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Sacrement

Sommaire

  • Définitions du mot sacrement
  • Étymologie de « sacrement »
  • Phonétique de « sacrement »
  • Traductions du mot « sacrement »
  • Synonymes de « sacrement »

Définitions du mot sacrement

Trésor de la Langue Française informatisé

SACREMENT, subst. masc.

I. − LITURG. CHRÉT., THÉOL.
A. − Signe sacré institué par Jésus-Christ et actualisé dans l'Église, source par lui-même de la grâce divine à faire naître ou à augmenter. Caractère, effet, forme, matière du sacrement; sacrement du baptême; grand sacrement; administrer, recevoir un sacrement; grâce conférée, produite par les sacrements. Le Christ est avec nous. Il ne cesse pas d'être présent à son Église, comme docteur par le pape et la hiérarchie, comme médecin par le sacrement de pénitence, comme nourriture par l'Eucharistie (Claudel,Corresp.[avec Gide], 1906, p. 65).V. baptisé ex. 1, consécration ex. 1, conseil ex. 5, mariage ex. 4:
Deux sacrements sont reconnus, en tant que tels par toutes les confessions chrétiennes: le baptême et l'eucharistie. Les Églises catholique et orthodoxe donnent aussi le nom de sacrement à d'autres signes de la Foi, qui marquent les étapes essentielles de la vie du chrétien et qui expriment la nature de l'Église-Corps du Christ: confirmation, pénitence ou réconciliation, onction des malades, ordination, mariage. Dess.1980.
Les sept sacrements. Les ,,sept sacrements de la doctrine catholique (baptême, confirmation, eucharistie, pénitence, onction des malades, ordre, mariage) (...) officiellement reconnus comme faisant partie de la foi catholique`` (Religions 1984). L'incarnation, le salut, la rédemption, la parole de Dieu. Trois ou quatre mystères. La prière, les sept sacrements. Rien n'est aussi simple que la grandeur de Dieu (Péguy,Porche Myst., 1911, p. 238).
Ministre du sacrement. Celui qui a pouvoir d'administrer un sacrement. C'est le Christ lui-même qui opère (...) mais en se servant d'un intermédiaire (...). Cet intermédiaire s'appelle le ministre du sacrement, c'est celui qui l'administre au sujet qui le reçoit (Marcel1938).
B. − En partic.
1. Au plur.
a) L'eucharistie et la pénitence. Fréquenter les sacrements. Le motif qui vous tient éloignée des sacrements n'est donc pas fondé, et vous vous privez par là de la seule force qui peut vous soutenir (Lamennais,Lettres Cottu, 1829, p. 207).Je dis m'être éloignée depuis plusieurs mois des sacrements parce que je ne croyais plus (Beauvoir,Mém. j. fille, 1958, p. 140).V. moyen1I C 2 ex. de Montherlant.
S'approcher des sacrements. Se confesser et communier. Des âmes d'élite, qui s'approchent souvent des sacrements, et qui font peser sur leurs frères un fardeau plus lourd que la mort (Bloy,Femme pauvre, 1897, p. 283).Un mystique! ce garçon qui ne s'approche même pas des sacrements! Allons, voyons! (Mauriac,Myst. Frontenac, 1933, p. 164).
Être privé des sacrements. Faire l'objet d'une interdiction prononcée par l'Église. Depuis quelque temps les religieuses de Port-Royal, réduites à un petit nombre, étaient privées des sacrements par le cardinal de Noailles (Sainte-Beuve,Port-Royal, t. 5, 1859, p. 551).
b) L'eucharistie, la pénitence, l'extrême-onction, sacrements donnés au catholique gravement malade. Les derniers sacrements. Il a eu, il a reçu, on lui a donné tous ses sacrements (Ac.). Sur la réponse que les malades étaient dispensés du jeûne, il fut prêt à tout et se prépara aux derniers sacrements (E. de Guérin,Journal, 1840, p. 353).Il n'y a pas d'exemple qu'un des nôtres soit mort sans sacrements (Bernanos,Journal curé camp., 1936, p. 1182).
Muni* des sacrements de l'Église.
Au fig., fam., vx. Avoir (reçu) tous les sacrements. Avoir fait tout ce qu'il y avait à faire, ne manquer de rien, être en règle. Il craignait des saisies qui, selon l'expression de huissiers, avaient reçu tous les sacrements (Balzac,Muse départ., 1844, p. 248).
