La langue française

Fléau

Sommaire

  • Définitions du mot fléau
  • Étymologie de « fléau »
  • Phonétique de « fléau »
  • Évolution historique de l’usage du mot « fléau »
  • Citations contenant le mot « fléau »
  • Traductions du mot « fléau »
  • Synonymes de « fléau »
  • Antonymes de « fléau »

Définitions du mot fléau

Trésor de la Langue Française informatisé

FLÉAU, subst. masc.

I.− Domaines techn.
A.− AGRIC. Instrument servant à battre les céréales, formé d'un manche et d'un battoir reliés entre eux par des courroies. Battre le blé au fléau, avec le fléau. Inclinant cette gerbe [de folle-avoine] sur le bord de la pirogue, ils la frappoient avec un fléau léger; le grain mûr tomboit dans le fond du canot (Chateaubr., Natchez,1826, p. 327):
1. Autrefois on décortiquait le blé soit au fléau, soit à la traîne et au rouleau. Pour le battre au fléau on apportait les gerbes sur l'aire, on les y étalait. On les disposait à la file, débordant les unes sur les autres, comme des écailles de poisson, de manière à ce que les grains seuls dépassent. Et quatre par quatre on abattait dessus les fléaux, les deux premiers frappant, tandis que les deux autres levaient l'outil. Pesquidoux, Chez nous,1921, p. 145.
P. méton. Partie de cet instrument servant de battoir. Le manche et le fléau (Littré).
P. métaph. (cf. aussi infra II). Dans l'immense grange de l'univers, le fléau implacable [la peste] battra le blé humain jusqu'à ce que la paille soit séparée du grain (Camus, Peste,1947, p. 387).
B.− P. anal.
1. ARM., vx. Fléau d'armes. Arme contondante du moyen-âge, en forme de fléau, comprenant un manche court et une chaîne terminée par une masse métallique armée ou non de pointes. Votre parole rappelle le fléau d'armes que tiennent vos aïeux, aux bas-reliefs de Korsabad... (Péladan, Vice supr.,1884, p. 110).
2. TECHNOL. Barre mobile autour d'un axe. Des norias nous attirent − ou quel autre nom donner à ces appareils élévateurs, simple fléau, porteur à l'une de ses extrémités d'un récipient, à l'autre d'un contrepoids (Gide, Retour Tchad,1928, p. 871).
a) Levier d'une balance, fait d'une tige métallique horizontale oscillant autour d'un axe et aux extrémités de laquelle sont fixés les plateaux ou sur laquelle on fait avancer le contrepoids (comme dans la balance romaine). Et les deux plateaux restèrent de niveau. Le fléau ne penchait plus ni à droite ni à gauche et l'aiguille marquait l'égalité parfaite des deux poids (France, Puits ste Claire,1895, p. 86).
b) Bascule à contrepoids servant à fermer une écluse. (Dict. xixeet xxes.).
c) Barre de fer mobile servant à fermer les deux battants d'une porte cochère ou les deux volets d'une persienne. [Le] fléau [est un] objet ayant la forme d'une poignée d'espagnolette et se manœuvrant de la même façon; il sert surtout à la fermeture des persiennes (E. Robinot, Vérif., métré et prat. trav. bât.,t. 3, 1928, p. 71).
II.− Au fig.
A.− [Avec réminiscence du lat. flagellum « fouet » (instrument qui châtie)]
1. Fléau de Dieu, du ciel. Personne ou chose considérée comme l'instrument de la colère divine affligeant l'être humain ou l'humanité. Oublions les pins brûlés, les illusions perdues. Le fléau nettoie et purifie. Nous sommes délivrés de ce que Dieu a détruit (Mauriac, Journal 3,1940, p. 215):
2. ... mais l'on peut, et l'on doit assurer en général, que tout mal physique est un châtiment; et qu'ainsi ceux que nous appelons les fléaux du ciel, sont nécessairement la suite d'un grand crime national, ou de l'accumulation des crimes individuels... J. de Maistre, Soirées St-Pétersbourg,t. 1, 1821, p. 310.
Spéc. Le Fléau de Dieu. Attila. Une autre production de Werner, bien belle et bien originale, c'est Attila. L'auteur prend l'histoire de « ce fléau de Dieu » au moment de son arrivée devant Rome (Staël, Allemagne,t. 3, 1810, p. 141).
