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Ramper

Définitions de « ramper »

Trésor de la Langue Française informatisé

RAMPER, verbe intrans.

I.
A. −
1. [Le suj. désigne certains animaux (vers, reptiles, gastéropodes, certains mammifères amphibies)] Progresser par des mouvements d'ondulation en prenant appui sur la face ventrale du corps. Ramper à terre, sur la terre; ramper sur le sol, au ras du sol. [Les talus littoraux] y sont connus sous le nom d'échoueries. C'est là que rampent les veaux marins, les morses, les phoques, les chevaux marins, pour regagner la terre (Bern. de St-P., Harm. nat., 1814, p. 233).Le dragon montra sur les rochers du rivage sa forme indistincte et portenteuse. Il rampait comme un serpent et son corps tortueux semblait long de quinze pieds (A. France, Île ping., 1908, p. 121):
1. Plume, sans lever la tête, mangeait patiemment. Un serpent tombé d'un régime de bananes rampa vers lui; il l'avala par politesse, puis il se replongea dans son assiette. Michaux, Plume, 1930, p. 171.
P. métaph. Il sembla qu'une femme seule pouvait écrire ce dialogue de haine élégante et perfide où le vers rampe, siffle, se redresse, avec une goutte de venin tremblant à la pointe de chacune de ses rimes (A. Daudet, Crit. dram., 1897, p. 235).
Au fig. S'insinuer, se développer insidieusement, sournoisement. Fasse Dieu qu'il [l'auteur] ne se repente jamais (...) d'être entré dans cette atmosphère [du théâtre] (...) où rampent les cabales (Hugo, Préf. Cromw., 1827, p. 42).Pourquoi certains instincts plus élevés, aussi incontestables que ceux qui rampent tout au bas de nos sens, n'auraient-ils pas les mêmes prérogatives? (Maeterl., Intellig. fleurs, 1907, p. 167).
2. P. anal. [En parlant de l'homme et de certains quadrupèdes] Progresser lentement avec l'aide des membres, le corps appuyé au sol ou maintenu près du sol. Synon. se traîner.Ramper à plat ventre; ramper sur le dos; ramper sur les genoux. [Toby-Chien] rampe sur le ventre, le train de derrière aplati en grenouille, jusqu'à Kiki-la-Doucette, fourrure tigrée immobile (Colette, Dialog. bêtes, 1905, p. 7).Il faut, à un endroit, se baisser très bas pour passer au-dessous du pont massif et gluant qui franchit le boyau, et ce n'est pas sans peine qu'on y arrive. On est forcé de s'agenouiller dans la boue, de s'écraser par terre et de ramper à quatre pattes pendant quelques pas (Barbusse, Feu, 1916, p. 183):
2. l'ange gardien: Regardez-la qui se démène au milieu des épines et des lianes entremêlées, glissant, rampant, se rattrapant, des ongles et des genoux essayant de gravir cette pente abrupte! Et ce qu'il y a dans ce cœur désespéré! Claudel, Soulier, 1929, 1rejournée, 12, p. 700.
Empl. subst. masc., SPORTS. On pratiquera, par la force des choses, (...) bien des sports divers: le grimper s'il y a des arbres; le ramper s'il y a des broussailles (L'Œuvre, 19 avr. 1941).Le crawl est une sorte de ramper à la surface de l'eau (R. Vuillemin, Éduc. phys., 1941, p. 157).
B. − P. anal.
1. [Le suj. désigne une plante ou une partie de plante] Pousser, se développer en prenant appui sur le sol ou sur un autre support (horizontal ou vertical). Le reste de vos herbes est misérable; ce sont des gueuses de champ; elles seront étranglées d'ailleurs par le melon et surtout par le cornichon qui les enlacera et les étouffera avec ses tiges qui rampent et ses vrilles (Huysmans, Oblat, t. 1, 1903, p. 105).Dans le Midi on laisse courir les vignes sur le sol, car les sarments, en rampant sur la terre la préservent du desséchement pendant l'été, et en se coudant favorisent la fructification (Brunet, Matér. vitic., 1909, p. 87).V. liseron ex. de Karr.
2. [Le suj. désigne gén. une chose matérielle, parfois un être animé]
a)