2. Au sing. Le mariage. Et cette évaporée qui ne pouvait pas attendre jusqu'au sacrement, tant pis pour elle (Becque,Corbeaux, 1882, iii, 10, p. 197).Je suis l'épouse d'Augustin, car j'ai obtenu qu'il fît de moi sa femme... avant le sacrement (Adam,Enf. Aust., 1902, p. 518).
Vieilli, plais. Cet homme n'aime pas le sacrement. (Ac. 1798-1878). Il ne veut pas se marier.
En compos. Saint-sacrement*.
C. − P. métaph. Mon gros vieux ami M. Bertin vint m'administrer les sacrements ministériels (Chateaubr.,Mém., t. 4, 1848, p. 94).Une fois passé ce dernier sacrement du baccalauréat qui est pour tant de Français comme l'extrême-onction de la culture bourgeoise, plus personne ne se souciait de Pierre Corneille (Brasillach,Corneille, 1938, p. 10).
D. − P. anal.
1. [P. réf. à la tradition des pères de l'Église] Signe de salut constitué par les rites juifs. Sacrements de l'ancienne alliance. Le Sabbat (...) était, si je puis ainsi parler, le sacrement caractéristique des Hébreux (P. Leroux,Humanité, 1840, p. 705).Ce saint docteur [saint Augustin] « s'appesantit sur le rôle des sacrements dans l'ancienne Loi et enseigne avec force que la circoncision constitue le remède institué par Dieu pour guérir le péché originel (...) » (Théol. cath.t. 14, 11939, p. 604).
2. P. ext. Signe de salut. La foi au Fils est un sacrement...; la croix est un sacrement de la foi (Théol. cath.t. 14, 11939, p. 493).Dans un livre sur la Bible, je trouve cette citation de saint Jérôme: « Dans la Sainte Écriture, jusqu'à l'ordre des mots est un sacrement (mysterium) » (Green,Journal, 1945, p. 200).
II. − Rare ou région. (Canada)
A. −
1. [Juron] Il se brûle et jure le saint nom avec un hurlement de rage. Les échos en tremblent. Ils ont souvent entendu des mots de colère, mais des « sacrements » jamais (La Varende,Roi d'Écosse, 1941, p. 198).
2. Interj. Si t'as pas le goût toé non plus, on ira pas, sacrement! (M. Tremblay,À toi, pour toujours..., 1971, p. 37 ds Richesses Québec 1982, p. 2061).
B. − [Pour désigner péjorativement une pers.] Il aura eu le temps de faire assez d'dégâts, l'sacrement! (G. Dufresne,Le Cri de l'engoulevent,1969,p. 44, ds Richesses Québec 1982, p. 2060).
Prononc. et Orth.: [sakʀ əmɑ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) Fin xes. sacrament « rite religieux institué par Jésus-Christ pour donner ou augmenter la grâce » (Passion, éd. d'Arco Silvio Avalle, 94); b) ca 1389 (Philippe de Mezieres, Songe du vieil pelerin, éd. G. W. Coopland, t. 2, p. 281: saint sacrement de confession, saint sacrement de penitence); 2. 2emoit. xiiies. « hostie » (Gaufrey, 279 ds T.-L.); 1324 feste dou Saint-Sacrement (Trésor des chartes du Comté de Rethel, éd. G. Saige et H. Lacaille, t. 1, p. 669); 3. ca 1250 par le sacrement empl. comme juron (Doon de Mayence, éd. F. Guessard, 6247). Empr. au lat.sacramentum, à l'orig. terme de dr. « dépôt fait aux dieux d'une certaine somme comme garantie de sa bonne foi ou de la bonté de sa cause dans un procès » (v. Ern.-Meillet); ce dépôt s'accompagnant prob. d'une prestation de serment, le mot a pris le sens de « serment » (v. ce mot), en partic. dans la lang. milit. et, par suite, dans la lang. de l'Église, il a signifié « lien sacré entre l'homme et Dieu, rite, vérité mystérieuse, mystère » et en partic. « rite sacramentel » et « l'Eucharistie » (v. Blaise Lat. chrét.). Fréq. abs. littér.: 782. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 946, b) 1 079; xxes.: a) 1 767, b) 876. Bbg. Anderer 1981 t. 2, pp. 382-383. − Richard Kirchenterminologie 1959, p. 117. − Thierbach (A.). Untersuchungen zur Benennung der Kirchenfeste in den romanischen Sprachen. Berlin, 1951, p. 103, 107, 108, 122.