P. plaisant. Elle serait un fléau, un de ces beaux fléaux de Dieu, un de ces Attilas femelles qui ravagent le monde sans épée (Barb. d'Aurev., Memor.1, 1836, p. 17).
2. Loc. Sous le fléau de. Sous le fouet, sous les coups répétés de. Chez eux [les commerçants en gros], la torsion physique s'accomplit sous le fouet des intérêts, sous le fléau des ambitions (Balzac, Fille yeux d'or,1835, p. 328):
3. Qu'est-ce qu'une légère incommodité aux yeux de celui qui est tourmenté par d'horribles souffrances et qui est sous le fléau des derniers supplices? Saint-Martin, Homme désir,1790, p. 66.
B.− Dans la lang. cour.
1. Grand malheur d'origine naturelle ou humaine qui frappe et ravage une collectivité. Fléau cruel, terrible; le fléau de la guerre. La guerre est-elle moins fléau que l'émeute n'est calamité? (Hugo, Misér.,t. 2, 1862, p. 269).Les fléaux sociaux sont non seulement le résultat d'un agent pathogène, mais aussi de conditions de vie, de climat, d'habitation, de travail, de comportement, de possibilité ou d'habitude alimentaire... Ils se caractérisent par leur puissance d'extension et de multiplication (Deguiral, Hyg. soc.,1953, p. 12):
4. Le journal de Pepys fait revivre avec un réalisme simple et terrible, les deux fléaux qui ravagèrent Londres, à cette époque : la grande peste, le grand incendie. Morand, Londres,1933, p. 23.
SYNT. Grand, horrible fléau; fléau dangereux, destructeur, funeste; fléaux naturels; le fléau de la famine, de la peste, de la petite-vérole; fléaux de l'humanité, du peuple.
P. méton. Personne qui provoque une calamité publique. Philippe le Bel avoit marié sa fille Isabelle à Édouard II, roi d'Angleterre; elle fut mère d'Édouard III, autre fléau de la France (Chateaubr., Ét. ou Disc. hist., t. 3, 1831, pp. 352-353).
2. P. ext. Ce qui détruit, ravage quelque chose (matériel ou moral) ou quelqu'un. Lélia était son fléau, son démon, son génie du mal, le plus dangereux ennemi qu'il eût dans le monde (Sand, Lélia,1833, p. 48).On sait dans quelles conditions ces vignes américaines véhiculèrent avec elles trois fléaux du vignoble, l'oïdium (1852), le phylloxéra (1868) et le mildiou (1878) (Levadoux, Vigne,1961, p. 32):
5. Ce qu'il faut défendre, c'est le dialogue et la communication universelle des hommes entre eux. La servitude, l'injustice, le mensonge sont des fléaux qui brisent cette communication et interdisent le dialogue. Camus, Actuelles I,1944-48, p. 177.
3. P. hyperb. Personne ou chose néfaste, pénible ou très désagréable. Fléau de la famille, de la maison; fléau de la littérature. Je n'avais jamais connu de coquette. Quel fléau! (Constant, Journaux,1814, p. 410).L'ennui était un fléau qui m'avait terrorisée dès l'enfance (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 180):
6. ... ses manières rondes [de Jansoulet] (...) le reposaient [le duc] (...) de ce fléau administratif et courtisanesque dont il avait horreur, − la phrase, − si grande horreur qu'il n'achevait jamais la période commencée. A. Daudet, Nabab,1877, p. 40.
Prononc. et Orth. : [fleo]. Ds Ac. dep. 1694. Ac. 1694 et 1718 : fleau. Prononc. hésitante tant que la graphie ne l'a pas fixée, v. Buben 1935, § 75. ,,Observez la prononciation emphatique des mots comme monstrueux, fléau, géant, créer, Baal : on entend à peu près [mɔ ̃stʀyhø], [fleho], [ʒehɑ ̃], [kʀehe], [bahal]`` (Nyrop Phonét. 1951, § 65). Étymol. et Hist. I. 1. 2emoitié xes. « peine » (St Léger, éd. J. Linskill, 179); 2. ca 1160 « arme du moyen âge » (Eneas, 5579 ds T.-L.); 3. 1178 « instrument qui sert à battre les céréales » flael (Roman de Renart, éd. M. Roques, I, 655). II. 1549 fleau « levier de la balance » (Est.). Du lat. flagellum « fouet », en lat. chrét. « punition » et spéc. « punition de Dieu » puis « peine »; a pris au ives. le sens d'« instrument pour battre les céréales ». Fréq. abs. littér. : 843. Fréq. rel. littér. : xixes. . a) 1 973, b) 849; xxes. : a) 812, b) 957.

