La langue française

Falloir

Définitions du mot « falloir »

Trésor de la Langue Française informatisé

FALLOIR, verbe impers.

I.
A.− Faire besoin, faire défaut, manquer. Je me suis assuré de la manœuvre des embarcations. Il me faut encore trois jours (Peisson, Parti Liverpool,1932, p. 21).Il lui fallait cent francs. D'abord il crevait de faim. Puis Georgina, sa maîtresse, avait besoin d'argent (Van der Meersch, Invas. 14,1935, p. 169):
1. Oui, certes, le sang et la chair Furent mes complices joyeux Dans le délice radieux D'avoir trouvé le maître cher, Le beau guide en ce monde laid, Le conseil franc et l'âme forte Et cette verve qui m'emporte Chez la femme qu'il me fallait! Verlaine, Œuvres compl.,t. 3, Livre posth., 1896, p. 139.
[Dans certains tours où le ton, la structure dénotent un souhait] C'est un manoir comme cela qu'il me faudrait! (Delacroix, Journal,1853, p. 45).
Spéc. [Comme substitut de réclamer, demander] Combien vous faut-il pour votre journée? Que vous faut-il pour votre peine? (Ac.1932).Combien vous faut-il? − Cent mille francs pour trois ans, dit le comte. − Possible, dit Gobseck (Balzac, Gobseck,1830, p. 413).
B.− (Dans le tour il s'en faut de, que, signifiant une différence en moins). Manquer.
1. [Suivi d'un syntagme nom. ou d'un adv. de quantité]
a) Il s'en faut de + subst. indiquant une quantité. Il s'en faut de moitié que ce vase soit plein (Ac.1932).Il s'en fallait donc de sept à huit cents piastres pour qu'à eux deux Franz et Albert pussent réunir la somme demandée (Dumas père, Monte-Cristo;t. 1, 1846, p. 537).C'est moi qu'étais responsable et répréhensible au cas qu'il se casserait la hure... il s'en fallait toujours d'un fil! (Céline, Mort à crédit,1936, p. 452).
b) Il s'en faut (de) + adv. de quantité. Il s'en faut de beaucoup que ces deux hommes soient égaux (J. de Maistre, Soirées St-Pétersb.,t. 1, 1821, p. 217).Il ne s'en fallait guère qu'un accident ne mît un terme à tous mes projets (Chateaubr., Voy. Amér. et Ital.,t. 1, 1827, p. 16):
2. Notre père, notre père qui êtes aux cieux, de combien il s'en faut que votre nom soit sanctifié; de combien il s'en faut que votre règne arrive. Péguy, Myst. charité,1910, p. 8.
2. [Suivi d'une prop. complétive]
a) Il s'en faut que + prop. au subj. Un jour, j'avais prôné « La Bûcheronne » eh bien, il s'en fallait que la pièce fût bonne (Ponchon, Muse cabaret,1920, p. 274):
3. ... bien que la physique ait deux grandes sections, l'optique et l'acoustique, dont les noms suffisent pour indiquer la dépendance où elles se trouvent de nos deux sens les plus élevés, il s'en faut que les liens de dépendance soient aussi étroits pour l'une que pour l'autre. Cournot, Fond. connaiss.,1851, p. 148.
Absol. Il s'en faut. Loin de là. Mais je ne sais pas l'arabe assez bien pour cela, il s'en faut (Gobineau, Corresp.[avec Tocqueville], 1859, p. 302).Elle n'est pas la plus laide, il s'en faut (Colette, Naiss. jour,1928, p. 25):
4. Quant à avoir tous les vices, il s'en faut. Tout de même je m'en accorde quelques-uns. Mais j'ai pas de défaut. Tandis que toi, t'as pas un vice, pas un en tout. Seulement, tu possèdes tous les défauts. Guèvremont, Survenant,1945, p. 164.
b) Il s'en faut bien que + prop. au subj. Il s'en faut bien qu'elle soit sans agréments, et depuis peu elle voyait fort souvent un certain abbé Marquinot de Dijon (Stendhal, Rouge et Noir,1830, p. 467).Il s'en faut bien que tout ce qui est dans l'esprit ne soit dans le cœur (Bremond, Hist. sent. relig.,t. 4, 1920, p. 508).
Rem. L'emploi de la négation ne dans la prop. introduite par que est facultatif.
3. Peu s'en faut, tant s'en faut que + prop. au subj.Peu s'en fallait que je ne déchirasse tout cela (Gide, Journal,1893, p. 39):
5. Le flot de la colonisation chinoise, après s'être avancé du nord vers le sud, (...) finit (...) par se diviser, se ramifier en filets de plus en plus amincis. Mais tant il s'en faut que sa force d'expansion soit éteinte. Vidal de La Bl., Princ. géogr. hum.,1921, p. 99.
Absolument
α) Peu s'en faut. Presque. Il a fini son travail ou peu s'en faut (Ac.1878-1932).
β) Tant s'en faut. Loin de là, bien au contraire. Bien que M. et MmeDe Cambremer ne fussent plus, tant s'en fallait, de la première jeunesse (Proust, Sodome,1922, p. 1087):
6. Vois-tu, dans ta caricature, C'est l'air dur que tu m'as prêté. Il n'est du tout dans ma nature. D'abord, je n'ai pas, tant s'en faut, La moustache aussi provocante; Avec ces crocs à la prévôt, J'ai l'air d'en défier cinquante. Ponchon, Muse cabaret,1920, p. 214.
II.− Être nécessaire, indispensable, utile, convenable, bienséant.
A.−
1. Il faut + subst. Après la messe, il fallut encore trois quarts d'heure pour atteindre le cimetière (Flaub., Cœur simple,1877, p. 44).S'il se mêle de conter une vieille histoire, il lui faudra (...) la naïveté des foules humaines qu'il fait revivre et la critique la mieux avertie (France, J. d'Arc,t. 1, 1908, p. lxxvi):