Wiktionnaire

Nom commun

sacrement \sa.kʁə.mɑ̃\ masculin

  1. (Religion) Action de sacrer, consécration, sanctification.
    • Les sacrements de l’ancienne loi. Les sacrements de la nouvelle loi.
  2. (Christianisme) Chez les chrétiens, cérémonie destinée à la consécration religieuse des diverses phases de la vie privée des fidèles ; ils sont au nombre de sept.
    • Les casuistes relâchés croyaient être les meilleurs et les plus utiles défenseurs de l’Église ; ils empêchaient, en effet les chrétiens faibles de tomber dans l’irreligion et les amenaient à pratiquer les sacrements. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Chapitre II, La décadence bourgeoise et la violence, 1908, page 98)
    • En voyant que son pénitent en revenait toujours à la honte de son inertie et à cet état de comateuse doléance dans lequel le plongeait la transe du Sacrement, le vieux prêtre lui dit : […] — (Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915)
    • Tout d’abord, le mariage est un sacrement, qui entraîne l’indissolubilité, car il représente l’union du Christ avec l’Église, c’est-à-dire avec les hommes. — (Gabriel Lepointe, La Famille dans l’Ancien droit, Montchrestien, 1947 ; 5e éd., 1956, page 127)
    1. (Absolument) L’eucharistie.
      • Sa foi catholique crevassée, l’Irlandaise tourna le dos aux sacrements, puis à la messe dominicale, ne daignant même pas faire des Pâques de renard. — (Louis Haché, La Tracadienne, Éditions de la Francophonie, 2003, p. 48)
      • S’approcher des sacrements, se confesser et communier.
      • L’humble princesse [après son retour à la foi] ne crut pas qu’il lui fût permis d’approcher d’abord des saints sacrements.
    2. (Absolument) L’extrême-onction.
      • Décédé muni des sacrements de l’église.
    3. (Absolument) Le mariage.
      • Ils vivaient ensemble longtemps avant le sacrement.
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Littré (1872-1877)

SACREMENT (sa-kre-man) s. m.
  • 1Acte religieux institué de Dieu pour la sanctification des âmes. Les sacrements de l'ancienne loi, de la nouvelle loi. La circoncision était un sacrement de l'ancienne loi.
  • 2Chez les chrétiens, cérémonie destinée à la consécration religieuse des diverses phases de la vie privée des fidèles ; les sacrements sont au nombre de sept. Les Grecs n'ont point d'autre mot pour signifier sacrement que celui de mystère ; et les Pères latins appellent souvent le mystère de l'incarnation le sacrement de l'incarnation et ainsi des autres, Bossuet, Var. IV, 10. Sacrement, dans notre usage ordinaire, veut dire un signe sacré ; mais, dans la langue latine, d'où ce mot est venu, sacrement veut dire souvent chose haute, chose secrète et impénétrable, Bossuet, ib. IV, 10. Les sacrements de la nouvelle alliance ne sont pas seulement des signes sacrés qui nous représentent la grâce, ni des sceaux qui nous la confirment, mais des instruments du Saint-Esprit, qui servent à nous l'appliquer, et qui nous la confèrent en vertu des paroles qui se prononcent, et de l'action qui se fait sur nous en dehors, pourvu que nous n'y apportions aucun obstacle par notre mauvaise disposition, Bossuet, Expos. doctr. cath. 9. Que ce n'est point pour les sacrements que Dieu a formé les hommes, mais que c'est pour les hommes qu'il a institué les sacrements, Bourdaloue, Dim. oct. du St Sacrement, Dominic. t. II, p. 315.

