La langue française

Épine

Définitions du mot « épine »

Trésor de la Langue Française informatisé

ÉPINE, subst. fém.

A.− SC. NAT. Excroissance dure et pointue naissant sur certains corps.
1. BOT. Piquant naissant sur certains végétaux et qui ne peut être arraché sans déchirer les tissus sous-jacents. Les épines que l'on distingue des aiguillons en ce qu'elles tiennent à l'aubier, ..., doivent être considérées comme des fibres de cet aubier, allongées, grossies et durcies (Baudrillart, Nouv. manuel forest.,t. 1, 1808, p. 46).
a) Usuel. Aiguillon de certaines plantes ou partie d'un végétal à pointe acérée et piquante. Les chataignes [sic] sont hérissées d'épines et sous cette enveloppe est un excellent fruit (Sénac de Meilhan, Émigré,1797, p. 1648).[Des aloès] aux feuilles minces semblables à des lames de glaive, les uns dentelés d'épines, les autres finement ourlés (Zola, Faute Abbé Mouret,1875, p. 1389).Une branche [d'] acacia-gommier, dont les hideuses épines blanches, longues de près de dix centimètres, me remplissaient de crainte pour l'œsophage de notre ami (Benoit, Atlant.,1919, p. 296):
1. − Les épines. À quoi servent-elles? Le petit prince ne renonçait jamais à une question une fois qu'il l'avait posée. J'étais irrité par mon boulon et je répondis n'importe quoi : − Les épines, ça ne sert à rien, c'est de la pure méchanceté de la part des fleurs! (...) − Tu sais ... ma fleur ... j'en suis responsable! et elle est tellement faible! et elle est tellement naïve. Elle a quatre épines de rien du tout pour la protéger contre le monde... Saint-Exup., Pt Prince,1943, p. 430 et 492.
P. compar. ou p. métaph. La pointe acérée du remords se fait sentir comme l'épine à travers les touffes vermeilles du rosier (J. de Maistre, Soirées,t. 2, 1821, p. 71).Les baisers d'une bouche qui n'est point aimée sont des épines qui percent les lèvres (Chateaubr., Natchez,1826, p. 294).Le regard d'un vieil homme s'immobilisa comme un clou... Ce regard était toujours planté au même endroit. Il y déchirait, il y faisait du pus comme une épine (Giono, Solit. pitié,1932, p. 11):
2. L'ironie et le sérieux, l'éloge hyperbolique et des critiques les plus sagaces, hautaines, entrelacées comme des roses et des épines dans ses lettres, fallait-il feindre de n'en voir que les fleurs? Blanche, Modèles,1928, p. 130.
En partic., p. méton. Variété de châtaigne des environs de Périgueux (attesté ds DG, Lar. 19e-Lar. encyclop.). Épine d'été, d'hiver; épine rose : variétés de poires (ds Ac. Compl. 1842, Besch. 1845, Littré, DG, Guérin, 1892, Lar. 19e-Lar. Lang. fr.).
b) P. ext. Arbre ou arbrisseau dont les branches ont des piquants.
Épine + adj. déterminatif.Épine blanche/rose ou épine, absol. Synon. aubépine.Épine noire. Synon. prunellier.Épine luisante. Synon. argousier.Un sentier bordé de deux haies d'épine blanche en fleur qui répandaient de pénétrantes odeurs dans l'humide atmosphère du soir (Balzac, Méd. camp.,1833, p. 129).« Toi qui aimes les aubépines, regarde un peu cette épine rose; est-elle jolie! » En effet c'était une épine, mais rose, plus belle encore que les blanches (Proust, Swann,1913, p. 139).
Spéc., RELIG. La couronne* d'épines. La Sainte épine ou p. ell. l'épine. Relique vénérée comme étant la couronne d'épines du Christ. Mademoiselle Marguerite Périer, la miraculée de la Sainte-épine (Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 4, 1859, p. 10).Une image qui avait touché la sainte épine (Bremond, Hist. sent. relig., t. 4, 1920, p. 192).
