Ça fait un bail : définition et origine de l'expression
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Vous croisez par hasard un ami dans la rue. Vous ne l’avez pas vu depuis dix ans. Tout naturellement, vous lui lancez : « Tiens, ça fait un bail ! ». Cette expression familière est dans toutes les bouches. Pourtant, peu de gens savent ce que ce mystérieux « bail » vient faire dans cette histoire. Je vous raconte son origine et son usage.
Définition de l’expression « ça fait un bail »
L’expression « ça fait un bail » est une locution familière qui signifie « cela fait très longtemps ». On l’emploie pour souligner qu’un événement ou une situation remonte à une période lointaine. Elle peut désigner le temps écoulé depuis la dernière rencontre avec quelqu’un. Mais elle s’applique aussi à une habitude perdue ou à une absence prolongée.
On la rencontre dans des phrases comme :
- Ça fait un bail qu’on ne s’est pas vus !
- Ça fait un bail que je n’ai pas mis les pieds dans cette ville.
- Il habite Paris depuis un bail.
Synonymes de « ça fait un bail » :
- Ça fait belle lurette
- Ça fait des lustres
- Ça fait une éternité
- Cela fait longtemps
- Voilà un bon moment
- Il y a une paye (familier)
À noter que l’expression appartient au registre familier. Par conséquent, on l’évite à l’écrit soigné ainsi que dans les contextes professionnels formels.
Origine de l’expression
L’expression repose sur le sens juridique du mot « bail ». Le bail désigne un contrat par lequel le bailleur cède au preneur la jouissance d’un bien, pour un temps déterminé et en échange d’un loyer. Sa logique tient en une phrase. Si « ça fait un bail », c’est que le temps écoulé est aussi long qu’un contrat de location.
Étymologie du mot « bail »
Le mot bail dérive du verbe « bailler », qui signifiait autrefois « donner, livrer, remettre ». Selon le CNRTL, le mot apparaît vers 1150 dans le Roman de Thèbes au sens de « gestion, administration ». On y lit notamment : « Prenez mon regne tot en bail ». Vers 1250, le mot prend le sens de « garde, tutelle ». Ce n’est qu’en 1264 qu’il entre dans le vocabulaire juridique pour désigner le contrat de location que nous connaissons aujourd’hui.
Le bail, un contrat de longue durée
Si « ça fait un bail » suggère une longue période, c’est parce qu’historiquement, les baux étaient conclus pour de nombreuses années. Le bail à ferme, qui régit la location d’une exploitation agricole, dure traditionnellement neuf ans en France. Le bail commercial, encore appelé « bail 3-6-9 », suit la même durée. Il s’étend sur neuf années avec une possibilité de résiliation tous les trois ans. Quant au bail emphytéotique, hérité de l’Antiquité, il peut courir jusqu’à 99 ans.
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Conclure un bail, c’est donc s’engager pour le long terme. Au fil du temps, le mot a fini par évoquer, par métonymie, l’idée même de durée prolongée. De là est née l’expression « ça fait un bail. »
À noter qu’on dit aussi « depuis un bail ». Par exemple : « Il enseigne dans cette école depuis un bail. »
Usage de « ça fait un bail »
L’expression est apparue dans les années 1940. Elle ne cesse de croître en popularité depuis :

Exemples d’utilisation de « ça fait un bail » en littérature
Y a pas d’aumône dans ce camp. C’est interdit. Donc, maintenant, vous allez filer faire des courses et vous me rapporterez la note. — Mais si on peut jamais vous rendre ? demanda timidement Mme Joyce. Ça fait un bail qu’on a plus travaillé.
John Steinbeck, Les raisins de la colère
— Comment tu vas ?
Léo Fourrier, Un incident mineur
— Super et toi ? Ça fait un bail !
— Oui ! Je ne pensais pas te croiser ici.
Pendant des années, il a été dans des histoires de spectacle, il représentait des acteurs dans tout le pays. Ça fait un bail, tout ça.
Hernán Ronsino, Lueurs de la pampa
Osewoudt monta alors les marches deux à deux. Jésus ! ça fait un bail qu’on ne s’est vus. Osewoudt tenta de rire, mais sans y parvenir. Oui, Henri, ça fait un bail.
Willem Frederik Hermans, La chambre noire de Damoclès
Pour prolonger votre lecture, je vous invite à découvrir l’expression « se la couler douce. »