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Monter sur ses grands chevaux : définition et origine de l'expression

Quand votre interlocuteur monte sur ses grands chevaux, cela signifie qu’il s’emporte soudainement dans son propos. Cette tournure paraît banale, mais elle garde le souvenir de l’univers des chevaliers et des destriers. Je vous propose de découvrir la définition et l’origine de cette expression qui dure depuis plus de quatre siècles. Bonne lecture !

Définition de l’expression « monter sur ses grands chevaux »

« Monter sur ses grands chevaux » signifie s’emporter brusquement, s’irriter en prenant un ton hautain pour défendre son point de vue. La formule décrit à la fois la colère qui éclate et la posture de supériorité affichée. Celui qui monte sur ses grands chevaux ne se contente pas de répondre. Il cherche à dominer la discussion.

L’expression s’emploie le plus souvent au présent ou à l’infinitif. Elle introduit souvent un reproche : ne monte pas sur tes grands chevaux. Elle peut aussi décrire un comportement récurrent : dès qu’on aborde ce sujet, il monte sur ses grands chevaux.

Expressions synonymes

  • S’emporter
  • Sortir de ses gonds
  • Prendre la mouche
  • Se cabrer
  • Le prendre de haut
  • Monter au créneau

Origine de l’expression

Pour comprendre cette expression, il faut remonter au Moyen Âge. À cette époque, on classait les chevaux selon leur fonction plutôt que leur race.

  1. Les palefrois servaient de monture aux dames et aux voyageurs.
  2. Les sommiers (ou bêtes de somme) portaient l’équipement.
  3. Enfin, les destriers étaient réservés au combat. Choisis pour leur taille et leur puissance, ces grands chevaux dominaient les adversaires et offraient une vue d’ensemble sur la mêlée.

Ainsi, monter sur son grand cheval, au sens propre, c’était monter son destrier pour se préparer à l’attaque.

Le sens figuré apparaît au XVIe siècle. Le TLFi en cite la première attestation chez Montaigne, dans l’édition de 1588 des Essais. L’auteur y oppose Caton, toujours dressé dans la posture héroïque, à Socrate, dont la sagesse reste discrète et terre à terre.

Car en Caton, on voit bien à clair que c’est une allure tendue bien loin au-dessus des communes : aux braves exploits de sa vie et en sa mort, on le sent toujours monté sur ses grands chevaux.

Michel de Montaigne, Essais, livre III, chapitre 12 « De la physionomie »

À cette date, l’image du cavalier qui domine sert déjà de métaphore pour la posture hautaine. Une génération plus tard, Molière popularise la tournure dans Sganarelle ou le Cocu imaginaire (1660). L’effet comique repose sur le décalage entre la fureur héroïque évoquée et la situation très prosaïque du personnage. La formule a ensuite traversé les siècles sans changer de sens.

Ma colère à présent est en état d’agir,

Dessus ses grands chevaux est monté mon courage ;

Et si je le rencontre on verra du carnage.

Molière, Sganarelle ou le Cocu imaginaire, scène XXI

Exemples d’usage de « monter sur ses grands chevaux »

Oui, tu es une sotte, Perrette ! une prude qui monte sur ses grands chevaux et qui fait d’une plaisanterie une grosse affaire.

George Sand, Dernières pages

À tout propos, il faisait des discours prétentieux à ses congénères, qui ne se gênaient pas d’en rire. Il montait sur ses grands chevaux, comme on dit, lui qu’un âne eût jeté à terre.

Jules Verne, Nord contre sud

Je vous loue, mon cousin, de n’être point monté sur vos grands chevaux pour vous plaindre du maréchal d’Estrées.

Marquise de Sévigné, Lettre à Bussy-Rabutin

Oh ! mon bon père, s’écria la petite Barniol en se jetant, sur un coussin, aux genoux de Phellion, ne monte pas sur tes grands chevaux ! Il y a bien des imbéciles et des niais dans les conseils municipaux, et la France va tout de même.

Honoré de Balzac, Les Petits bourgeois

Si vous aimez les expressions médiévales, découvrez l’origine du proverbe « à cœur vaillant rien d’impossible ».

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Nicolas Le Roux

Nicolas Le Roux

Nicolas est le fondateur du site. Diplômé de Sciences Po Paris en 2014, il est passionné par les langues et la littérature. Il a rédigé plusieurs centaines d'articles sur les difficultés de l'orthographe française depuis 2015. Il rédige également des guides de grammaire, des articles sur les expressions francophones ainsi que des critiques littéraires.

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