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Honni soit qui mal y pense : définition et origine de l'expression

Expression très peu utilisée de nos jours, « Honni soit qui mal y pense » est pourtant une formule très ancienne. Il est en effet très rare d’entendre cette expression dans le langage courant. Elle convient malgré tout parfaitement aux personnes cherchant une répartie adroite pour mettre fin aux idées reçues.

Cette expression du XVIe siècle vient du plus ancien et du plus important ordre de chevalerie britannique, l’Ordre de la Jarretière, dont la devise est « Honi soit mal qui mal y pense », orthographié avec un seul « n », sur l’emblème symbolique de l’Ordre.

Que signifie cette expression ? Quand et comment est-elle apparue ? Nous vous livrons toutes les explications dans l’article ci-dessous. Bonne lecture !

Définition de l'expression « Honni soit qui mal y pense »


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« Honni » est l’adjectif du verbe honnir dont la définition est la suivante d’après Le Petit Robert : « Dénoncer, vouer à la détestation et au mépris publics de façon à couvrir de honte. »

L’expression « Honni soit qui mal y pense » s’emploie pour attirer l’attention sur le fait que quelque chose a été dit ou fait sans intention malveillante ou moqueuse. Dans un langage plus moderne, on dira donc : « Honte à celui qui trouve à redire » ou « Honte à celui qui y voit du mal. »

Aujourd’hui, cette expression est utilisée de façon ironique, afin de prévenir les critiques de ceux qui suspecteraient l'honnêteté de propos tenus ou d’actes accomplis sans aucune arrière-pensée, qui y verraient de mauvaises intentions.

Origine de l'expression « Honni soit qui mal y pense »

Pour trouver l’origine de cette expression, il faut remonter au XIVe siècle. L’expression « Honni soit qui mal y pense » est à l’origine la devise de l’Ordre de la Jarretière, en Angleterre, le plus élevé des ordres de la chevalerie britannique, fondé par le roi Edouard III d’Angleterre, le jour de la saint Georges, en 1348. Le mot « Jarretière », apparu au XIVe siècle, est dérivé du mot  gaulois garra, qui signifie jambe.

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La légende raconte que la comtesse Elisabeth de Salisburry (connue également sous le nom de Jeanne de Kent) laissa tomber sa jarretière au cours d’un bal de la cour à Calais. Devant les moqueries et les plaisanteries des courtisans, le roi Edouard III la ramassa et la noua à sa jambe en s’écriant : « Messieurs, Honni soit qui mal y pense ! Tel qui s'en rit aujourd'hui s'honorera de la porter demain, car ce ruban sera mis en tel honneur que les railleurs le chercheront avec empressement ».

Il fit donc une promesse à la comtesse : faire de ce ruban bleu « un insigne prestigieux et très désiré, que les courtisans les plus fiers ou ambitieux s’estimeraient plus qu’heureux de porter. » (Georges Planelles, 1001 expressions préférées des français)

L’expression « Honi soit qui mal y pense » (Honi est orthographié avec un seul « n » à l’époque, contrairement au français moderne) est ainsi devenue la devise de l’ordre de la Jarretière, inscrite sur l’insigne, sur lequel figure une jarretière bleue.

Emblème de l'ordre au château de Windsor.

Reconnu aujourd’hui comme le plus grand honneur du Royaume-Uni, cet ordre de chevalerie est le plus ancien et existe encore au XXIe siècle, comptant vingt-quatre chevaliers, en complément de la Reine et du prince de Galles, « souverain de la Jarretière ». « Chevaliers compagnons » et « dames compagnons » de l’ordre sont nommés par la reine et apparaissent à un rang plus élevé que celui des autres chevaliers et baronnets. 

Pour aller plus loin : Henriette Walter, linguistique française, a publié le livre « Honi soit qui mal y pense, L'incroyable histoire d'amour entre le français et l'anglais » dans lequel elle s'intéresse particulièrement aux emprunts que les langues se font les unes aux autres, notamment les mots de vocabulaire anglais provenant du français ou du latin. « Une véritable histoire d’amour qui a commencé il y a plusieurs siècles… »

Exemples d'usage de l'expression « Honni soit qui mal y pense »

Quant à Saint-Mars, jadis (honni soit qui mal y pense) Saint Merd, c’est Sant-Médradus, qui est tantôt Saint-Médard, Saint-Mard, Saint-Marc, Conq-Mars et jusqu’à Danimas.

Marcel Proust, À la recherche du temps perdu

Il ne prit ni cocher, ni groom, ni gouvernante,
Mais (honni soit qui mal y pense !) une servante.

Alfred de Musset, Premières poésies

Elle entonna ce refrain à plein voix, la matoise, droite sur ses hanches hardies, le rose aux jouets, le sourire à la biuche, l’étincelle aux yeux. Mon père battit la mesure des pieds et des mains ; l’abbé Raffroy, honni soit qui mal y pense, accompagna en faux-bourdon, et quand l’oncle Bélébon rentra, il trouva la réunion entière chantant de tout son cœur (…).

Paul Féval, Barricades

Elle se vit ensuite s’asseyant pour la première fois sur les soyeux coussins de l’équipage conjugal. Elle était lady, elle était Comtesse. La fameuse devise : Honni soit qui mal y pense ! courait autour de son écusson ; elle avait des égales et point de supérieures.

Paul Féval, Les mystères de Londres

Une pareille recherche est sans doute scabreuse et pourrait prêter à rire aux malins; mais honni soit qui mal y pense ! Toute vérité est bonne à découvrir.

Brillat Savarin, Physiologie du goût

Ma respectable aïeule m’a conté que toutes les grandes dames de son temps n’allaient à l’Opéra 14 que pour le ballet. Elles ne refusaient aucun encouragement à MM. les danseurs. Notre tour est venu ; c’est nous qui protégeons les danseuses : honni soit qui mal y pense !

Edmond About, Le nez d’un notaire

N’hésitez pas à parcourir les autres articles de cette section dédiée aux expressions francophones

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Natacha Lovato

Natacha Lovato rédige pour La langue française des articles autour de la linguistique, la littérature et les expressions. Passionnée par la langue française, elle s'est aujourd'hui spécialisée dans la communication écrite afin de transmettre ses connaissances. Elle est aussi gérante d'un organisme de formation dédié à la communication écrite, et accompagne les adultes pour des remises à niveaux en français afin de perfectionner leurs écrits professionnels.

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Commentaires

adion

Vous écrivez : « Cette expression du XVIe siècle » ; correct : XIVe siècle

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