie.
Vaincu, chargé de fers, de regrets consumés,
Brulé de plus de feux que je n’en allumai.

Jean Racine, Andromaque

Dans l’exemple ci-dessus, souvent cité comme exemple de syllepse, Catherine Rouayrenc, auteur de « La syllepse, figure stylistique » explique que « Cette distinction paraît plus simple en théorie que dans les faits : par exemple, faut-il voir une syllepse ou une antanaclase dans le vers de Racine souvent pris pour exemple de syllepse : « Brûlé de plus de feux que je n’en allumai » ? En effet, à strictement parler « feux » n’apparaît qu’une fois, ce qui incite à parler de syllepse, mais en fait il est présent une deuxième fois sous la forme du pronom « en », ce qui autorise à voir là une antanaclase. »

Il faut de plus distinguer la syllepse de sens que nous venons de décrire, autrement dit une figure de style également syllepse oratoire, de la syllepse grammaticale. 

La syllepse grammaticale

Quand il ne s’agit pas d’une figure de style, la syllepse peut être de forme grammaticale.

Il s’agit ici d’une figure de grammaire dont les règles d’accord suivent la logique et non pas le genre et le nombre, en dérogeant à la règle générale. 

Quelques exemples : 

Entre le pauvre et vous, vous prendrez Dieu pour juge,
Vous souvenant, mon fils, que, caché sous ce lin,
Comme eux vous fûtes pauvre, et comme eux orphelin.

Jean Racine, Athalie

− Ah ! vous avez un chat, je ne les aime pas

Paul Margueritte, L’eau qui dort.

[…] mais, de peur que toute la nation ne s’amollisse, et ne tombe dans l’ignorance de la guerre, il faut envoyer dans les guerres étrangères la jeune noblesse. Ceux-là suffisent pour entretenir toute la nation dans une émulation de gloire […]

Fénélon, Les aventures de Télémaque

Exemples de syllepses

Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur.

Jean Racine, Phèdre

Je percerai le cœur que je n'ai pu toucher.

Jean Racine, Andromaque

Rome n’est plus Rome, elle est toute où je suis.

Pierre Corneille, Sertorius

— Messieurs, que puis-je pour vous ?
 Exécuter cette ordonnance... suggéra Colin.
Le pharmacien saisit le papier, le plia en deux, en fit une bande longue et serrée et l’introduisit dans une petite guillotine de bureau.
— Voilà qui est fait, dit-il en pressant un bouton rouge.
Le couperet s’abattit et l’ordonnance se détendit et s’affaissa.

Boris Vian, L’écume des jours

Sais-tu pourquoi les sauvages sont tout nus ? C’est parce que Christophe Colomb les a découverts.

Victor Hugo

Vous avez déjà vu un petit poussin ? C’est mignon à croquer ! C’est une petite boule jaune... Ça fait : cui-cui...Il n’était pas cuit ! / Et je n’en ai fait qu’une bouchée / dans mon gros ventre !

Raymond Devos, Le petit poussin

Pour en savoir plus, consultez notre guide complet des figures de style.

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Commentaires

Lat

Ces figures de style restent du domaine littéraire et très très peu connues du grand public.

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