7. Il paraît qu'il y a dans le cerveau des femmes une case de moins, et, dans leur cœur, une fibre de plus que chez les hommes. Il fallait une organisation particulière, pour les rendre capables de supporter, soigner, caresser des enfants. Chamfort, Max et pens.,1794, p. 65.
2. Il faut + inf.Mais où personne ne serait capable de se procurer en vingt-quatre heures un de ces livres qu'il « faut » avoir lus (France, Vie littér.,1891, p. 259).Il faut me pardonner, père (Mauriac, Mal Aimés,1945, III, 1, p. 223):
8. ... j'eus le sentiment qu'un devoir m'était dicté : réparer l'injustice des hommes à l'égard de Silbermann. Il me fallait non seulement l'aimer, mais prendre son parti contre tous. Lacretelle, Silbermann,1922, p. 69.
[À l'imp., avec valeur de cond. passé] Il fallait me précipiter dans les flots de la Baltique, comme Mentor précipita Télémaque (Krüdener, Valérie,1803, p. 53).Orian. − C'est vrai, il a voulu absolument que je vous parle. Pensée. − Il fallait refuser, Orian (Claudel, Père hum.,1920, I, 3, p. 504).
Emploi emphatique. Il faut voir. Il est intéressant, il est bon, il est curieux de voir.
[Avec valeur exclam.] La carriole se remplissait, il fallait voir! (A. Daudet, Pt Chose,1868, p. 204).Après six mois de tels assauts, il fallait voir le cargo, il ne restait plus un pied carré de peinture sur la coque (Peisson, Parti Liverpool,1932, p. 46).
[Exprime une réticence ou un défi] C'est ce qu'il faut voir! Le duc. − (...) nous le sauverons! Dubois. − C'est ce qu'il faudra voir! (Dumas père, Fille du régent,1846, III, 11, p. 232):
9. Madame de Vaubert, qui ne répondait à toutes ses questions que par ces mots : − il faut voir, il faut attendre, − n'était rien moins que rassurante. Sandeau, Mllede La Seiglière,1848, p. 232.
3. Il faut que + prop. au subj. Il faut que jeunesse se passe. Il faut que toute influence cléricale cesse d'agir sur son esprit (Massis, Jugements,1923, p. 48).Il faut donc qu'un pouvoir nouveau assume la charge de diriger l'effort français dans la guerre (De Gaulle, Mém. guerre,1954, p. 303):
10. Il fallait, pour qu'il reprît son élan, que la notion de nature recouvrât consistance et autonomie, que les apparences visibles recommençassent à valoir par elles-mêmes. Huyghe, Dialog. avec visible,1955, p. 134.
Spéc. S'il faut que. S'il doit arriver que. Ce pauvre garçon est amoureux de vous. − S'il fallait que j'écoutasse tous ceux qui sont amoureux de moi, je n'aurais seulement pas le temps de dîner (Dumas fils, Dam. Cam.,1848, p. 87):
11. knock. − Ce n'est pas en soignant les morts subites que vous avez pu faire fortune? le docteur. − Évidemment. (...) Il nous reste... d'abord la grippe. Pas la grippe banale, (...) non, je pense aux grandes épidémies mondiales de grippe. knock. − Mais ça, dites donc, c'est comme le vin de la comète. S'il faut que j'attende la prochaine épidémie mondiale! ... Romains, Knock,1923, I p. 3.
B.−
1. [Exprime une conjecture] Il fallait de l'audace et je ne sais quelle candeur passionnée pour concevoir et entreprendre un livre de cette sorte (Lemaitre, Contemp.,1855, p. 137).Dieu sait que les voitures ne manquaient pas à Luchon! Il fallait être une Fondaudège pour y avoir amené son équipage (Mauriac, Nœud vip.,1932, p. 44):
12. teissier. Vous êtes bien sûr que M. Vigneron au moment de son décès vous devait encore deux mille francs? dupuis. Oui, monsieur..., oui monsieur. Il faudrait que ma femme eût fait une erreur dans ses calculs, mais je ne le pense pas. Becque, Corbeaux,1882, IV, 10, p. 245.
2. [Dans un syntagme exprimant une restriction]
a) Encore faut-il. Le moi est l'unité des instants. Encore faut-il que le contenu de ces instants ne l'empêche pas de prendre conscience de cette unité (J. Bousquet, Trad. du silence,1935-36, p. 9):
13. Il [le cheval] ne sait point souffler. Il s'excite de son action. Au cavalier de ménager, d'utiliser, d'exploiter ces ressources. Encore faut-il être le maître... Pesquidoux, Livre raison,1928, p. 204.
b) [Dans une prop. cond. introduite par la conj. si] S'il faut. S'il fallait en croire le mouvement de tic qui parcourut la joue d'Aurifaber, la chose était d'importance (Jouve, Scène capit.,1935, p. 157):
14. Hélas! cette scène de « bal » n'eut, je le crains, rien d'exceptionnel, s'il faut en croire divers témoins directs que j'interroge tour à tour. Gide, Voy. Congo,1927, p. 743.
3. [Renforce une exclam.] Pourquoi faut-il que vous m'aimiez? (Musset, Confess. enf. s.,1836, p. 336):
15. hugo. − Rends-moi ces photos. jessica. − Douze photos de ta jeunesse rêveuse. À trois ans, à six ans, à huit, à dix, à douze, à seize. Tu les as emportées quand ton père t'a chassé, elles te suivent partout : comme il faut que tu t'aimes. Sartre, Mains sales,1948, 3etabl., I, p. 69.
