La langue française

Accueil > Expressions francophones > La bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe : définition et origine de l’expression

La bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe : définition et origine de l’expression

Sommaire

  • Définition de l’expression « La bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe »
  • Origine de l’expression « La bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe »
  • Exemples d’usage de l’expression « La bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe »

Avouons-le, nous avons tous prononcé cette phrase dans notre enfance, tête haute, lorsque notre fierté était mise à l’épreuve par l’insulte cinglante d’un camarade de classe en cours de récréation : « la bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe ». Découvrez ici les origines de cette expression si utile à nos premières altercations inamicales. N’hésitez pas à parcourir les autres articles de cette section dédiée aux expressions francophones ! Bonne lecture !

Définition de l’expression « La bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe »

Comprendre cette expression ne demande pas d’être un expert en linguistique ou en ancien français. Elle ressemble presque à une morale qui clôturerait une fable de La Fontaine et fait partie de la longue liste des idiotismes tirés du lexique animalier français.

Dans cette locution-phrase, les deux animaux véhiculent une symbolique : le crapaud représente une personne basse et mauvaise tandis que la colombe est le symbole de la pureté, de la légèreté et de la paix. Ces termes, mis en relation, veulent donc signifier que les propos d’une personne méprisable ne peuvent avoir aucune conséquence sur la personne qui les reçoit puisqu’elle n’a rien à se reprocher

En répondant ainsi, la personne accusée et pointée du doigt renvoie l’insulte à son envoyeur et se dédouane de toute responsabilité. En d’autres termes, même la plus terrible calomnie ne peut pas atteindre une réputation sans tâche.

Origine de l’expression « La bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe »

Cette expression n’a pas de date d’origine précise, mais on date l’apparition de la métaphore « bave du crapaud » pour désigner une personne médisante à 1840. Néanmoins, le parallélisme établi entre le crapaud et la colombe semble assez récent et découle sûrement d’une évolution naturelle et populaire du langage. La « bave du crapaud » a, dès le départ, été associée à un élément négatif qui salit et, en plus de ça, la bave de cet animal est considérée comme toxique et venimeuse.

De manière générale, certains animaux en prennent plus pour leur grade que d'autres, et, dans le règne animal, le crapaud a mauvaise presse. Petit, visqueux, le corps couvert de pustules et fort disgracieux, ce dernier a été associé depuis l’Antiquité au monde souterrain. Au fil du temps, il sera de plus en plus diabolisé, lié d’une part à la sorcellerie mais aussi à Satan. Bref, il n’est pas besoin de creuser davantage pour se rendre compte qu’il n’est guère flatteur de se faire traiter de crapaud. 

Et il n’est d’ailleurs pas rare que le terme de crapaud, dans la littérature, soit utilisé pour qualifier de manière péjorative un personnage, laid, repoussant ou malhonnête. Par exemple :

C'était une espèce de crapaud méchant. Il était détesté.

Cendrars, Les Confessions de Dan Yack, 1929, p. 228

La colombe, quant à elle, a toujours été symbole de pureté, de paix et de supériorité. On la voit dans la mythologie, tout d’abord, où cet oiseau est associé à la déesse romaine Vénus, puis dans les écrits sacrés, notamment chrétiens, où le Saint Esprit est représenté sous forme de colombe. D’autant plus que l’expression ici accentue la pureté de l’animal en soulignant sa blancheur

Dans le lexique littéraire, la colombe est associée à la figure de la jeune fille, à l’affection, à la douceur et à l’intégrité :

Ces colombes qui dans l'Écriture sont le symbole de l'innocence et de la candeur. 

Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 4, 1848, p. 484

En guise de conclusion, nous pouvons dire que la bave de cet animal petit et repoussant, ne peut atteindre, d’un simple point de vue pratique, l’animal céleste qu’est la colombe. Cette hiérarchie accentue la volonté de montrer que la personne visée par les mauvaises paroles se tient en réalité au-dessus de tout ça. 

Pour aller plus loin : le crapaud a souvent été repris dans le domaine des métaphores pour illustrer des traits de caractère ou des actions. En voici une courte liste (ne vous en servez pas pour insulter à tout-va, nous prônons ici la courtoisie) : 

  • Sauter comme un crapaud : sauter de manière lourde
  • Avoir une voix de crapaud : avoir une voix très peu agréable à entendre

Il existe aussi une variante :

  • Avaler un crapaud : subir un mauvais sort sans se plaindre

Exemples d’usage de l’expression « La bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe »

Mon très cher Monsieur William, la bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe que je suis. Il est fort regrettable que vous puissiez penser d’aussi vilaines choses sur mon chéri.

Henri Nausam, Ma rencontre avec le diable, 2008

Je ne suis pas certain de comprendre pourquoi il m’invective. À sa façon de me fixer, on dirait qu’il me cherche. Que c’est personnel. Peu importe ses intentions, on dit que la bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe. Je ne suis pas blanche colombe, mais fort heureusement, la bave du crapaud n’atteint pas non plus les pigeons ternes.

Frédéric Ernotte, Ne sautez pas !, 2020

Dans un interstice j'ai glissé « La bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe. » C'était digne. Papa n'apprécia pas ma répartie et me gifla sur la figure.

Henri Calet, La belle lurette

S'inscrire à notre lettre d'information

Inscrivez-vous à notre lettre d'information pour recevoir tous les nouveaux articles de lalanguefrancaise.com, gratuitement. Vous pouvez vous désabonner à tout moment.


Laisser un commentaire

Vous devez vous connecter pour écrire un commentaire.

Se connecter S'inscrire
Partager