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Évangile

Définitions du mot « évangile »

Trésor de la Langue Française informatisé

ÉVANGILE, subst. masc.

A.− [Gén. avec une majuscule, au sing.] Bonne Nouvelle, annonce du salut du monde offert en Jésus-Christ; vie et enseignement du Christ par les Apôtres, fondement de la foi chrétienne. Annoncer, prêcher, proclamer l'Évangile; accueil, message de l'Évangile. Il leur enseigna l'Évangile. Et, après les avoir instruits, il les baptisa par le sel et par l'eau (France, Île ping.,1908, p. 22).La charité chrétienne, si solennellement prêchée par l'Évangile (Teilhard de Ch., Milieu divin,1955, p. 183):
1. Nous avons plus ou moins oublié le sens original du mot Évangile. Il signifie : la bonne nouvelle. Exactement comme la Bible était le Livre par excellence, l'Évangile apportait aux hommes la Bonne Nouvelle par excellence. L'enseignement de Jésus-Christ annonçait que le Messie était venu, que le salut était proche pour Israël et que les justes étaient appelés à régner avec Dieu. Gilson, L'Esprit de la philos. médiév.,1931, p. 174.
[Avec un compl. déterm.] Évangile du Christ. Le tout petit qui nous a été donné [à Noël], l'évangile de la Joie (Claudel, Annonce,1912, IV, 3, p. 93).
Spéc. Ministre de l'Évangile. Pasteur protestant de l'Église réformée, ainsi nommé pour son ministère de prédication de l'Évangile. En sa qualité d'ancien ministre du saint Évangile, il est fort bon théologien, et c'est un homme religieux (Delécluze, Journal,1827, p. 376).
B.− P. méton. [Gén. avec une majuscule] Consignation écrite de cette Bonne Nouvelle.
1. Absol., au sing. Le texte des quatre Évangiles (canoniques) au complet. Lire, méditer l'Évangile; chapitre, passage, verset d'Évangile; la perle, la pécheresse, la brebis perdue de l'Évangile. L'Évangile prend une grande importance dans sa vie intérieure. Il en tire de fréquentes citations. Il a contracté l'habitude d'y recourir quotidiennement (Martin du G., J. Barois,1913, p. 540).La parole de Dieu n'est point cantonnée dans l'Évangile et Dieu continue de s'expliquer, et s'exprime autant dans la dernière Encyclique du Pape que par les paroles mêmes du Christ (Gide, Feuillets,1918, p. 236):
2. Les protestants se réfèrent à l'Évangile et nous nous référons à Jésus-Christ dont l'Évangile est le témoignage mais dont l'Église est la demeure. L'Évangile est le souvenir d'un mort, l'Église est l'habitation d'un vivant, qui continue avec nous toutes les transactions de la vie. Claudel, Corresp.[avec Gide], 1923, p. 238.
Un Évangile. Ouvrage qui présente le contenu des Évangiles (canoniques). La précieuse reliure, en quelque cuir de Cordoue, du colossal Évangile de Venise (Proust, Fugit.,1922, p. 646).Il tira de sa poche un petit évangile qu'il ouvrit au hasard (Green, Moïra,1950, p. 249).
Loc. diverses
Jurer, prêter serment sur l'Évangile, la main sur l'Évangile. Prêter serment en posant la main sur l'Évangile ou en invoquant l'Évangile. Urbain Grandier, tragédie non pas en cinq actes, comme je le prétendais, mais en trois seulement, ainsi que me l'a juré sur l'Évangile l'illustre prestidigitateur, M. Comte (Musset, Revue des Deux Mondes,1833, p. 735).Il présente l'évangile à Gilbert, qui y pose la main. Gilbert. − Je jure, la main sur l'évangile, et avec ma mort prochaine devant les yeux, que cet homme est un assassin; que ce poignard, qui est le sien, a servi au crime (Hugo, M. Tudor,1833, journée 2, 8, p. 131).
Vrai comme l'Évangile. Une affirmation catégorique, absolument certaine. Vous voyez donc combien c'est faux! − Je ne dis pas que cela soit vrai comme l'Évangile (Gozlan, Notaire,1836, p. 257).
Au fig., fam. Parole d'évangile. Chose sûre, fiable, digne de foi. Voyez, dit-il, quelle exactitude! Ces gens-là comptent jusqu'aux fractions. Et votre chiffre est désormais parole d'évangile (Reybaud, J. Paturot,1842, p. 274).
