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Pensée

Définitions du mot « pensée »

Trésor de la Langue Française informatisé

PENSÉE1, subst. fém.

I. − [La pensée comme faculté]
A. − Principe de la vie psychique.
1. HIST. DE LA PHILOS. [Chez Descartes et ses continuateurs] Activité psychique dans son ensemble. Aussi bien, les exemples de pensée que Descartes aime à rappeler sont-ils tous des actes. Concevoir, affirmer, vouloir, imaginer, sentir, ce sont là des opérations comme il le note dans l'Exposé «géométrique», aussitôt après la définition de la pensée (R. Verneaux, Les Sources cartésiennes et kantiennes de l'idéalisme fr., Paris, Beauchesne, 1936, p.123).L'affectivité est encore [dans l'acte du cogito] un mode de la pensée au sens le plus large; sentir est encore penser (Ricoeur, Philos. volonté, 1949, p.83).V. attendre ex. 17 et penser1I A ex. de Condillac:
1. ... le point de vue systématique où Descartes a employé le mot pensée [it. ds le texte] pour exprimer l'attribut essentiel et l'essence même de l'âme, par opposition au corps qui a l'étendue pour essence... Maine de Biran, Journal, 1823, p.402.
2. Lang. cour.
a) Ensemble des facultés psychologiques tant affectives qu'intellectuelles. Synon. âme, coeur, esprit (v. ce mot 2esection I B 1).C'était un de ces jours tristes qui oppressent, écrasent la pensée, compriment le coeur, éteignent en nous toute force et toute énergie (Maupass., Contes et nouv., t.1, Épave, 1886, p.717).La force leur a été donnée [aux rois] par le Seigneur et la puissance par le Très-Haut, qui examinera leurs actes et sondera leur pensée (Théol. cath.t.4, 11920, p.1013):
2. Christine survint, appuya un bol de lait contre les lèvres de la malade, refit l'arrangement des oreillers, embrassa sa mère, partit. Les bouffissures blafardes s'élargissaient sur le visage et sur le cou, et sans doute sur tout le reste d'un corps qui se préparait à vivre tout seul de son côté, de quelque vie laide et monstrueuse. Sa pensée, sa tendresse, tout ce qui constituait sa mère, avait à s'arranger de cela, pendant que c'était encore possible. Malègue, Augustin, t.3, 1933, p.313.
PARAPSYCHOL. Transmission* de pensée.
b) Activité affective consciente. Loin de vous comme en votre présence, je ne puis m'occuper que du seul amour; les plus tristes objets n'en peuvent détacher ma pensée (Cottin, Mathilde, t.2, 1805, p.161).Ses yeux s'obscurcirent, sa pensée se voila, et il n'entendit plus que très vaguement geindre l'essieu des roues (A. Daudet, Tartarin de T., 1872, p.104).V. irrépressible ex.:
3. Elle rouvrit les yeux. Elle regarda sa mère, son père, d'un regard qui déjà n'était plus de ce monde. On lisait en elle une pensée intense, une suprême angoisse, une poignante supplication qu'elle ne pouvait plus exprimer. Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p.416.
B. − [P. oppos. à affectivité, sensibilité] Principe de la vie intellectuelle. Synon. entendement, esprit (v. ce mot 2esection I C), intelligence.
1. PHILOS., PSYCHOL.
a) Ensemble des fonctions psychiques et psycho-physiologiques ayant la connaissance pour objet; ensemble des phénomènes par lesquels ces fonctions se manifestent. Genèse, mécanismes, opérations, productions, troubles de la pensée. La pensée est-elle autre chose que la reproduction interne des phénomènes extérieurs, classés suivant la constance de leurs liaisons? (Boutroux, Contingence, 1874, p.99).Si la pensée ne mettait elle-même dans les choses ce qu'elle y trouvera ensuite, elle serait sans prises sur les choses (Merleau-Ponty, Phénoménol. perception, 1945, p.425).V. abstrait ex. 14, analogie ex. 10, distinguer A 3 ex. de Vuillemin, homme ex. 2, intelligence I A 1 c ex. de Lamarck, intelligent ex. 2:
4. Philosophes et linguistes se sont toujours accordés à reconnaître que, sans le secours des signes, nous serions incapables de distinguer deux idées d'une façon claire et constante. Prise en elle-même, la pensée est comme une nébuleuse où rien n'est nécessairement délimité. Il n'y a pas d'idées préétablies, et rien n'est distinct avant l'apparition de la langue. Sauss.1916, p.155.
[Suivi d'un adj. indiquant la nature ou la forme, le degré ou le niveau de la pensée] Pensée abstraite, spéculative; pensée notionnelle, symbolique; pensée analytique, intuitive, discursive; pensée autistique, égocentrique. Tout nous engage à considérer le mécanisme de la pensée syncrétique comme intermédiaire entre celui de la pensée logique et celui de ce que les psychanalystes ont appelé d'un mot hardi le «symbolisme» des rêves (J. Piaget, Le Lang. et la pensée chez l'enfant, Neuchâtel, 1948 [1923], p.152):
5. La vie collective (...) ne peut exister que par la communication entre les hommes et cette communication suppose l'antériorité logique d'une pensée conceptuelle. Traité sociol., 1967, p.67.
b) Connaissance discursive. Synon. raison.Un être vivant est un être observable, tandis que le tout de l'univers est construit ou reconstruit par la pensée (Bergson, Évol. créatr., 1907, p.15).Il faut que la pudeur, la honte, l'indignation, l'euphorie des idéaux, la sensation du juste et de l'injuste, soient des seuils infranchissables à la pensée (Valéry, Suite, 1934, p.79):
6. L'arsenal des opérations de l'esprit est transfiniment illimité, mais grâce à lui, toute notion accessible peut être présentée en termes finis. La métamathématique de Cantor a ouvert à la pensée l'éblouissante perspective de son propre infini. Gds cour. pensée math., 1948, p.117.
2. Lang. cour.
a) Faculté de connaître, de raisonner, de juger; activité intellectuelle qui en est la source. La pensée est le labeur de l'intelligence, la rêverie en est la volupté. Remplacer la pensée par la rêverie, c'est confondre un poison avec une nourriture (Hugo, Misér., t.2, 1862, p.51).Au fond de l'esprit de l'homme, il existe une puissance de pensée insoupçonnée et latente qui dépasse de beaucoup le peu que nous en connaissons (Barrès, Cahiers, t.12, 1919, p.222).V. harmonier II B ex. de Balzac:
7. L'exercice de la pensée, la recherche des idées, les contemplations tranquilles de la science nous prodiguent d'ineffables délices, indescriptibles comme tout ce qui participe de l'intelligence, dont les phénomènes sont invisibles à nos sens extérieurs. Balzac, Peau chagr., 1831, p.102.
b) En partic.
α) Ensemble des capacités intellectuelles d'une personne. Pensée active, claire, défaillante, faible, ferme, prompte, vive; altération, engourdissement, fléchissement de la pensée. Il regardait ces gens de ses yeux bleus, troubles et sans pensée, et il tournait un peu sa tête bouffie où semblait s'éveiller un commencement d'attention (Maupass., Contes et nouv., t.1, Hérit., 1884, p.528).Le petit Mouron, doux et modeste, toujours timide, toujours un peu lent de pensée (A. France, Vie fleur, 1922, p.366).Leur intelligence [des amorphes] est superficielle, leur pensée étroite; ils lisent peu, observent mal, n'ont aucune aptitude à l'abstraction, aucun sens de l'esprit ou de l'ironie (Mounier, Traité caract., 1946, p.248).
Loc. [À la forme nég.] La pensée ne l'encombre pas. Il n'est pas (très) intelligent; il est sot. Il jetait un regard singulièrement trouble et voilé, sans malice aucune. Comme la pensée ne l'encombrait pas, il pouvait sortir tout de go ce qui lui passait par la tête (Gide, Si le grain, 1924, p.533).
β) Mise en oeuvre de ces capacités; aptitude à réfléchir. Il est bien certain, reprit-il, après un silence de pensée, que c'est la Vierge qui agit dans ces cas-là sur nous (Huysmans, En route, t.1, 1895, p.33).Il percevait là une symétrie à laquelle sa pensée s'arrêta un instant sans pouvoir lui donner un sens précis (Aymé, Uranus, 1948, p.104):
8. En quinze ou seize ans et après son apprentissage, l'avoué, le notaire, le marchand, tous les travailleurs patentés ont gagné du pain pour leurs vieux jours. Je ne me suis senti propre à rien en ce genre. Je préfère la pensée à l'action, une idée à une affaire, la contemplation au mouvement. Balzac, L. Lambert, 1832, p.126.
[Avec la fonction de déterm.]
Homme de pensée (gén. p.oppos. à homme d'action). Celui qui met en oeuvre son goût pour la réflexion et, p.ext., pour les choses de l'esprit, la culture; en partic., celui dont la tâche principale est le travail de la réflexion. Il était réservé à notre temps de voir des hommes de pensée ou qui se disent tels faire profession de ne soumettre leur patriotisme à aucun contrôle de leur jugement (Benda, Trahis. clercs, 1927, p.65).Mon père, homme de pensée, de culture, de tradition, était imprégné du sentiment de la dignité de la France (de Gaulle, Mém. guerre, 1954, p.1).V. homme ex. 25:
9. Par un de ces contrastes fréquents chez les hommes de pensée, M. Weil, qui ne sortait pas de ses livres et vivait uniquement de la vie de l'esprit, était passionné de choses militaires. Rolland, J.-Chr., Maison, 1909, p.1049.
Travail, ouvrage de pensée. Qu'on ait à exécuter un travail de pensée ou un travail d'atelier ou d'industrie, il faut se tenir à sa pièce, la creuser, la façonner, la perfectionner tous les jours (Gambetta, 1876ds Fondateurs 3eRépubl., p.120).
c) P. méton.
α) L'esprit en tant que siège des facultés intellectuelles. Sinistre! c'est l'épithète qui vient à la pensée en le voyant (Goncourt, Journal, 1864, p.22).L'idée de tromper mon mari n'avait jamais effleuré ma pensée (Gide, École femmes, 1929, p.1296):
10. ... il se mit à l'insulter, à l'injurier, à l'appeler par tous les méchants noms et tous les mots impurs dont était pleine sa pensée. Bloy, Journal, 1899, p.306.
En partic. Attention, application mentale. Ne pas avoir la pensée à ce qu'on fait; détourner sa pensée de quelque chose. Il s'acharnait sur ses livres du matin au soir; mais il ne faisait rien de bon: sa pensée était ailleurs (Rolland, J.-Chr., Antoinette, 1908, p.896).
P. méton. Personne (qui pense). Deux regards, deux pensées qui se cherchent à travers l'univers finissent toujours par se retrouver (Lamart., Confid., 1849, p.39).
β) L'esprit en tant que faculté de se représenter ce qui n'existe pas en réalité. Dans sa pensée, il unissait les deux enfants. Il allait les unir, dans la réalité (Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p.1566).
Loc. adv.
En pensée, par la pensée. Par l'imagination; en partic., par le souvenir. Remonter (jusqu'à), se reporter à, (faire) revivre par la/en pensée. Je songe vaguement à mon dernier voyage; je revois en pensée ma chère cathédrale, la via Cannobio, la maison du passé (Milosz, Amour. init., 1910, p.126).Il regardait cette demeure décrépite et mélancolique et, déjà, par la pensée, il la voyait comme elle allait être bientôt (Duhamel, Désert Bièvres, 1937, p.87).De manière imaginaire ou au moyen de l'abstraction. Se placer, se transporter quelque part par la/en pensée. Un astronome, habitué à vivre en pensée dans les espaces interplanétaires, doit avoir beaucoup moins de mal qu'un autre à mourir (Martin du G., Thib., Épil., 1940, p.968).En déplissant par la pensée les chaînes de montagnes actuelles d'origine alpine, on étend considérablement les surfaces émergées (Combaluzier, Introd. géol., 1961, p.140).[P. oppos. à en fait, en réalité, par action, par omission] Pécher, commettre une faute, un crime par la/en pensée. Adultères par la pensée, êtes-vous moins souillées d'un péché du coeur que d'un péché du corps? (Péladan, Vice supr., 1884, p.225).Christophe se demandait (...) quelle étrange satisfaction elle pouvait trouver à troubler, à souiller, ne fût-ce qu'en pensée, la pureté de leur affection (Rolland, J.-Chr., Adolesc., 1905, p.357).
De pensée (rare). Si j'étais resté chaste, mon ami, si je l'étais resté de fait et aussi de pensée (Sainte-Beuve, Volupté, t.2, 1834, p.33).
[L'accent est mis sur une faculté partic.]
Mémoire, souvenir. (Être) cher, présent, vivant à la pensée; rester gravé dans la pensée; bannir, rayer de sa pensée; fouiller dans sa pensée. Malgré moi, à chaque arrêt, des enfants de l'école s'interposaient dans ma pensée; je les voyais avec les yeux de l'âme dans les attitudes ayant existé (Frapié, Maternelle, 1904, p.295):
11. L'autre jour, j'ai été au collège voir un gamin que l'on m'avait recommandé à Paris; tout le temps du collège m'est revenu à la pensée. Je t'ai revu battant la semelle contre le mur, par un temps de neige, dans la cour des grands... Flaub., Corresp., 1864, p.138.
Imagination, rêve, rêverie. Creuser de frais vallons que la pensée adore, Remonter, redescendre, et remonter encore (Lamart., Harm., 1830, p.393).Je me créai une femme, je la dessinai dans ma pensée, je la rêvai (Balzac, Peau chagr., 1831, p.113).On devine, par ce qu'on voit, ce qu'on ne voit pas. On sonde avec l'oeil et la pensée les dedans du corsage et les dessous de la robe (Maupass., Contes et nouv., t.1, Échec, 1885, p.999).
II. − Manière d'user de cette faculté; manière de penser et d'exprimer ce qu'on pense; attitude, détermination de l'esprit propre à une personne ou à un groupe de personnes.
A. − [La pensée est le fait d'une pers. individuelle]
1. Manière de juger. Synon. opinion, appréciation, avis, point de vue (v. point1).Parler contre sa pensée; aller au bout de sa pensée. Chacune de tes paroles sera une vérité que j'écouterai à genoux. Est-ce que jamais j'ai eu une pensée autre que la tienne? (Zola, Faute Abbé Mouret, 1875, p.1467).Je demande au sultan de m'indiquer, en toute confiance, quel est le fond de sa pensée quant aux rapports du Maroc et de la France (De Gaulle, Mém. guerre, 1959, p.224).V. s'arc-bouter ex. 2:
12. Il suffisait qu'une pensée fût extraordinaire, qu'elle choquât le sens commun, pour que je m'en fisse aussitôt le champion, au risque d'avancer les sentiments les plus blâmables. Musset, Confess. enf. s., 1836, p.124.
Loc. diverses
Dire sa pensée (à qqn). Donner son opinion, dire ce que l'on ressent (sur un point particulier). Elle est si dissimulée avec moi, sans doute parce qu'elle me craint, car je l'ai élevée sévèrement, qu'elle ne peut ou qu'elle n'ose me dire sa pensée (Restif de La Bret., M. Nicolas, 1796, p.16).Je crois, pour vous dire ma pensée, que ni moi ni un autre aujourd'hui ne saurait faire oeuvre qui dure (Courier, Lettres Fr. et Ital., 1810, p.840).Dire toute sa pensée. Dire franchement ce qu'on pense sans ménagement. Il parlait vivement et sans retenue, disant toute sa pensée avec ignorance des ménagements (Maupass., Contes et nouv., t.2, Ami Jos., 1883, p.1263).
Entrer dans la pensée de qqn. Envisager les choses de son point de vue; comprendre les motifs qui le font agir. [Être discipliné veut dire] qu'on entre franchement dans la pensée, dans les vues du chef qui a ordonné, et qu'on prend tous les moyens humainement praticables pour lui donner satisfaction (Foch, Princ. guerre, 1911, p.97).
Dans la pensée de qqn. Selon sa manière d'envisager les choses. Synon. dans l'esprit*, dans l'idée* de qqn.Dans notre pensée donc, si l'avenir amène ce que nous attendons, les chances de guerre et de révolution iront diminuant de jour en jour (Hugo, Rhin, 1842, p.480).En suivant son raisonnement, sa logique. Dans la pensée de Maxwell le déplacement de ce pôle dans un diélectrique produit aussi dans le diélectrique des forces électromotrices d'induction (H. Poincaré, Électr. et opt., 1901, p.418).
Liberté* de pensée.
