La langue française

Esbigner

Définitions du mot « esbigner »

Trésor de la Langue Française informatisé

ESBIGNER, verbe trans.

Arg., pop. ou dial.
A.− Emploi trans. Dérober, voler, faire disparaître (quelque chose). Esbigner le chopin dans sa culbute, cacher l'objet volé dans sa culotte (Raban, Marco Saint-Hilaire, Mém. forcat,t. 4, 1828-29, p. 314).Philippine m'a déjà esbigné ma pièce et combien donc que vous m'en avez effarouché ed'mes pièces, sous couleur de me vêtir, de me nourrir? (Balzac, Paysans,1844, p. 63).Puisque vous êtes dans l'Ambroisienne, ne pourriez-vous pas m'esbigner une mèche de beaux cheveux blonds de Madonne Lucrezia qu'elle envoyait au Bembo? (Mérimée, Lettres Duchesse de Castiglione,1870, p. 89).
B.− Emploi pronom. réfl. S'esquiver, s'en aller, s'enfuir, partir sans se faire remarquer. Synon. décamper, filer en douce.Je casse une canne, autrement dit je m'esbigne, ou, comme on dit à la cour, je file (Hugo, Misér.,t. 2, 1862, p. 296).Y m'semble l'voir encore [le duc] l'soir qu'y s'a esbigné comme ça à l'anglaise (Gyp, Mmela Duchesse,1893, p. 114).Il faut que je m'esbigne en souplesse de cette cabine, de cette carcasse (Audiberti, Quoat,1946, 2etabl., p. 55).
Rem. La docum. atteste esbigné, ée, en emploi adj., corresp. à l'emploi pronom. Et la mère? demanda le saltimbanque avec tout l'intérêt d'un amant épris, inquiet sur le sort de l'objet aimé. − Esbignée! répondit Rocambole (Ponson du Terr., Rocambole, t. 1, 1859, p. 624).
Prononc. : [εsbiɳe], (je m')esbigne [εsbiɳ]. Étymol. et Hist. 1. 1754 trans. « voler » (P. Boudin, Madame Engueule, p. 45); 2. ca 1810 s'esbigner « s'enfuir en hâte » (Désaugiers, Parodie de la Vestale, acte II, couplet 7 ds Sain. Lang. par., p. 512). Empr. au fourbesque [arg. ital.] sbignare « courir » (dep. 1619, Il Nuovo modo di intendere la lingua zerga d'apr. Dauzat Ling. fr., p. 272; cf. 1640, Oudin, Recherches ital. et fr.), altération de l'ital. svignare « fuir en se cachant » (dep. xvies. d'apr. DEI), lui-même prob. dér. de vigna (vigne*), au sens de « s'enfuir de la vigne comme un maraudeur »; le passage de v à b fait cependant difficulté : v. explications contradictoires données ds FEW t. 14, p. 477 et par Rohlfs t. 1, § 191. Fréq. abs. littér. : 12. Bbg Dauzat Ling. fr. 1946, p. 272. − Sain. Arg. 1972 [1907], p. 237. − Sain. Lang. par. 1920, p. 317, 455, 512.

Wiktionnaire

Verbe

esbigner \ɛs.bi.ɲe\ transitif ou pronominal 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : s’esbigner)

  1. (Argot) Voler, dérober.
    • Philippine m’a déjà esbigné ma pièce ; et combien donc que vous m’en avez effarouché ed’mes pièces, sous couleur de me vêtir, de me nourrir ?… — (Balzac, Paysans, 1844, p. 63)
  2. (Pronominal) Partir rapidement en évitant de se faire remarquer.
    • Chez ma grand-mère, "bigner" ça voulait dire "voir", "regarder" ; "rebigner" pour "surveiller" ou "regarder attentivement" et nous, on était bien content de s’esbigner de la férule intraitable de notre grand-mère.
    • Il s’était à peine esbigné que l’ordre était venu de le prendre vivant, et vite — (JRR Tolkien, Le Retour du Roi, 1955)
    • […] y compris Renly, le propre sang du roi, pour s’être esbigné à l’heure où l’on avait le plus besoin de lui ! — (George R. R. Martin Le Trône de Fer, 1996)
    • Au moment de gagner le sommet avec lord Mormont et ses officiers, il prétendit laisser Fantôme en bas, sous les arbres, mais le loup ne l’entendait pas de cette oreille, qui, par trois fois, tenta de s’esbigner […] — (George R. R. Martin, Le Trône de Fer, l’intégrale 2 (A Clash of Kings, 1998), 2000)
    • Le fuyard avait dû attendre des heures avant de saisir l’occasion de s’esbigner. — (Glen Cook, Le Château noir, 1984)
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Littré (1872-1877)

ESBIGNER (è-sbi-gné ou èks-bi-gné) v. réfl.
  • Terme populaire que Génin reproche à l'Académie de n'avoir pas mis dans son Dictionnaire. S'échapper. L'amant s'esbigne en disant…, Désaugiers, Parodie de l'opéra de la Vestale. Ce mot se trouve aussi dans les vers écrits par Jérôme Paturot, avant de s'asphyxier.
Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Étymologie de « esbigner »

Génin le dérive de bigne, pioche, et, trouvant dans le dialecte napolitain sbignare dans le même sens que le mot français, veut qu'il ait été introduit à Naples par les soldats de Charles VIII. Erreur ; le mot est d'origine italienne, et se trouve dans les Donne curiose de Goldoni (II, 23) ; Arlequin s'y sert de cette expression qui, par conséquent, n'appartenait pas seulement au dialecte de Naples, mais aussi à celui de Bergame (ou peut-être de Bologne, où la scène se passe). L'auteur (ou l'éditeur) l'explique par svigno, que le dictionnaire de Buttura traduit ainsi : décamper, sortir de la vigne (probablement comme un maraudeur). Buttura donne un exemple tiré du Malmantile. Le mot est donc originairement italien, et l'origine pleinement éclaircie (FÉLIX BOVET).