C.− [Employé avec le substitut neutre le] Il le faut. Cela est nécessaire. Je suis condamné à parler autour des autres! Et il le faut, mon ministère ne va pas fort (Valéry, Corresp.[avec Gide], 1896, p. 259).Un autre que moi, à supposer qu'il eût vu si clair, n'eût pas osé vous parler comme je fais ce soir. Il le faut cependant (Bernanos, Soleil Satan,1926, p. 133):
16. Les spirales d'encens et les accords de Luth Signalent ton entrée au temple de mémoire Et ton nom radieux chantera dans la gloire, Parce que tu m'aimas ainsi qu'il le fallut. Verlaine, Œuvres compl.,t. 3, Dédic., 1890, p. 140.
III.− Loc. Comme il faut
A.− À valeur adj.
1. Convenable, bienséant. Ça serait bien sage et bien comme il faut de sa part (Sand, Mare au diable,1846, p. 153).
2. De bonne éducation, bien élevé. C'était un grand savant. Un homme très comme il faut et d'une rectitude de vie qui commandait le respect (Prévert, Paroles,1946, p. 31).Il était petit et roux, avec un air comme il faut (Simenon, Vac. Maigret,1948, p. 27):
17. ... vous, qui avez révélé au monde qu'il existoit des gens sans naissance, comme si tous les hommes qui vivent n'étoient pas nés, des « gens de rien » qui étoient des hommes de mérite, et « d'honnêtes gens, des gens comme il faut » qui étoient les plus vils et les plus corrompus de tous les hommes. Robesp., Discours,Marc d'argent, t. 7, 1791, p. 166.
B.− À valeur adv. Comme cela doit être; d'une manière convenable, appropriée. Il signale des allures de la liberté qui l'importunent, (...) qui pourraient l'empêcher de terrasser comme il faut les spiritualistes, les mystiques (Veuillot, Odeurs de Paris,1866, p. 322):
18. Ce sont des sauvages, bon, mais qui après tout nous laissent bien tranquilles. Note que je suis prêt comme tout le monde à les recevoir comme il faut, s'ils revenaient. Gracq, Syrtes,1951, p. 67.
Rem. L'ell. du pron. il appartient à la lang. pop. S'il vient, vous le ferez attendre. Faut pas le faire passer dans ma chambre (T. Bernard, M. Codomat, 1907, p. 141). Mieux vaut rentrer. Faut être dispos demain (Dabit, Hôtel Nord, 1929, p. 20). Ils barrent le chemin vers le pont... tire donc, bon dieu! Faut qu'on passe! (Genevoix, Raboliot, 1925).
Prononc. et Orth. : [falwa:ʀ]. Conjug. Verbe impers., 3 rad. : a) [fo-]. Ind. prés. : il faut; ind. fut. : il faudra; cond. prés. : il faudrait. b) [fal-]. Ind. imp. : il fallait; ind. passé simple : il fallut; ind. passé composé : il a fallu; ind. p.-q.-parf. : il avait fallu; ind. passé ant. : il eut fallu; ind. fut. ant. : il aura fallu; cond. 1reforme : il aurait fallu, 2eforme : il eût fallu; subj. imparf. : qu'il fallût; subj. passé : qu'il ait fallu; subj. p.q.-parf. : qu'il eût fallu; part. passé : fallu. c) [faj]. Subj. prés. : qu'il faille. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1160 petit en falt que « peu s'en faut que » (Enéas, éd. J.-J. Salverda de Grave, 5436-37); 1176-81 molt po de chose s'an failloit (que) (Chr. de Troyes, Chevalier charrette, éd. M. Roques, 1434); 2. ca 1165 exprime le besoin, la nécessité (Chr. de Troyes, G. d'Angleterre, éd. M. Wilmotte, 900 : Et il plus a, et plus li faut); 3. mil. xves. impers. il faut que « il est inévitable que » (J. Régnier, Fortunes et adversités, éd. E. Droz, p. 99, 2756 ds IGLF : Ainsi fault que mon temps s'en aille); 4. 1548 (je dy) comme il faloit « comme il convenait » (N. du Fail, Baliverneries, éd. J. Assézat, p. 153 ds IGLF); 1790 loc. adj. (Le Rat du Châtelet, p. 9, ibid. : gens de bon ton, gens comme il faut); 5. 1657-62 exprime une supposition propre à expliquer un fait, une situation (Pascal, Pensées, éd. Brunschvicg, t. 14, p. 18, ibid. : et ce sens spirituel est si clairement expliqué en quelques endroits, qu'il fallut un aveuglement pareil à celui que la chair jette dans l'esprit quand il lui est assujetti, pour ne pas le reconnaître). Réfection de faillir* (pris au sens de « manquer, faire défaut ») d'apr. la 3epers. faut (lat. *fallit) sur le modèle de valoir*. Au sens 3 a évincé les plus anc. estovoir (xies. ds T.-L.) et estre mestier (xiies., ibid.). Fréq. abs. littér. Falloir : 88 211. Fallu : 3 820. Fréq. rel. littér. Falloir : xixes. : a) 114 821, b) 121 594; xxes. : a) 128 588, b) 134 700. Fallu : xixes. : a) 4 644, b) 4 620; xxes. : a) 5 555, b) 6 466. Bbg. Aymeric (J.). Ind. après craindre, falloir, vouloir. Z. fr. Spr. Lit. 1889, t. 11, p. 269. − Baarslag (A. F.). Falloir, essentiellement ou accidentellement impersonnel? R. des lang. vivantes. 1965, t. 31, pp. 149-157. − Cornulier (B. de). Sur une règle de déplacement de nég. Fr. mod. 1973, t. 41, pp. 44-56. − Fox (J.). Remarks on estuet and il faut. Fr. St. 1953, t. 7, pp. 56-58. − Leicht (H.). Morphologie und Semasiologie der französischen Verben faillir und falloir. Kiel, 1909, 63 p. − Rickard (P.). (Il) estuet, (il) convient, (il) faut and their constructions in Old and Middle French. In : [Mél. Harmer (L. C.)]. London-Toronto-Wellington, 1970, pp. 65-92. − Togeby (K.). Il le faut. In : [Mél. Lombard (A.)]. Lund, 1969, pp. 220-226.