SYNT. Cacher, communiquer, déguiser, développer, dissimuler, nuancer, préciser, systématiser sa pensée; confier sa pensée à qqn; conquérir qqn à sa pensée; comprendre, partager la pensée de qqn; émettre, soutenir une pensée; souscrire à une pensée.
2. Opinion raisonnée; position intellectuelle systématique ou non. Démarche, évolution d'une pensée; construire, orienter une pensée; accréditer, diffuser une pensée. Quelle douleur j'ai, quand il me faut délayer ma pensée, et l'affaiblir pour qu'elle soit intelligible, de suite, à une salle de spectateurs (Mallarmé, Corresp., 1865, p.168).Je verrai peut-être se réaliser ma seule ambition, celle d'avoir une revue bien à nous, où je puisse écrire librement toute ma pensée (Bourget, Actes suivent, 1926, p.148):
13. Il n'y a de pensée que dans un homme libre; dans un homme qui n'a rien promis, qui se retire, qui se fait solitaire, qui ne s'occupe point de plaire ni de déplaire. Alain, Propos, 1925, p.667.
Libre(-)pensée. V. libre(-)penseur rem.
3. Ensemble des idées autour desquelles une personne organise sa vie. Synon. morale, philosophie.Les grandes causes demandent des hommes supérieurs, de nobles coeurs, de grandes âmes. L'élévation de pensée et de caractère, voilà ce qu'il nous faudrait et ce qui nous manque (Amiel, Journal, 1866, p.276).Je comprenais qu'il avait sa carrière, sa pensée, sa vie publique, que ne devait pas se permettre d'encombrer mon amour (Gide, École femmes, 1929, p.1254):
14. D'assez bonne heure (...), sans accepter aucun dogme religieux ou philosophique, j'étais assez bien arrivé à concilier toutes mes tendances, à me confectionner un cadre solide de vie, de pensée; une façon de morale. Martin du G., Thib., Épil., 1940, p.947.
B. − [La pensée est le fait d'un penseur ou d'un groupe soc.]
1. [Le plus souvent suivi d'un adj. ou d'un compl. déterminatif de]
a) Ensemble des idées, des façons de penser, propre à une personne ou à une école, à un peuple, à une race ou à une époque. Synon. philosophie.Le rayonnement d'une pensée. Tu le regardes [Barrès] comme un simple écrivain, moi comme un maître; tu apprécies son talent, moi sa pensée (Rivière, Corresp.[avec Alain-Fournier], 1905, p.177).La théorie platonicienne des idées a dominé toute la pensée antique, en attendant qu'elle pénétrât dans la philosophie moderne (Bergson, Deux sources, 1932, p.256):
15. Chacun dans des domaines variés, un Spinoza, un Bayle, un Locke, par exemple, a légué à la pensée européenne et spécialement à la pensée française une attitude critique que l'évolution historique et en particulier les transformations économiques contribueront largement à accentuer. Vedel, Dr. constit., 1949, p.15.
SYNT. Pensée cartésienne, hégélienne, marxiste, socratique, stoïcienne; pensée de Marc Aurèle, de Montaigne, de Rousseau; pensée de Husserl, de Nietzsche, de Sartre; pensée de Valéry, de Gide; pensée allemande, chinoise, chrétienne, hindoue, judaïque, musulmane, occidentale; pensée classique, contemporaine, médiévale, moderne.
b) Ensemble des idées, système doctrinal qui est à la base d'un style de société, qui sert de norme à une action collective. Synon. idéologie, idée (v. ce mot I A 4 b).Pensée démocratique, prolétarienne, républicaine, révolutionnaire. J'admire comment la pensée populaire tient ferme depuis tant de siècles (Alain, Propos, 1929, p.901):
16. Les «chiens de garde» [réf. à l'oeuvre de P. Nizan] étaient si bien arrivés, après huit ans de lycée et les années de faculté, à nous convaincre de l'identité de la raison et de la pensée bourgeoise que nous avions aussi jeté la raison par dessus bord et avec elle les sciences exactes... Vailland, Drôle de jeu, 1945, p.18.
c) Ensemble des réflexions qui caractérisent un domaine particulier de l'activité collective. Pensée juridique, littéraire, politique, scientifique, sociale, sociologique. Le contact avec l'Europe, et notamment avec la poésie anglaise, a provoqué un grand renouvellement de la pensée religieuse, philosophique et artistique (Arts et litt., 1936, p.56-4).Toujours la pensée économique s'est attachée à la société; elle a surgi de l'expérience économique de la société, mais les dominantes de cette expérience ont varié (Univ. écon. et soc., 1960, p.4-3).
2. La pensée (humaine). Mouvement général des idées, des philosophies, des sciences au cours des périodes historiques. Progrès de la pensée; monument, grand nom de la pensée. La métropole même de la sociabilité humaine, la patrie de la pensée, la terre de la poésie, de la philosophie et de l'art, la Grèce (Hugo, Rhin, 1842, p.428).Ces trusts qui ont porté l'industrie américaine à cet état de perfection et de concentration, qui est le grand fait des cinquante dernières années de la pensée humaine (Aragon, Beaux quart., 1936, p.196):
17. Sans évoquer les nombreux exemples que nous fournirait l'histoire de la pensée, rappelons seulement combien les systèmes de philosophie eurent d'influence sur le développement du savoir en général et, particulièrement, du savoir occidental. Marin, Ét. ethn., 1954, p.12.
3. P. méton.
a) Ensemble des personnes concernées par une activité intellectuelle. Synon. les penseurs.Lorsque Bonaparte saisit le pouvoir, que la pensée fut bâillonnée (...), la vérité disparut (Chateaubr., Mém., t.2, 1848, p.645).À votre majorité de parlementaires, oppressive et incompétente, nous opposerons l'élite française, la pensée française (Barrès, Cahiers, t.8, 1910, p.162):
18. ... cette éducation au tambour des lycées impériaux, où Bonaparte, empereur, voulait mettre la pensée de toute la France en uniforme et faire un peuple de soldats au lieu d'un peuple de citoyens. Lamart., Confid., 1849, p.312.
b) Groupe de personnes auxquelles on prête ou on reconnaît un pouvoir lié à leur activité intellectuelle. Moulin avait créé, aussi, le «Bureau d'information et de presse», dirigé par Georges Bidault, qui nous tenait au courant de l'état des esprits, notamment dans les milieux de la pensée, de l'action sociale et de la politique (De Gaulle, Mém. guerre, 1954, p.236):
19. Lucien fut en un moment séduit par les réflexions du gentilhomme, et charmé de voir s'ouvrir devant lui les portes des salons d'où il se croyait à jamais banni quelques mois auparavant. Il admira le pouvoir de la pensée. La presse, l'intelligence étaient donc le moyen de la société présente. Balzac, Illus. perdues, 1839, p.431.
4. Dans le domaine des beaux-arts et de la litt.
a) Manière dont un auteur, un artiste s'exprime dans son oeuvre; sens de cette oeuvre; les idées qu'elle exprime. L'écrivain altérant sa pensée, tourmentant son style, pour conquérir le public (L. Blanc, Organ. trav., 1845, p.197).La banalité de sa pensée se cachait sous un flot d'images (Gide, Faux-monn., 1925, p.1166).C'est le rôle du chef de choeur (...) de donner confiance au chanteur pour retrouver la pensée du compositeur et la traduire avec exactitude dans ses notes et dans son esprit (Arts et litt., 1935, p.36-13).V. entrer A 2 a ex. de Bergson:
20. L'oeuvre d'art reflète d'abord une part d'organisation lucide où trouvent à s'appliquer les convictions intellectuelles, l'échelle des valeurs dont est constituée la pensée de l'artiste. Huyghe, Dialog. avec visible, 1955, p.435.
SYNT. Affaiblir, déformer, dénaturer, rendre (bien/mal), résumer, traduire, trahir la pensée de qqn; pensée académique, compliquée, délicate, fade, forte, insuffisante, médiocre; audace, fraîcheur, indigence, nullité, originalité, pauvreté, puissance, vigueur de pensée.
b) En partic.
[Dans une oeuvre littér.]
Fond (p.oppos. à forme). Comme pensée, le livre est fort ingénieux dans les détails. Comme forme, très irrégulier, −du haut et du bas (Barbey d'Aurev., Memor. 1, 1837, p.109).Hier, il m'a lu l'allocution qu'il a préparée pour sa réception de doctor honoris causa à l'université d'Oxford. Texte d'une forme raffinée, mais, hélas, d'une banalité de pensée manifeste (Martin du G., Notes Gide, 1951, p.1419).
Sens profond; idée directrice. Ce fier personnage à la figure basanée exprime la pensée de toute la composition (Barrès, Greco, 1911, p.22):
21. [E. Quinet] affirme que la Révolution pouvait se sauver par la justice. À l'honneur de Robespierre, il préfère l'honneur de la liberté. Voilà la pensée du livre; elle s'y répand en flots d'éloquence; elle donne à tout l'ouvrage une unité majestueuse et convaincante. Ferry, 1866ds Fondateurs 3eRépubl., p.112.
P. méton., rare. Idée originale; génie. Le Poussin, en peignant les danses des bergères, place dans le paysage le tombeau d'une jeune fille, sur lequel est écrit: Et moi aussi je vécus en Arcadie. Il y a de la pensée dans cette manière de concevoir les arts, comme dans les combinaisons ingénieuses de Gluck (Staël, Allemagne, t.3, 1810, p.377).
III. − Avec un indéf. ou au plur. Produit de cette faculté.
A. − Toute représentation dans la conscience (laquelle inclut notamment celle d'un sentiment, d'une sensation, d'un état d'âme). Tourner toutes ses pensées vers qqn; être le confident des pensées de qqn; se faire une place dans les pensées de qqn; toutes mes pensées vous appartiennent. Son âme s'exhale en pensées, en rêves d'amour, en élans impuissants vers une insaisissable félicité (Karr, Sous tilleuls, 1832, p.234).Elle était toute vivacité; la moindre pensée se lisait sur ses traits; elle s'émouvait du moindre incident (Arland, Ordre, 1929, p.518).Que de fois, considérant un homme avancé en âge, j'imagine ce tissu serré d'actes et de pensées que représente un seul destin (Mauriac, Journal 1, 1934, p.56).V. coeur ex. 56:
22. −Êtes-vous certaine (...) que vous n'auriez pas été aussi bien aimée, mieux aimée par un homme simple, qui n'aurait pas été un grand homme, qui vous aurait offert toute sa vie, tout son coeur, toutes ses pensées, toutes ses heures, tout son être (...)? Maupass., Contes et nouv., t.1, J. Romain, 1886, p.1295.
[Dans un style archaïsant ou plais.] Objet des pensées de qqn (la reine, la dame de ses pensées). Personne qui est l'objet d'un amour romanesque. Synon. dulcinée.Ce paladin qui s'en va dans la campagne cherchant des torts à redresser, et prêt à se faire tuer pour la dame de ses pensées (Janin, Âne mort, 1829, p.14).Nous irons au cirque ce soir, dit l'avoué. Vous ne m'écoutez plus, vous songez à l'objet de vos pensées; malgré vos amours, j'espère que vous viendrez dîner à la maison? (Champfl., Bourgeois Molinch., 1855, p.166).
En partic. Témoignage de sollicitude. Synon. attention.Une pensée amicale, charitable; une charmante, une gentille, une touchante pensée; avoir une pensée émue, une pensée toute particulière pour qqn. Remerciez pour moi M. de Mirecourt de sa bonne pensée (Hugo, Corresp., 1853, p.170).C'est une très délicate pensée que vous avez là (Druon, Gdes fam., t.1, 1948, p.52).
Au plur. [Dans la corresp.; avec un sens atténué] Meilleures pensées. J'ai grand besoin de toi. Mes affaires vont mal. Affectueuses pensées. Ton Laurent (Duhamel, Combat ombres, 1939, p. 210).
B. −
1. [P. oppos. à sentiment, sensation] Toute représentation mentale à caractère objectif (laquelle comprend également l'image). Un homme ne vit que par le milieu extérieur où il baigne; et les sensations qu'il en reçoit, se transforment chez lui en mouvement, en pensées et en actes (Zola, Dr Pascal, 1893, p.256).La danse excelle à nous vider (...) de nos pensées, de façon que nous répondions au signe seulement par le signe (Alain, Beaux-arts, 1920, p.203):
23. Le corps n'est (...) pas un objet. Pour la même raison, la conscience que j'en ai n'est pas une pensée, c'est-à-dire que je ne peux le décomposer et le recomposer pour en former une idée claire. Merleau-Ponty, Phénoménol. perception, 1945, p.231.
[En assoc. syntagm.]
[La pensée du point de vue de son origine, de sa vie, de son mouvement] Il sentait la terre se dérober sous ses pieds et ses pensées tourbillonner dans son cerveau comme dans un songe (Sand, Lélia, 1839, p.443).Une pensée lui venait, qu'il repoussait avec violence (Malègue, Augustin, t.2, 1933, p.16).
SYNT. a) Pensée errante, lancinante, obsédante. b) Une pensée effleure, illumine, occupe, traverse, visite qqn, l'esprit; une pensée habite, hante, obsède, poursuit, remplit, saisit, suit, travaille qqn; une pensée vient à qqn, à l'esprit, s'impose à l'esprit; une pensée jaillit, survient, éclot/germe (dans le cerveau); chasser, écarter, rejeter une pensée; se débattre contre une pensée. Au plur. Les pensées s'agitent, se bousculent, couvent, se dispersent, se pressent, remuent, tournoient, trottent, vagabondent, virevoltent (dans la tête, dans le cerveau, dans l'esprit); les pensées foisonnent, fourmillent; le tumulte, la multitude des pensées; un flot de pensées; le fil, la trame des pensées; mettre de l'ordre dans ses pensées; aérer, rassembler ses pensées; être prisonnier, être la proie de pensées.
[La pensée ou son expression du point de vue de sa qualité, de sa forme] Pensée cohérente, contradictoire, décousue, floue, juste, nette, obscure, vague; pensée banale, bizarre, extravagante, féconde, folle, forte, frivole, légère, originale, profonde, puérile, subtile, superficielle. Je n'eus que la force de me traîner à mon lit avec l'aide de Larive. Toutes mes pensées étaient si confuses que j'avais à peine le souvenir de ce qui s'était passé (Musset, Confess. enf. s., 1836, p.188).Sorbier songea qu'il aurait plaisir à casser sa canne sur l'échine de l'épouse mais ce fut une pensée fugitive qu'il n'eut pas le courage d'exprimer (Aymé, Nain, 1934, p.49):
24. ... elle aimait la poésie, les rêves, les pensées capricieuses, brumeuses et vagabondes; et son mari commence par lui dire que Lamartine est incompréhensible, que les rêveurs sont des fous, qu'il n'y a de vrai que l'argent et la géométrie. Flaub., Smarh, 1839, p.72.
[La pensée du point de vue de sa résonance affective] Les maux d'estomac encouragent la rumination, les pensées moroses et l'opposition (Mounier, Traité caract., 1946, p.609).V. oreiller A ex. de Michelet:
25. Je m'en allais dans la campagne, je marchais des journées entières, dans l'espérance de fuir deux pensées déchirantes qui m'assiégeaient tour à tour: l'une, que je ne posséderais jamais celle que j'aimais; l'autre, que je manquais à l'honneur en restant chez M. le maréchal d'Olonne. Duras, Édouard, 1825, p.175.
SYNT. Pensée accablante, affligeante, amère, apaisante, atroce, consolante, désagréable, douce, douloureuse, effrayante, enivrante, exaspérante, grisante, inquiétante, insupportable, pénible, terrible. Souvent au plur. Pensées ardentes, chagrines, lugubres, sinistres, suaves, tristes, voluptueuses; noires pensées; (être plein de) sombres pensées.
[La pensée du point de vue de sa réf. à la morale] Un naïf (...) incapable d'une pensée basse et d'un mensonge même dans la colère (Goncourt, Journal, 1895, p.753):
26. Une étrange contradiction subsistait toujours malgré lui entre ses pensées et ses paroles; jamais pensées plus magnifiques et élevées; jamais paroles plus sardoniques et basses. Jouhandeau, M. Godeau, 1926, p.268.
Le plus souvent au plur., vieilli. Basses, mauvaises pensées; pensées déshonnêtes; pensées vilaines et impures. Pensées contraires à la morale, à la chasteté; désirs érotiques. Moi aussi je suis honnête, pour moi aussi dans certains cas un homme peut être dessexué, si bien que je n'ai aucun mérite à ne pas avoir de «pensées coupables» (Triolet, Prem. accroc, 1945, p.249).V. déshonnête ex. et iman ex. 2:
