« À bon escient » : définition et origine de l'expression
Sommaire
J’ai longtemps utilisé l’expression « à bon escient » sans vraiment savoir d’où elle venait. Le mot « escient » n’est utilisé nulle part ailleurs dans la langue française. Pour comprendre son sens et ses racines, analysons ses origines latines. Bonne lecture !
Signification de « à bon escient »
L’expression « à bon escient » est une locution adverbiale qui signifie « avec discernement, de manière appropriée, en connaissance de cause ». On l’emploie pour décrire une action réfléchie, menée au bon moment et pour de bonnes raisons.
Agir « à bon escient », c’est donc faire preuve de jugement. Celui qui utilise son temps ou son argent à bon escient le fait avec sagesse, sans gaspillage. Cette expression implique une pleine conscience de ce que l’on fait.
Exemples :
- Il a choisi à bon escient de reporter la réunion.
- Utilisez votre budget à bon escient, chaque euro compte.
- Elle est intervenue à bon escient dans le débat.
Synonymes
- En connaissance de cause
- Avec discernement
- Judicieusement
- À propos
- Sciemment
- Avec sagesse
- Avec raiso
On notera que l’expression contraire, « à mauvais escient », existe aussi. Elle désigne le fait d’agir de manière inappropriée ou irréfléchie. Son usage reste cependant moins courant.
Origine de l’expression
Pour comprendre cette expression, il faut s’intéresser au mot « escient ». Il vient du latin sciens, scientem, participe présent du verbe scire qui signifie « savoir ». On retrouve cette racine dans des mots courants comme « science », « conscient » ou encore « sciemment ».
Au Moyen Âge, on disait « mon escient » ou « à mon escient » pour exprimer l’idée de « moi sachant », c’est-à-dire en pleine connaissance de cause. La première attestation remonte au XIe siècle, dans la Chanson de Roland :
Non, le Roi n’y perdra, à mon escient, ni palefroi, ni destrier,
La Chanson de Roland (Wikisource)
Ni mule, ni mulet qui chevauche,
Ni roussin, ni sommier.
Par la suite, la forme « à bon escient » apparait dès le XIIe siècle avec le sens que nous lui connaissons aujourd’hui.
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Un glissement de sens au XVIe siècle
Fait intéressant : entre le XVIe et le XVIIe siècle, l’expression a temporairement changé de sens. Chez Montaigne et Calvin, « à bon escient » signifiait « vraiment, véritablement, sans plaisanter ». Dans ses Essais, Montaigne écrit ainsi :
Il n’y a rien, en bon escient, en notre puissance que la volonté.
Montaigne, Essais, I, 30
Par la suite, l’expression est revenue à son sens premier : agir avec discernement et réflexion.
Orthographe et prononciation
Attention à deux pièges fréquents. D’abord, le mot « escient » est masculin. On écrit donc « à bon escient » et « à mauvais escient », jamais « à bonne escient » ni « à mauvaise escient ».
Ensuite, la prononciation mérite une remarque. La liaison entre « bon » et « escient » est obligatoire : on prononce [a bon-n-essian]. Le « t » final d’« escient » reste muet, comme dans « conscient » ou « patient ».
Usage de l’expression
L’expression apparaît dans sa forme définitive « à bon escient » à partir de la fin du XVIIIe siècle et est de plus en plus utilisée au fil du temps :

Exemples d’usage de « à bon escient »
Ainsi que l’on procédoit à cette élection, il tonna à bon escient.
Amyot, traduction de Plutarque
Ceux que l’abbé de Polignac avait engagés par là voulaient voir des espèces à bon escient.
Saint-Simon, Mémoires
Son ami le rassura et lui conseilla d’user de sa fortune à bon escient, de peur que le sort, jaloux, ne lui reprît ce qu’il lui avait donné.
Voltaire, Zadig ou la Destinée
Il faut choisir à bon escient celui qui nous guidera, car une mauvaise direction nous coûtera cher.
Alain, Propos sur l’éducation
Vous connaissez désormais le sens et l’origine de cette expression un peu particulière. Pour découvrir l’origine d’une autre expression, lisez notre article sur « à bon entendeur, salut ! ».