Wiktionnaire

Verbe

falloir \fa.lwaʁ\ transitif impersonnel 3e groupe, défectif (voir la conjugaison)

  1. Être de nécessité, de devoir, d’obligation, de bienséance.
    • Rabalan se sentit troublé. Du moment que le maire affirmait d’une façon aussi autoritaire qu’il était sorcier, il fallait le croire... Ça l’étonnait pourtant. — (Octave Mirbeau, Rabalan,)
    • Les prairies, émaillées de saxifrages, sont clôturées de murs en pierres sèches qu'il nous faut franchir à tout instant. — (Jules Leclercq, La Terre de glace, Féroë, Islande, les geysers, le mont Hékla, Paris : E. Plon & Cie, 1883, page 35)
    • …mais l’on n’était qu’en juin et, sauf pour les poires de moisson qui mûrissent en août, il fallait encore attendre longtemps avant de savourer concurremment les pommes du verger et la vengeance désirée. — (Louis Pergaud, Une revanche, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • La malheureuse était grise et il allait falloir bientôt la transporter dans une salle du premier pour l'y laisser cuver son vin. — (Francis Carco, Messieurs les vrais de vrai, Les Éditions de France, Paris, 1927)
    • En vain l’ambassadeur de France tenta de fléchir les négociateurs américains. Ils se montrèrent implacables. Il fallait se soumettre ou faire banqueroute. — (Camille Aymard, Devons-nous payer l’Amérique ?, Éditions Ernest Flammarion, 1932, p. 119)
    • Il eût fallu hurler pour échanger la moindre phrase. — (Francis Carco, L’Homme de minuit, Éditions Albin Michel, Paris, 1938)
    • Hier, en France, il fallait être humanitaire, kantien, philosémite. Actuellement, la mode, chez nous, penche vers un christianisme édulcoré. — (Louis Thomas, Arthur de Gobineau, inventeur du racisme (1816-1882), Paris : Mercure de France, 1941, p. 43)
    • Puisqu’il fallait qu’elle suât, elle devait boire beaucoup. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • À une époque où les artistes de jazz apparaissent de plus en plus souvent sur scène, il peut sembler surprenant qu'il ait fallu attendre 1956 pour voir réalisé un microsillon contenant l'enregistrement d'un récital de Garner. — (Boris Vian, « Errol Garner … sur scène », dans Derrière la zizique, Paris : C. Bourgois, 1976, Le Livre de Poche, 2012)
    • Non mais, qu’est-ce qu’ils venaient nous casser les pieds, tous ces Parisiens, avec leurs modes modernes, que tu savais jamais ce qu’il fallait faire pour qu’on se foute pas de ta poire ? — (Paul Fabre, Le solitaire de Costejourdes, Éditions L’Harmattan, 2013, page 35)
    • Il fallut qu’Abdel Latif insistât, et elle accepta enfin, comme à regret. — (Out-el-Kouloub, Nazira, dans Trois contes de l’Amour et de la Mort, 1940)
    • Les gros livres reliés de cuir où il eût fallu puiser les dates des batailles, les manuscrits jaunis desquels il eût fallu tirer la concordance des personnages, les bibles couvertes de toiles d'araignée qu'il eût fallu sortir de leur sommeil, tous ces objets, […], ne pouvaient servir car les ours en avaient lacéré les pages. — (Jean-Christophe Duchon-Doris, Les Ours polaires, Paris : chez Seghers, 1991)
    • (Mathématiques) Il faut et il suffit que… « si et seulement si » ou équivalence.
    • Encore faut-il que… il est du moins nécessaire, malgré tout, que…
    • Ni le docteur ni Thérèse ne rient de ma plaisanterie. Il faut qu’ils ne l’aient pas comprise. — (Anatole France, Le crime de Sylvestre Bonnard, Calmann-Lévy ; éd. Le Livre de Poche, 1967, p. 207.)
  2. Être ce dont on a besoin.
    • Pour que l’apothicaire du roi fût heureux, il lui faudrait que le roi eût un estomac et délicat et fort, qu'il eût en même temps besoin de beaucoup de médecines, et qu'en même temps il pût en bien supporter l'effet , […]. — (Amans-Alexis Monteil, Histoire des Français des divers états, tome II : XVe siècle, livre 2, Bruxelles : chez Wouters, Raspoer & Cie, 1843, p. 127)
    • Les gazelles et les outardes ne manquent pas non plus, mais il faudrait organiser des battues pour s’en emparer. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, p. 123)
    • Je maintiens, et il est impossible de me démentir, que personne ici ne peut dire approximativement ce qu'il faudra; ce qui est certain, c'est qu'il faudra une somme considérable. — (Emmanuel Arago, « Assemblée nationale législative : séance du 19 avril 1850 », dans les Comptes rendus des séances de l'Assemblée nationale législative, tome 7 (8 avri - 15 mai 1850), Paris : chez Panckouke, 1850, p. 210)
    • Quelles sont donc les causes de ces insuccès ? Il n'y en a qu'une : c'est que ces sociétés n'ont pas le directeur qu'il leur faut. Sans un directeur qui joue le rôle d’entrepreneur, ils ne peuvent pas réussir, […]. — (Maurice Block, Les progrès de la science économique depuis Adam Smith, éd. Guillaumin, 1890, page 309)
    • — Si ça vous dit, Monsieur Duprez, je peux préparer un couscous pour ce soir ? J'ai tout. Seulement faudrait pas trop tarder à me le dire, pour le bouillon. — (André Pierrard, Le janissaire, Dunkerque : Éditions des Beffrois-Westhoek, 1983,)
  3. Ce qu’on doit donner d’argent à quelqu’un pour un prix, pour un salaire.
    • — Mais combien vous faut-il pour votre voyage ? Je vous dis que je ne suis pas en fonds. — (Walter Scott, « Les aventures de Nigel », chap. 34, traduits de l'anglais, Œuvres complètes de Sir Walter Scott, tome 48, Liége : chez Fr. Lemarié, 1828, p. 191)
    • Misérable, maître chanteur, quelle somme vous faut-il pour que vous me laissiez mon enfant ? — (Éveline Le Maire, La maison d'émeraude, Paris : Librairie Plon, 1926, chap. 26)
    • Il demande plus qu’il ne lui faut.

s’en falloir

  1. Manquer. Note : Il se conjugue avec l’auxiliaire être.
    • Les plus nombreux et les plus considérables ont été tirés des célèbres carrières d’Œningen, que je décris au chapitre des Reptiles trouvés dans les schistes, et qui passent généralement pour n'offrir que des restes d'animaux du pays, quoiqu'il s’en faille beaucoup que cette assertion soit exacte. — (Frédéric Cuvier, « De quelques Rongeurs fossiles », p. 5, dans Recherches sur les Ossemens fossiles de Quadrupèdes, tome 4, Paris : chez Deterville, 1812)
    • — Monsieur, dit Cogolin, il s’en faut d’une bonne demi-heure. Seulement, quand il s’agit du dîner ou du souper, mon estomac avance toujours. — (Michel Zévaco, Le Capitan, 1906, Arthème Fayard, coll. « Le Livre populaire » no 31, 1907)
    • « Il s’en est fallu de guère que je ne vienne pas t’appeler ! » — (Marcel Pagnol, Le château de ma mère, 1958, collection Le Livre de Poche, page 137)
    • Il s’en fallut de très peu qu'il s'abandonnât à nouveau à ses rêveries et à sa somnolence. — (Didier Cornaille, Le Périple du chien, éd. Albin Michel, 2013, chap. 5)
    • Nous avons réussi à sortir de la guerre froide sans nous anéantir les uns les autres, même s'il s’en est fallu de peu en deux ou trois occasions. — (Jason Matthews, Le Moineau rouge, traduit de l'anglais (États-Unis) par Hubert Tézenas, Éditions du Cherche Midi, 2015)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