Croire qqc. comme l'évangile/comme parole d'évangile. Le croire fermement, y adhérer sans restriction. Testevel avalait ces billevesées comme paroles d'évangile (Duhamel, Désert Bièvres,1937, p. 244).
Tout ce qu'il dit n'est pas mot/parole d'évangile. Il ne faut pas croire aveuglément tout ce qu'il dit, certaines de ses assertions sont sujettes à caution. Autrement dit, vous doutez de la parole de George? dit Scriassine. − Je ne la prends pas pour un évangile (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 298).
2. Au sing. ou au plur. Chacun des quatre livres canoniques rédigés respectivement par saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean, contenant la vie et la doctrine du Christ. Évangiles canoniques*, synoptiques*; les Évangiles (= les quatre); le quatrième Évangile ou Évangile de (saint) Jean, selon (St) Jean. Les Évangiles ont été rédigés entre les années 65 et 100 après Jésus-Christ (Martin du G., J. Barois,1913, p. 235).Le royaume de Dieu nous est intérieur. C'est dans l'Évangile de Luc (Daniel-Rops, Mort,1934, p. 151):
3. L'Évangile de Jésus-Christ suivant S. Matthieu est l'Évangile écrit ou rédigé par un Saducéen converti et transformé. Celui de S. Marc est d'un Essénien. Celui de S. Luc est d'un Pharisien. Celui de S. Jean est d'un Juif Platonicien. Ces différences n'empêchent pas une certaine unité de régner dans ces quatre Évangiles. P. Leroux, De l'Humanité,t. 2, 1840, p. 786.
En partic.
a) Évangile (apocryphe*). Livre non canonique rapportant certains traits de la vie et de la doctrine du Christ. Évangile d'Ève; Évangile de l'enfance :
4. ... cet Évangile des Nazaréens (...). On l'appelait l'Évangile selon les Hébreux. (...) Théodoret l'appelle l'Évangile de S. Pierre. (..) d'autres (...) l'Évangile des Apôtres. P. Leroux, De l'Humanité,t. 2, 1840p. 790.
Rem. Ne pas confondre avec les Évangiles de l'enfance (canoniques, de Matthieu et de Luc).
b) HIST. RELIG. Évangile éternel, du Saint-Esprit. ,,Révélation répandue au xiiies. par Joachim de Flore, annonçant le règne du Saint-Esprit après celui du Christ`` (Foi t. 1 1968). La prédication d'un évangile éternel (Ozanam, Philos. Dante,1838, p. 59).Joachim de Flore peut bien annoncer un nouvel Évangile, celui du Saint-Esprit (Gilson, Espr. philos. médiév.,1932, p. 195).
3. P. ext., au sing. Ensemble des textes qui constituent le Nouveau Testament (Évangiles canoniques, Actes des Apôtres, Apocalypse, Épîtres). La Bible et l'Évangile. L'Évangile, sans l'antidote de l'Ancien Testament, est un plat fade et malsain (Rolland, J.-Chr.,Maison, 1909, p. 998).Élection d'un peuple dans la Bible, élection de l'humanité tout entière dans l'Évangile (Gilson, Espr. philos. médiév.,1931, p. 157).
C.− [Gén. au sing. et avec une minuscule] Extrait d'un récit évangélique canonique.
1. Page, chapitre constituant un tout complet (récit, scène, épisode) :
5. En reportant son esprit sur les saintes Écritures, elle y choisit le récit le plus propre peut-être à charmer la mémoire d'une âme aimante comme la sienne. Elle se mit à réciter tout au long l'évangile de la résurrection de Lazare... Montalembert, Hist. de Ste Élisabeth de Hongrie,1836, p. 271.
2. Spéc., LITURG. CHRÉT. Texte proclamé (lu ou chanté) notamment à la messe au cours de la liturgie de la Parole. L'épître et l'évangile, côté de l'évangile (cf. côté I A 2 d). Elle avait conservé le Graduel et le Trait, l'Évangile et la Communion de la délicieuse messe des Abbés (Huysmans, Oblat,t. 2, 1903, p. 39).Le malheureux (...) monte en chaire, et pendant vingt mortelles minutes, (...) commente l'évangile du jour (Bernanos, Soleil Satan,1926, p. 139):
6. Après l'évangile écouté debout, il y eut un grand bruit de chaises. Tous s'assirent. Le Père commença l'homélie... Estaunié, L'Empreinte,1896, p. 7.
Loc. fam., au fig. C'est l'évangile du jour. C'est le nouveau sujet de conversation ou la nouvelle doctrine à la mode (ds Ac. 1798-1932).