    Fig. Contentons-nous quelquefois du sens littéral ; ne cherchons pas un sacrement sous chaque syllabe et sous chaque point, Guez de Balzac, De la cour, 3e disc.

    Priver des sacrements, refuser les sacrements, peine spirituelle que l'Eglise inflige quelquefois. La décision en est précise dans les rituels, la pratique en est constante : on prive des sacrements, et à la vie et à la mort, ceux qui jouent la comédie, s'ils ne renoncent à leur art, Bossuet, Comédie, 11. (cette proposition est aujourd'hui reconnue fausse, depuis que Mgr Affre, archevêque de Paris, sollicité à ce sujet par un comédien, a fait faire des recherches et s'est assuré que l'Église n'avait jamais excommunié les comédiens). Bientôt après, les billets de confession reparurent ; de nouveaux refus de sacrements irritèrent tout Paris, Voltaire, Louis XV, 36.

    S'approcher des sacrements, se confesser et communier. L'humble princesse [après son retour à la foi] ne crut pas qu'il lui fût permis d'approcher d'abord des saints sacrements, Bossuet, Anne de Gonz.

    Fréquenter les sacrements, se confesser et communier souvent.

    Il a eu, il a reçu tous les sacrements, on lui a donné tous les sacrements, les derniers sacrements, se dit d'un mourant qui a reçu le sacrement de la pénitence, l'eucharistie et l'extrême-onction. Après qu'elle [la duchesse d'York] eut reçu ses sacrements avec une piété et un zèle incomparable, Pellisson, Lett. hist. t. II, p. 251. Tout chrétien doit présumer le salut de son prochain, quand il est mort dans le sein de l'Église avec tous ses sacrements, Sévigné, 3 sept. 1688. Qu'elle nous parut au-dessus de ces lâches chrétiens qui s'imaginent avancer leur mort quand ils préparent leur confession ; qui ne reçoivent les saints sacrements que par force ; dignes certes de recevoir pour leur jugement ce mystère de piété qu'ils ne reçoivent qu'avec répugnance ! Bossuet, Duch. d'Orl. Luxembourg reçut ses sacrements, et témoigna de la religion et de la fermeté, Saint-Simon, XXVI, 43. Il [l'abbé Houteville] fut secrétaire de ce fameux cardinal Dubois, qui ne voulut jamais recevoir les sacrements à la mort, et dont la vie a été publique, Voltaire, Phil. Déf. Bolingbroke, préambule.

    On dit dans un sens analogue : demander les sacrements. Elle [Madame] demande elle-même les sacrements de l'Église, la pénitence avec componction, l'eucharistie avec crainte…, Bossuet, Duch. d'Orl.

    Populairement et fig. Avoir tous les sacrements, se dit d'une chose à laquelle on a fait tout ce qui était à faire, et d'une personne qui a bien mangé et bien bu.

  • 3Le saint sacrement de l'autel, ou, absolument, le saint sacrement, l'eucharistie. Porter le saint sacrement à un mourant. 2e exemple sur le sujet du saint sacrement… l'hérésie d'aujourd'hui [les calvinistes], ne concevant pas que ce sacrement contient tout ensemble et la présence de Jésus-Christ et sa figure, et qu'il soit sacrifice et commémoration de sacrifice, croit qu'on ne peut admettre l'une de ces vérités sans exclure l'autre, Pascal, Pensées, XXIV, 12, éd. HAVET. Le membre de la Convention qui a la plus grande idée de lui-même, c'est Saint-Just ; on voit dans sa démarche et dans son maintien qu'il regarde sa tête comme la pierre angulaire de la république, et qu'il la porte sur les épaules avec respect et comme un saint sacrement, Camille Desmoulins, Lettre à A. Dillon, p. 52.