FALLOIR. (Il faut, il fallait, il fallut, il a fallu, il faudra, qu'il faille, qu'il fallût.) v. impersonnel
. Être de nécessité, de devoir, d'obligation, de bienséance. Il faut faire telle chose. Il faut que je parte demain. Il fallut en passer par là. Il faudrait s'en informer. Pensez-vous qu'il faille croire tout ce qu'il dit? Je ne croyais pas qu'il fallût faire ce voyage. Elle parle plus qu'il ne faut. Il va falloir s'occuper de cette affaire. Fam., Un homme, une personne comme il faut, Un homme, une personne d'un rang distingué, de bonne éducation, de bonnes manières. C'est un homme très comme il faut. Ne fréquenter que des gens comme il faut. Encore faut-il que... Il est du moins nécessaire, malgré tout, que... Fam., Il faut voir, Il est curieux, intéressant de voir. Il faut voir ce que cela deviendra. On le rejette quelquefois à la fin de la phrase, en manière d'exclamation. On les bat, il faut voir! Ces gens nous reçoivent, il faut voir! On dit, dans un sens analogue, Aussi faut-il voir. Il a fait l'insolent; aussi faut-il voir comme on l'a traité! C'est ce qu'il faut voir, se dit pour faire entendre que l'on saura mettre des empêchements à ce qu'une personne projette de faire. Il veut me faire ôter mon emploi : c'est ce qu'il faudra voir.

FALLOIR se dit aussi de Ce dont on a besoin. Il lui fallait cent francs. Il lui faut un habit. Que lui faut-il encore? il n'est jamais satisfait, il ne sait ce qu'il lui faut. J'ai l'homme qu'il vous faut, ce qu'il vous faut. Ce sont de ces gens comme il en faut dans une réunion. Il se dit particulièrement, dans une administration, de Ce qu'on doit donner d'argent à quelqu'un pour un prix, pour un salaire. Combien vous faut-il pour votre journée? Que vous faut-il pour votre peine? Il dit qu'il lui faut tant. Il demande plus qu'il ne lui faut.

S'EN FALLOIR signifie Manquer. Il se conjugue avec l'auxiliaire Être. Il s'en faut de beaucoup que leur nombre soit complet. Il s'en faut beaucoup que l'un ait le mérite de l'autre. Il s'en faut de moitié que ce vase ne soit plein. Il s'en fallait peu qu'il n'eût achevé. Il s'en est peu fallu qu'il n'ait été tué. Il ne s'en est presque rien fallu. Peu s'en est fallu que je ne vinsse. Il a fini son travail ou peu s'en faut. Il s'en faut de dix francs que la somme entière n'y soit.

TANT S'EN FAUT QUE, loc. conj. Bien loin que. Tant s'en faut qu'il y consente, au contraire il fera tout pour l'empêcher. Elliptiquement, Je ne suis pas de votre avis, tant s'en faut.

Littré (1872-1877)

FALLOIR (fa-loir), il faut ; il fallait ; il fallut ; il faudra ; il faudrait ; qu'il faille ; qu'il fallût ; point de participe présent, voy. pourtant ce qui est dit au n° 14 pour ce participe ; fallu, invariable, v. n. impersonnel.
  • 1Faire besoin (le sens étymologique de falloir étant manquer). Il lui fallait cent francs. Que vous faut-il encore ? J'ai le cheval qu'il vous faut. Il nous faudrait mille personnes Pour éplucher tout ce canton, La Fontaine, Fabl. I, 8. Il fallait un Aristote pour un Alexandre, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VI, p. 601, dans POUGENS. Pour le petit nombre de ceux dont la tête est ferme, le goût délicat et le sens exquis, et qui comme vous, messieurs, comptent pour peu le ton, les gestes et le vain son des mots, il faut des choses, des pensées, des raisons, Buffon, Disc. de récep. à l'Acad. Il a fallu vingt mille ans pour la retraite des eaux, qui d'abord étaient élevées de deux mille toises au-dessus du niveau de nos mers actuelles, Buffon, 4e époque, Œuv. t. XII, p. 230, dans POUGENS. Il me faut qui m'estime, il me faut des amis à qui dans mes secrets tout accès soit permis, Chénier, Élég. XI. …Dieu cruel, fallait-il nos supplices Pour ta félicité ? Lamartine, Méd. I, 7.
  • 2Il se dit de l'argent à donner pour achat d'une marchandise, pour prix d'un salaire. Combien vous faut-il pour votre marchandise, pour votre peine ?
  • 3Employé avec le pronom personnel se et précédé de la particule en, ce verbe indique une différence en moins. En cet emploi, c'est un verbe neutre réfléchi, comme s'enfuir, et il se conjugue comme les verbes réfléchis, c'est-à-dire avec le verbe être. Vous dites qu'il s'en faut tant que la somme y soit ; il ne peut s'en falloir tant, Dict. de l'Acad. La Valteline est toute à nous ; et, s'il s'en faut quelque chose, ce n'est qu'un fort qui n'est pas meilleur que les autres qui se sont rendus, Malherbe, Lett. à Racan, 18 janv. 1625. La maîtresse du monde ! ah ! vous me feriez peur S'il ne s'en fallait pas l'Arménie et mon cœur, Corneille, Nicom. III, 2. Vous ne les auriez pas, s'il s'en fallait un double, Molière, Méd. m. lui, I, 6. Pour moi, j'ai vu des moments où il ne s'en fallait rien que la fortune ne me mît dans la plus agréable situation du monde, Sévigné, 430. J'ai été sur le point, ces jours passés, de mourir ; il ne s'en est pas fallu l'épaisseur d'un cheveu, Voltaire, Lett. Richelieu, 20 sept. 1773.

    Le compte n'y est pas, il s'en faut cent sous, la différence en moins est de cent sous.