Wiktionnaire

Nom commun

fléau \fle.o\ masculin

  1. (Vieilli) Instrument composé de deux bâtons rattachés l’un à l’autre à leur bout par un lien flexible, et qui sert à battre le grain pour le séparer de la tige et de l'épi, à la manière d’un fouet rigide. L’un des deux bâtons est le manche de l’outil, l’autre en est la lame.
    • Battre le blé avec le fléau.
    • Je vis donc depuis quelque temps, sans rien qui me rafraîchisse ou me réchauffe, comme la gerbe qui moisit dans un coin, au lieu de palpiter sous le fléau, comme l'oie qui, clouée par les pattes, gonfle devant le feu. — (Jules Vallès, L'Enfant, 1879)
    • Je battis au fléau les pois chiches, enfermés dans des cosses sèches comme une bille dans un grelot. — (Marcel Pagnol, Le temps des secrets, 1960, collection Le Livre de Poche, page 17)
  2. (Figuré) Toute grande calamité, malheur ou catastrophe publique ou privée (guerre, épidémie, famine…).
    • Le feu s’avançait majestueusement, engloutissant tout sur son passage, précédé par une foule innombrable d’animaux de toutes sortes, qui bondissaient avec des hurlements de frayeur, poursuivis par le fléau qui les atteignait à chaque pas. — (Gustave Aimard, Les Trappeurs de l’Arkansas, Éditions Amyot, Paris, 1858)
    • Nous voici devisant avec des Montalbanais de toutes sortes, gens fins et subtils, très avertis du fléau dont nous recherchons les causes, le dénonçant, le déplorant même, le vitupérant, le décrivant, l'analysant, l'exécrant, l'accablant d'imprécations, mais s'en tenant là […]. — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
    • Il est convaincu que la peste est un fléau endémique et non contagieux et que les seules mesures pour s'en préserver sont des mesures d'hygiène. — (Anne-Marie Mercier-Faivre & ‎Chantal Thomas, L'invention de la catastrophe au XVIIIe siècle: du châtiment divin au désastre naturel, Droz, 2008, p.328)
    • En avril 1872, les mouches de la Saint-Marc envahirent Paris et sa région. Elles volaient en abondance et venaient s'abattre sur les passants. L'apparition surprenante en nombre prodigieux de cet insecte fit craindre à certains l'annonce d'un fléau. — (Vincent Albouy, Des insectes en ville, Éditions Quae, 2017, page 33)
  3. (Par extension) (Par analogie) Se dit aussi de personnes.
    • Attila est appelé le fléau de Dieu. - Être le fléau de la société, de l’humanité. - Ce mauvais sujet a été le fléau de sa famille.
    • Ce dictateur fut un véritable fléau pour son pays.
  4. (Par extension) (Par analogie) Se dit aussi de tout ce qui est nuisible, funeste, redoutable.
    • Parmi les fléaux qui s'abattent sur la vigne, le plus terrible, dans ses effets, est évidemment la grêle. Le vignoble est beau, et plein de promesses, et cinq minutes plus tard il n'en reste rien ; […]. — (Sachez soigner vos vignes grêlées, dans Almanach de l'Agriculteur français - 1932, page 59, éditions La Terre nationale)
    • Nous achetions aussi au « Caïffa » nos attrape-mouches. Les mouches étaient un véritable fléau dès que revenaient les beaux jours. Par dizaines, elles s'installaient dans la cuisine […]. — (Gérard Belloin, Nos rêves camarades, Éditions du Seuil, 1978)
  5. (Métrologie) (Physique) Partie principale d’une balance. Tige horizontale aux extrémités de laquelle sont pendus ou se placent les deux plateaux et au milieu de laquelle, pour les balances à cadran, est fixée, perpendiculairement, l’aiguille de l’indicateur de mesure.
    • Le fléau d’une balance
  6. (Serrurerie) Barre de fer qu’on met derrière les portes cochères et qu’on tourne à demi pour ouvrir les deux battants.
    • Le fléau d’une porte cochère
  7. (Technique) Bascule à contrepoids qui sert à fermer une écluse.
  8. (Par ellipse) (Armement) Fléau d’armes.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