27. Ils en arrivaient à voir le mal dans leurs actes les plus innocents: un regard, un serrement de main; ils rougissaient, ils avaient de mauvaises pensées. Leurs rapports devenaient intolérables. Rolland, J.-Chr., Matin, 1904, p.173.
[Allus. littér. à Vauvenargues] Les grandes pensées viennent du coeur. V. coeur II A 3.
SYNT. Pensée généreuse, innocente, noble, pure; pensée avilissante, dégoûtante, dégradante, déloyale, honteuse, indigne, inconvenante, monstrueuse, répréhensible, vile; souvent au plur. pensées immondes, interdites, libidineuses, lubriques.
[La pensée du point de vue de son objet, de sa nature] Broudier, qui, le ventre en saillie, et les doigts dans la barbe, roulait des pensées de gouvernement (Romains, Copains, 1913, p.187):
28. Hier, à sept heures et demie, j'eus une funeste pensée. Une pensée de mort, une lugubre, une apocalyptique pensée; je ne sais ce qui put me l'inspirer à dîner. Mussetds Le Temps, 1831, p.127.
[La pensée du point de vue de son expression] Déguiser ses pensées, dire sa pensée, lire une pensée dans les yeux de qqn. Ils parlotèrent d'abord de politique, échangeant des pensées, non pas sur les idées, mais sur des hommes: les personnalités, en cette matière, primant toujours la Raison (Maupass., Contes et nouv., t.2, Fils, 1882, p.315).Son interlocuteur, qui devinait ses pensées, fronça légèrement les sourcils, marqua une impatience à peine perceptible (Simenon, Vac. Maigret, 1948, p.52):
29. Pour le Chinois, l'idéogramme et le mot parlé sont au même titre des signes de l'idée: pour lui l'écriture est une seconde langue, et dans la conversation, quand deux mots parlés ont le même son, il lui arrive de recourir au mot écrit pour expliquer sa pensée. Sauss.1916, p.48.
RHÉT. Figure de pensée. V. figure I B 3 b.
2. En partic.
a) Au plur.
[Dans certaines loc. figées usuelles; sert à désigner un état de méditation, de réflexion profonde, intense ou de rêverie] Être absorbé, abîmé, plongé, se réfugier dans ses pensées; (être) tout à ses pensées; s'entretenir avec ses pensées; tirer qqn de ses pensées. Vers la fin du repas je rompis le silence; car les Alibert, voyant mon air soucieux, par discrétion me laissaient à mes pensées (Bosco, Mas Théot., 1945, p.234):
30. Souvent, quand il était auprès d'elle, elle ne l'écoutait plus, elle le laissait parler seul, regardant vaguement devant elle, perdue dans de secrètes pensées... Zola, M. Férat, 1868, p.79.
Vieilli. Espérances, espoirs. Pauvre fille. Point jolie, mais intéressante, piquée au coeur du ver de l'ennui, des vaines pensées (Michelet, Journal, 1842, p.448):
31. [Durant le développement de l'ivresse] les lèvres se rétrécissent et vont rentrant dans la bouche, avec ce mouvement d'anhélation qui caractérise l'ambition d'un homme en proie à de grands projets, oppressé par de vastes pensées, ou rassemblant sa respiration pour prendre son élan. Baudel., Paradis artif., 1860, p.361.
b) Rare
Synon. de image, souvenir.Tant que je vivrai, tu demeureras dans le coeur que tu as réjoui, (...) je serai heureuse par le souvenir de mon bonheur, et (...) ta chère pensée subsistera dans cette chambre (Balzac, Méd. camp., 1833, p.83).Certains jours la pensée de Chloé ne me quitte pas, elle m'accompagne partout et si je me réveille au milieu de la nuit, je vois au pied du lit son fantôme qui rigole (Vailland, Drôle de jeu, 1945, p.82).
P. anal., vieilli. Être imaginaire, irréel, idéal; chimère. Elle a quelque chose d'idéal et de charmant qui force à s'en occuper. On dirait, à la voir si délicate, si svelte, que c'est une pensée (Krüdener, Valérie, 1803, p.16):
32. Cédar et Daïdha, ravis d'étonnement, Ne comprenaient plus rien à cet apaisement; Ils se croyaient, voyant ces choses renversées, Transportés par un songe au monde des pensées. Lamart., Chute, 1838, p.924.
3. P. méton.
a) Expression concise, orale ou écrite, d'une réflexion ou d'un sentiment personnels. Synon. aphorisme, maxime, sentence, trait.Pensée brillante, bien frappée, d'un goût douteux. Il y a pour le connaisseur des pensées remarquables partout, même dans la conversation des sots et dans les écrits les plus médiocres (Joubert, Pensées, t.2, 1824, p.107).Les réflexions que j'écris ici m'ont été suggérées par cette pensée de Montesquieu (...) à savoir qu'au moment où l'esprit de l'homme a atteint sa maturité, son corps s'affaiblit (Delacroix, Journal, 1849, p.314).Il avait sur lui un portefeuille; le même qui avait contenu le cahier où il avait écrit tant de pensées d'amour pour Cosette (Hugo, Misér., t.2, 1862, p.381):
33. Le carnet noir avait cinquante feuillets: vingt seulement étaient utilisés. L'auteur inconnu y avait noté, d'une écriture saccadée, nerveuse, de brefs fragments qui ressemblaient à des pensées. Daniel-Rops, Mort, 1934, p.92.
b) LITT., PHILOS., le plus souvent au plur.
α) Ensemble de réflexions réunies en recueil par un auteur. Des genres littéraires qui se proposent formellement d'énoncer des idées: l'essai, le recueil de pensées, la critique (Benda, Fr. byz., 1945, p.88).V. supra III B 3 a ex. de Joubert:
34. Des maximes et pensées détachées. −Ce genre d'ouvrages est le plus trompeur de tous parce qu'il singe la pensée sans la pensée même. Rien de plus prétentieux, sententieux et en réalité de plus facétieux que ce genre d'écrits. Vigny, Journal poète, 1852, p.1302.
β) Ensemble de réflexions constitué soit de fragments d'un ouvrage inachevé, soit d'extraits d'une oeuvre complète. Augustin disserta sur une pensée de Pascal (Malègue, Augustin, t.1, 1933, p.185).V. apophtegme ex. 1.
C. −
1. [D'un point de vue subjectif] Synon. de but, dessein, intention, volonté.Loin de moi la pensée de, il n'entre pas dans ma pensée. Quand un assassin tue, il a une pensée, c'est de voler. Quand un brave homme, à coups de baïonnette, crève un autre honnête homme, père de famille ou grand artiste peut-être, à quelle pensée obéit-il? (Maupass., Contes et nouv., t.1, Dimanches bourg. Paris, 1880, p.328).Je ne peux pas croire qu'il y ait une pensée de vengeance dans ton attitude (Montherl., Exil, 1929, ii, 8, p.71):
35. Elle mit une passion étrange à se charger: pour avoir agi ainsi en somnambule, il fallait, à l'entendre, que, depuis des mois, elle eût accueilli dans son coeur, qu'elle eût nourri des pensées criminelles. Mauriac, Th. Desqueyroux, 1927, p.280.
Arrière-pensée. Pensée de derrière la tête. V. derrière1I A 3 a.
Loc. prép.
Dans une pensée de + subst., dans une pensée + adj. Dans un esprit, une intention, une volonté, un but de..., avec une idée de..., d'un point de vue... Dans une pensée d'apaisement, de modération, d'équilibre, de bonne administration. Le maire, Hourdequin, qui, sans pratiquer, soutenait la religion par principe autoritaire, commit la faute politique de ne pas prendre parti, dans une pensée conciliante (Zola, Terre, 1887, p.347).Les formules démocratiques, énoncées d'abord dans une pensée de protestation, se sont ressenties de leurs origines (Bergson, Deux sources, 1932, p.301).
Dans la pensée de + inf., dans cette pensée, c'est dans cette pensée que. Dans le but, le dessein, en vue (de); (c'est) sous cet angle, dans cette perspective que... Quand on les considère [les banques] comme des leviers de commande, c'est généralement dans la pensée de les faire servir à la réalisation d'objectifs extra-économiques (Baudhuin, Crédit et banque, 1945, p.129):
36. Quant à eux [les anciens pouvoirs de l'Europe], ils savent bien que la Révolution française est un accident local et passager dont il s'agit seulement de tirer parti. Dans cette pensée, ils conçoivent des desseins, font des préparatifs, contractent des alliances secrètes... Tocqueville, Anc. Rég. et Révol., 1856, p.58.
2. [D'un point de vue objectif] Synon. de cause, projet.Au temps où subitement s'ouvrait, dans une nuit de 1815, le premier bourgeon d'un des rameaux de la Neuvième Symphonie, Beethoven semblait avoir laissé tomber la pensée de cette oeuvre projetée en 1812 (Rolland, Beethoven, t.1, 1937, p.211):
37. Dieu donc, ayant fait le monde par bonté, c'est-à-dire dans l'intention de lui communiquer ses biens, qui ne sont autres que la perfection et la béatitude, il nous faut maintenant connaître le plan qu'il a suivi dans la réalisation de cette généreuse pensée. Lacord., Conf. N.-D., 1848, p.94.
Grande pensée (qqf. p.iron.). Cause à laquelle on consacre son existence. L'argent fut donc, et avec raison, la grande pensée de mon père, et moi je n'y ai jamais pensé qu'avec dégoût (Stendhal, H. Brulard, t.1, 1836, p.86):
38. Aussi la liberté de penser a-t-elle été jusqu'ici peu favorable aux entreprises qui exigent que des masses d'individus renoncent à leur individualité pour s'atteler au joug d'une grande pensée et la traîner majestueusement par le monde. Renan, Avenir sc., 1890, p.68.
3. Dans le domaine de la création artist.(Première) pensée (d'un ouvrage). Première conception. Synon. ébauche, projet.Les premiers linéaments par lesquels un maître habile indique sa pensée contiennent le germe de tout ce que l'ouvrage présentera de saillant (Delacroix, Journal, 1857, p.34).
[P. méton. du déterminé] Cette étude est bien meilleure que la partie correspondante du tableau. Quelle différence entre cette première pensée si heureuse et la réalisation! (A. France, Vie fleur, 1922, p.460).
IV. − Action de penser à quelque chose ou à quelqu'un; résultat de cette action.
A. − Pensée de qqc.
1. Fait de se représenter mentalement quelque chose, d'en avoir conscience. Démuni de tout, isolé, sous le coup d'une mort affreuse, je demeurais calme, attentif, l'esprit en éveil. La pensée de ma triste vie ne m'accablait pas (Mauriac, Noeud vip., 1932, p.288).V. éclaircir II B 1 ex. de Lamartine:
39. Le véritable amour rend la pensée de la mort fréquente, aisée, sans terreurs, un simple objet de comparaison, le prix qu'on donnerait pour bien des choses. Stendhal, Amour, 1822, p.252.
2. Fait d'imaginer quelque chose. Il avait tant d'affection pour moi que la pensée de mes souffrances lui était insupportable (Proust, Fugit., 1922, p.437).
3. Fait d'envisager quelque chose. Sans la pensée d'un autre monde, je ne comprendrais pas celui-ci (E. de Guérin, Lettres, 1835, p.99).Sans la pensée de la revoir [une personne], ce voyage aurait eu pour Christophe peu de charme (Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p.1441).
B. − Pensée de qqn.Fait d'avoir toujours présente à l'esprit l'image d'une personne aimée ou de laquelle on est épris; p.méton., cette image elle-même. Vous êtes mon unique pensée et la somme totale de mon bonheur (Balzac, Corresp., 1822, p.183).La valeur des objets importait peu. Elle était heureuse d'être la pensée constante de son amant. Elle acceptait les bijoux comme de simples souvenirs (Zola, M. Férat, 1868, p.78).Nous écrivons pour toutes les familles qui vivent dans la pensée de leurs fils et maris à l'armée (Barrès, Cahiers, t.11, 1916, p.187):
40. Je peux bien dire que je n'avais pas encore perçu vraiment ce qu'avait été ton amour. Mais parce que je sais maintenant quelle «possession» ce peut être que la pensée de quelqu'un, parce que je sais cela, je devine ce que tu portes en toi. Rivière, Corresp.[avec Alain-Fournier], 1908, p.365.
C. − Loc. diverses
1. La (seule) pensée, à la pensée de + subst. ou + inf., que + prop. complét. ou à valeur de complét. Le fait de se représenter mentalement quelque chose ou quelqu'un; le fait d'envisager quelque chose. Il était déchiré de remords, à la pensée de son père. Il voulait lui avouer tout, lui demander pardon (Rolland, J.-Chr., Matin, 1904, p.138).Il s'approcha de moi. Je reculai. La seule pensée qu'il pût me toucher m'était odieuse (Daniel-Rops, Mort, 1934, p.230):
41. Si je n'ai pas l'autorité nécessaire pour parler de la plupart des travaux que je viens d'énumérer, je me console à la pensée du jugement que va porter sur eux l'homme éminent par qui j'ai l'honneur d'être reçu dans votre illustre compagnie. Pasteurds Travaux, 1882, p.423.
2. Rare. Dans la pensée que + prop. complét. En croyant, en imaginant que. La vue du billet lui déplut, dans la pensée que c'était encore quelque demande de secours (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p.284).
3. Avoir la pensée de + inf. Synon. de songer à, avoir l'idée* de.Votre alliance seroit pour nous un honneur auquel nous n'aurions jamais eu la pensée de prétendre (Balzac, Annette, t.2, 1824, p.111).Cette demande ne laissa pas que d'étonner beaucoup la comtesse, qui d'abord eut la pensée de refuser (Ponson du Terr., Rocambole, t.5, 1859, p.353).V. former ex. 12.
Prononc. et Orth.: [pɑ ̃se]. Homon. panser. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist.1. a) 1176 pansée «ce qu'on pense» (Chrétien de Troyes, Cligès, éd. A. Micha, 5246); b) 1621 [éd.] jetter ses premières pensées sur la toile (E. Binet, Essai des merveilles de Nature, chap.X, La Platte Peinture, p.201); 1669 pensée «courte réflexion ayant un sens profond et exprimé sous une forme littéraire» (Pensées de M. Pascal sur la religion); 1713 «ce qu'un auteur veut exprimer» (Hamilton, Grammont, 9 ds Littré); 2. a) fin xiies. bone pansée «sage réflexion» (Orson de Beauvais, 33 ds T.-L.); ca 1274 (home) de très bonne pensée (Adenet Le Roi, Berte, éd. A. Henry, 3446); 1216 rentrer en sa pensée «méditer» (Guillaume Le Clerc, Fergus, éd. W. Frescoln, 3093); 1278 entrer en une pensée «se mettre à méditer» (Sarrazin, Hem., éd. A. Henry, 4502); mil. ou fin xiiies. [date du ms.] «activité psychique volontaire qui se porte sur un être ou une chose déterminée (ici Dieu)» (Romances et Pastourelles, éd. K. Bartsch, I, 9, 26); ca 1260 «réflexion, méditation» (Ménestrel Reims, éd. N. de Wailly, § 80); b) ca 1200 «attachement amoureux» (Chatelain de Coucy, Chansons, éd. A. Lerond, XXIII, 8); 1380-87 «témoignage de l'attention, de l'amour portés à quelqu'un» (Jean Cuvelier, Chronique de Bertrand Du Guesclin, éd. E. Charrière, 9519); c) ca 1200 [ms. de la 1remoitié du xives.] «l'esprit considéré comme le siège de ce qui est pensé» (Mon. Renouart, B. N. 368, fo246f ds Gdf. Compl.); d) ca 1215 «manière de penser» (Aymeri de Narbonne, 1330 ds T.-L.); e) 1erquart xiiies. «dispositions morales» (Reclus de Molliens, Charité, 138, 3, ibid.); f) ca 1220 «idée qui se présente à l'esprit» (Anseïs de Carthage, 332, ibid.); g) ca 1223 li oel de la pensée (Gautier de Coinci, Vie de Ste Christine, 1749, ibid.); h) ca 1274 «ce qu'on a décidé, ce qu'on veut» (Adenet Le Roi, Berte, éd. citée, 1644); 3. a) 1remoitié du xiiies. estre en molt grief pensée, estre en mout grant pensée de (aucun) «se faire du souci» (La fille du Comte de Ponthieu, éd. C. Brunel, 288-289 et 379); xives. [date du ms.] estre en pensée (por) «être en souci (pour)» (Eneas, éd. J. J. Salverda de Grave, 1reéd., 3332, var. ms. E; le ms. A (fin xiies.) porte à cet endroit estre en pensé por, v. 2eéd.); b) 1636 pensée «opération de l'intelligence, faculté de penser» (Monet). Part. passé fém. subst. de penser1*. A remplacé l'a. fr. pense subst. fém. «pensée» (1remoitié du xiies., Psautier Oxford, 30, 28 ds T.-L.), pans subst. masc. «id.» (1176, Chrétien de Troyes, Cligès, éd. citée, 3817). Bbg. Mombello (G.). Les Avatars de talentum... Torino, 1976, p.102, 103, 104, 340, 346. _Ronsjö (E.). Le Mode du verbe ds les prop. compl. introd. par l'idée que, la pensée que. Moderna Språk. 1967, t.61, pp.19-36. _ Sckommodau (H.). Das Frühe neufrz. Wort- und Begriffsfeld des Denkens. Z. fr. Spr. Lit. 1978, t.88, pp.313-325.

