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À la bonne heure : définition et origine de l'expression

On a tous cet ami qui n’est jamais, mais alors vraiment jamais capable d’arriver à l’heure. Le même qui vous assure que, oui, oui, il est bien en chemin alors qu’il est encore en train de se chercher sa paire de chaussettes au fond du placard. Alors, forcément, le jour où il est ponctuel, vous êtes en droit de vous exclamer : « À la bonne heure ! » – au risque de passer pour un gros lourd, on ne vous le cache pas.

Mais vous n’auriez pas tort, car en plus de souligner qu’il est effectivement arrivé au bon moment, vous partagez votre assentiment et votre joie. Nous vous expliquons dans cet article l’origine de cette expression encore bien utilisée aujourd’hui. Bonne lecture !

Définition de l’expression « à la bonne heure »

L’expression « à la bonne heure » est une locution interjective. Généralement placée en début de phrase, elle est souvent utilisée pour marquer l’approbation ou le contentement. Mais, selon le contexte, le ton de la phrase ou l’intention du locuteur, son sens peut en être légèrement modifié. Ainsi, il arrive que l’expression porte la marque de l’ironie (exemple : « De la politique maintenant ! À la bonne heure ! », Victorien Sardou, Rabagas, 1872).

Enfin, une acception quelque peu désuète de l’expression traduit parfois la concession (exemple : « À la bonne heure que l'on dise, que l'on soutienne, même rigoureusement, que depuis le dernier terme, depuis la fin des ouvrages de Dieu, c'est-à-dire, depuis la création de l'homme, il ne s'est écoulé que six ou huit mille ans, parce que les différentes généalogies du genre humain depuis Adam n'en indiquent pas davantage », Georges-Louis Leclerc de Buffon, Des époques de la Nature, Œuvres, 2007).

Attention à ne pas confondre cette expression avec la locution adverbiale « à la bonne heure » qui est à prendre au sens littéral de ce qui arrive à propos, au moment opportun, au bon moment – même si la première découle de la seconde (exemple : « Vous arrivez à la bonne heure, seigneurs, pour châtier ce vilain traître », Albert Camus, La Dévotion à la croix, 1953).

Origine de l’expression « à la bonne heure »

L’expression « à la bonne heure » n’a pas toujours servi à exprimer l’assentiment. Son sens a évolué au cours des siècles. S’il n’est pas possible de fixer une date exacte de l’apparition de cette expression, il semble néanmoins que son utilisation remonte au XIVe siècle sous la forme simplifiée de « à bonne heure ». Cette forme place la notion temporelle avant tout ; si bien qu’il faut comprendre qu’il est bon et satisfaisant qu’une chose arrive au moment attendu

Par la suite, et au fil du temps et de l’usage, la forme actuelle « à la bonne heure » s’installe et, au XVIe siècle, on laisse de côté l’idée de ponctualité pour véhiculer un sens plus général : celui du moment propice. Ainsi, on dira par opposition « à la male heure », expression aujourd’hui disparue. Enfin, c’est entre les XVe et XVIIIe siècle que l’expression adopte définitivement le sens qu’elle a aujourd’hui et devient un moyen d’exprimer le contentement et l'approbation.

Pour aller plus loin : la ressemblance entre l’expression « bonne heure » et le terme français « bonheur » pourrait laisser penser que l’un a donné naissance à l’autre par contraction. Il semble que les termes « heure » et « heur » (dont sont composés les mots bonheur et malheur) puisent leur origine dans des racines différentes (heure, du latin hora ; heur, du latin augura) mais se sont croisés au fil du temps, puisqu’en ancien français, ces deux termes deviennent des homonymes sous les formes « eur » ou « eure ».

Voici ce qu’en dit l’Académie française :

Les noms bonheur et malheur sont composés à l’aide d’heur, lui-même issu du latin augurium, « présage favorable ». À l’origine, et conformément à l’étymologie, heur s’écrivait sans h et se rencontrait sous les formes öur, eür ou eur. Ce nom signifiait « sort, fatalité, destin ». À partir du XIVème siècle, la graphie heur est apparue, sans doute par analogie avec le mot heure. Cette dernière forme est le fruit d’une réfection savante : le latin hora a en effet évolué en or(e), forme que l’on retrouve dans les adverbes encore et lors et la conjonction de coordination or. Cette modification graphique était liée à l’homonymie des deux termes, mais aussi au fait que l’on voyait de l’un à l’autre un rapport de cause à effet, l’heure de naissance étant censée influer sur la destinée et donc sur le bonheur ou le malheur des individus. Cette croyance, ajoutée au fait qu’au Moyen Âge l’orthographe était mal fixée, explique que l’on trouve, surtout dans les composés, une grande variété de formes avec ou sans h.

Académie française

Exemples d’usage de l’expression « à la bonne heure »

Si tu avais senti quelque inclination pour elle, à la bonne heure : je te l'aurais fait épouser, au lieu de moi.

Molière, L'Avare, 1668

À la bonne heure ! aimablement, je réponds au commandant en chef.

Charles De Gaulle, Mémoires de guerre, 1959

À la bonne heure ! s’écria Coconnas, et voilà qui est parler ; vous avez raison, Monsieur, la parole d’un gentilhomme vaut de l’or.

Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845

Et comme c’est bon ce qu’on mange ! Purée Crécy, côtelettes Soubise, sauce Montmorency. À la bonne heure ! Voilà comment on apprend l’histoire !

Jules Vallès, L’Enfant, 1889

Tout cela ne te fut pas arrivé sans Bonaparte, dit Falcoz avec des yeux brillants de courroux et de regrets. À la bonne heure, mais pourquoi n'a-t-il pas pu se tenir en place ce Bonaparte ?

Stendhal, Le Rouge et le Noir, 1830

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