FLÉAU. n. m.
Instrument qui est composé de deux bâtons d'inégale longueur, attachés l'un au bout de l'autre avec des courroies, et qui sert à battre le blé. Battre le blé avec le fléau. Il se dit figurément des Grandes calamités qui affligent le genre humain. Ce fléau désola, ravagea toute la contrée. La peste, la famine, la guerre sont de terribles fléaux. Les rois qui ne cherchent qu'à se faire craindre sont les fléaux du genre humain. Il s'est dit aussi de Ceux par qui l'on croyait que la Divinité châtiait les peuples. Attila est appelé le fléau de Dieu. Il signifie, par extension, Qui est nuisible, funeste, redoutable. Être le fléau de la société, de l'humanité. Ce mauvais sujet a été le fléau de sa famille. Le typhus est le fléau de cette contrée. Cet homme est un vrai fléau. En termes d'Arts, il se dit, par analogie, de la Tige de fer aux extrémités de laquelle sont pendus les deux bassins d'une balance : Le fléau d'une balance; d'une Barre de fer qu'on met derrière les portes cochères et qu'on tourne à demi pour ouvrir les deux battants : Le fléau d'une porte cochère; de la Bascule à contrepoids qui sert à fermer une écluse.

Littré (1872-1877)

FLÉAU (flé-ô) s. m.
  • 1 Terme d'agriculture. Instrument qui sert à battre le blé, et qui se compose de deux bâtons liés l'un au bout de l'autre avec des courroies ; celui qui sert de manche est plus long que l'autre. Battre le blé avec le fléau, au fléau.

    La partie de cet instrument qui fait sortir le grain en tombant sur les épis. Le manche et le fléau.

    Fléau d'armes, arme contondante en forme de fléau, dont on se servait dans le moyen âge.

  • 2 Fig. Fouet qui châtie (ce qui est le sens de flagellum en latin) ; il se dit des personnes ou des choses qui semblent être instruments des punitions divines. On me craint, on me hait, on me nomme en tout lieu La terreur des mortels et le fléau de Dieu, Corneille, Attila, III, 1. Ô Dieu, que nous recevons mal les afflictions !… notre faiblesse gémit sous les fléaux de Dieu, et notre cœur endurci ne se change pas, Bossuet, 1er serm. quinquag. 2. Pour réunir tout en un mot, Séjan, si fort vanté dans Paterculus, était un fléau de la colère des cieux contre l'empire romain, Rollin, Hist. anc. t. XII, liv. XXV, chap. 2, art. 2.
  • 3 Fig. Toute grande calamité ou souffrance. Vous savez quels fléaux ont éclaté sur nous, Voltaire, Œdipe, II, 3. Et quand la religion se joint à la guerre, ce mélange est le plus horrible des fléaux, Voltaire, Mœurs, 197. Aujourd'hui, après un moment passé et oublié depuis des années, la plus chaste union peut être suivie du plus cruel et du plus honteux des fléaux [la syphilis] dont le genre humain soit affligé, Voltaire, Mœurs, 145.
  • 4 Par analogie, il se dit de ce qui est nuisible, funeste. Il est hors des atteintes de l'injustice, de l'envie, et des autres fléaux de la vie humaine, Patru, Lett. 4 à Olinde, dans RICHELET. L'inquisition et la Société [des jésuites] sont les deux fléaux de la vérité, Pascal, dans COUSIN. Son gendre [de Jacques II] le prince de Danemark, et son autre fille, qui est encore une Tullie et que j'appelle la demoiselle de Danemark, sont allés trouver ce fléau de prince d'Orange, Sévigné, Lett. 13 déc. 1688. Les rois qui ne songent qu'à se faire craindre et qu'à abattre leurs sujets, pour les rendre plus soumis, sont les fléaux du genre humain, Fénelon, Tél. II. Il a passé sa jeunesse à être le fléau de toutes les familles, Mme de Caylus, Souvenirs, p. 105, dans POUGENS. Le prince de Condé, qui avait été le soutien de la France, en devint le fléau ; et Turenne, après avoir trahi la cour, en fut le libérateur, Voltaire, Hist. parl. chap. 56. Fléaux du nouveau monde, injustes, vains, avares, Nous seuls en ces climats nous sommes les barbares, Voltaire, Alz. I, 1. Les sauterelles sont encore une des proies favorites du martin, il en détruit beaucoup, et par là il est devenu un oiseau précieux pour les pays affligés de ce fléau, Buffon, Ois. t. VI, p. 136, dans POUGENS. Des jardins mutilés en partie par la spéculation des architectes, ce fléau du Paris moderne, Ch. de Bernard, Un homme sérieux, § XVIII.