α) Se déplacer (lentement) à la surface ou le long de quelque chose. La lumière lugubre des lampes, rampant sur les parois des voûtes, et se mouvant avec lenteur le long des sépulcres, répandoit une mobilité effrayante sur ces objets éternellement immobiles (Chateaubr., Martyrs, t. 1, 1810, p. 265).Le bruit cadencé D'un lourd vaisseau, rampant sur l'onde avec des rames (Hugo, Orient., 1829, p. 84).Et partout cette épaisseur de poussière noire, sa douceur floconneuse qui stagnait, rampait, flottait (Genevoix, Assassin, 1948, p. 52).
β) Se déplacer avec une lenteur excessive. Ce train omnibus (...) n'en finissait pas de ramper d'une station dénuée de génie à une gare sans originalité (Bloy, Désesp., 1886, p. 155).Le fiacre s'ébranle; mais le cheval, savamment contenu, rampe sur l'asphalte comme une limace (Courteline, Client sér., Mauv. cocher, 1893, p. 211).Quelques maigres ruisseaux rampent péniblement dans les bas-fonds dénudés [en Sicile] (Maeterl., Araignée de verre, 1932, p. 114).
En partic., dans l'arg. des cyclistes. ,,Rouler lentement, traîner`` (Riv.-Car. 1969). Ruffier veut totaliser des kilomètres. Je préfère « ramper » (La Pédale, 13 mai 1924ds Petiot 1982).
b) Rare ou vieilli. S'étendre, se développer, être étendu à la surface ou le long de quelque chose. Encore un peu de temps, et la seule voix qui retentit dans ces ruines s'éteindra aussi; encore un peu de temps, et ce corps misérable retournera en poudre comme ces colonnes qui rampent sur la terre, après avoir touché jusqu'aux cieux (Cottin, Mathilde, t. 1, 1805, p. 323).Les vaisseaux qui rampent à la superficie du corps et des bronches pulmonaires (Cabanis, Rapp. phys. et mor., t. 2, 1808, p. 24).[Les] vaisseaux qui rampent principalement au fond des sillons des lobes pariétaux (Calmette, Infection. bacill. et tubercul., 1920, p. 185).
C. − Au fig. [Le suj. désigne une pers. ou qqc. de relatif à la pers.]
1.
a) Mener une vie humble, obscure ou médiocre (du point de vue matériel, social ou moral). Synon. croupir, végéter, vivoter.Je suis née comme toi dans la vallée des larmes et tous les malheureux qui rampent sur la terre sont mes frères (Sand, Lélia, 1833, p. 13).Nombreux sont encore ceux qui confondent mysticisme et spiritualité, et qui croient que l'homme ne peut que ramper, si la religion ne le soulève; qui croient que seule la religion peut empêcher l'homme de ramper (Gide, Journal, 1933, p. 1153):
3. Quand j'y réfléchis, je rougis de ma vie dont j'ai tant abusé. J'ai flétri mon humanité. Heureusement j'avais deux parts dans mon âme: je n'ai plongé qu'à demi dans le mal. Tandis qu'une moitié de moi-même rampait à terre, l'autre, inaccessible à toute souillure, haute et sereine, amassait goutte à goutte cette poésie qui jaillira, si Dieu me laisse le temps. M. de Guérin, Journal, 1832, p. 145.
b) [Le suj. désigne un style, une composition et p. méton., celui qui en est l'auteur] Manquer d'élévation, d'inspiration. Il se trouve qu'une mélodie d'une simplicité extrême s'élève d'un coup d'aile aux plus grandes hauteurs, tandis que des œuvres prétentieusement travaillées rampent péniblement sur la terre. Il n'y a pas de recette pour faire les chefs-d'œuvre (Saint-Saëns, Harm. et mélod., 1885, p. 13).L'Aiglon. Lu ces six actes. Rostand est bien le seul à qui je reconnaisse une supériorité rayonnante. Il a des ailes, et nous rampons (Renard, Journal, 1900, p. 615):
4. Saint François fut sans doute un des plus grands de tous les poètes, à ce point qu'on se demande si la sainteté n'est pas la poésie dans sa forme absolue et si la poésie humaine, même lorsqu'elle rampe au niveau du sol, n'est pas le reflet d'une splendeur spirituelle que nous sommes incapables d'imaginer. Green, Journal, 1943, p. 60.