2. ZOOL. (en partic. ichtyol.)
a) Au plur. Piquants d'animaux, spéc. des poissons. Regarde la queue de ta raie, elle est hérissée d'épines et de dards (Malot, R. Kalbris,1869, p. 28).L'épinoche elle-même est une créature extraordinaire, puisque (...) elle est pourvue de dix épines dorsales! (Colette, Pays et portr.,1954, p. 251).Des épines d'oursins (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 123).
En partic. Poils rigides et durs. Épines du hérisson. [Les poils] sont roides et dressés dans les « cochons », les « hérissons », les « porc-épics », etc. Leur grande épaisseur, dans ces deux derniers, leur a fait donner le nom d'« épines » (Cuvier, Anat. comp.,t. 2, 1805, p. 599).
b) P. ext. Nom donné à certains animaux à épines.
ENTOMOL. Épine noire ou de velours. Chenille de l'ortie.
Rem. Attesté ds Ac. Compl. 1842, Lar. 19e-20e.
ICHTYOLOGIE
Épine de Judas. (Quasi-)synon. vive.
Rem. Attesté ds Ac. Compl. 1842, Lar. 19eLang fr., Rob.
Épine vierge. Nom vulgaire des épinoches.
Rem. Attesté ds Lar. 19e, Nouv. Lar. ill., Quillet 1965, DG, Rob.
B.− P. anal. Excroissance rappelant la forme d'une épine. Les ruisseaux (...) étaient tout fleuris de fleurs de givre, aiguës, tranchantes, avec de belles et longues épines de givre (Giono, Chant monde,1934, p. 109).
1. ANATOMIE
a) Excroissance (osseuse) pointue. Épine de l'omoplate, du radius (Ac. Compl.1842).Les deux bords antérieurs ou orbito-nasaux, présentant au milieu l'échancrure et l'épine nasales (Gérard, Anat. hum.,1912, p. 23).La surface de la langue présente habituellement des saillies (...) constituant soit des épines cornées, soit des papilles (E. Perrier, Zool.,t. 4, 1928-32, p. 3448).
b) Spéc. Épine du dos/épine dorsale ou p. ell. épine. Suite de vertèbres situées le long du dos chez l'homme et chez certains animaux. (Quasi-)synon. colonne vertébrale.La moelle de l'épine (Cabanis, Rapp. phys. et mor., t. 1, 1808, p. 418).Une épine dorsale un peu voûtée (Janin, Âne mort,1829, p. 24).Joseph (...) sentait des frissons lui courir le long de l'épine sous ses habits (Ramuz, Gde peur,1926, p. 144):
3. [Os et muscles du tronc]. Les muscles de l'épine de la salamandre ressemblent beaucoup à ceux de la grenouille. Ceux de la queue ont beaucoup de rapport avec les muscles des poissons. L'épine de la tortue n'a de mouvemens que dans les portions du cou et de la queue; celles du dos et des lombes, ayant les vertèbres soudées, n'ont aucun muscle. Cuvier, Anat. comp.,t. 1, 1805, p. 193.
P. métaph. [P. réf. à la forme de l'épine et à sa disposition] L'isthme de Portland, il y a deux cents ans, était un dos d'âne de sable avec une épine vertébrale de rocher (Hugo, Homme qui rit,t. 1, 1869, p. 138).Il lui faut une épine dorsale, « il met un énorme porte-plume dans le berceau » (Apoll., Tirésias,1918, II, p. 904).On construisait les organes essentiels. La route, s'il y en avait une, servait d'épine dorsale, et puis, perpendiculairement à la route, on traçait des rues comme des vertèbres (Sartre, Sit. III,1949, p. 94):
4. La chaîne des Andes se déroulait à l'horizon, enflant ses croupes et multipliant ses pics vers le nord. Ce n'étaient encore là que les basses vertèbres de l'énorme épine dorsale sur laquelle s'appuie la charpente du nouveau-monde. Verne, Enf. cap. Grant,t. 1, 1868, p. 95.