    On le dit aussi avec la préposition de. Il ne s'en est fallu que d'un moment, Voltaire, Princ. de Babyl. 7.

    Cette construction, il ne s'en est pas fallu l'épaisseur d'un cheveu, s'explique ainsi : il, sujet indéterminé, c'est-à-dire l'épaisseur d'un cheveu, ne s'en est pas fallu. On dirait aussi : il ne s'en est pas fallu de l'épaisseur d'un cheveu ; mais alors l'explication grammaticale est différente : il s'en faut se dit absolument pour signifier il y a une différence en moins ; et de l'épaisseur d'un cheveu devient une locution adverbiale qui modifie il s'en faut.

    Il se construit avec que et le subjonctif. Il s'en fallait qu'il n'eût achevé, Dict. de l'Acad. Il s'en faut peu de chose que cela n'aille, ib.

  • 4Il s'en faut beaucoup, il s'en faut bien, la différence en moins est grande. Il s'en faut beaucoup qu'il ait satisfait l'attente du public, Dict. de l'Acad. Il s'en faut beaucoup que l'un ait autant de mérite que l'autre. Il ne s'en est pas beaucoup fallu qu'il fût tué. Je puis vous assurer qu'il s'en faut bien qu'on y meure de faim, Racine, Lett. 16 à Boileau. Cet homme paraît faire tout ce qu'il veut, mais il s'en faut bien qu'il le fasse, Fénelon, Tél. III. Tous les hôtes d'Ibrahim n'étaient pas riches ; il s'en fallait beaucoup, Chateaubriand, Itin. 1re part.

    On dit aussi : beaucoup s'en faut. L'abbaye… ne vaut pas beaucoup s'en faut Les deux mille francs qu'il me faut, Régnier, Épit. III.

    Il s'en faut de beaucoup (voy. c1-dessus l'explication de cette construction), se dit surtout pour exprimer une différence en moins de quantité. S'en faut-il de beaucoup que la somme soit complète ? Il s'en faut de beaucoup que leur nombre soit complet, Dict. de l'Acad. Vous voilà bien arriéré, il s'en faut de beaucoup que votre tâche soit aussi avancée qu'elle devrait l'être, ib. Ce prince, comme on l'a dit, n'avait pas regagné tout son royaume par l'épée ; il s'en fallait de beaucoup, Voltaire, Hist. du parl. ch. XXXVIII.

    Avec ne surabondant. Il s'en faut beaucoup qu'elle ne soit aussi merveilleuse qu'on se l'imagine, Hamilton, Gram. 8. Il s'en fallait beaucoup que tout ne fût fait, Fontenelle, Littre. Il n'a rien mis du sien dans sa réputation que son mérite, et communément il s'en faut beaucoup que ce ne soit assez, Fontenelle, Méry. Il s'en faut bien qu'ils ne fussent tous agréables à Dieu, Massillon, Profess. relig. Serm. 2.

    Dans cette construction le mieux est de ne pas mettre ne.

  • 5Il ne s'en faut guère, la différence n'est pas grande. Il ne s'en est guère fallu que je ne fusse trompé par son air de candeur. Pour les moines, je ne pensais pas tout à fait comme eux ; mais il ne s'en fallait guère ; vous m'avez fait plaisir de me désabuser, Sévigné, 22 juil. 1672.

    On le dit aussi avec de. Il ne s'en faut de guère que ce vase ne soit plein, Dict. de l'Acad.

  • 6Il s'en faut peu, peu s'en faut, la différence en moins est petite, locution qui a pris le sens de presque. Peu s'en est fallu que je ne vinsse. Peu s'en faut que vous n'ayez engraissé un étique, Guez de Balzac, liv. VII, lett. 22. Aussi le reçoit-il [le coup] peu s'en faut sans défense, Corneille, Hor. IV, 2. Peu s'en fallut que le soleil Ne rebroussât d'horreur vers le manoir liquide, La Fontaine, Fabl. XI, 3. Peu s'en faut que d'amour la pauvrette ne meure, Molière, l'Ét. I, 6. Un discours que rien ne lie et n'embarrasse, marche et coule de soi-même, et il s'en faut peu qu'il n'aille quelquefois plus vite que la pensée même de l'orateur, Boileau, Traité du subl. ch. 16. Avec quels yeux cruels sa rigueur obstinée Vous laissait à ses pieds peu s'en faut prosternée ! Racine, Phèd. III, 1. Peu s'en faut que Mathan ne m'ait nommé son père, Racine, Athal. III, 6. Peu s'en fallut qu'il n'interrompît Mentor, Fénelon, Tél. XI.

    Il s'en faut de peu, s'emploie quand il s'agit d'une différence en quantité. Il s'en faut de peu que ce vase ne soit plein, Dict. de l'Acad.

  • 7Être de nécessité, de devoir, d'obligation (parce que avoir ce qui manque devient une nécessité). Il ne faut pas croire tout ce qu'on dit. Il vous faudra faire ce voyage. Eh bien ! vous le voulez, il faut vous satisfaire, Il faut affranchir Rome, il faut venger un père, Il faut sur un tyran porter de justes coups, Corneille, Cinna, III, 4. Et pour la voir tomber [l'âme tiède], il ne faut pas même la voir attaquée, Massillon, Carême, Tiédeur, 2. Il faut être utile aux hommes pour être grand dans l'opinion des hommes, Massillon, Petit car. Grand. de J. C.

    Avec que il veut le subjonctif. Il faut bien que je pleure ; Mon insensible amant ordonne que je meure, Corneille, Hor. II, 5. Faut-il que je dérobe avec mille détours Un bonheur que vos yeux m'accordaient tous les jours ? Racine, Brit. II, 6.

    En ce sens il est peu usité, non inusité, à l'infinitif. Il va falloir partir. Mais sentir dans son sein que le fer veut ouvrir, Une âme ardente à vivre, et puis falloir mourir ! Al. Dumas, Christine, v, 2.

    Il, dans le langage familier, peut se supprimer. Allons, mon fils, marchons : fallut se rendre, Fallut partir…, Voltaire, Bastille.