2. Avoir un comportement servile; s'abaisser, s'avilir par intérêt, par lâche complaisance. Synon. fam. faire des courbettes, s'aplatir.Ramper devant qqn, aux pieds de qqn. Le lâche peut ramper sous le pied qui le dompte, Glorifier l'opprobre, adorer le tourment, Et payer le repos par l'avilissement (Leconte de Lisle, Poèmes barb., 1872, p. 15).Tu veux saper la morale bourgeoise? Eh bien, les Allemands sont là pour t'aider. Ha! Tu verras ce coup de balai; tu verras ramper les pères de famille, tu les verras lécher les bottes et tendre leurs gros culs aux coups de pieds; tu verras ton beau-père à plat ventre (Sartre, Mort ds âme, 1949, p. 141).
II. − ARCHIT. ,,Se développer sur une pente, s'incliner suivant une pente donnée`` (Jossier 1881). On parvient à la croix [à Saint-Pierre de Rome] par un escalier qui rampe entre les deux calottes de la coupole (Stendhal, Prom. ds Rome, t. 1, 1829, p. 41).Aussitôt un pas lourd ébranla l'escalier de bois rampant le long de la muraille (Dumas père, Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 309).Vis-à-vis des maisons s'élevait un mur au long duquel rampait un vieil escalier de bois, couvert d'une charpente moyenâgeuse, peinte en un rouge vineux (Martin du G., Thib., Sorell., 1928, p. 1198).
Prononc. et Orth.: [ʀ ɑ ̃pe], (il) rampe [ʀ ɑ ̃:p]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. a) 1remoitié du xiies. choses rampantes « reptiles » (Psautier Oxford, 68, 38 ds T.-L.); b) ca 1170 ramper « ramper (pour grimper) » (Rois, éd. E. R. Curtius, p. 25); c) mil. du xives. « (en parlant des reptiles, de l'homme) progresser par un mouvement de reptation; progresser lentement, le ventre au sol, les membres repliés » (Roques t. 1, IV, 7346); 1918 rampant aviat. (d'apr. Esn. Poilu 1919); 2. 1580 « vivre dans une condition abjecte, obscure, malheureuse » (Montaigne, Essais, I, 37, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 229); 1683 rampant « misérable, pauvre, obscur » (Bossuet, Marie-Thérèse ds Littré); 3. 1608 « manquer d'élévation et de distinction (en parlant d'un auteur, d'une œuvre) » (M. Régnier, Satires, IX, 63 ds Œuvres compl., éd. G. Raibaud, p. 96); 1690 stile rampant (Fur.); 4. 1666 rampant « qui s'abaisse devant les personnes influentes, riches » (Boileau, Satires, I, 95, éd. A. Cahen, p. 31, var.); 1680 intrans. (Rich.). B. 1. Ca 1150 « grimper » (Thèbes, 10077 ds T.-L.); 2. ca 1200 hérald. « se dresser sur les pattes de derrière » (Bueve de Hanstone, I, 977, ibid.); ca 1200 hérald. rampant (ibid., I, 7607); 3. 1314 anat. « s'étaler en se ramifiant sur une surface » (Henri de Mondeville, Chirurgie, éd. A. Bos, 1578); 4. a) archit. α) 1547 rampant subst. « limon d'un escalier tournant » (J. Martin, trad. de Vitruve, f o123 r o); 1640 « partie, surface d'un édifice qui n'est pas horizontale » (Mémoires de la Sté de l'hist. de Paris et de l'Île-de-France, t. 12, 1886, p. 318); β) 1568 adj. « qui va en pente, qui n'est pas de niveau » (Ph. Delorme, Architecture, p. 92 ds IGLF); γ) 1701 ramper « se développer sur une pente » (Fur.); b) 1671 rampant subst. « penchant d'une montagne, d'une colline » (Pomey); 5. bot. a) 1584 « s'étaler sur une surface, un support, en s'y accrochant au moyen de vrilles ou de crampons, ou se développer sur le sol » (Du Bartas, La Seconde semaine, Artifices, 95 ds Œuvres, éd. U. T. Holmes, J. C. Lyons, R. W. Linker, t. 3, p. 77: la courge rampe-loin); b) 1690 rampant « qui se développe en étant étalé sur le sol » (Fur.). De l'a. b. frq. *(h)rampon, dér. de *(h)rampa « crochet, griffe », qui fait partie d'une famille germ. *hramp- désignant un objet crochu, cf. l'a. h. all. rimpfan « courber, rider », le m. néerl. ramp « crampe » et également l'ital. rampa « griffe », rampo « crochet », le cat. et l'esp. rampa « crampe », le prov. et le fr.-prov. rampa, rampo « id. » (FEW t. 16, pp. 658-661). Fréq. abs. littér.: 990. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 1 369, b) 1 976; xxes.: a) 1 349, b) 1 169.