Au fig. La syntaxe, qui est comme l'épine dorsale du langage (Gourmont, Esthét. lang. fr.,1899, p. 133).Une idée large, et indiscutable, le soutient : c'est comme l'épine dorsale de son discours (Renard, Journal,1902, p. 795).
2. Emplois techn.
a) AGRIC., VITIC. Parties longues et pointues de certaines machines agricoles (herse ou rouleau). Synon. dent.[Dans] la machine à planter la vigne (...) un cylindre à épines pulvérise le sol dans les terrains qui ne sont pas suffisamment nivelés (Brunet, Matér. vitic.,1909, p. 87).
En appos. On passera la herse « épines » dans les jeunes avoines, juste au moment de la levée des « sanves » (La Terre fr.,févr. 1941).
b) MÉTALL. ,,Pointes qui hérissent le cuivre après l'opération du ressuage et de la liquation`` (Littré).
Rem. Attesté aussi ds Ac. 1798-1878, Besch. 1845, Lar. 19e-20e, Guérin 1892, DG, Quillet 1965.
C.− Au fig., class. et littér. [Souvent p. oppos. à fleur ou à rose]
1. Gén. au plur. [P. réf. à épine A 1 a]
a) Aspects fâcheux, pénibles, douloureux (d'une situation). Les épines de la vie. Vous ne connoissez que les roses de la liberté; le sage gouvernement qui vous protège, en a écarté toutes les épines (Crèvecœur, Voyage, t. 3, 1801, p. 139).Va, pauvre petit. Si tu nous suivais, tu trouverais peut-être le chemin des épines, et, ce matin, ce serait trop tôt pour toi (Pourrat, Gaspard,1930, p. 253):
5. Jacques marchait toujours isolé, se faisant intérieurement saigner le cœur aux épines d'un souvenir dont l'orchestre augmentait la vivacité, en exécutant une contredanse joyeuse qui sonnait aux oreilles de l'artiste, triste comme un de profundis. Murger, Scènes vie boh.,1851, p. 223.
b) Côtés susceptibles, agressifs ou acariâtres (d'une personne). Suppression partielle ou même totale de la moelle épinière (si au moins ça pouvait lui ôter les épines du caractère) (Jarry, Ubu,1895, V, 1, p. 88).Elle [Nathalie] est (...) provocante et pleine d'épines (Colette, Jumelle,1938, p. 8).
Loc. proverbiales
Il n'est point de roses sans épines/il n'est point de plaisir sans épines. ,,On dit prov. qu'il n'y a point de roses sans épines, pour dire qu'il n'y a point de plaisir sans quelque mélange d'ennui, de chagrin`` (J.-F. Rolland, Dict. mauv. lang., 1813, p. 60) :
6. Que je serais content si je pouvais vous revoir l'année prochaine! Quelle serait ma joie en vous embrassant, mais il n'y a pas de plaisir sans épine. Vous connaissez aussi bien que moi cette épine, c'est qu'il y en a pour longtemps. M. de Guérin, Corresp.,1824, p. 7.
Quand on sème des épines, on ne va pas sans sabots (région.). Quand on provoque le malheur des autres, on doit se méfier à son tour. Les voilà aux aguets de façon à ne pas manquer leur gibier, vu que la galipote se méfiait sûrement; et qui sait quelles ruses elle avait toutes prêtes. Mais quand on sème des épines, on ne va pas sans sabots (Pourrat, Gaspard,1922, p. 89).
2. Loc. fig., fam.
a) [P. réf. à épine A 1 a]
Avoir une épine (au pied). Avoir un sujet d'embarras, d'inquiétude. Depuis qu'il a assumé cette tâche, depuis qu'il s'est mis dans cette affaire, il a une furieuse épine au pied (Ac.1932).
Être une épine (au pied). Être un sujet d'embarras, d'inquiétude :
7. ... quand on lit l'ouvrage éloquent de Bossuet où il s'est si bien passé de Richard Simon, il est impossible d'en séparer le souvenir de ce savant qui le gênait, qui lui était une épine au pied, et qu'il supprimait autant qu'il lui était possible. Sainte-Beuve, Nouv. lundis,t. 9, 1863-69, p. 302.