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De l’argot italien svignare (« décamper, sortir de la vigne »)[1] de vigna mais « le passage de v à b fait cependant difficulté[1]. »
Ou de l’occitan esbigna (« fuir, se dérober, se soustraire aux regards ») dérivé de bigna avec le préfixe es- → voir ex- et bigner (« regarder »).
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Phonétique du mot « esbigner »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
esbigner ɛsbiɲe

Citations contenant le mot « esbigner »

  • Une évasion que Frédéric Mitterrand évoque dans son livre «Napoléon III et Victor Hugo. Le duel», récemment publié par XO éditions*, l’imaginant raconter cet épisode de sa vie lors d’une soirée à laquelle il aurait pris part avec le célèbre écrivain. «Le prince est un ami des bêtes et il aime beaucoup les chiens qui le lui rendent bien», écrit l’ancien ministre de la Culture, poursuivant: «Comme la maîtresse de maison s’impatiente discrètement de lui voir préférer sa levrette à une société intéressante, Louis Napoléon lui brosse le portrait de son propre chien, l’épagneul Ham, qui partageait son emprisonnement et qui ne le quittait pas d’un pas dans la forteresse. Un exemple de fidélité animale qui faillit être fatale au prince lors de son évasion: comment s’esbigner sous un déguisement de maçon et passer devant le corps de garde sans être identifié, avec un épagneul que tout le monde connaît, qui vous colle et vous fait la fête à la perspective d’une belle promenade? Il avait fallu faire enlever Ham par un complice pour parvenir à s’enfuir. Transports de joie de l’épagneul quand il retrouva enfin son maître quelques heures plus tard». Et d’ajouter: «C'est aussi avec ce genre d’anecdotes émouvantes que le prince gagne le cœur des dames». , Louis-Napoléon Bonaparte, son petit chien Ham aurait pu faire rater son évasion
  • Non pas seulement en raison de l'ultra popularité de Marion Maréchal au sein du parti et parmi les électeurs frontistes, mais parce qu'elle incarnait un alternative crédible à sa tante, Marine Le Pen, à la fois sur plan de l'incarnation et de la ligne politique : identitaire donc anti-immigrés, mais aussi ultra-conservatrice sur les questions de société; critique de l'Europe, mais avec " modération " et sans envisager un instant la sortie de l'Euro, tout en affirmant et c'est l'essentiel sa volonté " d'unir toutes les droites ", seul moyen, estime-t-elle, de conquérir un jour le pouvoir. Ce positionnement politique, cette analyse électorale et les objectifs stratégiques qui en découlent, la contraignaient en réalité à s'esbigner tôt ou tard du Front National. Elle choisit de passer à l'acte au plus vite. Sinon Marion Maréchal n'avait d'autre choix que d'affronter... Marine Le Pen et d'écrire un nouvel épisode du feuilleton " Guerre chez les Le Pen ". Challenges, Marion Maréchal ne s’appelle plus Le Pen : un choix très politique - Challenges
  • À cent deux ans, Berthe a toujours la main leste. Au début du roman, pour permettre à Roy et Guillemette, en cavale, de s'esbigner, elle défouraille sans vergogne sur un notaire et sur les forces de l'ordre venues éviter le carnage. Le Figaro.fr, Mamie Luger, de Benoit Philippon : la flingueuse du Cantal
  • Mais il est temps de «s'esbigner». On vous laisse ça là, en «cuchon», pour vous faire une opinion et décider si vous penchez plutôt pour Lyon ou Marseille. L'Équipe, Ligue 1 - 6e journée : Lyon ou Marseille, c'est qui le plus fort ? - Foot - L1 - L'Équipe
  • Partir, c'est mourir un peu. Partir en vacances, c'est faire crever la planète. Facile, mais tout autour de nous concourt à nous flanquer les choquottes. Solution : se débarrasser des touristes. Compliqué. Douteux. Un brin dictature. Nuremberg en vue. Fermer les sites, les monuments, etc... ? Déjà fait, un peu partout dans le monde, au grand dam des Instagrammeurs. Réformer le calendrier des congés ? Pas idiot : cette manie de partir en été a viré à l'hystérie de groupe et pénalise les couples sans enfants, les célibataires et autres franc-tireurs sociétaux. Juste qu'en septembre, la prise de congés est vue comme un fléau entrepreneurial, un sabotage social. Moralité : ne plus partir en vacances quand les autres sont en vacances. Vu que les autres prennent des vacances tout au long de l'année, il reste peu de fenêtres pour s'esbigner. Rester pour ne pas partir ou résister pour s'en départir ? Les vacances des uns font les devoirs de vacances des autres. Vous avez trois heures. Vanity Fair, La chronique du Concierge masqué : faut-il encore partir en vacances ?

Traductions du mot « esbigner »

Langue Traduction
Anglais dare
Espagnol atrevimiento
Italien osare
Allemand wagen
Chinois
Arabe جسارة
Portugais ousar
Russe сметь
Japonais あえて
Basque ausartzen
Corse asèmpiu
Source : Google Translate API

Synonymes de « esbigner »

Source : synonymes de esbigner sur lebonsynonyme.fr

Esbigner

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