Wiktionnaire

Verbe - français

ramper \ʁɑ̃.pe\ intransitif (utilisé parfois transitivement) 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. Se traîner sur le ventre. — Note : Ce verbe s'emploie particulièrement des serpents, des vers, etc., mais également pour d’autres animaux et l’homme.
    • La couleur, la forme, étaient d’un végétal ; mais d’un autre côté ces corps se déplaçaient tantôt en rampant avec une extrême lenteur, tantôt en exécutant des espèces de culbute à la façon des saltimbanques. — (Jean Louis Armand de Quatrefages de Bréau, Les Métamorphoses et la généagénèse, Revue des Deux Mondes, 2e période, tome 3, 1856, pages 496-519)
    • En les apercevant, Bert s’aplatit sur le sol, rampa jusqu’à un creux propice et demeura étendu là à contempler leurs efforts. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 357 de l’édition de 1921)
    • J'avançai en rampant comme je pouvais vers un coin pour y appuyer mon dos et soulager mes épaules tordues par des crampes. — (Henri Alleg, La Question, 1957)
    • — Faites gaffe, les bleubites, si vous relevez la tête quand vous rampez, vous allez prendre un pruneau en pleine poire... — (Gilles Jacob, La Vie passera comme un rêve, éd. Robert Laffont, 2009, chapitre 28)
    • Il restait des jardinières envahies de plantes poilues […]. Un pulvérisateur de désherbant pas catholique du tout. Et un escargot qui bavait trop rampait sur un gant perdu au milieu de tout ça. — (Eric Gilberh, Personne ne me croit, hein ?, dans Les perce-oreilles: nouvelles, Beauvais : Éditions L'Iroli, 2006, page 72)
    • Un seul nombre pour une multitude de trajectoires, glissées, rampées, escaladées, suspendues, projetées…— (site www.lepreaucdr.fr)
  2. (Botanique) Se dit des plantes qui n’ont pas de tige assez forte pour les soutenir, et dont les branches restent au sol ou s’accrochent à un support, comme le lierre rampant ou la vigne.
    • On sentait en ce lierre une grande vivacité pour ramper ainsi jusqu’à la maison.
  3. (Figuré) Se montrer condescendant, s’abaisser.
    • C’est un homme qui rampe devant les ministres.
    • — Ne le croyez pas, dit Cordélia. Il va bientôt vous dire qu’il a une recette pour faire ramper les femmes. Mais ce n’est pas vrai. Il n’y croit pas lui-même. C’est seulement un fat. » — (Roger Vailland, 325.000 francs, 1954, réédition Le Livre de Poche, page 123)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

RAMPER. v. intr.
Se traîner sur le ventre. Il ne se dit au propre que des Serpents, des couleuvres, des vers, etc. Dieu condamna le serpent à ramper. Les couleuvres, les vers rampent. Il se dit, par extension, des Plantes qui n'ont pas la tige assez forte pour se soutenir et dont les branches se couchent, s'étendent sur la terre ou s'attachent aux arbres, comme le lierre, la vigne. Le lierre rampe à terre, rampe contre les murailles, rampe autour des arbres. Il se dit encore, par extension, des Animaux, de l'homme, lorsqu'ils se traînent sur le ventre. L'entrée de la grotte était très basse, il pénétra en rampant. Il se dit figurément de Ceux qui s'abaissent devant les gens puissants et Influents. C'est un homme qui rampe devant les ministres.