PENSÉE2, subst. fém.

A. − BOT. Plante herbacée, de la famille des Violacées, annuelle ou vivace, aux fleurs veloutées tricolores, comptant de nombreuses espèces sauvages ou cultivées, considérée comme le symbole du souvenir. Pensée des champs; bourriche de pensées. Les alouettes sont partout ce soir. Il y a déjà des pensées bleues, blanches, violettes, par bandes dans l'herbe (Pourrat, Gaspard, 1931, p.109):
1. Des pensées, des oeillets, des ravenelles, quelques rosiers, agonisaient au fond de ce puits sans air et chauffé comme un four par la réverbération des toits. Maupass., Contes et nouv., t.1, Dimanches bourg. Paris, 1880, p.296.
B. − P. méton.
1. La fleur elle-même. Sur le piédestal s'accumulent les humbles couronnes et les petits bouquets d'immortelles et de pensées (Ménard, Rêv. païen, 1876, p.218).Yeux en grand deuil violet comme des pensées! (Laforgue, Poés., 1887, p.207).V. émail ex. 3.
[Dans son utilisation médicinale] Le docteur s'est mis à rire de mes craintes (...) «Tant que vous mènerez votre chaste vie monacale et que vous travaillerez douze heures par jour, prenez tous les matins une infusion de pensée sauvage» (Balzac, Lettres Étr., 1834, p.129).
2. Représentation stylisée de cette fleur (relativement au symbole qu'elle évoque). Un médaillon encadré qui contenait une pensée dessinée en cheveux rouges (Champfl., Avent. MlleMariette, 1853, p.175).Dans la paume qu'elle lui tendait il mit une pensée de saphir (L. de Vilmorin, Belles am., 1954, p.213).V. médaillon ex. 2.
3. En empl. apposé inv. [Désigne la nuance violet pourpre d'une variété de pensée] Ruban pensée. Elle portait un tablier de soie violet pensée, avec la bavette (Sand, Mare au diable, 1846, p.200).Des velours ramagés, couleur pensée, formaient les rideaux et les portières (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p.102):
2. Toilette de visite (chapeau Figaro). −Jupe en faille pensée avec un grand volant, haut sur la traîne et bas devant. Tunique en velours pensée garnie de plumes bleu très-pâle, et de brandebourgs en passementerie pensée. Manches ornées de crevés de satin pensée. Chapeau Figaro en velours pensée et bleu très-clair. Mallarmé, Dern. mode, 1874, p.779.
Prononc. et Orth.: [pɑ ̃se]. Homon. panser. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1460-66 (Martial d'Auvergne, Arrêts d'amours, éd. J. Rychner, p.36, 65). De pensée1*, cette fleur étant considérée comme l'emblème du souvenir, cf. 1558 herbe de la pensée (L. Fuchs, Histoire des plantes ds Roll. Flore t.2, p.173).
STAT.Pensée1 et 2. Fréq. abs. littér.: 33822. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 48592, b) 34905; xxes.: a) 47002, b) 55408.
BBG.Giese (W.). Myosotis, ein Beispiel volkstümlicher Namengebung. Beitr. rom. Philol. 1966, t.5, p.169. _Hermodsson (L.). Der Pflanzenname «Stiefmütterchen». Studier i modern Språk- vetenskap. 1956, t.19, pp.42-60. _Quem. DDL t.16.