    Fille du Saint-Sacrement, membre d'une communauté de femmes, dont l'institution avait pour but principal l'adoration du saint sacrement de l'autel.

  • 4L'ostensoir, le soleil d'or ou d'argent destiné à renfermer l'hostie. Donner un saint sacrement à une église. Partout se présentaient… des saints sacrements de vermeil dessinés par les Bertrand et les Cotte, Chateaubriand, Génie, IV, I, 2. Voici la lettre que l'on m'adresse : Monsieur, vous dites que vous avez vu en vente, chez un marchand d'habits, un saint sacrement en cuivre argenté ; vous avez fait une étrange métonymie : vous avez indiqué le contenant pour le contenu ; l'objet qui renferme le saint sacrement, l'hostie consacrée, s'appelle ostensoir, Alph. Karr, les Guêpes, mars 1844.

    Malgré cette critique, la metonymie est reçue par l'usage.

  • 5Absolument et par plaisanterie. Le sacrement, le mariage. Ils s'adorent l'un l'autre, et ce couple charmant S'unit longtemps, dit-on, avant le sacrement, Boileau, Lutr. I. Ici, c'est un miracle, quand une fille écoute sur un autre ton que celui du sacrement, Hamilton, Gramm. VI.

HISTORIQUE

XIIe s. Ô naissance pleine de sainteit, neant encerchable as angeles por la profondesce del saint sacrement, Saint Bernard, 530. De Deu as poesté et sun corunement ; De prince ne de lai ne l'as seculerment ; Car as prelaz apent e ordre e sacrement, Th. le mart. 75. Li clerc forfait serunt à l'evesque livré ; En quel guise e coment serunt desordené ? Coment serunt li mot del sacrement osté ? ib. 30.

XIIIe s. Nous veons que se uns hons ou uns clers qui ne seroit pas ordenés à prestre, disoit une messe et toutes les paroles du sacrement, por riens qu'il feit et deist, il ne porroit fere sacrement, tout deist il ices paroles meismes que li prestres dist, Beaumanoir, XI, 26. Li sains homs la messe canta ; Et quant ce vint au sacrement, Que le corps Dieu tint en present…, Du Cange, sacramentum.

XIVe s. Beaux sires, grans mercis ; car, par mon sacrement ! Je ne vous en faudrai, sachiez-le vraiement, Guesclin. 1686. [Bertran] Moult bien se confessa, receut son sacrement, Et disoit mains regrez, ib. 22684. Au sacrement [sacre] du roy ot noble baronie, ib. 4950.

XVIe s. Sacrement est un signe visible de la chose sacrée, ou une forme visible de la grace invisible… partout où le translateur commun du nouveau testament a voulu exposer en latin ce mot grec, mystere, il a dit sacrement, Calvin, Instit. 1027. Que les habitants dudit lieu [Reilhé près Baugé] estoient quotizez à la taille et impositions, et aussi y prenoient tous leurs sacremens, Coust. gén. t. II, p. 35.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

SACREMENT, s. m. (Théologie.) en général est un signe d’une chose sainte ou sacrée. Voyez Signe.

Ce mot vient du latin sacramentum, qui signifie un serment, & singulierement celui que chez les anciens les soldats prêtoient entre les mains de leurs généraux, & dont Polybe nous a conservé cette formule. Obtemperaturus sum & facturus quidquid mandabitur ab imperatoribus juxta vires. J’obéirai à mes généraux, j’exécuterai leurs ordres en tout ce qui sera en mon pouvoir.