Littré (1872-1877)

RAMPER (ran-pé) v. n.
  • 1Se traîner sur le ventre, en parlant des serpents, des vers et autres animaux semblables. Les vers qui rampent sous l'herbe. J'ai plus d'horreur de vous que des feux, que des fers Et de tous les serpents qui rampent aux enfers, Tristan, M. de Chrispe, III, 4.

    Fig. Tu n'as point d'aile, et tu veux voler : rampe, Voltaire, Pauvre diable.

    Fig. Ramper sur la terre, y vivre dans un état comparé à celui des animaux rampants. Je sais bien que cette profession [le commerce] est méprisée de nos petits-maîtres ; mais vous savez aussi que nos petits-maîtres et les vôtres sont l'espèce la plus ridicule qui rampe avec orgueil sur la surface de la terre, Voltaire, Zaïre, Ép. dédic. à Falkener.

    On a dit substantivement, en parlant de la vipère : Son ramper n'est pas aussi rapide que celui de plusieurs autres serpents.

  • 2En parlant des plantes, s'étendre sur la terre, s'attacher aux branches des arbres. Son palais est enrichi de colonnes dorées où rampe tout du long une vigne d'or, Vaugelas, Q. C. VIII, 9. Que la vigne en rampant gagne ces colonnades, Monte à ces chapiteaux et pende à ces arcades, Delille, Hom. des ch. Var. et add. ch. IV.
  • 3En anatomie, se montrer, se dessiner avec un cours sinueux. L'anatomiste a très bien démêlé des vaisseaux sanguins qui rampent sur la surface de ces tubules, Bonnet, Contempl. nat. Œuv. t. VIII, p. 43.
  • 4Il se dit des animaux, de l'homme, qui se traînent sur le ventre. C'était un beau sujet de guerre Qu'un logis où lui-même il n'entrait qu'en rampant ! La Fontaine, Fabl. VII, 16. Les Groenlandais assurent que, quand ils veulent sortir pour mettre leurs canots à l'abri, ils sont obligés de ramper sur le ventre, de peur d'être le jouet des vents, Buffon, Add. et corr. Théor. terre, Œuv. t. XIII, p. 32. Il [le chien] vient en rampant mettre aux pieds de son maître son courage, sa force, ses talents, Buffon, Quadrup. t. I, p. 310. Il arrive [Néron], les pieds et les vêtements déchirés par les ronces, aux murs du jardin de l'affranchi ; il y entre en rampant, Diderot, Claude et Néron, I, 112.

    Cheminer lentement. Cela [aller dans la lune] vaudrait bien mieux que d'aller d'ici au Japon, c'est-à-dire de ramper avec beaucoup de peine d'un point de la terre sur un autre pour ne voir que des hommes, Fontenelle, Mondes, 3e soir.

  • 5Être gisant sur la terre. Des théâtres croulants, dont les frontons superbes Dorment dans la poussière ou rampent sous les herbes, Lamartine, Médit. I, 18.
  • 6 Terme d'architecture. Pencher suivant une pente donnée.
  • 7 Fig. Être dans un état humble, bas. J'aurais quelque chagrin à vous traiter de reine …S'il me fallait ramper dans un degré plus bas, Corneille, Agésil. I, 1. Elle [l'âme fidèle] y [sur la terre] voit une sagesse souveraine qui se plaît, ce semble, à se jouer des hommes, en les élevant les uns sur les ruines des autres ; en dégradant ceux qui étaient au haut de la roue, pour y faire monter ceux qui rampaient, il n'y a qu'un moment, devant eux, Massillon, Avent, Bonh. des justes. On m'ignore, et je rampe encore à l'âge heureux Où Corneille et Racine étaient déjà fameux, Piron, Métrom. III, 9. Ils rampaient à mes pieds, ils sont ici mes maîtres, Voltaire, Olymp. II, 6. Je rampe sous la chaîne Du plus modique emploi, Béranger, Vocation.

    Par extension. Si les sciences se sont trop élevées vers le ciel, s'il a été avantageux de les rappeler vers la terre, il ne faut point les condamner à y ramper, Condorcet, Duhamel.