Vieilli. Le premier évangile (avant Vatican II). Celui qui est lu à la messe après l'épître. Après que tout le monde a entendu debout le premier évangile (Chénier, Amérique,1794p. 113).Le dernier évangile (avant Vatican II, p. oppos. au premier). Prologue de l'Évangile de saint Jean qui se lisait à la fin de la messe. Le célébrant, debout à la gauche du maître-autel, lisait le dernier évangile. « Et Verbum caro factum est, » dit-il en fléchissant les genoux (France, Orme,1897, p. 20).
3. P. méton. Moment de la messe où le célébrant lit ou chante l'évangile, à la fin de la liturgie de la Parole. Après l'évangile. À l'évangile, le prêtre se retourne vers les assistants et leur lit l'évangile du jour en arabe (Lamart., Voy. Orient,t. 2, 1835, p. 107).À l'Évangile il y allait d'un sermon bien tassé (Romains, Hommes bonne vol.,1939, p. 181).
Au dernier évangile. Au dernier évangile, j'ai bien remarqué qu'elle avait pleuré (Bernanos, Journal curé camp.,1936, p. 1057).
4. Vx. Lire l'évangile, donner l'évangile à qqn. Lire un passage d'évangile pour bénir quelqu'un, l'étole du prêtre lui touchant la tête; p. ext., pour interroger le sort. Nos diseurs d'évangiles (...) récitent des évangiles en Orient, sur la tête d'un Musulman malade (Dupuis, Orig. cultes,1796, p. 561).Évangile de saint Jean. Le prêtre bénit, exorcise (Barrès, Cahiers,t. 10, 1914, p. 269):
7. Mon mari est en route à cette heure, reprit-elle. Ce soir, j'ai lu l'Évangile de saint Jean pendant que Pauline tenait suspendue entre ses doigts notre clef attachée dans une Bible, la clef a tourné. Ce présage annonce que Gaudin se porte bien et prospère. Balzac, La Peau de chagrin,1831, p. 135.
D.− P. anal., au fig. [Déterminé par un compl. du n., un adj. poss. ou qualificatif]
1. Texte, document servant de référence absolue à une croyance, à une doctrine. Synon. bible, credo.D'autres, suspects de tiédeur envers l'évangile hitlérien (Ambrière, Gdes vac.,1946, p. 357).Du « catéchisme de Boston » au XVIIIesiècle jusqu'à certains évangiles du service social en honneur aujourd'hui (Perroux, Écon. XXes.,1964, p. 587).
2. Loi, règle immuable (de pensée, de conduite, etc.) adoptée et prônée par quelqu'un. La suppression, voilà mon évangile (Camus, État de siège,1948, p. 278):
8. Est-ce réellement moi pour qui la règle du foyer fut toujours un évangile qui rentre de la sorte, le visage hagard et sans un mot d'excuse? Lacretelle, Silbermann,1922, p. 148.
Prononc. et Orth. : [evɑ ̃ ʒil]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. 1174-76 « ensemble des livres qui contiennent la doctrine du Christ; chacun de ces livres » (G. de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 1457 : a quatre ewangelies deit l'um agenuiller); 1541 « la doctrine même du Christ » (Calvin, Instit., X, p. 568 ds Hug.); 2. ca 1260 « passage des Évangiles qui est lu pendant la messe » (Ph. de Novare, Quatre ages, 150 ds T.-L.); 3. 1552 fig. « bonne nouvelle » (Rabelais, Quart Livre, épitre dédicatoire, éd. Marty-Laveaux, t. 2, p. 251); 4. 1792, 10 juin « document essentiel d'une croyance, d'une doctrine » un évangile politique (Lett. de Rol. au Roi, Buchez et Roux, t. XV, p. 42 ds Brunot t. 9, p. 624, note 1). Empr. au lat. chrét. euangelium « bonne nouvelle » en partic. « bonne nouvelle de la parole du Christ »; « récit des actes, des paroles du Christ; la doctrine du Christ », du gr. ε υ ̓ α γ γ ε ́ λ ι ο ν « récompense, action de grâces, sacrifice offerts pour une bonne nouvelle »; puis sens chrét. « bonne nouvelle, évangile » (ε υ ̓ « bien » α ̓ γ γ ε ́ λ ω « porter une nouvelle »). Fréq. abs. littér. : 1 949. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 3 353, b) 1 532; xxes. : a) 2 714, b) 2 973. Bbg. Ritter (E.). Les Quatre dict. fr. B. de l'Inst. nat. genevois. 1905, t. 36, p. 417.

