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Mettre au parfum : définition et origine de l'expression

Dès que quelqu’un glisse un « Je vais te mettre au parfum », j’entends la voix éraillée de Lino Ventura. Pourtant, derrière cette tournure familière se cache une histoire linguistique étonnante. Elle nous mène de l’argot des truands aux romans noirs, en passant par une affaire d’État.

Dans cet article, je vous propose de découvrir la définition et l’origine de l’expression « mettre au parfum ». Bonne découverte !

Définition de l’expression « mettre au parfum »

L’expression « mettre au parfum » signifie informer quelqu’un, le mettre au courant, lui livrer les détails utiles d’une affaire. On l’emploie souvent pour évoquer la transmission d’une information confidentielle ou réservée à un cercle restreint.

On la rencontre sous plusieurs formes voisines, toutes construites sur le même socle :

  • « Mettre quelqu’un au parfum » : action de renseigner, d’expliquer la situation, la plus courante ;
  • « Être au parfum » : être au courant, avoir connaissance de l’affaire ;
  • « Tenir au parfum » : maintenir quelqu’un informé au fil du temps.

L’expression appartient au registre familier, voire argotique. On la trouve souvent dans les polars à l’ancienne.

Synonymes de « mettre au parfum »

  • mettre au courant
  • mettre dans la confidence
  • mettre dans le secret
  • mettre au jus (familier)
  • briefer (anglicisme)
  • tuyauter (familier)

Origine de l’expression

Le Dictionnaire de l’Académie française indique qu’il s’agit d’une « expression figurée empruntée de l’argot du XXe siècle ». Plus précisément, elle vient du vocabulaire des truands et des polars d’après-guerre.

Une attestation chez Auguste Le Breton

Selon le Trésor de la langue française (TLFi), les premières attestations écrites remontent aux années 1950. On les doit à Auguste Le Breton, figure majeure du roman noir français. On trouve la première occurence en 1953, dans Du rififi chez les hommes. Puis, dans Razzia sur la chnouf (1954)

Le verbe « parfumer » au sens de « renseigner » est lui aussi attesté chez Le Breton. Le dictionnaire d’argot Bob donne pour exemple, dans Du rififi chez les femmes (1957) :

À présent le Marquis était rencardé. Elle l’avait parfumé dans un langage hermétique.

Auguste Le Breton, Du rififi chez les femmes

Pourquoi le « parfum » ?

Dans la langue commune, le « parfum » est ce qui s’exhale, ce qui se hume, ce qui parvient au nez. Il flotte dans l’air avant que la chose ne se dévoile. Par métaphore, l’argot a transformé cette odeur en information confidentielle. Mettre quelqu’un au parfum, c’est lui donner accès à cette « odeur » d’une affaire et lui permettre de flairer ce qu’il faut savoir.

L’image fait écho à d’autres expressions françaises où l’odorat sert de métaphore à la connaissance. On dit ainsi « avoir du nez », « flairer un bon coup » ou « sentir le coup venir ».

Une popularité scellée par l’affaire Ben Barka

L’expression est née dans les pages des romans noirs. Toutefois, c’est un événement historique qui l’a imposée dans l’usage courant. En 1965, l’opposant marocain Mehdi Ben Barka disparaît à Paris. L’enquête met en lumière les liens troubles entre la police, les services secrets et certains proches du pouvoir.

Au cours du procès qui suit, plusieurs protagonistes affirment que tel ou tel responsable « était au parfum ». La presse reprend alors la formule, qui sort des cercles argotiques pour gagner le grand public.

C’est un trajet classique pour les expressions argotiques. Nées dans les marges, elles sont popularisées par la littérature, le cinéma ou la presse.

L’usage de l’expression croît donc avec le temps :

mettre au parfum usage
Fréquence d’usage de « mettre au parfum » (et variantes) depuis 1900. Source : Google Ngram / Gallicagram

Exemples d’usage de « mettre au parfum »

La gueule qu’ils auraient fait [ses camarades de la S.N.C.F.] s’ils avaient été au parfum [de son trafic clandestin]… Eux qui le prenaient pour une truffe.

Auguste Le Breton, Razzia sur la chnouf

J’ai trente sacs à mettre sur Espoir du Logis III dans la troisième. On m’a mis au parfum

Albert Simonin, Le Petit Simonin illustré

Tu es en train de mitonner une carambouille ? me demandait le vieux cancre sur un ton envieux. Tu nous mets au parfum ? — Et vous alors, qu’est-ce que vous trafiquez à Lyndinas ?

Jean-Philippe Jaworski, Le chevalier aux épines

Joe l’avait mis au parfum. « On va juste garder le coin au chaud jusqu’à l’arrivée des autorités compétentes. On a quoi sur le feu ? Une tonne de paperasse et la sale migraine qui va avec ? T’es vraiment pressé de te coltiner tout ça ? »

Nick Stone, Voodoo Land

Cette plongée dans l’argot des années 1950 vous a plu ? Découvrez l’origine d’une autre expression populaire aux accents funèbres : ça sent le sapin.

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Nicolas Le Roux

Nicolas Le Roux

Nicolas est le fondateur du site. Diplômé de Sciences Po Paris en 2014, il est passionné par les langues et la littérature. Il a rédigé plusieurs centaines d'articles sur les difficultés de l'orthographe française depuis 2015. Il rédige également des guides de grammaire, des articles sur les expressions francophones ainsi que des critiques littéraires.

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