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Se mettre sur son trente et un (31) : définition et origine de l’expression

C’est sûrement le compliment préféré des gens lors de Noël ou de la Saint-Sylvestre (« Oh, je vois que tu t’es mis sur ton 31… ! »). À tel point que la plupart d’entre nous ont pendant longtemps pensé que cette expression française avait un rapport avec la fin du mois de décembre et la nouvelle année. Mais détrompez-vous et apprenez dans cet article la véritable origine de cette expression. N’hésitez pas à parcourir les autres articles de cette section dédiée aux expressions francophones ! Bonne lecture !

Définition de l’expression « se mettre sur son trente-et-un (31) »

L’expression « se mettre sur son trente-et-un (31) », que l’on trouve aussi sous la forme « être sur son trente-et-un (31) », signifie s’habiller de manière luxueuse, mettre sa plus belle toilette ou se vêtir de beaux habits pour une occasion toute particulière. 

Origine de l’expression « se mettre sur son trente-et-un (31) »

Au premier coup d'œil, l’expression « se mettre sur son trente-et-un (31) » semble simple à comprendre : on se pare des plus beaux tissus de sa garde-robe pour fêter le 31 décembre et la nouvelle année. Sauf que cette interprétation est erronée. On aimerait vous dire que nous savons la vérité, toute la vérité et rien que la vérité mais malheureusement, en ce qui concerne cette expression, nous n’avons à notre disposition que des hypothèses pour expliquer ses origines.

La première théorie, et la plus répandue, voudrait que le chiffre « trente-et-un » ne soit en réalité qu’une déformation d’un mot d’ancien français, « trentain ». Ce terme, désuet aujourd’hui (et qui renvoie plus communément à une série de trente messes dans le domaine religieux) désignait à l’époque un grand drap. Le Cnrtl le définit ainsi : « drap dont la chaîne est composée de trente fois cent fils » (lorsque « le dérivé désigne un drap caractérisé par la trame ; la base indique le nombre de centaines de fils »). 

Ce tissu si particulier est apparu aux alentours du Moyen Âge et sa fabrication coûteuse en faisait un habit que seuls les plus aisés pouvaient s’offrir. On estime donc que c’est par déformation de langage, sûrement par les classes plus populaires, que le mot « trentain » est par la suite devenu « trente-et-un ». Quant à la première partie de l’expression, « se mettre sur », c’est une ancienne tournure voulant dire « mettre sur soi ».

Selon une deuxième hypothèse, beaucoup plus douteuse, l’expression ferait référence à un jeu de carte du nom de « trente-et-un ». Enfin, une troisième explication donne pour origine la tradition des soldats prussiens datant du XVIIIe siècle : tous les 31 du mois, les soldats devaient se présenter dans une tenue irréprochable pour l’inspection de leur supérieur. Ils recevaient aussi ce jour-là une prime.

Pour aller plus loin : les amateurs de tissus apprécieront d’en savoir plus sur les anciens textiles. Voici une description détaillée du trentain par le blog DeGillestissus (s’il vous prenait l’envie d’appliquer l’expression au pied de la lettre et de confectionner votre trentain) : « Entre le XII et le XVIe siècle, on trouvait de nombreuses qualités de lainages. Les qualités différaient au niveau de la provenance des fibres, de la grosseur des fils et surtout du nombre de fils de chaîne. Plus il y a de fils, plus le prix est élevé. Donc au Moyen Âge et à la Renaissance, les drapiers proposaient des draps de laine de qualité courante qui comportaient 14 ou 18  fois 100 fils en chaîne soit 1400 ou 1800. Pour les qualités supérieures, pour des lainages de luxe destinés à une clientèle aisée, la chaîne  était composée de 30 fois 100 fils soit 3000 fils sur toute la largeur de l'étoffe. Et voilà la trentaine de paquets de 100 fils qui donne son nom au tissu "le trentain". Le XXe siècle n'eut donc pas la primeur des lainages fins avec les  super 100, 150, 200 italiens. »

Exemples d’usage de l’expression « se mettre sur son trente-et-un (31) »

En voilà qui peuvent se donner la main. Se mettre sur son trente et un revêtir son plus bel habit. Faire le tour du cadran, dormir douze heures consécutives. Passer dessus deux sens accomplir une tâche superficiellement et pardonner. 

Marcel Jouhandeau, Le Langage de la Tribu, 1955

Sans doute en mon honneur, elle s'était mise sur son trente et un, revêtant ce qu'elle possédait de mieux comme frusques, vaguement frusques du dimanche.

Léo Malet, Nestor Burma

Il était évident que sa sœur s’était mise sur son trente-et-un pour l’occasion ; elle portait un chaud manteau noir par-dessus un col roulé, une minijupe noire, des bas résille et ses longues bottes noires.

Sienna Mercer, Ma soeur est une vampire, 2012

Je me cale pour attendre mais tout de suite, ou presque, je vois sortir ma voyageuse. Elle est sur son trente et un. Elle a même une veste de lapin qui m'épate. Et naturellement ses talons hauts.

Jean Giono, Les Grands chemins

Sur les genoux pointus du monarque adultère
Sur le mai de son âge et sur son trente et un
Madame Rosemonde roule avec mystère
Ses petits yeux tout ronds pareils aux yeux des Huns

Guillaume Apollinaire, Palais

N'hésitez pas à compléter cet article et à ajouter vos réflexions sur cette expression française en commentaire.


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Commentaires

Atomiseam
À mon avis, la deuxième hypothèse fait plus de sens que celle des drapiers. Pour que le mot " trentain" ait la connotation de "trente et un", je suis sûr que la langue parlée des fabricants étaient plutôt une langue étrangère. En tout cas, merci pour l'effort apporté en vue de nous enseigner, en plus ses origines, mais aussi les finesses de cette expression.
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