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Être dans le coaltar : définition et origine de l’expression

S’il est une expérience universellement vécue, c’est celle des lundis matin, des lendemains de soirées difficiles ou des réveils de siestes (vous savez, celles qui durent quatre heures au lieu de vingt minutes) : notre cerveau est embrumé, notre perception de l’espace devient toute relative et il nous faut une bonne demi-heure pour nous tirer de la torpeur dans laquelle nous avait plongé le sommeil.

Si vous cherchez une expression pour décrire élégamment votre état, choisissez « être dans le coaltar » et expliquez à votre chef que, non, vous ne bâillez pas parce que la réunion ne vous intéresse pas, mais que vous êtes seulement « dans le coaltar ». N’hésitez pas à parcourir les autres articles de cette section dédiée aux expressions francophones ! Bonne lecture !

Définition de l’expression « être dans le coaltar »

L’expression « être dans le coaltar » est une locution verbale, appartenant plutôt au langage parlé qui, utilisée au sens figuré, signifie : être mal réveillé, en état de somnolence. Pour une fois, le terme clé de cette expression n’est pas tiré du latin, du grec ou d’un obscur ancien français, mais de la fusion de deux mots anglais. « Coaltar » désigne un « goudron minéral extrait de la houille utilisé pour prévenir la pourriture des bois » explique le TLFi. Le mot est formé des termes anglais « coal » (charbon) et « tar » (goudron).

Par ailleurs, le TLFi nous fait noter que le mot se prononce « koltar » et non « ko-al-tar » comme le précise par ailleurs le Littré : « C'est une faute de prononcer ko-al-tar, faute commise par ceux qui ne connaissent ce mot que par l'écriture; sur les côtes de Normandie où on le connaît par l'oreille, les marins prononcent régulièrement. »

Origine de l’expression « être dans le coaltar ».

Les anglicismes ont fait irruption dans notre langage bien plus tôt que ce que nous avons l’habitude de croire (vous pourrez en parler la prochaine fois avec votre grand-oncle pour lequel « décidément la jeunesse ne sait plus parler français »).

Il arrive que certaines langues étrangères soient plus aptes à traduire des réalités parfois difficilement exprimables dans notre propre langue. C’est le cas pour « coaltar » qui, déjà au XIXe siècle, faisait référence au goudron de houille dont on se servait pour alimenter les chaudières des locomotives. Dans le cas de cette expression, somme toute assez tardive dans son utilisation, la présence du mot « coaltar » interpelle puisque le terme lui-même est assez récent et semble ne pas exister en anglais. 

Le terme « coaltar » apparaît dans la langue française aux alentours de 1850. Il est alors utilisé exclusivement dans les domaines des sciences, de la médecine et de la mécanique. Mais l’expression naît directement, par analogie, de la consistance même de cette substance. En effet, l’état vaseux dans lequel on se trouve au sortir d’un sommeil trop profond est comparé à ce liquide épais, poisseux (rappelez-vous des personnages de Lucky Luke, recouverts de goudron et de plumes…) dont on a du mal à se dépêtrer. En outre, le coaltar était bien connu par les ouvriers du XIXe siècle pour être un produit dont les émanations toxiques font tourner la tête si l’on se trouve dans une pièce mal aérée. 

Enfin, il existe une expression quasiment équivalente dans la langue française pour désigner un état hagard (et si vous tenez à tout prix à éviter les anglicismes) : « être dans le cirage », qui fait appel à la couleur noire du cirage, mais aussi aux émanations du produit, semblables à celles du coaltar.

Pour aller plus loin : dans la série Kaamelott, le terme « coaltar » est utilisé par Perceval pour désigner un homme qui a trop bu : « Il a rien écouté du tout ! Il est dans le coaltar ! » (Arturi Inquisito, L. VI) Par analogie, le « coaltar » fait donc référence à un vin épais, ou encore, par extension, à une situation qui ne serait pas claire. 

Exemples d’usage de l’expression « être dans le coaltar »

Il se redresse vaguement, sur un coude. Je suis un peu dans le coaltar. Permettez que je reprenne mes esprits, trois secondes, il dit.

Tonino Benacquista, Trois carrés rouges sur fond noir, Gallimard

Dans la section E.O.R. il y avait un mathématicien. Vingt-neuf ans… Dans le coaltar perpétuel. Effaré… hagard, pédalant toute la journée dans ses équations.

Davidenko Dimitri, Chouf ! Ils ont laissé leurs 20 ans en Algérie. Aujourd'hui, ils parlent, 1979

Sur l'instant, je ne peux pas m'empêcher de l'admirer. Nous sommes plongés dans le coaltar le plus épais, et il est là à se tordre comme une baleine.

Robin Cook, Crème anglaise

C’était le cirque à la maison, les enfants faisaient ce qu’ils voulaient. Avec son petit frère, ils se battaient et ils se mordaient comme des chiots. Comme on était tout le temps dans le coaltar, on pouvait pas les en empêcher.

Daniel Rousseau et ‎Céline Raphaël, Le Pouvoir des bébés : Comment votre enfant se connecte à vous, Max Milo, 2013

Mais parce que je n'avais rien compris à ce qu'il disait il était à moitié dans le coaltar, l'estropié, s'est énervée Suzie, en se rencognant contre la vitre. Tu me déçois, Aimé, tu me déçois tellement.

François Chrétien, L'infortune des Lavertue

N'hésitez pas à compléter cet article si nécessaire et à ajouter vos réflexions sur cette expression française en commentaire.

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Commentaires

Bonjour
Pas de commentaire pour le moment,juste un merci!
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La langue française Bienfaiteur
Merci à vous !
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