Wiktionnaire

Nom commun

évangile \e.vɑ̃.ʒil\ masculin

  1. (Bible) (Religion) Les livres qui contiennent le témoignage des apôtres de Jésus et qui font partie du Nouveau Testament.
    • La Bible, le livre inflexible de Jéhovah, le code terrible du Père, n’est-il pas traduit par le Roman dur et contrit et les Évangiles si consolants et si doux, par le Gothique plein d’effusions et de câlineries, plein d’humbles espoirs ? — (Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915)
    • Nous mîmes sur leurs traces Jésus fils de Marie, en tant qu’avérateur de ce qui était en cours dans la Torah, et Nous lui conférâmes l’Évangile, où il y a guidance et lumière. — (Citation du Coran (V, 44-48), traduit par J. Berque, dans : Serge Lafitte, La Bible et le Coran, Presses de la Renaissance, 2015, part.1, chap.2)
    1. (Absolument) Ce Nouveau Testament, le recueil des quatre évangiles.
      • Lire l’évangile.
      • Jurer sur l’évangile.
      • Présenter l’évangile à baiser.
    2. (En outre) Les livres relatifs à la vie et à la doctrine de Jésus-Christ, mais qui n’ont pas été admis par l’Église.
      • Les évangiles apocryphes.
  2. (Religion) (Au singulier) La doctrine de Jésus-Christ.
    • Je te jure par ce que tu ne crois pas, par l’Évangile que notre Église enseigne, […], que mon dessein est implacablement arrêté ; ce cachot n’est pas propre aux plaisanteries. — (Walter Scott, Ivanhoé, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820)
    • Je suis Polonaise, née à Sandomir, c’est-à-dire dans un pays où les légendes deviennent des articles de foi, où nous croyons à nos traditions de famille autant, plus peut-être, qu’à l’Évangile. — (Alexandre Dumas, Les Mille et Un Fantômes)
    • La plupart des moralistes écoutés en Europe depuis cinquante ans, singulièrement les gens de lettres en France, invitent les hommes à se moquer de l’Évangile et à lire les règlements militaires. — (Julien Benda, La trahison des clercs : Avant-propos de la première édition, 1927, éd. 1946)
  3. (Religion) Livre de piété consacrés à l’usage d’une certaine classe de lecteurs et où la doctrine de l’évangile est mise à leur portée.
    • L’évangile de l’enfance.
  4. (Par métonymie) Partie des évangiles que le prêtre lit à la messe ou que le croyant lit.
    • Après l’Évangile selon saint Luc, monsieur le Curé des Hautes-Héez est monté en chaire. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • Le dernier évangile, lecture du Testament qui se dit à la fin de la messe.
    • Sainte Marie l'Egyptienne était peinte sans détours […] sur les miniatures pieuses des livres d’heures, en regard d’une prière ou d’un évangile. — (Pierre Louÿs, La statue de la Vérité, dans Archipel, 1932)
  5. (Figuré) Livre, document essentiel et symbolique d’une doctrine quelconque.
    • C’est l’évangile du jour, se dit de quelque chose de nouveau dont tout le monde s’entretient, d’une doctrine à la mode.
    • Les livres de Karl Marx sont l’évangile du communisme.
    • Il croit cela comme l’évangile, il le croit fermement.
  6. (Figuré) Doctrine.
    • Dès les années 1850, l'ingénieur A. Mille prêche inlassablement en faveur du tout-à-l'égout. S'agissant des immondices, il n'a qu'un évangile : il faut « nettoyer dans l'eau, les perdre à l’égout et les restituer à l'agriculture ». — (P. Strauss, « L'égout-modèle du Second Empire : « Un second Paris souterrain » », dans Idées de villes, villes idéales, sous la direction de Thierry Bonzon & al., Les cahiers de Fontenay n° 69-70, E.N.S. Fontenay/Saint-Cloud, mars 1993, p. 136)