    Fléau de famille, celui qui fait la désolation de toute sa famille.

  • 5 Par exagération. Personne ennuyeuse, fatigante, insupportable. Un bavard est un fléau dans un salon.
  • 6Dans une balance, tige de fer ou levier du premier genre, soutenu en son milieu sur des couteaux, et aux extrémités duquel sont suspendus les plateaux de la balance.

    Forte balance dont on se sert dans les magasins d'artillerie et même dans les boulangeries.

  • 7Barre de bois ou de fer, qui, tournant par le moyen d'un bouton de fer, tient fermés les deux ventaux d'une porte cochère.
  • 8Bascule chargée d'un contre-poids servant à fermer une écluse.

    Poignée en fer avec bouton tourné servant de fermeture à une persienne.

  • 9 Terme de métallurgie. Tringle d'un soufflet ayant un mouvement d'oscillation.
  • 10 Au plur. Espèce de crochets sur lesquels les vitriers portent les panneaux de verre, lorsqu'ils vont en ville.
  • 11Fléau, un des noms de la phléole des prés.

HISTORIQUE

XIIe s. Ainsi [ils] fierent des haches com vilain de flael, Sax. IX. Ceste pestilence et cest flael, Rois, f° 7, dans RAYNOUARD, Gloss.

XIIIe s. Et vinrent as portes et coperent les fleaus, et entrerent ens cil de l'ost, Chr. de Rains, p. 100. Fourches, fleaus, restiaus, fauches, ne doivent riens de tonlieu, Liv. des mét. 323.

XIVe s. Dieu voulut corriger les François par son flaiel [la bataille de Crécy], Chr. de St Denis, t. II, p. 216, dans LACURNE.

XVe s. Par quoy maintes fois depuis en leur droit aveuglement, sont venus comme flayau de Dieu les Anglès, Chastelain, Chr. du duc Philippe, Proesme.

XVIe s. Qui peult estre ce roy qui assomme et travaille Les orgueilleux et fiers, les vivans de rapines, Comme s'il fust le fleau de justice divine ? Marot, J. V, 141. [Fontarabie] Le fleau d'Espaigne et la seureté de France, Marot, J. V, 231. Fleaux des poissons [nageoires], Cotgrave Fleaux de la vigne [ses vrilles], Oudin, Dict. La curiosité de cognoistre a esté donnée aux hommes pour fleau, dict la Sainte parole, Montaigne, III, 33.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

FLÉAU. Ajoutez :
12Fléau d'armes, masse métallique d'une forme variable, sphérique ou allongée, armée ou non de pointes, et réunie par une chaîne à l'extrémité d'un manche.

