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Mettre sur un piédestal : définition et origine de l'expression

Idéaliser, idolâtrer, vénérer, aduler, encenser… Les synonymes ne manquent pas lorsqu’il s’agit de se lancer dans l’explication de l'expression « mettre sur un piédestal » dont le sens est plutôt limpide – lorsque l’on sait ce qu’est un piédestal.

Car enfin, c’est une noble initiative que d’ériger la statue d’une personnalité sur un piédestal afin de saluer ses hauts faits accomplis par le passé (et d’autant plus pertinent de le rappeler à l’heure où l’on déboulonne Napoléon, Saint-Michel ou Christophe Colomb), mais il n’en est pas de même lorsqu’il s’agit de la consécration prématurée d’une personne encore vivante. En effet, la démonstration d’une admiration exagérée peut virer au ridicule ou à l’aveuglement, comme le souligne l’expression « mettre sur un piédestal ». On vous explique tout dans cet article. Bonne lecture !

Définition de l’expression « mettre sur un piédestal »

Le terme « piédestal » est utilisé au sens figuré pour désigner « l’action ou la situation qui donne du prestige à quelqu’un, qui le propose à l’admiration », explique le Cnrtl (exemple : « Le noble lord, tranquillement installé sur le piédestal du pouvoir », Maurois, Disraëli, 1927). Dans le cadre de la locution verbale « mettre sur un piédestal » - qui s’utilise aussi avec les verbes suivants : placer, dresser, établir quelqu’un sur un piédestal – le terme conserve le même sens et signifie donc vouer à quelqu’un une grande admiration.

L’expression revêt parfois une connotation péjorative. Elle souligne alors la tendance d’une personne à estimer quelqu’un de façon démesurée, au point d’en oublier ses tares et défauts, de lui pardonner tous ses écarts, d’oublier ses faiblesses et de l’ériger en tant que héros, demi-dieux, sacro-saint, etc.

C’est bien pour cela qu’à l’inverse, on dira « descendre quelqu’un de son piédestal » ou tout simplement « choir, tomber de son piédestal », lorsque la réalité rattrape le fantasme et que la personne perd du coup le prestige qu’on lui avait alloué (exemple : « Il m'arrivait (...) de faire trébucher de son piédestal, d'un trait méchant, quelqu'une de ses idoles aristocratiques », Gracq, Syrtes, 1951).

Ce qu’on appelle les « tue l’amour » font par exemple partie de ces petits détails qui permettent au cerveau embrumé par les relents du sentiment et de la passion, de réaliser la véritable nature de l’être qui se tient devant soi. Avertissement : le choc peut être violent. Exemple : il s’appelle Hadrien, possède un port de tête digne des César, joue la 7e de Beethoven les yeux fermés et cuisine les meilleures bouillabaisses du monde – à ce stade, vous lui vendriez votre grand-mère sans broncher –, mais vous découvrez qu’il est incapable d’accorder un participe passé ou de conjuguer un verbe au subjonctif imparfait (temps dont il ne semble d’ailleurs pas soupçonner l’existence). Au suivant !

Enfin, avec le temps, le verbe piédestaliser a vu le jour, apprend-on grâce au Cnrtl. Exemple : « Le prince Dolgoroukow a fait un livre énergique contre Louis Bonaparte. Il m'y piédestalise », Victor Hugo, Correspondances, 1865.

Origine de l’expression « mettre sur un piédestal »

Le terme piédestal est apparu au XVIe siècle. Il nous vient de l’italien « pidestallo » (composé de « piede », pied et « stallo », support). Le Cnrtl le définit comme le « support isolé d’une statue, d’une colonne, d’un élément décoratif ». Ainsi, le plus probable serait que l’expression soit née d’une comparaison faite entre la statue, érigée sur son support, sur la place publique, afin que sa figure soit admirée par tous, et une personne que l’on consacrerait ainsi de son vivant.

Selon le Trésor de la Langue Française informatisé, l’expression « mettre sur un piédestal » a été utilisée pour la première fois dans le domaine de la littérature par Madame de Staël (Germaine de Staël-Holstein), en 1784, dans ses Lettres de jeunesse.

Pour aller plus loin : ce que l’on pourrait alors appeler le « syndrome du piédestal », est aussi un topos récurrent dans la littérature, notamment lorsqu’il s’agit de dépeindre une passion démesurée ou des sentiments extraordinaires. Nous en avons l’illustration, par exemple, avec l’amour que porte Phèdre à son beau-fils Hippolyte dans la pièce éponyme de Racine (première représentation en 1677). L’héroïne de Racine est tant aliénée par la passion qu’elle en vient à déshumaniser Hippolyte en lui accordant un statut quasi-divin : 

Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
De victimes moi-même à toute heure entourée,
Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
D’un incurable amour remèdes impuissants !
En vain sur les autels ma main brûlait l’encens :
Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
J’adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
Même au pied des autels que je faisais fumer.
J’offrais tout à ce dieu, que je n’osais nommer.

Racine, Phèdre, Acte I, Scène 3

Exemples d’usage de l’expression « mettre sur un piédestal »

WILHELMINE Je n'aime pas que tu partes. J'ai peur de ne plus te reconnaître.
KLEIST Ne serais-tu plus vouée à la perfection ?
WILHELMINE Je n'aime pas non plus que tu me mettes sur un piédestal...

Jean Grosjean, Kleist, 1985

Car, enfin, une femme qui trompe aussi facilement son mari, tu aurais pu te passer de la mettre sur un piédestal. Elle ne l'aimait pas, elle m'aimait, s'écria Richard. Mon pauvre garçon, soupira le docteur, ne recommence pas à confondre les mots et la vérité.

Joseph Kessel, La Fontaine Médicis

Pis, je me suis laissé mettre sur un piédestal par cet individu qui a pris plaisir à se rouler à mes genoux.

Caroline Lamarche, L'Ours

Une vieille femme toute petite apporta un breuvage dans un bol et le plaça sur un piédestal près du fauteuil. Puis les trois servantes attendirent, tandis que le soleil qui baissait annonçait le soir.

William Golding, Le Dieu Scorpion

Vous êtes dans mon âme comme une madone sur un piédestal, à une place haute, solide et immaculée.

Gustave Flaubert, Madame Bovary

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