Dans un sens général, on peut dire avec S. Augustin que nulle religion, soit vraie, soit fausse, n’a pu s’attacher les hommes sans employer des signes sensibles ou des sacremens. Ainsi la loi de nature a eu les siens, telle que l’offrande du pain & du vin, pratiquée par Melchisédech ; & l’on trouve dans celle de Moise la circoncision, l’agneau paschal, les purifications, la consécration des pontifes. Le paganisme pourra mettre aussi au nombre de ses sacremens les lustrations, les expiations, les cérémonies des mysteres d’Eleusine & de Samothrace, car tout cela étoit symbolique & significatif.

Mais dans la loi nouvelle, le mot sacrement signifie une signe sensible d’une grace spirituelle, institué par notre Seigneur Jesus-Christ pour la sanctification des hommes.

Socin & ses disciples enseignent que les sacremens ne sont que de pures cérémonies, qui ne servent tout-au-plus qu’à unir extérieurement les fideles ensemble, & à les distinguer des juifs & des gentils.

Les Protestans n’en disent guere davantage, en prétendant que les sacremens ne sont que de pures cérémonies instituées de Dieu, pour sceller & confirmer les promesses de la grace, pour soutenir notre foi & pour nous exciter à la piété. Ils n’en admettent communément que deux, le baptême & l’eucharistie, ou, comme ils l’appellent, la sainte cène ; les Anglicans y ajoutent la confirmation.

Les Catholiques au contraire, qui pensent que les sacremens produisent par eux-mêmes la grace sanctifiante, en admettent sept après toute la tradition, savoir le baptême, la confirmation, l’eucharistie, la pénitence, l’extrème onction, l’ordre, & le mariage ; nous avons traité de chacun en particulier sous leur article. Voyez Baptême, &c.

Les sacremens sont des êtres moraux qui sont essentiellement composés de deux parties, de quelque chose de sensible, & de quelques paroles. C’est de l’union de ces deux parties que résulte le sacrement ; audit verbum ad elementum, dit S. Augustin, tract. 8. in Joan. & fit sacramentum. Les théologiens scholastiques ont donné le nom de matiere aux choses sensibles, & le nom de forme aux paroles. Voyez Matiere & Forme.

Les Protestans soutiennent que les paroles qui entrent essentiellement dans la composition des sacremens, doivent renfermer une instruction ou contenir une promesse. Mais l’une & l’autre prétention n’ont nul fondement dans l’Ecriture ou dans la tradition, & d’ailleurs la fin prochaine des sacremens n’est pas d’instruire les hommes, ou de leur promettre la grace, mais de la leur conférer ; ainsi ces paroles sont proprement consécratoires, soit en retirant de l’usage profane la chose sensible qui forme la matiere, soit en initiant aux mysteres divins, celui qui reçoit les sacremens.

Mais outre l’application de la forme & de la matiere, on exige encore dans le ministre qui confere les sacremens, l’intention de faire ce que fait l’Eglise. On dispute beaucoup dans les écoles sur la nature de cette intention, savoir si elle doit être intérieure & actuelle, ou si une intention habituelle, ou virtuelle, ou extérieure, est suffisante pour la validité du sacrement. Voyez Intention.

Les sacremens considérés en général se divisent en sacremens des morts & sacremens des vivans. On entend par sacremens des morts ceux qui sont destinés à rendre la vie spirituelle ou aux personnes qui ne l’ont pas encore reçue, comme le baptême, ou à celles qui l’ont perdue après en avoir été favorisés, comme la pénitence. Par sacremens des vivans, on entend ceux qui sont destinés à fortifier les justes & à augmenter en eux la vie spirituelle de la grace ; tels que sont la confirmation, l’eucharistie, &c. On les divise encore en sacremens qui se réïterent, c’est-à-dire qu’on reçoit plusieurs fois, comme la pénitence, l’eucharistie, l’extrème onction, & le mariage ; & en sacremens qui ne se réïterent point, comme le baptême, la confirmation & l’ordre. La raison de cette différence vient de ce que ces derniers impriment caractere. Voyez Caractere.