(Re)tirer (à qqn) une épine (du pied). Délivrer d'un embarras, d'une situation difficile. Dis-lui bien comme j'aime les bons cœurs qui, sur ma route difficile, m'ont arraché quelqu'épine ou adouci le chemin (Balzac, Corresp.,1832, p. 66).Je viens, selon votre conseil, d'écrire un petit mot poli au Michel. Voilà donc une affaire terminée, ça me retire une épine du pied (Flaub., Corresp.,1867, p. 100).
Arracher (à qqn) une épine (du cœur). Le délivrer d'une peine, d'une douleur. Mon Dieu! Que j'ai souffert! (...) Vint le jour de bonheur où, de sa main divine, L'ange de mon salut arracha cette épine Bien délicatement de mon cœur (M. de Guérin, Poésies,1839, p. 67).
b) [P. réf. à épine A 1 b]
Être un fagot d'épines. [En parlant d'une pers.] Être hargneux, d'humeur bizarre, difficilement abordable. Rubentel (...) brave homme de guerre, mais difficile à vivre, d'une humeur à faire damner les gens, d'autant plus roide et plus cassant qu'on lui fait plus d'avances, et furieux si on le néglige; enfin un fagot d'épines (Sainte-Beuve, Nouv. lundis,t. 8, 1863-69, p. 455).S'envelopper d'épines (rare). Ma femme (...) est bonne. Moi, j'ai du plaisir à m'envelopper d'épines. On s'y trompe. Le curé dit : « Le diable a épousé un ange » (Renard, Journal,1898, p. 465).
Être sur/marcher sur/se sentir sur les/des épines. Être dans une situation difficile, être dans une grande inquiétude, dans une grande impatience. MmeDebée-Leemann était sur les épines : sa conscience lui faisait deviner la matière de notre conversation; mais ce qui me surprit, c'est que Sara n'en était pas moins inquiète (Restif de la Bret., M. Nicolas,1796, p. 136).Don José était sur les épines. Il brûlait d'impatience de les quitter [la duchesse et Conception] pour retrouver sa prétendue princesse polonaise (Ponson du Terr., Rocambole,t. 4, 1859, p. 289).Il [Gaspard] se sentait sur des épines si l'on parlait des Escures (Pourrat, Gaspard,1925, p. 178).
(S')enfoncer dans les épines. Se mettre dans les difficultés. Vous savez ce que c'est que les procès, et vous allez vous enfoncer dans d'étranges épines (Claudel, Raviss. Scapin,1952, p. 1329).
Prononc. et Orth. : [epin]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. Fin du xes. « arbuste aux branches garnies de piquants » (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 247 : espines); 2. ca 1260 « piquant » (Vers de la mort, 28, 2 ds T.-L.); 3. xives. « espèce de poisson, plectognathe » (G. de Bibbesworth, Traité sur la langue fr., éd. A. Owen, p. 96, addition du ms. B); 4. 1314 anat. « épine dorsale » (Mondeville, Chirurgie, 416 ds T.-L.); 5. av. 1475 au fig. « difficulté » (G. Chastellain, Chron., 1. 6, chap. 93 ds Œuvres, éd. J. Kervyn de Lettenhove, t. 5, p. 41); 6. 1571 bot. poire d'espine (Belleforest, Secrets de la vraye agriculture, Paris, p. 111); 1654 espine rose (Jardinier françois ds Roll. Flore t. 5, p. 43); 7. 1660 « piquant de certains animaux » (Oudin Fr.-Esp. : espine ou tuyau de porc espic). Du lat. spina « épine, arbuste ou plante épineuse; piquant d'animaux, épine dorsale »; fig. « difficultés ». Fréq. abs. littér. : 1 202. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 2 506, b) 1 619; xxes. : a) 1 434, b) 1 242. Bbg. Arveiller (R.). R. Ling. rom. 1972, t. 36, p. 232. − Budahn (C.). Die Bezeichnungen der Johannisbeere und der Stachelbeere im Galloromanischen. Z. fr. Spr. Lit. 1939, t. 63, pp. 129-165. − Wartburg (W. von). Spina, spinula. Bolletino dell'Istit. di lingue estere. Genova. 1957, t. 5, pp. 17-40.