Wiktionnaire

Nom commun 1

pensée \pɑ̃.se\ féminin

  1. Toute opération de l’intelligence.
    • La pensée est le propre, l’essence de l’esprit.
    • La pensée est le plus bel attribut de l’être humain.
    • La dignité de l’homme réside dans la pensée.
    • La pensée consciente l’élève au- dessus des forces de la nature.
    • Le travail de la pensée.
    • Un homme de pensée.
    • Une vie de pensée. (Ironique),
    • Celui-là n’est pas tourmenté par sa pensée.
    • Toute pensée est une sensation contrariée. — (Emil Cioran)
  2. (Par extension) Esprit ; réflexion.
    • Ce n'est rien d'ordonner des actes, si préalablement on n'est pas maître des pensées ; pour gouverner le monde des corps, il faut dominer celui des esprits. — (Jules Michelet, Du prêtre, de la femme, de la famille, 3e éd., Hachette & Paulin, 1845, p.262)
    • Il suffisait que des locataires de la maison déménageassent pour qu'elle ne dormît plus et souffrît autant que si on l'eût privée de tout. La pensée qu'on allait et venait près d'elle, qu'on était content de partir ou de s'installer, lui était intolérable. — (Emmanuel Bove, L'Amour de Pierre Neuhart, Le Castor Astral éditeur, 2018, chap. 3)
    • Je vous laisse à vos pensées.
    • Il m’est venu dans la pensée que cela n’est jamais entré dans ma pensée.
    • Ce traducteur est bien entré, n’est pas bien entré dans la pensée de son auteur, Il a bien pénétré, il n’a pas bien pénétré le sens de son auteur.
    • Il a affaibli, altéré, dénaturé la pensée de l’auteur.
  3. Façon de penser, tour habituel, tendance des opérations intellectuelles chez tel ou tel individu ou chez telle culture.
    • La pensée orientale.
    • La pensée d’Israël.
    • La pensée latine.
    • La pensée française.
    • La pensée allemande.
    • La libre pensée, La pensée de ceux qui n’acceptent point de se tenir dans les limites de la foi et se sont affranchis de tout dogme religieux.
  4. Résultat des opérations de l’intelligence.
    • Après le plaisir d’être apprécié par les gens intelligents, il n’y en a pas de plus grand que celui de n’être pas compris par les brouillons qui ne savent exprimer qu’en charabia ce qui leur tient lieu de pensée ; […]. — (Georges Sorel, Lettre à Daniel Halévy, 15 juillet 1907, dans Réflexions sur la violence, 1908)
    • Il s’interrompit net et nous fit un sourire plutôt torve et en coin, comme s’il désespérait d’arriver à traduire en mots sa pensée. — (Henry Miller, L’ancien combattant alcoolique au crâne en planche à lessive, dans Max et les Phagocytes, traduction par Jean-Claude Lefaure, éditions du Chêne, 1947)
    • Pensée vive, ingénieuse, spirituelle, fine, délicate, profonde, forte, brillante, lumineuse.
    • Pensée neuve, originale.
    • Pensée banale, commune.
    • Pensée grande, élevée, sublime, basse, vulgaire.
    • Exprimer, formuler sa pensée.
    • Expliquer ses pensées.
    • Développer ses pensées.
    • Comprenez-vous bien ma pensée ?
    • Avoir de mauvaises pensées, penser à des choses déshonnêtes, méchantes, criminelles.
  5. Méditation ; rêverie. — Note : En ce sens, il ne s’emploie guère qu’au pluriel.
    • Mes pensées sont mes catins. — (Diderot, Le neveu de Rameau)
    • Ce rappel à la réalité quotidienne et aux occupations usuelles change momentanément le cours de mes pensées. — (Henri Barbusse, L’Enfer, Éditions Albin Michel, Paris, 1908)
    • Dès qu'il s'éloigne du sol natal, sa pensée y retourne avec un charme douloureux et persistant. Dole, Dijon, Auxerre, Joigny, Sens, Fontainebleau, tous ces grands relais de poste, n'intéressaient que médiocrement les deux enfants. — (René Vallery-Radot, La vie de Pasteur, Hachette, 1900, Flammarion, 1941, p. 16)
    • Elle s’endort dans la lumière des salons-cuisines où les pensées flottent dans l'ombre et où chacun, sous l’abat-jour, se raconte sa véritable histoire. Y aura des suicides ce soir, à Courbevoie, et bien plus à Nanterre, j’en foutrais mon billet. — (René Dzagoyan, Vadim Bronsky: Dernière mort avant l'oubli, éd. Flammarion,, 2004, p. 146)
  6. Action de penser à quelqu’un, à quelque chose.
    • Malgré tout, la pensée de Catherine me réchauffait le cœur, et bientôt je découvris les premières maisons des Quatre-Vents. — (Erckmann-Chatrian, Histoire d’un conscrit de 1813, J. Hetzel, 1864)
    • La pensée de la mort l’obsède.
    • Il hésite à la pensée des risques qu’il court.
  7. Doctrine ; façon de penser ; opinion ; ce qu’on croit.
    • L’Académie […] était partagée intellectuellement, comme elle l’a toujours été, entre la pensée de n’être que le greffier de l’usage, qui est sa pensée maîtresse, et un certain désir sourd d’en être un peu le guide, ce qui est, à mon avis, parfaitement légitime. — (Émile Faguet, Simplification simple de l’orthographe, 1905)
    • Ses ouvrages […] contiennent nombre de pensées inspirées par ce vaillant optimisme matérialiste et orientées contre l’agnosticisme, le relativisme et d'autres variétés d'idéalisme. — (E. Asratian, I. Pavlov : sa vie et son œuvre, page 147, Éditions en langues étrangères, Moscou, 1953)
    • Puis, très volubile, il me donna un « digest » de la pensée politique des officiers de pacification : « Nous ne partirons pas », c’était le leitmotiv. — (Henri Alleg, La Question, 1957)
    • Les colères entassées fermentant dans le silence depuis vingt ans, grondaient de toutes parts ; la pensée se déchaînait, les livres qui d’ordinaire n’entraient en France que secrètement, commençaient à s’éditer à Paris. — (Louise Michel, La Commune, Paris : P.-V. Stock, 1898, p.10)
  8. (Par extension) Dessein, projet, intention, idée.
    • Fils d’une humble famille du Rethélois, ce paysan devait atteindre aux plus hautes fonctions, représenter la pensée de la France et de la « chrestienté », et, devant le monde, être leur porte-parole. — (Henri Dacremont, Gerson, éd. Jules Taillandier, Paris, 1929, p.7)
    • Cette réforme, cette conquête fut la grande pensée du règne.
    • Il a repris sa pensée de l’an dernier.
    • Il a renoncé à la pensée d’un grand voyage.
    • On n’a jamais eu la pensée de vous être désagréable.
  9. (Littéraire) (Au pluriel) Recueil de réflexions qui ne sont pas liées ensemble.
    • Les pensées de Marc-Aurèle.
    • Les pensées de Pascal.
    • Pensées de Cicéron, de Sénèque, de Montaigne.

Nom commun 2

pensée \pɑ̃.se\ féminin

  1. Plante ornementale aux fleurs veloutées roses, jaunes ou violettes de la famille des violacées.
    • Bouquet de pensées
    • – Vois comme cette pensée ressemble au roi Henri VIII d’Angleterre, avec sa barbe ronde, disait-elle. Au fond, je n’aime pas beaucoup ces figures de reîtres qu'ont les pensées jaunes et violettes... — (Colette, Sido, 1930, Fayard, page 15.)
    • Des bégonias rose thé étaient massés sous la fenêtre de la façade et des pensées formaient un tapis circulaire au pied d'un acacia. — (Raymond Chandler, L'homme qui aimait les chiens, traduction de Michel Philip et Andrew Poirier, dans Les ennuis, c'est mon problème, 2009)
  2. (Invariable) Couleur violet pourpre d’une variété de cette fleur.
    • Elle portait un tablier de soie violet pensée
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PENSÉE. n. f.
Toute opération de l'intelligence. La pensée est le propre, l'essence de l'esprit. La pensée est le plus bel attribut de l'être humain. La dignité de l'homme réside dans la pensée. La pensée consciente l'élève au-dessus des forces de la nature. Le travail de la pensée. Un homme de pensée. Une vie de pensée. Ironiquement, Celui-là n'est pas tourmenté par sa pensée. En ce sens général, il est souvent pris pour Esprit, réflexion. Qu'avez-vous dans la pensée? Lire dans la pensée de quelqu'un. Pénétrer sa pensée. Je vous laisse à vos pensées. Il m'est venu dans la pensée que... Cela n'est jamais entré dans ma pensée. Ce traducteur est bien entré, n'est pas bien entré dans la pensée de son auteur, Il a bien pénétré, il n'a pas bien pénétré le sens de son auteur. On dit de même : Il a affaibli, altéré, dénaturé la pensée de l'auteur.

PENSÉE désigne aussi, dans ce sens général, la Façon de penser, le tour habituel, la tendance des opérations intellectuelles chez tel ou tel individu ou chez telle race. La pensée orientale. La pensée d'Israël. La pensée latine. La pensée française. La pensée allemande. La libre pensée, La pensée de ceux qui n'acceptent point de se tenir dans les limites de la foi et se sont affranchis de tout dogme religieux.

PENSÉE s'emploie, soit au singulier, soit au pluriel, pour désigner Tous les divers résultats des opérations de l'intelligence. Pensée juste, fausse, exacte. Pensée obscure, hésitante, contradictoire. Pensée vive, ingénieuse, spirituelle, fine, délicate, profonde, forte, brillante, lumineuse. Pensée neuve, originale. Pensée banale, commune. Pensée grande, élevée, sublime, basse, vulgaire. Exprimer, formuler sa pensée. Expliquer ses pensées. Développer ses pensées. Comprenez-vous bien ma pensée? Avoir de mauvaises pensées, Penser à des choses déshonnêtes, méchantes, criminelles.

PENSÉE signifie aussi Méditation, rêverie, et, en ce sens, il ne s'emploie guère qu'au pluriel. Il est enfoncé dans ses pensées. Il se perd, il s'égare dans ses pensées. S'entretenir avec ses pensées. Il signifie encore Action de penser à quelqu'un, à quelque chose. La pensée des absents le tourmente. La pensée de la mort l'obsède. Il hésite à la pensée des risques qu'il court. Il signifie aussi Façon de penser, opinion, ce qu'on croit. Je serais fâché que vous eussiez de moi une pensée si contraire à l'amitié qui est entre nous. Sa pensée était qu'il valait mieux tout risquer. Parler contre sa pensée. Votre pensée est fort bonne, est fort juste. Ce n'est pas là ma pensée. Dites librement, naïvement votre pensée. Entrer dans la pensée de quelqu'un, Comprendre et approuver les motifs qui le font penser de telle manière. J'entre dans votre pensée.

PENSÉE signifie, par extension, Dessein, projet, intention. Exécuter sa pensée. Cette réforme, cette conquête fut la grande pensée du règne. Il a repris sa pensée de l'an dernier. Il a renoncé à la pensée d'un grand voyage. On n'a jamais eu la pensée de vous être désagréable. Dans ces différentes acceptions, on emploie aussi souvent le mot Idée.

PENSÉES désigne, en termes de Littérature, un Recueil de réflexions qui ne sont pas liées ensemble. Les Pensées de Marc-Aurèle. Les Pensées de Pascal. On donne quelquefois ce titre au Recueil factice de pensées extraites de l'œuvre d'un auteur. Pensées de Cicéron, de Sénèque, de Montaigne. Arrière-pensée. Voyez ce mot à son ordre alphabétique.

Littré (1872-1877)

PENSÉE (pan-sée) s. f.
  • 1Ce que l'esprit imagine ou combine. Par le nom de pensée je comprends tout ce qui est tellement en nous que nous l'apercevons immédiatement par nous-mêmes et en avons une connaissance intérieure ; ainsi toutes les opérations de la volonté, de l'entendement, de l'imagination et des sens sont des pensées, Descartes, Rép. aux secondes obj. 57. Il faut avoir une pensée de derrière, et juger de tout par là, en parlant cependant comme le peuple, Pascal, Pens. XXIV, 90, éd. HAVET. Le hasard donne les pensées, le hasard les ôte, Pascal, ib. XXIV, 92. Comme si les mêmes pensées ne formaient pas un autre corps de discours par une disposition différente, aussi bien que les mêmes mots forment d'autres pensées par leur différente disposition, Pascal, ib. VII, 9. L'armée de M. de Luxembourg n'est point encore séparée… je serai au désespoir, s'il faut que je reprenne encore les pensées de la guerre, Sévigné, 12 oct. 1678. Prendre les sentiments que la seule pensée de la mort nous devrait inspirer à tous les moments de notre vie, Bossuet, Duch. d'Orl. Tant il est vrai que tout se tourne en révoltes et en pensées séditieuses, quand l'autorité de la religion est anéantie ! Bossuet, Reine d'Anglet. Ses paroles précises [de Louis XIV] sont l'image de la justesse qui règne dans ses pensées, Bossuet, Mar.-Thér. Nos pensées qui regardent Dieu et les actions qui sont les effets de ces pensées, ne sont point de son ressort [du magistrat], Burnet, (protestant), dans BOSSUET 6e avert. 112. On lui dit qu'il y avait un art innocent de séparer les pensées d'avec les paroles, Fléchier, Duc de Mont. Il est certains esprits dont les sombres pensées Sont d'un nuage épais toujours embarrassées, Boileau, Art p. I. Les grandes pensées viennent du cœur, Vauvenargues. C'est le sort des pensées d'un grand homme, d'être fécondes non-seulement entre ses mains, mais dans celles des autres, D'Alembert, Disc. prél. Syst. monde, Œuv. t. XIV, p. 90, dans POUGENS. J'appelle pensée tout ce que l'âme éprouve, soit par des impressions étrangères, soit par l'usage qu'elle fait de sa réflexion, Condillac, Conn. hum. III, 16. Oh ! qui m'aurait donné de sonder ta pensée [de toi, Napoléon], Lorsque le souvenir de ta grandeur passée…, Lamartine, Méd. II, 7. Elle veut être seule ; et nous l'avons laissée Elevant vers le ciel sa dernière pensée, P. Lebrun, M. Stuart, V, I.

    De la pensée, par la pensée seulement, quand on ne peut pas parler. L'un et l'autre se dit adieu de la pensée, La Fontaine, Philém. et Bauc.

    Familièrement. Il n'est pas tourmenté par ses pensées, il a peu d'esprit.

    Avoir de mauvaises pensées, penser à des choses funestes ou déshonnêtes.

    Fig. être d'un siècle entier la pensée et la vie, Lamartine, Méd. II, 7.

    La pensée humaine, la succession et l'enchaînement des idées qui ont formé la civilisation. Le développement, l'histoire de la pensée humaine,

  • 2Ce qui a été pensé, produit sous une forme de langage et de style. Qu'est-ce qu'une pensée neuve, brillante, extraordinaire ? ce n'est point, comme se le persuadent les ignorants, une pensée que personne n'a jamais eue ni dû avoir ; c'est, au contraire, une pensée qui a dû venir à tout le monde, et que quelqu'un s'avise le premier d'exprimer, Boileau, 6e préface. Comme le choix des pensées est invention, La Bruyère, I. Entre toutes les différentes expressions qui peuvent rendre une seule de nos pensées, il n'y en a qu'une qui soit la bonne, La Bruyère, ib. Pourquoi supprimer cette pensée ? elle est neuve, elle est belle, et le tour en est admirable, La Bruyère, ib. Il n'appartient qu'à elles [les femmes]… de rendre délicatement une pensée qui est délicate, La Bruyère, ib. On peut dire qu'une pensée délicate est la plus fine production et comme la fleur de l'esprit, Rollin, Traité des Étud. III, 3. Les pensées sont les images des choses, comme les paroles sont les images des pensées, Rollin, ib. L'histoire des pensées des hommes, certainement curieuse par le spectacle d'une variété infinie, est aussi quelquefois instructive, Fontenelle, Leibnitz. Ce qui fait ordinairement une grande pensée, c'est lorsqu'on dit une chose qui en fait voir un grand nombre d'autres, Montesquieu, Goût, Curiosité.

    Terme de rhétorique. Figures de pensée, celles qui tombent sur la pensée même, c'est-à-dire qui consistent dans la tournure qu'on donne à l'expression de cette pensée, et non dans les mots particuliers qu'on emploie, ou dans la construction grammaticale.

    Pensées détachées, livre composé de réflexions qui ne sont point liées les unes aux autres.

    Absolument. On donne le nom de pensées à des livres faits de pensées détachées. Les Pensées de Pascal. Quand on imprima les Pensées du duc de la Rochefoucauld, ou plutôt la pensée qui, présentée sous cent formes différentes, prouve que l'amour-propre est le grand ressort du genre humain, Voltaire, Polit. et législ. Prix de la just. et de l'hum. XI.