Forme de verbe

évangile \e.vɑ̃.ʒil\

  1. Première personne du singulier de l’indicatif présent de évangiler.
  2. Troisième personne du singulier de l’indicatif présent de évangiler.
  3. Première personne du singulier du subjonctif présent de évangiler.
  4. Troisième personne du singulier du subjonctif présent de évangiler.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif de évangiler.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ÉVANGILE. n. m.
La loi de JÉSUS-CHRIST, sa doctrine. Lorsque Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST commença à prêcher son Évangile. Annoncer, prêcher l'Évangile. La prédication de l'Évangile. La lumière de l'Évangile. Les promesses de l'Évangile. Il se dit aussi des Livres qui contiennent la vie et les doctrines de JÉSUS-CHRIST et dont la réunion forme le Nouveau Testament. Les quatre Évangiles. Livre des Évangiles. Les deux princes jurèrent la paix sur les Évangiles, en touchant les Évangiles. Il se dit absolument du Nouveau Testament, du recueil des quatre Évangiles. Lire l'Évangile. Jurer sur l'Évangile. Présenter l'Évangile à baiser. Fam., Il croit cela comme l'Évangile, Il le croit fermement. Fig. et fam., Tout ce qu'il dit n'est pas parole d'Évangile, Il ne faut pas croire tout ce qu'il dit. Il se dit en outre de Livres relatifs à la vie et à la doctrine de JÉSUS-CHRIST, mais qui n'ont pas été admis par l'Église ou de Livres de piété consacrés à l'usage d'une certaine classe de lecteurs et où la doctrine de l'Évangile est mise à leur portée. Les évangiles apocryphes. L'Évangile de l'enfance. Il se dit encore de Cette partie des Évangiles que le prêtre lit à la messe. La messe est bien avancée, l'évangile est dit. Le dernier Évangile, L'évangile qui se dit à la fin de la messe. Le côté de l'évangile, Le côté gauche de l'autel, en faisant face à l'autel. Figurément, ÉVANGILE se dit du Livre, du document essentiel et symbolique d'une doctrine quelconque. Les livres de Karl Marx sont l'évangile du Communisme. Fig. et fam., C'est l'évangile du jour, se dit de Quelque chose de nouveau dont tout le monde s'entretient et aussi d'une Doctrine à la mode.

Littré (1872-1877)

ÉVANGILE (é-van-ji-l') s. m.
  • 1La loi, la doctrine de Jésus-Christ. Saint Thomas porta l'Évangile aux Indes, Bossuet, Hist. II, 7. Saint Kilien prêcha l'Évangile dans la Franconie, Bossuet, ib. I, 11. Les Juifs qui avaient reçu l'Évangile, Bossuet, ib. II, 9. Que ses douleurs l'ont rendue savante dans la science de l'Évangile, et qu'elle a bien connu la religion et la vertu de la croix, quand elle a uni le christianisme et les malheurs ! Bossuet, Reine d'Anglet. L'Évangile est proposé à l'homme comme sa seconde raison, comme le supplément de sa conscience, Mirabeau, Collection, t. v. p. 271.
  • 2Nom des livres qui contiennent la vie et la doctrine de Jésus-Christ. Il parut, dans les premiers siècles de l'Église, un grand nombre d'Évangiles. L'Église n'a reconnu que quatre Évangiles. Jurer sur les Évangiles ou sur l'Évangile, jurer en touchant les Évangiles.

    Évangiles apocryphes, ceux que l'Église n'a pas reconnus. L'Évangile de l'enfance, celui de ces livres où est racontée l'enfance de Jésus-Christ.

  • 3 Absolument. L'Évangile, le recueil des quatre Évangiles reconnus par l'Église, à savoir l'Évangile selon saint Matthieu, l'Évangile selon saint Marc, l'Évangile selon saint Luc, et l'Évangile selon saint Jean. Lire l'Évangile.

    Croire une chose comme l'Évangile, la croire sans réserve.

