On se tient au courant : définition et origine de l'expression
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Il y a des expressions que l’on prononce des dizaines de fois par semaine sans y prêter la moindre attention. « On se tient au courant » en fait partie. Je la glisse en fin de conversation comme un réflexe. Et pourtant, derrière cette formule de politesse apparemment anodine se cache une histoire linguistique bien plus riche qu’on ne le croirait.
Dans cet article, je vous propose de découvrir la définition et l’origine de l’expression « on se tient au courant ». Bonne lecture !
Signification de « on se tient au courant »
L’expression « on se tient au courant » est une locution verbale qui signifie que l’on s’engage mutuellement à s’informer des dernières nouvelles, à ne pas laisser l’autre dans l’ignorance de ce qui se passe. C’est une promesse réciproque de communication : chacun s’engage à tenir l’autre informé des évolutions d’une situation.
On l’emploie généralement en fin de conversation, au moment des adieux. Ce n’est qu’un au revoir et nous restons en contact. Elle peut tout aussi bien s’utiliser dans un cadre professionnel (entre collègues qui suivent un dossier) que dans la vie personnelle, entre amis ou proches qui souhaitent rester en contact.
On trouve cette expression sous plusieurs formes voisines, toutes construites sur le même socle :
- « Je te tiens au courant » : engagement unilatéral : c’est moi qui m’engage à informer l’autre
- « Tiens-moi au courant » : demande adressée à l’interlocuteur
- « On se tient au courant » : engagement mutuel et symétrique
- « Mettre quelqu’un au courant » : action d’informer quelqu’un qui ne sait pas encore
Synonymes de « on se tient au courant » :
- On se tient informés
- On se fait signe
- On se donne des nouvelles
- On reste en contact
- On se tient au jus (familier)
- On se fait un point
- On se tient au parfum (familier)
Origine de l’expression
Pour comprendre cette expression, il faut s’intéresser au mot « courant ». Ce terme vient du latin currere, qui signifie « courir » mais aussi, par extension, « couler ». Ce double sens (le mouvement rapide et le flux continu) est fondamental pour saisir l’évolution sémantique du mot.
Dès le XIIIe siècle, le mot « courant » en français désigne ce qui coule, ce qui s’écoule de manière continue, comme l’eau d’une rivière ou le cours du temps. C’est cette image du flux, du flot ininterrompu, qui va donner naissance à la locution « le courant des affaires ». Cette expression désignait, dans le langage commercial de l’Ancien Régime, les affaires ordinaires du quotidien, celles qui s’enchaînent de manière naturelle par opposition aux affaires extraordinaires ou exceptionnelles.
C’est à partir de cette locution que naît, vers la fin du XVIIIe siècle, l’expression « être au courant des affaires » : connaître le déroulement habituel des choses, savoir comment traiter les affaires courantes. Le qualificatif « des affaires » tombe progressivement, et l’expression se généralise : « être au courant » signifie alors simplement être informé, avoir connaissance de quelque chose.
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De là découlent naturellement « mettre au courant » (informer quelqu’un), « tenir au courant » (maintenir quelqu’un dans un état d’information continu) et « se tenir au courant » (veiller soi-même à rester informé, ou s’engager réciproquement à le faire).
La forme pronominale réciproque « on se tient au courant » s’est imposée dans l’usage courant comme formule de clôture de conversation, sans doute au fil du XIXe siècle, avec le développement des échanges épistolaires et commerciaux.
À noter que l’expression possède une variante populaire et familière : « se tenir au jus ». Cette formule argotique tire son nom d’un jeu de mots sur le mot « courant » : en argot, « jus » désigne le courant électrique (comme en anglais on dit « juice » pour l’électricité). Substituer « jus » à « courant » dans l’expression, c’est jouer sur ce double sens pour obtenir une tournure plus familière.
L’expression prend son essor au XIXe siècle. Elle connaît un déclin en popularité au XXe siècle avant de redevenir à la mode au cours de la dernière décennie :

Exemples d’usage de « on se tient au courant »
Son ami Eugène Reignier, le mentor de sa jeunesse, le tient au courant à chacune de ses lettres.
Pierre Assouline, L’Homme de l’art
Semaine après semaine la presse nous tient au courant de ses caprices, de ses affaires de cœur ou nous offre une nouvelle interprétation de sa personne.
Simone de Beauvoir, Claude Francis, Fernande Gontier, Les écrits de Simone de Beauvoir
— Faudra voir, répondit évasivement le Loup. — En tout cas, je suis preneur. On se tient au courant.
Henri Courtade, Loup, y es-tu?
M.N., naturellement, se tient au courant des publications littéraires. Il reçoit plein de livres, en se faisant passer, sous un autre nom, pour chroniqueur dans un magazine culturel.
Philippe Sollers, Une vie divine
Si cette expression vous a donné envie d’explorer d’autres formules de la vie quotidienne, je vous invite à découvrir l’origine de « passer un coup de fil », une expression que l’on utilise volontiers juste avant de promettre de se tenir au courant !