  • 3Sens d'un auteur. Ce traducteur n'est pas bien entré dans la pensée de son auteur. Affaiblir la pensée d'un auteur.
  • 4Façon de penser, opinion. J'ai dit ailleurs ma pensée touchant l'infante et le roi, Corneille, Cid, Examen. Sans y perdre de temps, ouvrez votre pensée, Corneille, Sertor. II, 2. Serais-je si malheureuse, madame, que vous eussiez de moi cette pensée ? Molière, Crit. 3. Est-il possible qu'Aristote ait eu cette pensée ? Pascal, Prov. IV. On y vit [chez le Tellier] tout l'esprit et les maximes d'un juge qui, attaché à la règle, ne porte pas dans le tribunal ses propres pensées, ni des adoucissements ou des rigueurs arbitraires, Bossuet, le Tellier. Ah ! seigneur, vous parlez contre votre pensée, Racine, Brit. II, 6. Un enfant est peu propre à trahir sa pensée, Racine, Athalie, II, 6.

    Entrer dans la pensée de quelqu'un, adopter son opinion.

  • 5Dessein, projet, représentés comme n'étant encore qu'en idée. Le plus souvent la première pensée Dans le meilleur esprit n'est pas la plus sensée, Tristan, M. de Chrispe, III, 2. Et la seule pensée [de conspirer] est un crime d'État, Corneille, Cinna, IV, 4. Quand malgré ma fortune à vos pieds abaissée J'osai jusques à vous élever ma pensée, Corneille, Héracl. III, 1. Je ne sais comment vous avez pu avoir la pensée de m'accuser, Pascal, Prov. X. Rome, que tu [Annibal] tenais, t'échappe ; et le destin ennemi t'a ôté tantôt le moyen, tantôt la pensée de la prendre, Bossuet, Reine d'Anglet. Ils mourront, dit le prophète, et en ce jour périront toutes leurs pensées, Bossuet, Duch. d'Orl. Je ne marche point dans de vastes pensees, Bossuet, Mar.-Thér. Mais l'homme, sans arrêt dans sa course insensée, Voltige incessamment de pensée en pensée, Boileau, Sat. VIII. Je leur écris qu'Achille a changé de pensée, Racine, Iphig. I, 1. Mme de Maintenon le demanda [Noisy le Sec] au roi pour y mettre Mme de Brinon avec sa communauté ; c'est là qu'elle eut la pensée de l'établissement de Saint-Cyr, Mme de Caylus, Souvenirs, p. 196, dans POUGENS.

    Espérances. À quoi bon charger votre vie Des soins d'un avenir qui n'est pas fait pour vous ? Ne songez désormais qu'à vos erreurs passées ; Quittez le long espoir et les vastes pensées, La Fontaine, Fabl. XI, 8. Il ne fallait qu'en ouvrir l'entrée [des affaires d'État] à un génie si perçant pour l'introduire bien avant dans les secrets de la politique ; mais son esprit modéré ne se perdait pas dans ces vastes pensées, Bossuet, le Tellier. Mais peut-être, au défaut de la fortune, les qualités de l'esprit, les grands desseins, les vastes pensées pourront nous distinguer du reste des hommes, Bossuet, Duch. d'Orl. Mais pourquoi me flatter de ces vaines pensées ? Racine, Athal. I, 1. Dans le temps que votre âme empressée Forme d'un doux hymen l'agréable pensée, Racine, Mithr. I, 3.

  • 6 Par métonymie, l'action de penser, l'opération de l'intelligence. Toute notre dignité consiste en la pensée, Pascal, Pens. I, 6, éd. HAVET. Par l'espace, l'univers me comprend et m'engloutit comme un point ; par la pensée, je le comprends, Pascal, ib. I, 6 bis. La pensée toute seule est donc l'essence de l'esprit, ainsi que l'étendue toute seule est l'essence de la matière, Malebranche, Rech. vér. III, I, 1. Pensée est un acte représentatif et sensible par lequel l'être a perception de lui-même et de tout ce qui lui arrive, ainsi que des objets externes qu'il est capable d'apercevoir ou de connaître en conséquence de l'impression qu'il reçoit, Boullainvilliers, Réfut. de Spinoza, p. 91. Notre âme n'a qu'une forme très simple, très générale, très constante : cette forme est la pensée, Buffon, Hist. anim. chap. 11. Faites-moi donc trouver dans la pensée un asile contre les tourments du cœur, Staël, Corinne, XV, 4. Espérons que bientôt il paraîtra un Newton pour la science de la pensée, qui la trouvera toute prête à recevoir de son génie l'essor le plus heureux, Destutt-Tracy, Inst. Mém. scienc. mor. et pol. t. I, p. 320.

    La faculté de penser. Il a perdu l'usage de ses facultés physiques ; la pensée lui reste seule. De pensers en pensers s'égara ma pensée, Régnier, Dial. J'ai souvent souhaité d'avoir la pensée aussi prompte, ou l'imagination aussi nette, ou la mémoire aussi ample ou aussi présente que quelques autres, Descartes, Méth. I, 2. Je la sentis s'animer sous ma main, je la vis prendre la pensée dans mes yeux, Buffon, Des sens.

    L'esprit considéré comme le siége de ce qui est pensé. Polyenne pour lors me vint en la pensée, Régnier, Sat. X. La belle en qui j'ai la pensée, Régnier, ib. XII. J'aurais d'un si grand coup l'âme bien peu blessée, Si de pareils discours m'entraient en la pensée, Corneille, Illus. com. v, 5. Ô mort, éloigne-toi de notre pensée, Bossuet, Duch. d'Orl. J'ai vu ce même enfant… Tel qu'un songe effrayant l'a peint à ma pensée, Racine, Ath. II, 5. Dans vos secrets discours étais-je intéressée, Seigneur ? étais-je au moins présente à la pensée ? Racine, Bérén. II, 4. Monime, qu'en tes mains mon père avait laissée, Avec tous ses attraits revint en ma pensée, Racine, Mith. I, 1.

    Lire dans la pensée de quelqu'un, deviner ce qu'il a dans l'esprit. Ne devais-tu pas lire au fond de ma pensée ? Racine, Andr. v, 3.

    On dit de même : pénétrer dans la pensée de quelqu'un.

  • 7La pensée, ce qui est marqué par une certaine profondeur. Il y a de la pensée dans cet ouvrage. Celle [la statue] de Laurent de Médicis, méditant la vengeance de l'assassinat de son frère, a mérité l'honneur d'être appelée la pensée de Michel-Ange, Staël, Corinne, XVIII, 3.
  • 8Méditation, rêverie, réflexion. Il est pour la pensée une heure… une heure sainte, Alors que… Le crépuscule aux monts prolonge ses adieux, Lamartine, Méd. II, 8.

    Il se dit le plus souvent au pluriel en ce sens. Il est attaché à ses pensées, Molière, Am. magn. I, 1. Il allait porter son encens avec peine sur les autels de la fortune, et revenait chargé du poids de ses pensées, Fléchier, Duc de Mont.

  • 9Souvenir. Mais il ne put si tôt en bannir la pensée, Racine, Esth. I, 1.

    En termes de dévotion. N'avoir aucune pensée de Dieu, aucune pensée de son salut, n'y faire aucune attention, aucune réflexion. Celui qui n'a aucune pensée de Dieu ni de ses péchés, Pascal, Prov. IV.

  • 10 Terme de littérature et d'arts. Première idée, esquisse. Il n'a encore jeté sur le papier que la pensée de son ouvrage.

    Le motif d'une composition. J'ai trouvé la pensée de la Vierge que je vous ai promise ; il faut maintenant trouver le temps et la commodité de l'exécuter, Poussin, Lett. 16 fév. 1653. L'allusion de Wels fait toute la pensée du couplet, Hamilton, Gramm. 9.

HISTORIQUE

XIIe s. Et quant je plus sui loinz de sa contrée, Tant est mes cuers plus près et ma pensée, Couci, XVII.

XIIIe s. Rois Flores qui mout ert [était] homs de bone pensée, Berte, CXLII.

XIVe s. Roy Pietres l'amoit plus… Que dame nulle ou monde qui tant fust sa privée, Et celle si l'amoit de toute sa pensée, Guesclin, 9517.

XVe s. Jaques Legris jeta sa pensée sur la femme de Jean de Carouge, Froissart, liv. III, p. 152, dans LACURNE.

XVIe s. Sa pensée luy suggerant [à Xerxès] comme tant de vies avoient à defaillir au plus loing dans un siecle, Montaigne, I, 271. De maniere qu'il venoit en la pensée à plusieurs de dire ces vers du poëte Timothaeus…, Amyot, Agésil. 22.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

1. PENSÉE. Ajoutez :
11La libre pensée, l'opinion des libres penseurs.

REMARQUE

Pascal a dit : Une pensée de derrière, pour fond de la pensée (voy. au Dictionnaire le n° 1). Cette forte expression a été reprise sous la forme de : pensée de derrière la tête. Maurice était sincère ; peut-être sa pensée de derrière la tête était-elle de gagner du temps, peut-être avait-il quelque autre intention, V. Cherbuliez, Rev. des Deux-Mondes, 15 janv. 1876, p. 278. Cette dernière forme est elle-même de Pascal : J'aurai aussi mes pensées de derrière la tête, Pascal, éd. de E. Havet, 1852, Appendice, p. 533.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

PENSÉE, s. f. (Métaphysiq.) opération, perception, sensation, conscience, idée, notion, semblent être tous des termes synonymes, du-moins à des esprits superficiels & paresseux, qui les emploient indifféremment dans leur façon de s’expliquer ; mais comme il n’y a point de mots absolument synonymes, & qu’ils ne le sont tout au plus que par la ressemblance que produit en eux l’idée générale qui leur est commune à tous, je vais exactement marquer leur différence délicate, c’est-à-dire la maniere dont chacun diversifie une idée principale par l’idée accessoire qui lui constitue un caractere propre & singulier. Cette idée principale que tous ces mots dont je viens de parler énoncent, est la pensée ; & les idées accessoires qui les distinguent tous, ensorte qu’ils ne sont point parfaitement synonymes, en sont les diverses nuances. On peut donc regarder le mot pensée comme celui qui exprime toutes les opérations de l’ame. Ainsi, j’appellerai pensée tout ce que l’ame éprouve, soit par des impressions étrangeres, soit par l’usage qu’elle fait de sa réflexion. Opération, la pensée entant qu’elle est propre à produire quelque changement dans l’ame, & par ce moyen à l’éclairer & à la guider. Perception, l’impression qui se produit en nous à la présence des objets. Sensation, cette même impression entant qu’elle vient par les sens. Conscience, la connoissance qu’on en prend. Idée, la connoissance qu’on en prend comme image. Notion, toute idée qui est notre propre ouvrage. On ne peut prendre indifféremment l’un pour l’autre, qu’autant qu’on n’a besoin que de l’idée principale qu’ils signifient. On peut appeller les idées simples indifféremment perceptions ou idées, mais on ne doit pas les appeller notions, parce qu’elles ne sont pas l’ouvrage de l’esprit. On ne doit pas dire la notion du blanc, mais la perception du blanc. Les notions à leur tour peuvent être considérées comme images ; on peut par conséquent leur donner le nom d’idées, mais jamais celui de perception : ce seroit faire entendre qu’elles ne sont pas notre ouvrage. On peut dire la notion de la hardiesse, & non la perception de la hardiesse ; ou, si l’on veut faire usage de ce terme, il faut dire, les perceptions qui composent la notion de la hardiesse.

Une chose qu’il faut encore remarquer sur les mots d’idée & de notion, c’est que le premier signifiant une perception considerée comme image, & le second une idée que l’esprit a lui-même formée, les idées & les notions ne peuvent appartenir qu’aux êtres qui sont capables de réflexion. Quant aux bêtes, si tant est qu’elles pensent & qu’elles ne soient point de purs automates, elles n’ont que des sensations & des perceptions ; & ce qui n’est pour elles qu’une perception, devient idée à notre égard, par la réflexion que nous faisons que cette perception représente quelque chose. Voyez tous ces mots chacun à son article.

Pensée, Sentiment, Opinion, (Synon. Gram.) Ils sont tous les trois d’usage lorsqu’il ne s’agit que de la simple énonciation de ses idées : en ce sens, le sentiment est le plus certain ; c’est une croyance qu’on a par des raisons ou solides ou apparentes. L’opinion est la plus douteuse ; c’est un jugement qu’on fait avec quelque fondement. La pensée est moins fixe & moins assurée, elle tient de la conjecture. On dit rejetter & soutenir un sentiment, attaquer & défendre une opinion, desapprouver & justifier une pensée.

Le mot de sentiment est plus propre en fait de goût ; c’est un sentiment général qu’Homere est un excellent poëte. Le mot d’opinion convient mieux en fait de science : l’opinion commune est que le soleil est au centre du monde. Le mot de pensée se dit plus particulierement, lorsqu’il s’agit de juger des événemens des choses ou des actions des hommes ; la pensée de quelques politiques est que le moscovite trouveroit mieux ses vrais avantages du côté de l’Asie, que du côté de l’Europe.

Les sentimens sont un peu soumis à l’influence du cœur ; il n’est pas rare de les voir conformes à ceux des personnes qu’on aime. Les opinions doivent beaucoup à la prévention ; il est d’ordinaire aux écoliers de tenir celles de leurs maitres. Les pensées tiennent assez de l’imagination ; on en a souvent de chimériques. Synonymes françois. (D. J.)

Pensée, (Art orat.) La pensée en général est la représentation de quelque chose dans l’esprit, & l’expression est la représentation de la pensée par la parole.

Les pensées doivent être considérées dans l’art oratoire comme ayant deux sortes de qualités : les unes sont appellées logiques, parce que c’est la raison & le bon sens qui les exigent ; les autres sont des qualités de goût, parce que c’est le goût qui en décide. Celles-là sont la substance du discours, celles-ci en sont l’assaisonnement.

