À bride abattue : définition et origine de l'expression
Sommaire
Il m’arrive parfois de foncer tête baissée dans un projet, sans prendre le temps de réfléchir. Je me lance à toute allure, porté par l’enthousiasme. C’est exactement ce que décrit l’expression « à bride abattue ». Cette locution, héritée du monde équestre, évoque une course effrénée. Découvrons ensemble sa signification et son origine.
Signification de l’expression « à bride abattue »
La locution adverbiale « à bride abattue » signifie à toute vitesse, sans retenue, avec une grande rapidité. On l’emploie pour décrire une action menée avec empressement, sans précaution ni hésitation.
Par extension, l’expression s’applique aussi à toute activité conduite de manière impétueuse. On peut parler, travailler ou se lancer dans un projet « à bride abattue ». Le sens dépasse donc le simple déplacement physique pour englober toute forme d’élan incontrôlé.
Synonymes de « à bride abattue » :
- À toute vitesse
- À fond de train
- À tombeau ouvert
- À toute allure
- Sur les chapeaux de roues
- Ventre à terre
- Rapidement
Origine de l’expression
L’expression « à bride abattue » puise son origine dans le vocabulaire de l’équitation. La bride désigne la pièce du harnais fixée à la tête du cheval. Elle est reliée aux rênes, qui permettent au cavalier de diriger et de freiner sa monture.
Lorsqu’un cavalier tire sur les rênes, il ralentit ou arrête le cheval. En revanche, quand il les relâche, c’est-à-dire quand il les « abat » vers le bas, l’animal retrouve toute sa liberté de mouvement. Il peut alors galoper sans aucune contrainte.
De « à bride avalée » à « à bride abattue »
Au XVIe siècle, on utilisait d’abord la forme « à bride avalée ». Le mot « avalée » signifiait alors « descendue, abaissée ». La bride relâchée pendait vers le bas, laissant le cheval libre de courir.
C’est au XVIIe siècle que la forme actuelle apparaît. La première occurrence connue se trouve dans une lettre de Madame de Sévigné, datée du 11 décembre 1664, adressée à Pomponne :
Enfin, nos ennemis ne gardent plus aucune mesure : ils vont à présent à bride abattue ; les menaces, les promesses, tout est en usage ; si nous avons Dieu pour nous, nous serons les plus forts.
Madame de Sévigné, Lettre à Pomponne, 11 décembre 1664
Progressivement, le sens figuré s’est imposé. La bride relâchée ne concernait plus seulement le cheval lancé au galop, ele désignait toute action menée sans retenue, avec précipitation. L’image reste toutefois très parlante : celui qui agit « à bride abattue » fonce comme un cheval libéré de ses rênes.
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Fréquence d’usage
L’analyse de la fréquence d’apparition de l’expression dans les textes publiés montre qu’elle a connu un premier pic de popularité à la fin du XVIIIe siècle. Elle est à nouveau très utilisée à la fin du XXe siècle :

Exemples d’usage de « à bride abattue »
Je vous écris à bride abattue ; aussi n’examinez pas mes lettres avec des yeux de lynx, car vous y trouveriez plus de fautes que de mots.
Voltaire, Correspondance
On envoya chercher un médecin à Rouen, et M. Bovary père en vint à se ronger les ongles. M. Canivet resta pensif, et il prescrivit de l’éther. Emma, au lieu de répondre, perdait connaissance. On lui jeta de l’eau au front ; elle reprit ses sens, puis elle s’emporta à bride abattue contre les bourgeois qui la soignaient.
Gustave Flaubert, Madame Bovary
Les cavaliers s’élancèrent à bride abattue sur la route poudreuse, faisant voler les cailloux sous les sabots de leurs montures.
Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires
Il avait filé à bride abattue vers la porte sans même se retourner, emporté par la panique.
Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit
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