REMARQUE

Fléau, qui était monosyllabe au XVIe siècle, l'était encore au commencement du XVIIe siècle : Quoi ! filles de la nuit, monstres espouvantables, Dont les fers, dont les fouets et les fleaux effroyables Estonnent l'univers…, Histoire recueillie, la Magicienne estrangere, tragedie, Lyon, 1718, p 10. Fléau est un des rares exemples où la langue moderne n'a pas accepté la coalescence en une seule syllabe des deux voyelles que la chute de la consonne intermédiaire avait mises en présence. Seür est devenu sûr, paor est devenu peur, et ainsi en très grand nombre.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

* FLÉAU, s. m. (Gramm. & Econ. rustiq.) ce terme pris au simple, est un instrument dont on se sert pour battre le blé ; ce sont deux bâtons d’un bois dur, dont l’un qui est le plus long, se tient à la main, & l’autre qui est le plus court, est porté sur l’extrémité de la gerbe qui en est frappée avec violence. Ces deux bâtons sont assemblés, lâchement, bout-à-bout, par une ou deux fortes courroies ; & le plus court est mobile autour du plus long.

Ce terme pris au figuré, se dit de toutes les grandes calamités dont il plaît à la providence d’affliger le genre humain. Ainsi la peste, la guerre, la famine, les inondations, les mauvais princes, &c. sont des fléaux de Dieu.

Fléau au simple, n’est jamais que d’une syllabe ; au figuré il est toûjours de deux.

Fléau, dans une balance, (Méch.) est la partie à laquelle on suspend les poids, & qui est composée de deux bras. Voyez Balance.

Fléau, façon angloise, est composé des pieces suivantes.

1°. Le corps du fléau, une piece de fer d’une forme ovale, à chaque bout de laquelle il y a un crochet & un œil, & un trou dans le milieu, où passe le pivot, avec un bossage sur le milieu.

2°. Le crochet où s’accroche les plateaux ou bassins.

3°. La chasse, espece d’étrier de fer, dont les deux branches sont quarrées, menues & longues, pour laisser la liberté à l’aiguille, & les deux extrémités plates & de forme ronde ou ovale, avec deux trous où sont deux billes ou pattes d’acier, sur lesquelles pose le pivot ; à la tête de la chasse est un trou par où passe le touret. Voyez la Planche du Balancier.

4°. Le touret, crochet qui a une tête ronde & plate dessous, qui passe dans le trou du haut de la chasse, & sert à suspendre le fléau en l’air.

5°. Le chef du touret, c’est une S qui s’accroche dans le piton auquel on suspend les balances.

6°. Le pivot, arbre ou axe qui passe à-travers le corps du fléau, & porte sur les deux coussinets de la chasse ; il est situé dans la partie du corps du fléau & les yeux de la chasse, & fait en couteau par-dessous.

7°. Le brayé, ou ce qui empêche les deux branches de la chasse de s’éloigner.

8°. L’aiguille qui sert à mettre le fléau de niveau, & qui est posée au milieu au centre du pivot.

Fléau a double crochet, façon d’Allemagne. Voyez la Planche du Balancier.

1°. Corps du fléau, est une barre de fer à huit pans, avec bossage dessus & dessous au milieu, où est percé le trou du pivot, & qui a un trou à chaque bout pour recevoir les axes sur lesquels portent les coussinets des jumelles.

3°. & 4°. Les deux jumelles BC qui tiennent lieu des crochets du fléau à l’angloise, sont composées chacune de deux pieces de fer plat, longs à proportion, de la force du fléau : deux entre-toises, celle du haut portant bouton au milieu ; son nom, suivant l’art, est dessus de jumelle : celle de dessous qui porte le double crochet tournant, nommé suivant l’art dessous de jumelle, à tenons & clavette par les bouts.

5°. Le pivot des jumelles est un arbre ou axe, comme il a été dit, quarré au milieu, où il est arrêté dans les extrémités du corps du fléau, & en couteau en-dessus, où il reçoit les coussinets qui sont enclavés dans le milieu des jumelles.

6°. Le grand pivot est l’arbre ou axe qui passe au milieu du fléau ; il est quarré dans la partie qui passe par le milieu du fléau. Les deux extrémités de cet arbre sont en couteaux par la partie inférieure dont le tranchant porte sur les coussinets de la chasse A.