La premiere qualité logique essentielle de la pensée, c’est qu’elle soit vraie, c’est-à-dire, qu’elle représente la chose telle qu’elle est. A cette premiere qualité tient la justesse. Une pensée parfaitement vraie, est juste. Cependant l’usage met quelque différence entre la vérité & la justesse de la pensée : la vérité signifie plus précisément la conformité de la pensée avec l’objet ; la justesse marque plus expressément l’étendue. La pensée est donc vraie quand elle représente l’objet : & elle est juste, quand elle n’a ni plus ni moins d’étendue que lui.

La seconde qualité est la clarté. Peut-être même est-ce la premiere ; car une pensée qui n’est pas claire n’est pas proprement une pensée. La clarté consiste dans la vûe nette & distincte de l’objet qu’on se représente, & qu’on voit sans nuage, sans obscurité : c’est ce qui rend la pensée nette. On le voit séparé de tous les autres objets qui l’environnent : c’est ce qui la rend distincte.

La premiere chose qu’on doit faire, quand il s’agit de rendre une pensée, est donc de la bien reconnoître, de la démêler d’avec tout ce qui n’est point elle, d’en saisir les contours & les parties. C’est à quoi se réduisent les qualités logiques des pensées ; mais pour plaire, ce n’est pas assez d’être sans défaut, il faut avoir des graces ; & c’est le goût qui les donne. Ainsi tout ce que les pensées peuvent avoir d’agrément dans un discours, vient de leur choix & de leur arrangement. Toutes les regles de l’élocution se réduisent à ces deux points, choisir & arranger. Etendons ces idées d’après l’auteur des principes de la Littérature ; on en trouvera les détails instructifs.

Dès qu’un sujet quelconque est proposé à l’esprit, la face sous laquelle il s’annonce produit sur le champ quelques idées. Si l’on en considere une autre face, ce sont encore d’autres idées ; on pénetre dans l’intérieur ; ce sont toujours de nouveaux biens. Chaque mouvement de l’esprit fait éclorre de nouveaux germes : voilà la terre couverte d’une riche moisson. Mais dans cette foule de productions, tout n’est pas le bon grain.

Il y a de ces pensées qui ne sont que des lueurs fausses, qui n’ont rien de réel sur quoi elles s’appuient. Il y en a d’inutiles, qui n’ont nul trait à l’objet qu’on se propose de rendre. Il y en a de triviales, aussi claires que l’eau, & aussi insipides. Il y en a de basses, qui sont au-dessous de la dignité du sujet. Il y en a de gigantesques qui sont au-dessus : toutes productions qui doivent être mises au rebut.

Parmi celles qui doivent être employées, s’offrent d’abord les pensées communes, qui se présentent à tout homme de sens droit, & qui paroissent naître du sujet sans nul effort. C’est la couleur fonciere, le tissu de l’étoffe. Ensuite viennent les pensées qui portent en soi quelque agrément, comme la vivacité, la force, la richesse, la hardiesse, le gracieux, la finesse, la noblesse, &c. car nous ne prétendons pas faire ici l’énumération complette de toutes les especes de pensées qui ont de l’agrément.

La pensée vive est celle qui représente son objet clairement, & en peu de traits. Elle frappe l’esprit par sa clarté, & le frappe vîte par sa briéveté. C’est un trait de lumiere. Si les idées arrivent lentement, & par une longue suite de signes, la secousse momentanée ne peut avoir lieu. Ainsi quand on dit à Médée : que vous reste-t-il contre tant d’ennemis ? elle répond, moi : voilà l’éclair. Il en est de même du mot d’Horace, qu’il mourût.

La pensée forte n’a pas le même éclat que la pensée vive, mais elle s’imprime plus profondément dans l’esprit ; elle y trace l’objet avec des couleurs foncées ; elle s’y grave en caracteres ineffaçables. M. Bossuet admire les pyramides des rois d’Egypte, ces édifices faits pour braver la mort & le tems ; & par un retour de sentiment, il observe que ce sont des tombeaux : cette pensée est forte. La beauté s’envole avec la jeunesse ; l’idée du vol peint fortement la rapidité de la fuite.

La pensée hardie a des traits & des couleurs extraordinaires, qui paroissent sortis de la regle. Quand Despréaux osa écrire : le chagrin monte en croupe & galope avec lui, il eut besoin d’être rassuré par des exemples, & par l’approbation de ses amis. Qu’on se représente le chagrin assis derriere le cavalier, la métaphore est hardie ; mais qu’on soutienne la pensée, en faisant galoper ce personnage allégorique, c’étoit s’exposer à la censure.

On sent assez ce que c’est que la pensée brillante, son éclat vient le plus souvent du choc des idées :

Qu’à son gré désormais la Fortune me joue,
On me verra dormir au branle de sa roue.

« Les secousses de la fortune renversent les empires les plus affermis, & elles ne font que bercer le philosophe ».

L’idée riche est celle qui présente à-la-fois non-seulement l’objet, mais la maniere d’être de l’objet, mais d’autres objets voisins, pour faire, par la réunion des idées, une plus grande impression. Prends ta foudre : le seul mot foudre nous peint un dieu irrité, qui va attaquer son ennemi & le réduire en poudre.

Et la scene françoise est en proie à Pradon.

Quel homme que ce Pradon, ou plutôt quel animal féroce, qui déchire impitoyablement la scene francoise ! elle expire sous ses coups.

La pensée fine ne représente l’objet qu’en partie, pour laisser le reste à deviner. On en voit l’exemple dans cette épigramme de M. de Maucroix.

Ami, je vois beaucoup de bien
Dans le parti qu’on me propose ;
Mais toutefois ne pressons rien :
Prendre femme est étrange chose,
On doit y penser mûrement.
Gens sages, en qui je me fie,
M’ont dit que c’est fait prudemment
Que d’y penser toute sa vie.

Quelquefois elle représente un objet pour un autre objet. Celui qu’on veut présenter se cache derriere l’autre : comme quand on offre l’idée d’un livre chez l’épicier.

La pensée poëtique est celle qui n’est d’usage que dans la Poésie, parce qu’en prose elle auroit trop d’éclat & trop d’appareil.

La pensée naïve sort d’elle-même du sujet, & vient se présenter à l’esprit sans être demandée.

Un boucher moribond voyant sa femme en pleurs,
Lui dit : ma femme, si je meurs,
Comme en notre métier un homme est nécessaire,
Jacques, notre garçon, feroit bien ton affaire ;
C’est un fort bon enfant, sage, & que tu connois ;
Epouse-le, crois-moi, tu ne saurois mieux faire.
Hélas, dit-elle, j’y songeois.

Il y a des pensées qui se caractérisent par la nature même de l’objet. On les appelle pensées nobles, grandes, sublimes, gracieuses, tristes, &c. selon que leur objet est noble, grand, &c.

Il y a encore une autre espece de pensées, qui en porte le nom par excellence, sans être désignée par aucune qualité qui leur soit propre. Ce sont ordinairement des réflexions de l’auteur même, enchâssées avec art dans le sujet qu’il traite. Quelquefois c’est une maxime de morale, de politique. Rien ne touche les peuples comme la bonté : d’autres fois c’est une image vive ; trois guerriers (les Horaces) portoient en eux tout le courage des Romains.

A toutes ces especes de pensées répondent autant de sortes d’expressions. De même qu’il y a des pensées communes, & des pensées accompagnées d’agrément, il y a aussi des termes propres & sans agrément marqué, & des termes empruntés, qui ont la plûpart un caractere de vivacité, de richesse, &c. pour représenter les pensées qui sont dans le même genre ; car l’expression, pour être juste, doit être ordinairement dans le même goût que la pensée.

Je dis ordinairement, parce qu’il peut se faire qu’il y ait dans l’expression un caractere qui ne se trouve point dans la pensée. Par exemple, l’expression peut être fine, sans que la pensée le soit. Quand Hyppolite dit en parlant d’Aricie, si je la haïssois, je ne la fuirois pas, la pensés n’est pas fine, mais l’expression l’est, parce qu’elle n’exprime la pensée qu’à-demi. De même l’expression peut être hardie, sans que la pensée le soit, & la pensée peut l’être sans l’expression : il en est de même de la noblesse, & de presque toutes les autres qualités.

Ce qui produit entr’elles cette différence, est la diversité des regles de la nature, & de celles de l’art en ce point. Il seroit naturel que l’expression eût le même caractere que la pensée, mais l’art a ses raisons pour en user autrement. Quelquefois par la force de l’expression, on donne du corps à une idée foible ; quelquefois par la douceur de l’une on tempere la dureté de l’autre : un récit est long, on l’abrege par la richesse des expressions : un objet est vil, on le couvre, on l’habille de maniere à le rendre décent : il en est ainsi des autres cas.

Enfin, si quelqu’un me demandoit quel est le choix qu’on doit faire des pensées dans l’élocution, je lui repondrois que c’est tout ensemble le génie & le gout qui peuvent l’en instruire. L’un lui suggerera les belles pensées, l’autre les placera dans leur ordre ; parce que le goût & le jugement n’adoptent que ce qui peut prendre la teinte du sujet, & faire un même corps avec le reste. Le Chevalier de Jaucourt.

Pensée, (Critiq. sacrée.) ce terme ne signifie pas toujours la simple opération de l’esprit qui pense ; l’Ecriture l’emploie quelquefois pour un dessein, un projet, une entreprise : in illâ die peribunt omnes cogitationes eorum ; Ps. cxlv. 4. leur mort dans ce jour même rompra tous leurs projets. Nemo avertere potest cogitationes ejus ; Job, xxiij. 13. personne ne peut empêcher les desseins de Dieu. Ce mot veut dire encore le soin qu’on a de quelqu’un : cogitatio illorum apud Altissimum ; Sap. v. 16. le Très-Haut a soin des justes. Il se prend pour doute, scrupule : quid cogitationes ascendunt in corda vestra ; Luc, xxiv. 28. Enfin, il se prend pour raisonnement : evanuerunt in cogitationibus suis, dit saint Paul aux Romains, j. xxj. en parlant des philosophes payens. Ils se sont égarés dans leurs vains raisonnemens, c’est-à-dire, qu’ils ont été entrainés à l’idolâtrie par de faux raisonnemens ; car idole dans les Septante est appellée μάταιον, & saint Paul dit ἐματαιώθησαν. (D. J.)

Pensée, en Peinture, est une légere esquisse de ce qui s’est présenté à l’imagination, sur un sujet qu’on se propose d’exécuter. Ce terme differe de celui d’esquisse, en ce que la pensée n’est jamais une chose digérée, au lieu qu’une esquisse, quoique projet d’ouvrage, ne differe quelquefois de la perfection de l’ouvrage même que parce qu’elle est en plus petit volume ; pensée n’a pas la même signification que croquis. On dit j’ai fait un croquis de la pensée de tel, mais on ne dit point j’ai fait une pensée de la pensée de tel.

Pensée, herba Trinitatis, (Jardinage.) est une petite fleur qui, comme la violette, a trois couleurs. Ses tiges rampantes, garnies de feuilles presque rondes, se partagent en rameaux qui produisent des fleurs composées de cinq feuilles, lesquelles portent un calice partagé en cinq parties de trois couleurs blanches ou jaunes, purpurines & bleues. Il vient après ces fleurs une coque qui renferme des semences qu’on seme sur couche. On les transplante dans des plates-bandes le long des terrasses, & on en forme les massifs & les coquilles des grands parterres. Sa culture est des plus ordinaires, elle fleurit au printems.

Pensée, couleur de, (Teinture.) espece de violet tirant sur le pourpre.

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Étymologie de « pensée »

Participe passé de penser, issu du bas latin pensare (peser).
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Pensé ; wallon, peinsaie. L'ancien français avait aussi le substantif féminin pense ; wallon, pinse ; prov. pensa, pessa.

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Phonétique du mot « pensée »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
pensée pɑ̃se

Citations contenant le mot « pensée »