Wiktionnaire

Nom commun

épine \e.pin\ féminin

  1. (Botanique) Branche, feuille, stipule ou partie de feuille transformée en un organe allongé et piquant ; par opposition à l'aiguillon.
    • Une maigre brousse arborescente hérisse les parties basses du terrain — bouquets de daschi et de candili garnis de plus d’épines que de feuilles. — (Louis Alibert, Méhariste, 1917-1918, Éditions Delmas, 1944, page 23)
    • Le Rosier ou la Ronce portent des aiguillons non pas des épines à l’inverse, par exemple, d’un Robinier, le faux-acacia qui envahit nos bois. — (Anonyme, Le Rosier ou la Ronce n’ont pas d’épines, dans botanique.org, 2004)
  2. (Courant) Piquant que l’on trouve sur une plante indifféremment de son origine tissulaire.
    • Botaniquement c’est très vrai. les rosiers n’ont pas d’épines. Mais nul botanistes n’aura la puissance d’empêcher le proverbe d'affirmer qu’il n’y a pas de rose sans épines.— (Thérèse Alphonse Karr, À travers l’histoire naturelle : les épines publié dans La Semaine des familles : revue universelle illustrée, le 9 août 1884 page 298)
    • Un jour, par exemple, parlant de ses quatre épines, [la rose] avait dit au petit prince: - Ils peuvent venir, les tigres, avec leurs griffes !— (Antoine de Saint-Exupéry, Le petit Prince, 1943, chapitre 8)
  3. (Vieilli) Espèce d’arbre ou d’arbrisseau dont les branches ont des piquants.
    • On commence d’abord par nettoyer le sol en arrachant les ronces, les épines, les bruyères, etc., puis on procède à l’abatage du taillis. — (Edmond Nivoit, Notions élémentaires sur l’industrie dans le département des Ardennes, E. Jolly, Charleville, 1869, page 162)
  4. (Figuré) (Au pluriel) Difficultés ; choses qui donnent beaucoup de peine ou qui sont désagréables, fâcheuses.
    • Pour Pavlov le chemin de la vie fut jonché d’épines, plein d'amertume, de déceptions et de luttes acharnées… — (E. Asratian, I. Pavlov : sa vie et son œuvre, page 4, Éditions en langues étrangères, Moscou, 1953)
    • Il n’y a pas de science dont l’étude ne soit pleine d’épines et de difficultés.
  5. (Médecine) Excroissance pointue.
  6. Piquants de certains poissons; les piquants de châtaignes, de poires, etc.
  7. (Héraldique) Meuble d’écu représentant un buisson épineux.
  8. (Technique) Pointe qui hérisse les cuivres après avoir subi les opérations de ressuage et de liquation.
  9. (Technique) Robinet situé en bas d’une cuve.
  10. (Zoologie) Non vulgaire de certains animaux portant des piquants ou ayant une forme pointue
    • L’épine de Judas (Trachinidae) ; l’épine double (Syngnathus acus et Trachyrhamphus bicoarctatus).
  11. (Provence) Arête de poisson.  [1] [2]
    • Blessure de l'artère carotide gauche par une épine de poisson arrêtée dans l'œsophage. — (Article de M. Reid, in Encyclographie des sciences médicales, tome 4, Bruselles 1839)

Forme de verbe

épine \e.pin\

  1. Première personne du singulier de l’indicatif présent de épiner.
  2. Troisième personne du singulier de l’indicatif présent de épiner.
    • Une épaisse écharpe de hautes ronces plusieurs fois enroulée lui épine les flancs et il faut, s’y piquant, l’écarter à l’endroit du petit porche pour y pénétrer. — (Contes populaires et légendes de Guyenne et de Gascogne, Les Presses de la Renaissance, 1976, page 361)
  3. Première personne du singulier du subjonctif présent de épiner.
  4. Troisième personne du singulier du subjonctif présent de épiner.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif de épiner.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ÉPINE. n. f.
Espèce d'arbre ou d'arbrisseau dont les branches ont des piquants. Épine blanche. Épine noire. Une haie d'épines. Sa terre est en friche, il n'y croît que des épines. La couronne d'épines de Notre-Seigneur. Il se dit aussi des Piquants qui viennent à l'épine et à quelques autres arbres et arbustes. Cette espèce de rosier a beaucoup d'épines. Une épine l'a piqué. Il lui est entré une épine dans le pied, dans le doigt. On ne le dit proprement, en termes de Botanique, que des Piquants produits par les corps ligneux; les autres se nomment Aiguillons. Fig., C'est un fagot d'épines, on ne sait par où le prendre. Voyez FAGOT. Fig. et fam., Être sur des épines, sur les épines, Être dans de grandes inquiétudes et dans de grandes impatiences. Fig., Marcher sur des épines, Être dans une situation difficile. Fig., C'est une épine au pied, C'est un sujet de perplexité, d'embarras; c'est un empêchement fâcheux. Depuis qu'il a assumé cette tâche, depuis qu'il s'est mis dans cette affaire, il a une furieuse épine au pied. On dit, dans un sens analogue, Tirer à quelqu'un une épine, une grosse épine du pied, Le délivrer d'un grand embarras, d'une situation pénible, d'un empêchement. On dit de même, Avoir une épine, une grosse, une fâcheuse épine hors du pied. Au pluriel, il signifie figurément Difficultés, choses qui donnent beaucoup de peine, qui sont désagréables, fâcheuses. Il n'y a point de science dont l'étude ne soit pleine d'épines et de difficultés. La vie est hérissée d'épines. Prov. et fig., Il n'est point de roses sans épines, Il n'y a point de plaisir sans peine, point de joie sans quelque mélange de chagrin. Par analogie ou par extension, il a différentes acceptions dans la langue didactique; il désigne notamment les Piquants de certains poissons; les Piquants de châtaignes, de poires, etc.; la Suite de vertèbres qui règne le long du dos de l'homme et d'un groupe d'animaux et qu'on nomme autrement Colonne vertébrale. Il s'est rompu l'épine dorsale.