    Faut-il ? fallait-il ? etc. s'emploie pour exprimer un regret. Fallait-il qu'il entreprît ce fatal voyage ? Faut-il m'être engagé dans cette affaire ? Faut-il voir tant de misère ? Faut-il que sur le front d'un profane adultère Brille de la vertu le sacré caractère ! Racine, Phèdre, IV, 2. Faut-il que de tes mains le plus parfait ouvrage à son Dieu qu'il adore offre un coupable hommage ! Voltaire, Henr. X.

    Il faut voir, il est nécessaire de voir, il faut examiner. Avant de se prononcer il faut voir.

    Familièrement. Il faut voir, il est curieux, intéressant de voir. Il faut voir ce que cela deviendra.

    Il faut voir se rejette quelquefois à la fin du membre de phrase, en forme d'exclamation. On les battit, il faut voir !

    On dit dans un sens analogue : aussi faut-il voir. Il a fait l'insolent, aussi faut-il voir comme on l'a traité.

    C'est ce qu'il faudra voir, se dit pour répondre à une folle menace. Il dit qu'il m'empêchera de passer, c'est ce qu'il faudra voir.

    Dans le XVIIe siècle, quand falloir était suivi d'un verbe réfléchi, on mettait le pronom avant falloir, et alors falloir aux temps composés prenait la conjugaison des verbes réfléchis. Il s'est fallu passer à cette bagatelle ; Alors que le temps presse, on n'a pas à choisir, Corneille, Ment. I, 5. Cette construction pourrait très bien s'employer encore.

    Un faire le faut, voy. ce mot composé à son rang alphabétique.

  • 8Il s'emploie avec ellipse du verbe qui précède. Parler plus qu'il ne faut. Ne dire que ce qu'il faut, et de la manière dont il le faut est, ce me semble, un mérite dont les Français, si vous m'en exceptez, ont plus approché que les écrivains des autres pays, Voltaire, Lett. sur Zaïre.

    Il le faut, cela est nécessaire. D'éveiller ces amants, il ne le fallait pas, La Fontaine, Joc. Il faut avoir pitié de l'amour que vous m'avez inspiré ; il le faut, Staël, Corinne, XVI, 3.

  • 9Comme il faut, comme il convient. Pour aimer comme il faut, il faut pour ce qu'on aime Embrasser l'amertume et la dureté même, Corneille, Imit. III, 5. Rien ne la contentait, rien n'était comme il faut, La Fontaine, Fabl. VII, 2. Quand on prend comme il faut cet accident fatal, La Fontaine, Coupe. Je suis de retour dans un moment ; que l'on ait bien soin du logis, et que tout aille comme il faut, Molière, Mar. f. 1.
  • 10Un homme comme il faut (on prononce ko-mi-fô), homme de bon ton, de bonne compagnie. Les gens comme il faut. C'est une femme tout à fait comme il faut. C'est un homme très comme il faut, Dict. de l'Acad. Elle a l'air très comme il faut, elle n'a rien marchandé, Picard, Trois quartiers, I, 4.

    Dans le langage des tailleurs et des modistes, un vêtement comme il faut, un vêtement de bon ton, bien porté.

    Il ne faut pas confondre comme il faut, avec comme il en faut, qui signifie, en parlant de personnes ou de choses, comme la personne ou la chose est nécessaire. Voilà un homme comme il en faut [pour tel ou tel emploi]. Et par plaisanterie : Ce n'est pas une femme comme il faut, c'est une femme comme il en faut.

  • 11Si faut-il que, encore faut-il que, loc. conj. signifiant il est nécessaire, malgré tout, que… Je veux bien le croire innocent, si faut-il qu'il s'explique. Encore faut-il que je sache à quoi m'en tenir.
  • 12Tant s'en faut que, loc. conj. Bien loin que. Tant s'en faut qu'il consente, qu'au contraire il fera tout pour l'empêcher. Et tant s'en faut que les vents aient emporté ma promesse, ils m'ont donné lieu de la tenir, Voiture, Lett. 49.

    Familièrement. Tant s'en faut qu'au contraire, s'emploie quelquefois par plaisanterie pour dire simplement au contraire. Vous demandez si cette femme est jolie, tant s'en faut qu'au contraire, Dict. de l'Acad. C'est une phrase elliptique : Tant s'en faut qu'elle soit jolie, qu'au contraire elle est laide.

  • 13C'est pour son nez, il lui en faut, se dit par ironie pour marquer qu'il ne mérite pas d'avoir ce qu'il demande.
  • 14Molière a employé le participe présent fallant : Mais lui fallant un pic, je sortis hors d'effroi, les Fâch. II, 2. ; ce qui pourrait très bien être imité à l'occasion.

REMARQUE

1. Il s'en faut exprime dans toute sa conjugaison une absence, une privation dont le sens négatif se porte sur la proposition subordonnée. Alors, quand ce verbe n'est accompagné ni d'une négation, ni de quelque mot qui ait un sens négatif, tel que peu, presque, rien, etc. la proposition subordonnée ne prend pas la négative ne : Il s'en faut de beaucoup que la somme y soit ; Il s'en faut bien que tous les hommes soient de ce caractère. Mais, lorsque il s'en faut est accompagné d'une négation ou de quelqu'un des mots qui ont un sens négatif, ou bien encore si la phrase marque interrogation ou doute, la proposition subordonnée prend la négative ne : Il ne s'en faut pas de beaucoup que la somme n'y soit ; Il s'en faut peu que l'un n'ait autant de mérite que l'autre ; Peu s'en fallait qu'on ne m'abandonnât ; Il s'en faut peu qu'il ne soit le dernier ; Combien s'en faut-il que la somme n'y soit ? S'en faut-il beaucoup que la somme n'y soit ? GIRAULT-DUVIVIER.

2. Que de travaux il a fallu pour l'achever, et non fallus ! Il a fallu des travaux équivaut à : des travaux ont fallu, c'est-à-dire ont fait besoin. Mais comme falloir, en vertu de l'usage, n'est susceptible que de la construction impersonnelle, l'explication est : il (c'est-à-dire les travaux) a fallu, c'est-à-dire a fait besoin. Voilà pourquoi, dans la phrase citée, fallu reste invariable.

3. S'en falloir est un de ces verbes neutres construits avec le pronom personnel et ayant même forme que les verbes réfléchis, construction qui était familière à l'ancienne langue. Voyez pour cela le pronom SE, SOI.