  • Sonnez, sonnez toujours, clairons de la pensée. Victor Hugo, Les Châtiments, l'Expiation, VII, 1
  • La pensée est l'esclave de la vie, et la vie est le fou du temps William Shakespeare, Henry IV, V, 4, Hotspur
  • Des pensées élevées sont placées au cœur de la courtoisie. sir Philip Sidney, Arcadia, V
  • L'instinct, c'est l'âme à quatre pattes ; la pensée c'est l'esprit debout. Victor Hugo, Tas de pierres, Éditions Milieu du monde
  • Et moi, je ne sais pas ce que mes pensées pensent. Francis Jammes, Le Deuil des primevères, Mercure de France
  • Le son du tambour dissipe les pensées ; c'est par cela même que cet instrument est éminemment militaire. Joseph Joubert, Carnets
  • La parole a été donnée au commun des mortels pour communiquer leurs pensées, mais aux sages pour la déguiser. Robert South, Sermon, 30 avril 1676
  • La pensée doit commencer par un refus de la vie. La première pensée claire, c’est la pensée du néant. De Gaston Bachelard
  • Entre toutes les différentes expressions qui peuvent rendre une seule de nos pensées, il n'y en a qu'une qui soit la bonne. Jean de La Bruyère, Les Caractères, Des ouvrages de l'esprit
  • Le monde est une pensée qui ne se pense pas, suspendue à une pensée qui se pense. Jules Lachelier, Psychologie et métaphysique, Alcan
  • Quittez le long espoir et les vastes pensées. Jean de La Fontaine, Fables, le Vieillard et les Trois Jeunes Hommes
  • L'existence sociale des hommes détermine leur pensée. Mao ZedongMao Tsö-tongMao Tsé-toung, Citations du président Mao Tsé-Toung, XXII
  • […] L'esprit le plus pénétrant a besoin du secours du temps pour s'assurer, par ses secondes pensées, de la justice des premières. Henri François d'Aguesseau, Mercuriales
  • Le style est la poésie dans la prose, je veux dire une manière d'exprimer que la pensée n'explique pas. Émile Chartier, dit Alain, Avec Balzac, Gallimard
  • Nul ne pense pour soi ; cela ne peut aller […] L'universel est le lieu des pensées. Émile Chartier, dit Alain, Propos de littérature, Gallimard
  • La pensée ne respecte rien qu'elle-même. Émile Chartier, dit Alain, Propos de littérature, Gallimard
  • J'aime mieux une pensée fausse qu'une routine vraie. Émile Chartier, dit Alain, Propos d'un Normand, tome II , Gallimard
  • Les nations étant inévitablement plus bêtes que les individus, toute pensée a le devoir de se sentir en révolte. Émile Chartier, dit Alain, Correspondance avec Romain Rolland, Salut et Fraternité , Albin Michel
  • En toute œuvre d'art, la pensée sort de l'œuvre, et jamais une œuvre ne sort d'une pensée. Émile Chartier, dit Alain, La Visite au musicien, les Arts et les Dieux , Gallimard
  • La pensée pure doit commencer par un refus de la vie. La première pensée claire, c'est la pensée du néant. Gaston Bachelard, La Dialectique de la durée, P.U.F.
  • Dans la pensée scientifique, la méditation de l'objet par le sujet prend toujours la forme du projet. Gaston Bachelard, Le Nouvel Esprit scientifique, P.U.F.
  • Pensée de vaincus, pensée vaincue. Simone de Beauvoir, Privilèges, Gallimard
  • Il faut agir en homme de pensée et penser en homme d'action. Henri Bergson, Écrits et paroles, Message au Congrès Descartes , P.U.F.
  • La pensée est révolutionnaire, ou elle n'est pas. Emmanuel Berl, Mort de la pensée bourgeoise, Grasset
  • La parole est dans le commerce des pensées ce que l'argent est dans le commerce des marchandises, expression réelle des valeurs, parce qu'elle est valeur elle-même. Louis, vicomte de Bonald, Législation primitive considérée dans les derniers temps par les seules lumières de la raison
  • Ne pas alourdir ses pensées du poids de ses souliers. André Breton, Nadja, Gallimard
  • Allumons nos flambeaux à leurs feux poétiques ; Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques. André de Chénier, L'Invention
  • La pensée est dans le mal et le mal est dans la pensée, sans qu'on sache qui a commencé. Fernand Crommelynck, Tripes d'or, Gallimard
  • Toute pensée, en un mot, était ressentie par eux comme un outrage personnel. Edgar Allan Poe, Eureka
  • Au-dessus de la matière, il y a la pensée ; au-dessus de la pensée, il y a l'idéal. De Meissonier
  • Il me semble que les pensées des hommes se gèlent ici* pendant l'hiver aussi bien que les eaux. René Descartes, Correspondance, à Brégy, 15 janvier 1650
  • Je ne me fie quasi jamais aux premières pensées qui me viennent. René Descartes, Discours de la méthode
  • Mes pensées, ce sont mes catins. Denis Diderot, Le Neveu de Rameau
  • [L'homme] est une plante qui porte des pensées, comme un rosier porte des roses, et un pommier des pommes. Antoine Fabre d'Olivet, L'Histoire philosophique du genre humain
  • […] La pensée, oui, dans une belle chair. Léon-Paul Fargue, Sous la lampe, Gallimard
  • Les hommes ont leurs pensées et Dieu a les siennes. Nicolas Fontaine, Mémoires pour servir à l'histoire de Port-Royal
  • […] En tout temps et dans tous les pays, la pensée des âmes méditatives fut un sujet de scandale. Anatole François Thibault, dit Anatole France, Les Opinions de Jérôme Coignard, Calmann-Lévy
  • Il y a des écrivains chez lesquels la pensée semble une moisissure du cerveau. Remy de Gourmont, Des pas sur le sable, Société littéraire de France
  • Une pensée fausse n'est jamais bien écrite, ni mal écrite une pensée juste. Il y a là quelque chose d'inséparable. Remy de Gourmont, Promenades littéraires, Mercure de France
  • Pour bien saisir les différences, il faut refroidir sa tête, et ralentir le mouvement de sa pensée. - Pour bien remarquer les analogies, il faut échauffer sa tête, et accélérer le mouvement de sa pensée. Marie Jean Hérault de Séchelles, Théorie de l'ambition, Codicille politique et pratique d'un jeune habitant d'Épône
  • De l'inconscient au sens strict : c'est la pensée spontanée, élémentaire, sans liaison, c'est-à-dire la sensation sans aucune pensée proprement dite : il y a de l'inconscient, mais non dans la pensée. Jules Lagneau, Fragments
  • L'homme est Dieu par la pensée. Alphonse de Prât de Lamartine, Les Méditations, préface
  • La pensée ne s'achève que lorsqu'elle a trouvé son expression. Gustave Lanson, Histoire de la littérature française, Hachette
  • Chez beaucoup d'hommes, la parole précède la pensée. Ils savent seulement ce qu'ils pensent après avoir entendu ce qu'ils disent. Gustave Le Bon, Aphorismes du temps présent, Flammarion
  • Peut-être découvrirons-nous un jour que la même logique est à l'œuvre dans la pensée mythique et dans la pensée scientifique, et que l'homme a toujours pensé aussi bien. Claude Lévi-Strauss, Anthropologie structurale, Plon
  • Le propre de la pensée sauvage est d'être intemporelle. Claude Lévi-Strauss, La Pensée sauvage, Plon
  • C'est la pensée toute vivante qui dicte le style immortel. Dès qu'elle a trouvé ce qu'elle cherche, elle n'est plus. Pierre Louis, dit Pierre Louÿs, Poétique, Crès
  • La pensée ne commence qu'avec le doute. Roger Martin du Gard, Correspondance avec A. Gide, Gallimard
  • La parole a été donnée à l'homme pour expliquer ses pensées, et tout ainsi que les pensées sont les portraits des choses, de même nos paroles sont-elles les portraits de nos pensées. Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, Le Mariage forcé, 6, Pancrace
  • Pensée fait la grandeur de l'homme. Blaise Pascal, Pensées, 346 Pensées
  • C'est la pensée qui donne au style sa beauté, mais chez les pseudo-penseurs c'est le style qui doit orner les pensées. Arthur Schopenhauer, Parerga und Paralipomena
  • L'esprit est un monde à l'envers. Le clair y procède de l'obscur, la pensée y sort des mots. Jean Paulhan, Les Fleurs de Tarbes, Gallimard
  • Toute pensée efface un rêve. Henri Petit, Les Justes Solitudes, Grasset
  • Quant à la pensée, c'est une faculté de l'esprit, qui va se fatiguant à l'entour des choses. Nicolas Poussin, Observations sur la peinture
  • L'amour cause […] de véritables soulèvements géologiques de la pensée. Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, Sodome et Gomorrhe , Gallimard
  • Toute action est déception, toute pensée implique erreur. Raymond Queneau, Le Chiendent, Gallimard
  • Réfléchir, c'est déranger ses pensées. Jean Rostand, Pensées d'un biologiste, Stock
  • Pense dans le moment. Toute pensée qui dure est contradiction. Marcel Schwob, Le Livre de Monelle, Mercure de France
  • La parole a été donnée à l'homme pour déguiser sa pensée. Charles Maurice de Talleyrand-Périgord,
  • Les vilaines pensées viennent du cœur. Paul Valéry, Mélange, Gallimard
  • Les grandes pensées viennent du cœur. Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues, Réflexions et Maximes
  • […] Qu'est-ce qu'une grande vie sinon une pensée de la jeunesse exécutée par l'âge mûr ? Alfred, comte de Vigny, Cinq-Mars
  • Ils ne se servent de la pensée que pour autoriser leurs injustices et n'emploient les paroles que pour déguiser leurs pensées. François Marie Arouet, dit Voltaire, Dialogue, le Chapon et la Poularde (1763) Edward Young (1683-1765), le poète des Nuits
  • Les paroles sont aux pensées ce que l'or est aux diamants ; il est nécessaire pour les mettre en œuvre, mais il en faut peu. François Marie Arouet, dit Voltaire, Le Sottisier
  • La pensée fuit le malheur aussi promptement, aussi irrésistiblement qu'un animal fuit la mort. Simone Weil, Attente de Dieu, Fayard
  • Il n'est pas difficile de nourrir des pensées admirables lorsque les étoiles sont présentes. Marguerite de Crayencour, dite Marguerite Yourcenar, Alexis ou le Traité du vain combat, Plon
  • Nous faisons de la parole précise le témoignage le plus sûr de la pensée juste. Isocrate, Sur l'échange, 255 (traduction G. Mathieu)
  • Quand la pensée se tait, les révolutions parlent. Emilio Castelar y Ripoll, En el discurso defendiendo al periódico, La Soberanía nacional
  • Il y a interaction entre langage et pensée. Un langage organisé agit sur l'organisation de la pensée, et une pensée organisée agit sur l'organisation du langage. De Ahmad Amin / Fayd al-khäter
  • Si l'action ne soutient pas la pensée, la pensée perd son nerf et sa force s'effrite. De Fredik Cygnaeux / Pensées éternelles
  • C'est aux pensées à nourrir les paroles, aux paroles à vêtir les pensées. De Proverbe oriental
  • La parole est la pensée extérieure, et la pensée est la parole intérieure. De Antoine de Rivarol / Rivaroliana
  • Le cosmos est une pensée qui ne se pense pas, suspendue à une pensée qui se pense. De Nicolas de Malebranche
  • Les arrières-pensées que nous prêtons aux autres ne sont jamais que nos propres pensées. De Gilbert Cesbron
  • Chez les uns, le style naît des pensées ; chez les autres, les pensées naissent du style. De Joseph Joubert
  • Les pensées de la classe dominante sont aussi, à toutes les époques, les pensées dominantes. De Karl Marx / L'idéologie allemande
  • Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise pensée. C'est d'avoir une pensée toute faite. De Charles Péguy
  • Les arrière-pensées que nous prêtons aux autres ne sont jamais que nos propres pensées. De Gilbert Cesbron / Journal sans date
  • La forme est la chair même de la pensée, comme la pensée est l'âme de la vie. De Gustave Flaubert / Correspondance
  • Gardons-nous de suivre la pensée d'un auteur... D'ailleurs, qu'en sait-il de sa pensée ? De Henri Michaux / Plume
  • “C’est une expression française utilisée communément, comprise par tous. Il n’y avait aucune arrière-pensée. Il ne s’agit en aucun cas d’un parallèle dans une affaire où des mises en examen ont été prononcées”, a expliqué ce mercredi 29 juillet l’entourage de Gérald Darmanin, cité par LCI.  Le HuffPost, Gérald Darmanin n'avait aucune "arrière pensée" en disant "je m'étouffe" | Le HuffPost
  • Une solution de transport vient de voir le jour. Pour aller d'un point A à un point B, plus besoin de véhicules polluants, équipés de badges télé-porteurs et avec seulement la pensée nous pouvons nous déplacer. Un récit imaginaire d'une élève de 12 ans au Collège Saint Nicolas de Tiffauges (85). France Bleu, Et si en 2050, on se déplaçait tout simplement par la pensée ?
  • Imaginez-vous en vacances, sur la plage, face à une mer turquoise, un soleil radieux et un petit vent frais qui vient vous caresser le corps. Tout est parfait… Et puis, vous repensez à votre départ en vacances, aux valises et… vous vous demandez si vous avez bien fermé la fenêtre. Vous revoyez la scène et là, impossible de vous souvenir si oui ou non vous avez refermé cette fichue fenêtre, celle qui était grande ouverte au moment du départ. D’un bond, vous vous redressez, vous sentez le stress monter, une goutte de sueur perle sur votre front, votre cœur bat plus vite, vous vous affolez… Voilà comment une seule pensée peut modifier intégralement votre état physique, même si l’environnement est idéal et qu’il n’y a aucune raison extérieure de vous stresser. Maintenant, une question se pose… croyez-vous vraiment que ce stress soit anodin pour votre santé ? FemininBio, Maladie psychosomatique : vos pensées influencent votre santé - FemininBio
  • Philosophe, historien, théoricien sans doute, poète aussi, l’homme résiste aux réductions commodes. Comme sa pensée sans cesse en mouvement, en construction… Pourtant les deux premières images qui s’imposent le figent dans un rôle qui le dénature. Une icône vieillie et barbue, qui le pose en patriarche, en figure échappée de l’Ancien Testament, terrible et grondant, le soustrayant à son temps véritable. Son temps, c’est celui des effervescences romantiques auxquelles il participe pleinement, des élans fusionnels qui posent l’amitié en valeur suprême – et la relation avec Friedrich Engels, de deux ans son cadet, a cette force incroyable qui rejoue l’entente inouïe de Montaigne et La Boétie. C’est aussi le temps des progrès scientifiques et techniques qui le fascinent, des effroyables conditions de vie des prolétaires qui l’horrifient et nourrissent la « révolution scientifique » qu’en homme de cabinet, de l’écrit et des journaux, plus qu’en acteur de la rue il élabore dès sa jeunesse. Le Monde.fr, Sur France Culture, la « pensée saccagée » de Karl Marx
  • La pensée de John Rawls a fait l'objet de vifs débats et réveillé un vent d'opposition venant de courants libertariens et communautariens. Rawls a fondé des concepts avec lesquels s'expriment bien souvent les réfutations de ses thèses. Pour autant est-il toujours d'actualité ? France Culture, La pensée de John Rawls est-elle dépassée ? - Ép. 5/5 - Avoir raison avec... John Rawls
  • On voit souvent le cerveau humain comme deux hémisphères complémentaires. Mais il est bon de considérer la pensée comme un trinité: logique, créativité et critique. L'Echo, Penser | L'Echo
  • J’ai tendance à gérer les nouvelles difficiles et la tragédie via l’introspection. Cette semaine, mes pensées étaient difficiles à apprivoiser. Journal Métro, Après toutes ces tragédies, une pensée pour réfléchir
  • ÉDITORIAL. Il faut lutter à tous les niveaux contre l’oreiller de paresse de la pensée que représentent les complots. D’abord en refusant de céder à leurs séduisantes facilités, mais sans les mépriser pour autant Le Temps, Le complot, cet oreiller de paresse de la pensée - Le Temps

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Traductions du mot « pensée »

Langue Traduction
Anglais thought
Espagnol pensamiento
Italien pensiero
Allemand habe gedacht
Chinois 思想
Arabe فكر
Portugais pensamento
Russe мысль
Japonais 思想
Basque pentsamendu
Corse pensatu
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Synonymes de « pensée »

Source : synonymes de pensée sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « pensée »

Pensée

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