Littré (1872-1877)

ÉPINE (é-pi-n') s. f.
  • 1Arbre ou arbrisseau dont les branches sont armées de piquants. Épine blanche, aubépine (rosacées) (crataegus oxyacantha, L.).

    Épine noire, prunellier (rosacées) (prunus spinosa, L.).

    Épine luisante, nom vulgaire de l'hippophaé rhamnoïde (éléagnacées), dit aussi argousier, argoussier et griset.

    Épine aiguë, un des nom du crataegus pyracantha (rosacées), dit aussi épine ardente et buisson ardent.

    Épine de scorpion ou épine à scorpion, un des noms vulgaires donnés : 1° dans le midi de la France, en Italie et en Espagne, à l'éryngion des champs, ombellifère, dit aussi panicaut des champs ; 2° au Pérou et à la Guyane, à l'éryngion fétide.

    Épine solsticiale, nom vulgaire de la centaurée solsticiale (synanthérées), ainsi dite parce que ses fleurs hérissées de longues épines se montrent vers le solstice, Legoarant

    C'est un fagot d'épines, on ne sait par où le prendre, se dit d'un homme revêche et fâcheux.

    Gracieux comme un fagot d'épines, rude, d'une humeur bourrue.

    Fig. Entourons nos oreilles d'épines pour ne pas les laisser infecter par des discours empoisonnés, Massillon, Car. Médis.

    Être sur les épines, sur des épines, être dans une grande impatience, dans une grande anxiété. N'ayez point pour ce fait l'esprit sur les épines, Molière, l'Étour. I, 10. Il me parla du roi Jacques, j'étais sur les épines, Rousseau, Conf. VI.

    Marcher sur les épines, se trouver dans une conjoncture très difficile.

  • 2Piquant qui vient sur certains végétaux. La rose et ses épines. La couronne d'épines de Jésus-Christ. Ses yeux étaient noyés de pleurs ; Comme les anges des douleurs, Il était couronné d'épine, Musset, Poésies nouv. Nuits de décembre.

    Le langage botanique distingue l'épine de l'aiguillon : l'épine naît du corps ligneux ; l'aiguillon naît de l'épiderme. Le langage vulgaire ne distingue pas ces deux termes.

    Une épine au pied, un sujet de gêne et d'inquiétude. Tirer à quelqu'un une épine du pied, le tirer d'embarras. Courage ! s'il se peut enferrer tout de bon, Nous nous ôtons du pied une fâcheuse épine, Molière, l'Étour. III, 2. Voilà donc cette grande épine hors du pied, Sévigné, 242.