    S'humilier. Il rend honneur au prochain… il ne refuserait pas, s'il le fallait, de ramper sur la poussière, et sous les pieds du prochain, Bourdaloue, Pensées, t. II, p. 178. Ils [les premiers chrétiens] ne connaissaient rien de plus grand que de ramper dans la boue, Massillon, Pet. carême, Caract. de la grand. de J. C.

  • 8 Fig. S'abaisser d'une façon abjecte devant la puissance, la richesse. Du même fond d'orgueil dont on s'élève fièrement au-dessus de ses inférieurs, l'on rampe vilement devant ceux qui sont au-dessus de soi, La Bruyère, VI. Je vous avertis qu'il est fort vain : il aime à voir ramper devant lui les autres domestiques, Lesage, Gil. Bl. III, 3. Nous n'avons que deux jours à vivre ; ce n'est pas la peine de les passer à ramper sous des coquins méprisables, Voltaire, Lett. Helvétius, 16 juillet 1760. Comme le peuple est également dangereux, soit qu'il rampe devant les autres, soit qu'on rampe devant lui, il ne faut pas qu'il possède exclusivement le droit de juger et qu'il confère toutes les magistratures, Barthélemy, Anach. ch. 62. Vous rampiez tous, ô rois qu'on déifie, Béranger, Le Dieu des bonnes gens.

    Poétiquement. Beaux-arts, dieux bienfaisants… Sur le front des époux de l'aveugle Fortune Je n'ai point fait ramper vos lauriers trop jaloux, Chénier, Élég. XVI.

  • 9En parlant d'un écrivain, du style, être bas, sans élévation. Ils [certains poëtes] rampent bassement, faibles d'inventions, Régnier, Sat. IX. Si nous ne nous permettions quelque chose de plus ingénieux que le cours ordinaire de la passion, nos poëmes ramperaient souvent, Corneille, Cid, Examen. L'autre a peur de ramper et se perd dans la nue, Boileau, Art p. I. Ses vers plats et grossiers, dépouillés d'agrément, Toujours baisent la terre et rampent tristement, Boileau, ib. II.

HISTORIQUE

XIIe s. À tant la roche passerent en rampant, Rois, p. 46.

XIIIe s. La mers et toutes les choses rampanz loer doivent Dieu, Psautier, f. 82. Par foi, dist Belin le moton, Je n'apris onques à ramper. Dist Bernars : je ne sai monter, Ren. 13395. Uns des barons de l'ost en contre-mont rampoit, Et li autre trestout, chascuns d'eus le sivoit, Ch. d'Ant. VI, 254. Ses cuers [son cœur, de l'ambitieux] n'est onques à sejour, Ains tire au ramper nuit et jour Amont, et dist : je ramperai, Et haut en chiere seray, Baudouin de Condé, t. I, p. 471.

XIVe s. Tant burent de bon vin no gent en assaillant, Qu'il en furent plus fier que nul lyon rampant, Guesclin. 20139. Chascune de ces ulceres sont dites ambulatives, quant il [elles] rampent et s'estendent d'un lieu en autre, H. de Mondeville, f° 75, bis, verso. Serpigo est une aspreté qui rampe çà et là, Lanfranc, f° 43.

XVe s. Les Escots establis sur deux croupes de montagnes, là où l'on ne peut bonnement monter ni ramper pour eux assaillir, Froissart, I, I, 41.

XVIe s. Qui rocs et montz comme lyons ramperent, Marot, J. V, 27. D'ung sault persoyt ung foussé, montoyt six pas encontre une muraille, et rampoyt en cette faczon à une fenestre de la haulteur d'une lance, Rabelais, Garg. I, 23. Y apparoissoyent, on demy jour, aulcuns limassons en ung lieu, rampans sur les raisins ; en aultres…, Rabelais, Pant. V, 38. Soudain la renommée à l'aile bien agile, Dessus le mur rampée, espouvanta la ville, Ronsard, 672. Et à ceux qui pourront vivement empescher De ramper l'heresie à force de prescher, Ronsard, 695. Nostre langue encores rempante à terre, Du Bellay, J. I, 10, verso. Rampant au limon de la terre, je ne laisse pas de remarquer jusques dans les nues la haulteur inimitable d'aulcunes ames heroïques, Montaigne, I, 263.

