Ainsi va la vie : définition et origine de l'expression
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Vous venez de rater votre train, votre parapluie s’est retourné sous l’averse et votre téléphone affiche 2 % de batterie. Un collègue vous regarde, hausse les épaules et lâche : « Ainsi va la vie. » Quatre mots suffisent à résumer ce que chacun éprouve face aux caprices du quotidien. Cette expression fait partie de ces formules que l’on prononce sans en mesurer la profondeur. Découvrons son histoire.
Définition de l’expression « ainsi va la vie »
L’expression « ainsi va la vie » signifie que les événements suivent leur cours, qu’on le veuille ou non. Elle traduit un constat lucide sur la nature changeante de l’existence. Les bonheurs succèdent aux épreuves, les rencontres aux séparations, les réussites aux échecs.
On l’emploie pour accepter une situation sur laquelle on n’a pas de prise. Selon le contexte, la formule oscille entre résignation douce et sagesse philosophique. Elle ne traduit pas un abandon, mais plutôt une forme de détachement conscient face à ce qui échappe à notre volonté.
Synonymes et formules proches :
- C’est la vie
- Telle est la vie
- Les choses sont ainsi
- Que voulez-vous
Sa variante « ainsi va le monde » élargit le constat à la société tout entière.
Origine de l’expression « ainsi va la vie »
Une tradition fataliste héritée du latin
L’expression « ainsi va la vie » appartient à une longue tradition de formules construites sur le modèle « ainsi va/passe + complément ». Le latin a légué plusieurs sentences de ce type, dont les plus célèbres sont :
- « Sic transit gloria mundi » (« ainsi passe la gloire du monde »), prononcée lors des couronnements papaux pour rappeler la vanité des honneurs terrestres.
- « Sic vita est » (« ainsi est la vie »), que l’on retrouve dans la correspondance latine classique.
- « Sic fata voluerunt » (« ainsi l’ont voulu les destins »), formule virgilienne qui exprime la soumission au destin.
Cette construction a irrigué le français au fil des siècles. Alfred de Musset en offre une variation poétique célèbre :
Ainsi va le monde ici bas / Le temps emporte sur son aile / Et le Printemps et l’hirondelle / Et la vie et les jours perdus.
Alfred de Musset, À Juana
Premières attestations en français
La plus ancienne attestation sur Gallica remonte à 1792. On la trouve dans le roman anonyme Monrose ou le libertin par fatalité (Gallica) :
Ainsi va la vie ; on court après le bonheur, et c’est le bonheur qui nous fuit.
Anonyme, Monrose ou le libertin par fatalité (1792)
Toutefois, l’expression prend racine dans des tournures plus anciennes. Dès le XVIIe siècle, on trouve « ainsi va le monde » chez Voltaire dans sa correspondance et chez de nombreux moralistes. La littérature française de Montaigne à La Rochefoucauld explore sans relâche l’idée que la vie suit un cours imprévisible.
Un écho de la philosophie stoïcienne
L’expression « ainsi va la vie » porte en elle un héritage philosophique qui remonte à l’Antiquité grecque et romaine. Les stoïciens enseignaient la distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas. Épictète résumait ce principe fondateur dans son Manuel :
Ne demande pas que ce qui arrive arrive comme tu le veux, mais veux ce qui arrive comme il arrive, et tu couleras une vie heureuse.
Épictète, Manuel
Marc Aurèle, empereur et philosophe, prolongeait cette pensée dans ses Pensées pour moi-même. Il invitait à accepter les revers comme partie intégrante de l’ordre naturel :
Souviens-toi d’ailleurs, en tout événement qui te porte au chagrin, d’user de ce principe : ceci n’est pas un revers, mais c’est un bonheur que de noblement le supporter.
Marc Aurèle, Pensées pour moi-même
Sénèque, dans De la brièveté de la vie, ajoutait une dimension temporelle à cette sagesse. Le problème n’est pas la brièveté de l’existence, mais l’usage que nous en faisons. Celui qui accepte le cours des choses plutôt que de le combattre vit pleinement chaque instant.
« Ainsi va la vie » est, en quelque sorte, la version populaire de cette sagesse antique. Là où les stoïciens élaboraient une doctrine complète du détachement, l’expression française en condense l’essence en quatre mots. Elle traduit ce que Marc Aurèle formulait en termes philosophiques : les choses extérieures ne nous atteignent pas, seule l’opinion que nous en avons peut nous troubler.
Une expression populaire et universelle
Ce qui distingue « ainsi va la vie » des maximes savantes, c’est sa simplicité populaire. Là où « carpe diem » invite à saisir l’instant, « ainsi va la vie » se contente de l’observer passer. La première est un appel à l’action, la seconde un constat apaisé.
L’expression a essaimé dans d’autres langues avec une fidélité remarquable. L’espagnol dit « así es la vida », l’anglais « such is life », l’italien « così è la vita ».
L’analyse de l’usage de l’expression dans les textes publiés depuis 1780 montre qu’elle est de plus en plus populaire :

Exemples d’usage de « ainsi va la vie »
Ainsi va la vie, elle se nourrit d’impermanence, et c’est l’impermanence qui fait que la vie est vie. Le passé laisse une trace comme les pas dans le sable, mais c’est vers l’avenir que l’on marche.
Agnès Ledig, Juste avant le bonheur
Lorsqu’elle était petite elle se souvenait de tout. Tout. Et puis les enfants grandissent, et on ne sait plus ce qu’ils pensent ni ce qu’ils éprouvent. Ainsi va la vie, je suppose.
Carlos Ruiz Zafón, L’Ombre du vent
Ainsi va la vie des femmes : des joies fragiles au milieu d’immenses tourments.
Diane Ducret, Les Indésirables
« Ainsi va la vie, dit Tabouret, en descendant de son banc, les chiens soufflent comme des phoques, les Bulgares sont forts comme des Turcs, tout le monde part pour la guerre comme un seul homme, et c’est à qui pleure comme un veau des larmes de crocodile. »
Jacques Prévert, La cinquième saison
Ainsi va la vie, personne ne sait de quoi sera fait le lendemain.
Jorge Amado, Tereza Batista
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