Les sacremens de la nouvelle loi produisent la grace par eux-mêmes, ou, comme parlent les scholastiques, ex opere operato, c’est-à-dire par la simple application du rit extérieur. Mais agissent-ils en cette occasion comme cause physique ou comme cause morale ? L’école est partagée sur cette question ; les Thomistes soutenant que les sacremens produisent d’eux-mêmes la grace par une influence réelle en agissant immédiatement sur l’ame ; les Scotistes au contraire prétendant que l’application & l’administration extérieure des sacremens déterminent Dieu à donner la grace, parce qu’il s’est engagé d’une maniere fixe & invariable à l’accorder à ceux qui les reçoivent dignement. Ce dernier sentiment paroît le plus vraissemblable, car il n’est pas aisé de concevoir comment les sacremens qui sont des êtres corporels, peuvent immédiatement agir sur l’ame qui est une substance spirituelle.

Quoiqu’on convienne en général que Jesus-Christ a institué tous les sacremens, parce que lui seul a pu attacher à des choses corporelles & sensibles la vertu de communiquer la grace sanctifiante, il n’est pas également constant s’il les a tous institués immédiatement, c’est-à dire par lui-même, ou médiatement, c’est-à-dire par ses apôtres & par son Eglise. Il n’y a point de difficulté par rapport au baptême & à l’eucharistie. Quant aux autres, le sentiment le plus suivi est qu’il les a institués immédiatement, mais ce n’est pas un point de foi, puisque les Théologiens soutiennent librement le contraire.

Les sacremens sont nécessaires pour obtenir la justification, mais non pas tous au même degré. Les uns, comme le baptême & la pénitence, sont nécessaires d’une nécessité de moyen, c’est-à-dire que sans le baptême ou son desir les enfans ni les adultes ne peuvent être sauvés, non plus que les pécheurs ne peuvent être justifiés sans la pénitence ou une contrition parfaite qui en renferme le desir dans le cas de nécessité. Les autres sont nécessaires de nécessité de précepte ; les négliger ou les mépriser, c’est se retrancher volontairement à soi-même des secours spirituels que Jesus-Christ n’a pas voulu préparer en vain.

Enfin l’administration des sacremens suppose des cérémonies ou essentielles ou accidentelles prescrites par l’Eglise. Les premieres qui intéressent la validité du sacrement ne doivent être omises en aucun cas. Les autres peuvent être supprimées dans le cas de nécessité. Voyez Cérémonie.

Sacremens, (Hist. ecclésiastiq.) les différentes sectes des chrétiens ont beaucoup varié sur le nombre des sacremens ; & pour abréger ce sujet dont le détail seroit très-étendu, je me contenterai de dire que les Chrétiens de S. Thomas ne reconnoissent que trois sacremens, le baptême, l’ordre & l’eucharistie. S. Bernard mettoit au nombre des sacremens la cérémonie de laver les piés qui se pratique le jeudi-saint. Damien établissoit douze sacremens. Isidore de Séville ne compte pour sacremens que le baptême, le chrême & l’eucharistie. Les Arméniens en général ne mettent point la confirmation & l’extrème-onction entre les sacremens ; mais Vardanès, un de leurs docteurs, établit sept sacremens, savoir le baptême, la célébration de la liturgie, la bénédiction du myron, l’imposition des mains, le mariage, l’huile dont on oint les malades, & la cérémonie des funérailles. (D. J.)

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Étymologie de « sacrement »

Du latin sacramentum (« serment »).
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Wallon, sacramain ; provenç. sacrament, sagrament ; esp. sacramento ; ital. sacramento, sagramento ; du lat. sacramentum, de sacrare, sacrer.

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Phonétique du mot « sacrement »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
sacrement sakrǝmɑ̃

Traductions du mot « sacrement »

Langue Traduction
Anglais sacrament
Espagnol sacramento
Italien sacramento
Allemand sakrament
Chinois 圣餐
Arabe سر
Portugais sacramento
Russe причастие
Japonais 聖餐
Basque sakramentua
Corse sacramentu
Source : Google Translate API

Synonymes de « sacrement »

Source : synonymes de sacrement sur lebonsynonyme.fr
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