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Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué

Si la chasse à l’ours est interdite dans de nombreux pays, tel n’est pas le cas de l’emploi de la formule « vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué », toujours très populaire dans le Français moderne.

Que signifie cet adage, et depuis quand l’utilise-t-on dans la langue française ? Telles sont les questions auxquelles nous répondrons dans cet article sur la définition et l’origine de l’expression « il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué ».

Définition de l’expression « il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué »

L’expression « il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué » nous rappelle de faire preuve de prudence et d’humilité lors de la planification d’un projet, ou de l’acquisition d’un bien, en ne considérant pas la chose comme accomplie tant qu’elle ne l’est pas vraiment

Selon l’adage, « vendre la peau de l’ours » désigne l’action de se réjouir ou de se féliciter trop tôt d’un succès ou d’une tâche, avant qu’ils ne soient réalisés, ou de se vanter trop vite de la possession d’un objet ou d’un avantage, avant qu’ils ne nous appartiennent véritablement. 

De la même manière que l’on ne peut s’enorgueillir d’avoir vendu la peau d’un animal tant que ce dernier est encore bien vivant, il convient de s’assurer que toutes les étapes d’une entreprise soient accomplies sans heurt avant de « crier sur les toits » que « l’affaire est dans le sac ».

On notera la similarité de l’expression, tant dans le vocabulaire animalier que dans sa signification proche, avec la locution « il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs », qui rappelle qu’il faut toujours faire les choses étapes par étape, dans le bon ordre et sans précipitation, au risque de faire échouer le projet avant son terme.

Origine de l’expression « il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué »

Au départ, l’expression provient d’un proverbe ancien, employé dès le Moyen-Âge, et dont on repère plusieurs variantes au gré des siècles et des régions. Ainsi, nous lisons tantôt « il ne faut pas marchander la peau de l’ours devant que la bête soit morte », tantôt « il ne faut pas vendre la peau avant qu’on ait la bête ».

La forme plus moderne de la formule provient quant à elle d’une fable de Jean de la Fontaine, « L’ours et les deux compagnons », dont la morale n’est autre que le proverbe « Il ne faut jamais vendre la peau de l’ours qu’on ne l’ait mis par terre » :

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L’un de nos deux marchands de son arbre descend,
Court à son compagnon, lui dit que c’est merveille
Qu’il n’ait eu seulement que la peur pour tout mal.
Eh bien ! ajouta-t-il, la peau de l’animal ?
Mais que t’a-t-il dit à l’oreille ?
Car il t’approchait de bien près,
Te retournant avec sa serre.
Il m’a dit qu’il ne faut jamais
Vendre la peau de l’ours qu’on ne l’ait mis par terre.

Jean de La Fontaine, L’ours et les deux compagnons

Comme pour de nombreuses autres expressions francophones, il est intéressant de relever que l’image existe dans d’autres langues, notamment : 

  • en allemand (man soll das Fell des Bären nicht verkaufen, bevor er erlegt ist) ;
  • en espagnol (non vender la piel del oso antes de haberlo matado) ; 
  • en italien (non vendere la pelle dell’orso prima di averlo ucciso).

À l’inverse, d’autres langues emploient des images équivalentes, mais différentes. Aux États-Unis, on dit par exemple « to count one’s chickens before they hatch » – compter ses poulets avant qu’ils ne soient éclos – et en japonais, c’est un autre animal qui est mis à l’honneur, le tanuki : « toranu tanuki no kawa zanyou » — que l’on peut traduire par « n’estimez pas la vente de la peau du tanuki tant que vous ne l’avez pas attrapé ».

Exemples de l’usage de l’expression « il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué »

Je ne me suis même jamais senti tellement vivant et tellement batailleur qu’en ce moment. Il se peut que ma situation soit redressée et même devienne brillante avant l’automne ; mais la vie m’a appris à ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

Roger Vailland, Lettres à sa famille

Je sentis la main d’Estebaii sur mon bras. D’accord, Esteban, dis-je ; je ne vais pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Une petite tape me dit qu’il était heureux que je comprenne la nécessité d’agir avec prudence.

Martin L. Weiss, La mort qui roule

Skeffington manifesta un certain étonnement. « Ma parole, dit-il, vous êtes en train de vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Je ne m’attendais pas à un tel concert d’optimisme de votre part. Si je ne vous savais pas si prudents et expérimentés, je vous accuserais presque de prendre vos désirs pour des réalités. »

Edwin O’Connor, La dernière fanfare

Mes démarches impliquaient une certitude d’avenir que je n’avais pas mais, le temps pressant, je fis violence aux craintes superstitieuses qui, toute ma vie, m’avaient retenu de vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

Roger Martin, Patron de droit divin…
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Nicolas Lafarge-Debeaupuis

Nicolas Lafarge-Debeaupuis

Nicolas Lafarge-Debeaupuis est rédacteur indépendant, et prête ses mots à différents médias et entreprises. Se décrivant volontiers comme « un geek avec une plume », il se sent dans son élément naturel lorsqu’il écrit sur des sites web tels que La langue française.

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