HISTORIQUE

XIIIe s. Petit s'en faut que mes cuers [mon cœur] ne se desment [déconcerte] de corroux, Psautier, f° 171. Li mien pié sunt meü, ne s'en falut guieres, à pechié faire, ib. f° 86. Noz avons parlé de le [la] division des quemins, parce que noz regardons qu'il sont, ne s'en faut gaires, tout corrumpu par le [la] convoitise de cix [ceux qui y marcissent [qui y sont limitrophes], Beaumanoir, XXV, 3.

XVe s. Il ne faut pas demander si Saintré fut du roy et de la royne très grandement loué, Jeh. de Saintré, ch. 38. À bien peu s'en faillit qu'elle ne se pasma ; et fust à l'envers tombée, se elle ne se feust bientost levée, ib. Un coq d'Inde sa gorge à toi semblable porte ; Combien de riches gens N'ont pas si riche nez ! pour te peindre en la sorte, Il faut beaucoup de temps, Basselin, VI.

XVIe s. Et ne se fauldra plus doresnavant trouver en place ny en compaignye qui ne sera bien expoly en l'officine de Minerve, Rabelais, Pant. II, 8. …Tant s'en fault que il les voulsist assaillir, ou leurs estudes distraire, Rabelais, ib. III, 32. Dont il appert qu'en ce temps là ceste opinion a esté rejettée : de dire qu'il fausist [fallût] par satisfaction recompenser les fautes passées, Calvin, Instit. 521. Il me faust adjouster cet aultre exemple, Montaigne, I, 16. Il s'en fault tant que je sois arrivé à ce degré d'excellence, que…, Montaigne, II, 122. Le temps qu'il lui falloit à…, Montaigne, I, 23.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

FALLOIR.
7Ajoutez :

Absolument. Tout le mal vient d'avoir pris la plume quand il ne fallait pas, Rousseau, Lett. à M. D.... 6 mars 1763.

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Étymologie de « falloir »

Falloir est le même que faillir (voy. ce mot), n'en différant que par la conjugaison.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Du latin fallere (« faillir ») d’après la troisième personne faut (latin fallit) sur le modèle de valoir, de valere.
(Vers 1160) petit en falt que « peu s’en faut que » ; (Vers 1180) molt po de chose s’an failloit (que) ; de ces tournures passives, le verbe a fini par exprimer le besoin, la nécessité : Et il plus a, et plus li faut ; (XVe siècle) il faut que « il est inévitable que ».
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « falloir »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
falloir falwar

Évolution historique de l’usage du mot « falloir »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « falloir »

  • Il va falloir qu'un jour enfin je me décide à lire les livres que, depuis trente ans, je conseille à mes amis de lire. De Sacha Guitry
  • Soixante ans. Ce déguisement de vieillard qu'il va falloir porter... De Jean Rostand / Carnet d'un biologiste
  • Il va falloir rêver car, pour que les choses deviennent possibles, il faut d’abord les rêver. De Madeleine Chapsal / Lire - Décembre 1999
  • Bien sûr qu'il y aura une co-gestion, c'est évident. Parce qu'on sort d'une crise sanitaire sans précédent et il va falloir se rassembler pour la surmonter. Ensuite, parce qu'au second tour des élections municipales, à Limoges, moins de 4 électeurs sur 10 se sont rendus aux urnes ! Donc, nous sommes légitimes de par le vote, mais notre légitimité représente moins de 4 électeurs sur 10, donc je crois que les gens ne comprendraient pas qu'on ne s'unissent pas sur un projet de territoire.  France Bleu, "Il va falloir se rassembler pour surmonter la crise" plaide le président de Limoges Métropole
  • Plusieurs projets ont pris du retard avec la crise survenue en mars dernier. D’un jour à l’autre, Sophos a dû mettre son personnel au chômage technique et repousser un certain nombre d’ouvertures d’hôtels. Fernand Donnet reste relativement optimiste pour sa branche, à condition qu’elle sache se réinventer: «Il va falloir faire des économies, notamment dans le personnel. A l’étranger, c’est plus facile, les salaires sont moins élevés. Il va falloir intégrer le management dans l’opérationnel. Le directeur peut très bien se retrouver derrière le passe à midi pour donner un coup de main. On a eu tendance à cloisonner les services, même au sein d’un même département. Il faudra réapprendre la polyvalence. L’Etat peut aider les secteurs en difficulté, pas éternellement. Avec une baisse de volume de 30 à 50%, il serait naïf de croire qu’il n’y aura pas de dégâts. On ne peut attendre que l’investisseur se transforme en mécène.» Bilan, «Il va falloir faire des économies» - Bilan
  • "On peut considérer qu'on est dans un temps un peu incroyable où les taux d’intérêts sur la dette sont extrêmement faibles, et il va également y avoir des aides au niveau de l’Europe. La question n’est pas réellement est ce que l’on a des marges de manœuvre, mais où est-ce que l'on doit mettre de l’argent public ?", souligne Éric Heyer. "Il va falloir sélectionner les bons secteurs, parce qu'on n’a pas le choix et qu'on a un peu de marge budgétaire." Europe 1, Relance post-coronavirus : "Il va falloir sélectionner les bons secteurs"
  • Seulement 7e des qualifications du premier Grand Prix de la saison en Autriche au volant de sa Ferrari, Charles Leclerc a fait de sa déception. «Septième, c'est le mieux que nous pouvions faire aujourd'hui. Bien sûr ça n'est pas ce que nous voulions mais nous n'étions simplement pas assez rapides. Il va falloir travailler dur et essayer de revenir (...) C'était une journée difficile mais au moins nous savons où nous en sommes. En tant qu'équipe, tout ce que nous pouvons faire c'est essayer de voir le positif dans tout ça, même si ça n'est pas facile. Il faut travailler ensemble de manière constructive pour essayer de progresser dans les prochaines courses.» Sport24, Leclerc : «Il va falloir travailler dur» - Fil Info - Formule 1 - Auto/Moto

Traductions du mot « falloir »

Langue Traduction
Anglais have to
Espagnol tiene que
Italien dovere
Allemand müssen, zu ... haben
Chinois 不得不
Arabe يجب أن
Portugais tem que
Russe должен
Japonais する必要がある
Basque behar
Corse duvè
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Synonymes de « falloir »

Source : synonymes de falloir sur lebonsynonyme.fr

Falloir

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