7°. Le brayé est au même usage que celui du fléau à l’angloise.

8°. L’aiguille est la même que celle du fléau à l’angloise.

9°. La chasse est composée de deux branches dont les deux extrémités du bas sont plates, de figure ronde ou ovale, dans lesquelles sont enclavées les deux billes ou coussinets d’acier sur quoi porte le pivot du corps du fléau ; par le haut est une entre-toise, nommée suivant l’art, chef de chasse, assemblée dans les deux branches à tenon & clavette ; au milieu de ce chef-de-chasse est un trou pour passer le touret.

10°. Le touret soudé & arrêté au chef-de-chasse, avec une forte contre-rivûre.

Cette sorte de fléau est pour les grands poids.

Fléau façon d’Allemagne, à deux boîtes, est semblable en toutes ses pieces à celui de la premiere figure, à l’exception qu’aux bouts des fléaux, qui sont en crochet, sont des boîtes, comme des chappes de poulies, & qu’il y a deux pivots pour tenir les crochets dans les boîtes, au lieu des deux yeux dans lesquels sont les crochets du fléau de la premiere figure. Voyez la figure 2.

Fléau a Broche, est composé des mêmes pieces que le fléau de la premiere figure, à l’exception du corps du fléau.

* Fléau, (Serrurerie.) est la fermeture ordinaire d’une grande porte cochere. Il est composé de plusieurs pieces ; savoir une barre de fer quarrée, longue environ de cinq piés, en pince par les extrémités, avec un œil percé au milieu, pour passer le boulon qui le tient sur un des battans de la porte. A six pouces des bouts sont deux mains poussées sur les venteaux de la porte, dans lesquelles il se ferme : celle qui est posée au venteau du guichet, fait venir en-dedans le bout du fléau ; & celle qui est à l’autre bout, est placée par-dessus, de sorte que le bout de la main regarde le pavé, dans laquelle l’autre bout du fléau va se fermer. A l’extrémité du fléau on a ouvert un trou, dans lequel est un lasseret tournant où est la tige de l’aubronier, qui s’arrête dans la serrure qui sert à fermer le fléau, comme il se voit Planches de la Serrurerie. M M, mains du fléau ; N, boulon du fléau ; O, contre-piece qui s’entaille de son épaisseur dans le bois du côté du fléau, & à-travers de laquelle passe le boulon ; P, rondelle du boulon ; R, tige de l’aubronier ; T, serrure à bosse du fléau.

Fléaux. Les Vitriers appellent ainsi certains crochets sur lesquels ils portent les panneaux de verre lorsqu’ils vont en ville.

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Étymologie de « fléau »

Du latin flagellum (« fléau », « fouet ») et dont est issu, entre autres, affliger, flageller.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Génev. flau ; picard, flager, flayer, fli, fleyeur ; Berry, flau (dans l'ouest clô) ; bourguign. fla ; norm. fiau ; provenç. flagel, flachel ; catal. flagell ; portug. et ital. flagello ; du lat. flagellum, fouet, fléau, diminutif de flagrum, fouet. Dans l'ancien français, li flaels ou flaaus est le nominatif, et le flael est le régime. Dans J. Marot fleau est monosyllabe. Les choses à bascule, fléau de balance, etc. ont été peut-être ainsi dites à cause du va-et-vient qui s'y passe comme dans le fléau véritable. Flagrum tient au radical flag ou flig (dans af-fligere) qui signifie franpper, blesser, appuyer sur.

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Phonétique du mot « fléau »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
fléau fleo

Évolution historique de l’usage du mot « fléau »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « fléau »