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Étymologie de « ramper »

Provenç. rapar. On serait tenté de chercher l'étymologie dans le latin repere. Mais le sens s'y oppose, puisque ramper dans l'historique veut aussi bien dire grimper que ramper. Il faut donc le rattacher, avec Diez, au germanique : flamand, rapen, saisir, attirer à soi (l'italien rampare, signifie donner des coups de griffe) ; bavarois, rampfen. La série des sens est s'accrocher, grimper, aller à quatre pattes, ramper.

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Voir l’ancien français ramper.
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Phonétique du mot « ramper »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
ramper rɑ̃pe

Fréquence d'apparition du mot « ramper » dans le journal Le Monde

Source : Gallicagram. Créé par Benjamin Azoulay et Benoît de Courson, Gallicagram représente graphiquement l’évolution au cours du temps de la fréquence d’apparition d’un ou plusieurs syntagmes dans les corpus numérisés de Gallica et de beaucoup d’autres bibliothèques.

Évolution historique de l’usage du mot « ramper »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « ramper »

  • Un courtisan est semblable à ces plantes faites pour ramper qui s'attachent à tout ce qu'elles trouvent.
    Montesquieu
  • Si le talent empêche le génie de tomber, le génie l'empêche de ramper.
    Antoine de Rivarol — Rivaroliana
  • Plus personne aux environs en cette soirée de juin. Nous en profitons pour nous faufiler dans le trou, à plat ventre. L’opération dure environ 5 secondes, à ramper en prenant la poussière et les toiles d’araignées, avant de se relever. Se dévoile un conduit d’un mètre de large dans lequel s’écoule une eau noirâtre. Une surface en pierre d’environ 30 centimètres de large, penchée et glissante, borde la canalisation sur le côté.
    Rue89 Strasbourg — Dans le dédale interdit des égouts de Strasbourg, avec un explorateur urbain
  • Celui qui lit possède des ailes qui lui permettent de s'enfuir dans des pays merveilleux... Ne pas lire, c'est ramper sur le sol comme un ver.
    Michel Tournier
  • Parler, c' est abuser ; penser, c'est usurper. La voix sert à se taire et l'esprit à ramper. Le monde est à plat ventre, et l'homme, altier naguère, Doux et souple aujourd' hui, tremble. -Paix ! dit la guerre.
    Victor Hugo — Les Quatre vents de l'esprit
  • Ce qui rend les femmes vulnérables, c'est leur sexe, ce grand orifice dans lequel même les insectes peuvent ramper.
    Madonna — Star-Club - Août 1991
  • En matière politique, grimper, c'est ramper verticalement.
    Georges Elgozy — L'esprit des mots ou l'antidictionnaire
  • Et lorsque les chercheurs de Solar Orbiter ont repéré une forme ovale qui semblait « ramper » sur certaines des images, ils l’ont appelée « un peu tardigrade » et « notre expérience de biologie supplémentaire », a déclaré Berghmans.
    Betanews.fr — Tubby 'tardigrade' rampe à travers la surface du soleil dans des images spectaculaires - Betanews.fr
  • Cette façon de décrire la politique par l’attribution des postes à des personnes narcissiques agace les français au plus haut point. On a l’impression d’assister à la remise des prix alors que le travail n’est pas fait. Ah si seulement les ministres étaient payés avec une clause de bons résultats, on n’aurait pas autant de prétendants à venir ramper jusqu’à l’Elysée !
    CAMEROON MAGAZINE - CAMEROUN INFO - CAMEROUN ACTU — Après sa bourde de la semaine dernière, le clin d'œil plein d'humour de Jean Castex - CAMEROON MAGAZINE - CAMEROUN INFO - CAMEROUN ACTU
  • Celui qui est né pour ramper ne saurait voler.
    Alekseï Maksimovitch Pechkov, dit Maksim Gorki — Le Chant du faucon
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Traductions du mot « ramper »

Langue Traduction
Anglais crawl
Espagnol gatear
Italien strisciare
Allemand kriechen
Chinois 爬行
Arabe يحبو
Portugais rastejar
Russe ползать
Japonais クロール
Basque arakatzea
Corse rastreu
Source : Google Translate API

Synonymes de « ramper »

Source : synonymes de ramper sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « ramper »

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Nombre de points du mot ramper au scrabble : 10 points

Ramper

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