    Familièrement. Ce n'est pas mot d'Évangile, c'est une chose qui mérite peu de foi. Les serments des gascons Passent peu pour mots d'Évangile, La Fontaine, Gasc.

    En sens inverse, parole d'Évangile, chose qui mérite toute confiance. Tu as beau rire, c'est l'Évangile, Hamilton, Gramm. 3. Ses procès-verbaux [du maire] sont paroles d'Évangile pour MM. les juges de Tours, Courier, I, 150.

    Gens de l'Évangile, bonnes gens, faciles à tromper. Ce diable était des gens de l'Évangile, Simple, ignorant, à tromper très facile, La Fontaine, Papef.

  • 4La partie de l'Évangile qu'on lit à la messe.

    Le côté de l'évangile, le côté gauche de l'autel en entrant dans le chœur, ainsi dit parce que c'est le côté où l'on dit l'évangile.

    C'est l'évangile du jour, se dit d'une chose nouvelle dont tout le monde s'entretient. Je ne sais comment je pourrai vous parler d'autre chose aujourd'hui que de cet évangile du jour, Sévigné, 16 mars 1689. Vous savez que Mme de Savoie ne souhaite au monde que l'accomplissement du mariage de son fils avec l'infante du Portugal, c'est l'évangile du jour, Sévigné, t. VI, lett, 585, dans POUGENS. Il [Locke] prouve que la souveraineté appartient aux peuples, et qu'ils ne font que la déposer entre les mains de ceux qu'on appelle souverains … vous savez que c'est l'évangile du jour à présent parmi les protestants, Bayle, Lett. à Minutoli, 24 sept. 1693.

  • 5Commencement du premier chapitre de saint Jean qu'un prêtre récite en mettant un pan de son étole sur la tête de la personne à l'intention de qui il le récite. Il n'est pas croyable ce qu'elle [Mme de Saint-Herem] dépensait à se faire dire des évangiles sur la tête, Saint-Simon, 97, 26.

    Cette cérémonie se nomme, dans le département des Côtes-du-Nord, donner l'évangile.

  • 6Évangile est le titre de quelques anciens livres burlesques. L'Évangile des quenouilles.
  • 7Évangile éternel, doctrine de Joachim de Flore, moine calabrais du XIIe siècle, et de Jean de Parme, du XIIIe, suivant laquelle l'ancien testament répondant au premier âge du monde, le nouveau testament au deuxième âge, un troisième testament inaugure le troisième âge (voy. JOACHIMITE).
  • 8Il se dit, dans le langage néologique, des doctrines novatrices qui agitent la société. Ses compagnons [de Byron allant en Grèce] épars, groupés sur le navire, Ne parlent point entre eux de foi ni de martyre, Ni des prodiges saints par la croix opérés, Ni des péchés remis dans les lieux consacrés ; D'un plus fier évangile apôtres plus farouches, Des mots retentissants résonnent sur leurs bouches : Gloire, honneur, liberté, grandeur, droit des humains …, Lamartine, Harold, X.

REMARQUE

1. Évangile prend un É majuscule quand il s'agit de la loi de Jésus-Christ, des livres qui contiennent sa vie, et du recueil de ces livres. Il prend un é minuscule quand il s'agit de la partie de l'Évangile que le prêtre dit.

2. Le genre d'évangile a été longtemps féminin ; Boileau l'a encore fait féminin : L'Évangile au chrétien ne dit en aucun lieu : Sois dévot ; elle dit : Sois doux, simple, équitable, Sat. XI. Monsieur Joli [évêque d'Agen] prêcha à l'ouverture [de l'assemblée du clergé en 1675] ; mais comme il ne se servit que d'une vieille évangile et qu'il ne dit que de vieilles vérités, son aermon parut vieux, Sévigné, Lett. 14 juin 1675. Aujourd'hui évangile est toujours masculin.

3. Évangile, au sens de la partie qui se dit à la messe, a été fait féminin, par exception, pendant que le mot était d'ailleurs masculin. Aujourd'hui aucune exception n'a plus lieu.

HISTORIQUE

XIIIe s. Sire, tout n'est pas Evangile Quanque l'en dit aval la vile, la Rose, 12481. Et lors le seignor deit comander que on aporte une Evangille, Ass. de Jér. 96.