  • Quel fléau que la richesse unie à l'ignorance ! De Euripide / Fragments
  • Quel plus terrible fléau que l'injustice qui a les armes à la main ? De Aristote / Politique
  • La mémoire, ce fléau des malheureux. De Maxime Gorki
  • La multitude, cruel fléau ! De Euripide / Iphigénie à Aulis
  • La femme est tour à tour la joie et le fléau de la vie des hommes. De Euripide / Alcméon
  • La maladie du scrupule est un des fléaux de la vie spirituelle. De André Billy / L'approbaniste
  • Celui qui, par hasard, a une honnête femme vit heureux avec un fléau. De Euripide / Les Crétoises
  • Le téléphone est la pire des commodités et le plus pratique des fléaux. De Robert Staughton Lynd
  • Les hommes trop beaux sont le fléau des femmes. De Gilles Leroy / Alabama Song
  • Il y a des gens qui ne savent pas perdre leur temps tout seuls : ils sont le fléau des gens occupés. De Louis de Bonald
  • Ce qu'il y a de pis, c'est que la guerre est un fléau inévitable. De Voltaire / Dictionnaire philosophique
  • A cause de la non-disponibilité des femmes, la masturbation est devenue le fléau de la civilisation occidentale. De Régis Hauser / Les murs se marrent
  • Quand les riches se droguent c’est pittoresque. Quand les pauvres se droguent c’est un fléau social. De Paul Schrader
  • Les grands auteurs arrivent parmi nous tels de nouveaux fléaux - menaçants, puissants, à l’affût de celui qui ne pourra pas résister à leur contamination. De Craig Raine
  • La mesure suffira-t-elle à mettre un coup d’arrêt au fléau? Des moutons, par centaines, qui sont volés au cœur même des élevages de Loire-Atlantique. Dans les prochaines semaines, la soixantaine de membres du «Collectif des éleveurs pillés de Loire-Atlantique» devrait recevoir une aide financière pour l’installation de caméras de vidéosurveillance dans leurs exploitations. Avant, peut-être, le traçage de chaque bête par puce GPS. Le Figaro.fr, Les vols de moutons, ce fléau des éleveurs de Loire-Atlantique
  • Angela Kpeidja vient de lancer le mouvement #N'aiepaspeur pour inciter les femmes à dénoncer ce fléau. Franceinfo, Au Bénin, une journaliste se bat contre le harcèlement sexuel, un fléau en milieu professionnel
  • Face à l'invasion des araignées de mer, véritable fléau pour les producteurs de moule, le préfet de la Manche autorise le piégeage. tendanceouest.com, Manche. Le piégeage autorisé contre les araignées de mer, fléaux des moules
  • Pour répondre à ce fléau, le ministère libyen de la Santé a créé des hôpitaux de campagne spécialement dédiés à ces victimes. France 24, Guerre en Libye : le fléau des mines antipersonnel
  • Le véhicule maculé de fientes de pigeons… c’est le souvenir peu reluisant que ces touristes Néérlandais ramèneront de notre ville. Ils n’étaient pourtant pas garés sous un arbre. Les pigeons sont une vraie plaie pour les villes, un problème à régler tant les dégâts qu’ils occasionnent sont multiples. On avait espéré une solution avec le nichoir installé sur la collégiale, prêt à accueillir leur prédateur naturel : le faucon pèlerin. Pour l’instant celui-ci ne s’est pas manifesté et les oiseaux, que dans certains endroits, on appelle "les rats du ciel" pullulent. Quand on sait que le volume d’excréments de pigeons, les fientes, peut atteindre jusqu’à 12 kg par an par animal, on a une idée des dégâts qu’ils peuvent occasionner. Leur acidité attaque les pierres des bâtiments, les tuiles, les toits. Les fientes, les cadavres, les nids ou encore les plumes peuvent obstruer les conduits d’eau, les gouttières, etc. Bref, un fléau. ladepeche.fr, Castelnaudary. Pigeons : un fléau - ladepeche.fr
  • Le fléau se répand comme une traînée de poudre. Des ONG guinéennes ne cessent de tirer la sonnette d'alarme depuis plusieurs années. En vain. Franceinfo, Les viols sur mineures, un fléau qui gangrène la société guinéenne

Traductions du mot « fléau »

Langue Traduction
Anglais scourge
Espagnol azotar
Italien flagellare
Allemand geißel
Chinois 祸害
Arabe آفة
Portugais flagelo
Russe бич
Japonais 惨劇
Basque gaitz
Corse flagelo
Source : Google Translate API

Synonymes de « fléau »

Source : synonymes de fléau sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « fléau »

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