C'est le serpent qui se mord la queue : définition et origine de l’expression
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« C’est le serpent qui se mord la queue » est une expression imagée qu’on utilise fréquemment en français. Elle évoque une situation absurde, bloquée, où l’on tourne indéfiniment en rond sans jamais parvenir à une solution. Très employée dans le langage courant, cette formule puise pourtant ses racines dans un imaginaire ancien. Découvrez cette expression ci-dessous.
Définition de « C’est le serpent qui se mord la queue »
Définition : C’est un cercle vicieux, une succession de problèmes dont on ne voit pas la fin. C’est un problème sans solution, qui se répète à l’infini.
Autrement dit, on est confronté à un raisonnement ou à un enchaînement de faits qui revient constamment à son point de départ, sans possibilité de progression.
On utilise donc cette expression pour dénoncer une impasse. Notamment lorsqu’un problème ne peut être résolu parce que sa solution dépend précisément de ce problème. Par exemple, une entreprise refuse d’embaucher un candidat parce qu’il n’a pas d’expérience professionnelle.
Or, pour acquérir de l’expérience, ce candidat doit d’abord être embauché. C’est le serpent qui se mord la queue !
L’expression met en lumière l’absurdité d’un système qui se nourrit de ses propres contradictions.
Différence avec le cercle vicieux
Sur le plan rhétorique, elle est proche de la notion de cercle vicieux (Ensemble de causes et d’effets qui dégradent une situation). Toutefois, là où le « cercle vicieux » insiste sur l’aggravation progressive d’une situation négative, le serpent qui se mord la queue met davantage l’accent sur la répétition et l’absence de véritable avancée.
Expressions synonymes
- Un cercle vicieux
- Tourner en rond
- Une impasse
- Un raisonnement circulaire
- Un problème sans issue
- Être pris dans un engrenage insoluble
- Une situation inextricable
- Un paradoxe insoluble
Origine de l’expression
L’image du serpent qui se mord la queue est très ancienne et dépasse largement le cadre de la langue française. Elle renvoie à un symbole fondamental de nombreuses cultures : l’ouroboros. Ce terme, issu du grec ancien oura (queue) et boros (qui mange), désigne un serpent ou un dragon représenté en cercle, se dévorant lui-même.

L’ouroboros apparaît dès l’Antiquité, notamment dans l’Égypte ancienne, où il symbolise l’éternité, le cycle perpétuel de la vie et de la mort, ainsi que le renouvellement incessant du monde. On le retrouve également dans la tradition grecque, puis dans l’alchimie médiévale, où il incarne l’idée d’un processus fermé, autosuffisant, qui se consume et se régénère sans fin.
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On voit donc que l’image du serpent qui se mord la queue n’a pas nécessairement une connotation négative. Il représente au contraire l’unité du tout, l’infini et la continuité. Le début et la fin s’y confondent, abolissant toute notion de linéarité. Ce n’est que progressivement que cette image, en passant dans le langage courant, a pris une coloration plus critique ou ironique.
En France, l’expression « c’est le serpent qui se mord la queue » dans son sens actuel apparaît au début du XIXe siècle. L’usage ne cesse de progresser ensuite :

Exemples d’usage de l’expression
Une amulette grecque du me siècle, conservée au British Muséum, nous donne l’image qui peut le mieux illustrer cet infini le serpent qui se mord la queue, ou, comme Martinez Estrada dira bellement, « qui commence à la fin de sa queue ».
Jorge Luis Borges, Le Livre des êtres imaginaires
Le serpent qui se mord la queue finit par se dévorer tôt ou tard.
Salman Rushdie, Grimus
Si tout vient de moi, retourne à moi, s’anéantit avec moi, à quoi bon peindre, se démener? Le serpent qui se mord la queue et s’avale lui-même.
André Hardellet, Le seuil du jardin
Pour voir si j’en suis capable. Pour prouver que j’en suis capable. Prouver quoi à qui ? C’est le serpent qui se mord la queue, mais bon. D’accord. Pour me prouver à moi-même que j’en suis capable.
Colson Whitehead, Ballades pour John Henry
Pour prolonger votre lecture, j’attire votre attention sur une autre expression française : Prendre ses cliques et ses claques.