XVe s. [Le chancelier de France] dit en plein conseil royal au chancelier d'Aquitaine, qu'il ne disoit pas Evangile [ne disait pas la vérité], Monstrelet, t. I, f° 163, dans LACURNE.

XVIe s. Il est maudit en l'Evangile qui a le choix et prend le pire [par allusion aux Juifs qui, ayant le choix d'adopter la religion du Christ, la rejetèrent et sont maudits], Leroux de Lincy, Prov. t. I, 25. Ainsi choisissiez vous le pire ; c'est pourquoy estes mauldict en l'Evangile, Rabelais, IV, 46. Je ne me soucie pas plus de l'evangile que de l'epistre [pas plus de l'un que des autres], Moyen de parvenir, p. 110, dans LACURNE.

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Étymologie de « évangile »

(Date à préciser) Du latin evangelium (« évangile ») emprunté au grec ancien εὐαγγέλιον, euangélion (« bonne nouvelle »).
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Provenç. evangeli, avangeli ; espagn. et ital. evangelio ; portug. evangelho ; du lat. evangelium, du grec εὐαγγέλιον, bonne nouvelle, de εὖ, bien, et ἀγγέλλειν, annoncer, d'où ἄγγελος, messager, ange (voy. ce mot).

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Phonétique du mot « évangile »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
évangile evɑ̃ʒil

Évolution historique de l’usage du mot « évangile »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « évangile »

  • Dans les épreuves cruciales, la cigarette nous est d'une aide plus efficace que les évangiles. De Emil Michel Cioran / Syllogismes de l'amertume
  • Le socialisme est une philosophie de l’échec, un principe de l’ignorance et l’évangile de la jalousie. De Winston Churchill / discours à la conférence des Unionistes écossais, 28 mai 1948
  • Dans la réalité, le démon identitaire était entré dans nos corps de pourceaux, et comme dans l'évangile de Luc, nous nous jetions l’un après l’autre du haut de la falaise. De Sabri Louatah / le Monde des Livres, 16 janvier 2015
  • Usez-vous les uns les autres ! Ces paroles semblent avoir pris dans notre évangile politique la place de celles-ci empruntées au premier des livres : Aimez-vous les uns les autres ! De Emile de Girardin / Les 52
  • La morale de l'Évangile est essentiellement celle de l'âme ouverte. Henri Bergson, Les Deux Sources de la morale et de la religion, P.U.F.
  • Si on nous apporte sous le titre de l'esprit quelque chose qui ne soit contenue en l'Évangile, ne le croyons pas. Jean Calvin de son vrai nom Cauvin , Institution de la religion chrétienne
  • J'ai connu beaucoup d'hommes qui, si on leur avait demandé ce qu'ils pensent de l'Évangile, se seraient contentés de répondre : C'est ingénieux. Joseph Fiévée, Correspondance et relations avec Bonaparte
  • « Matthieu d’abord, qui prêchait aux juifs dans leur propre langue, édita une version écrite de son Évangile, dans les années où Pierre et Paul annonçaient l’Évangile à Rome et fondaient l’Église. Après leur mort, Marc, disciple et interprète de Pierre, nous transmit aussi par écrit la prédication de Pierre. Quant à Luc, le compagnon de Paul, il consigna aussi dans un livre l’Évangile que celui-ci prêchait. Jean enfin, le disciple du Seigneur, celui également qui a reposé sur sa poitrine, a lui aussi donné l’évangile, à l’époque où il séjournait à Éphèse en Asie » (Irénée, Contre les hérésies, Livre III, 1, 1). Aleteia : un regard chrétien sur l’actualité, la spiritualité et le lifestyle, Saint Irénée, le « découvreur » des quatre évangiles
  • Un pauvre berger, un gamin sur la place, un lépreux, les évangiles fourmillent de petits personnages secondaires. Pour le dominica... , [L'Évangile du dimanche] Les petits, premiers dans le Royaume

Images d'illustration du mot « évangile »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « évangile »

Langue Traduction
Anglais gospel
Espagnol evangelio
Italien vangelo
Allemand evangelium
Chinois 福音
Arabe الإنجيل
Portugais evangelho
Russe евангелие
Japonais 福音
Basque gospel
Corse vangelu
Source : Google Translate API

Synonymes de « évangile »

Source : synonymes de évangile sur lebonsynonyme.fr

Évangile

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