  • 3 Au plur. Difficultés, choses fâcheuses, désagréables. Dans les affaires aisées, ils sèment des épines pour les cueillir, Guez de Balzac, 3e disc. sur la cour. Ah ! que je me trouvais sur d'étranges épines ! Corneille, l'Illusion, IV, 6. Je vais par un chemin d'épines et de flamme Te retenir un lieu digne de ta vertu, Rotrou, St Genest, IV, 4. Vous allez vous enfoncer dans d'étranges épines [en plaidant], Molière, Scapin, II, 8. Il [le désespoir du damné] sera sans bornes dans l'autre vie, lorsque les péchés auront poussé leurs épines, comme dit St Augustin, et que nous en serons percés, Nicole, Ess. mor. 2e traité, ch. 10. Couraient chercher le ciel au travers des épines, Boileau, Lutr. VI. Les mariages ont assez d'épines sans cette amertume, Fénelon, Tél. XXIII. Où les plaisirs mêmes portent avec eux leurs épines, Massillon, Av. Bonh. Détrompé… des passions dont les voies ont toujours été pour moi semées d'épines et d'amertume, Massillon, Car. Mot. de conv. Ainsi les amertumes et les épines de la vertu ont toujours du moins une utilité présente qui en dédommage, Massillon, ib. Dégoûts. Le cardinal de Richelieu veut que l'on évite dans les monarchies les épines des compagnies qui forment des difficultés sur tout, Montesquieu, Esp. v, 10. Après avoir cueilli les fleurs de la poésie, il faut passer aux épines de la métaphysique, Voltaire, Lett. Prusse, 19.
  • 4 Terme d'anatomie. Nom donné aux éminences osseuses allongées, telles que l'épine nasale.

    L'épine du dos, l'épine dorsale, et, absolument, l'épine, la colonne vertébrale, la série des vertèbres qui règnent le long du dos des animaux vertébrés. Quelques historiens, moines grecs, ont cru et écrit très sérieusement que tous nos rois de la première race naissaient avec l'épine du dos couverte et hérissée d'un poil de sanglier, Saint-Foix, Ess. Paris, Œuvres, t. IV, p. 169, dans POUGENS. Son épine [du cheval] se double et frémit sur son dos, Delille, Géorg. III.

    Fig. Courber l'épine, s'abaisser, faire une platitude ou une démonstration de civilité exagérée.

  • 5 Terme de métallurgie. Pointes qui hérissent le cuivre après l'opération du ressuage et de la liquation.
  • 6Longue épine, un des noms vulgaires du diodon holacanthe (poissons plectognathes).

    Épine double, le syngnathe, poisson.

    Épine de Judas, la vive.

  • 7Épine d'été, poire hâtive. Épine d'hiver, poire grosse et longue. Épine-rose, grosse poire hâtive, variée de vert et de rose.

    PROVERBE

    Il n'est point de roses sans épines, c'est-à-dire il n'est point de joie sans quelque déplaisir.
    [Elles] S'en vont bientôt changer nos épines en roses, Tristan, M. de Chrispe, IV, 4.

HISTORIQUE

XIIe s. Car Dex les fist espines [aubépines] devenir, Ronc. p. 155.

XIIIe s. Sous une espine espesse [elle] s'est alée mucier, Berte, XXXVIII. Un grant feu [ils] font d'espines, n'i firent longue atente, ib. XCVI. De mon pié destre par derriere Passai hier en une chariere, Une espine me feri enz, Ren. 7577. Virge, pucele nete et pure, Si com la rose ist [sort] de l'espine, Issis, glorieuse roïne, De juerie [juiverie] qui est poignans, Rutebeuf, II, 115.

XIVe s. Les ulceres qui sont sur l'espine [du dos] sont de forte curation, H. de Mondeville, f° 74.

XVe s. Et qui avoit bouté l'espine au pied de son enfant, maintenant ne l'en sçavoit tirer dehors ne lui procurer garison, Chastelain, Chron. III, 18.

XVIe s. Et furent les fols et hautains Comme feu d'espines esteints, Marot, IV, 328. Que ladite ville n'estoit pas seulement une petite espine dans le pied de la France, ains plustost une trop grosse sagette, qui lui perçoit les entrailles, Lanoue, 578. Le dimanche [après la Saint-Barthélemy] toute la ville se rechauffa pour aller voir une espine qui fleurissoit au cimetiere Saint-Innocent, D'Aubigné, Hist. II, 21. Partant Saint Jean d'Angeli [ville] fut pour le coup armé de ses espines et deffendu par ses afflictions, D'Aubigné, ib. III, 6. Ce qui s'y fit encores de plus ingenieux fut un pont d'espines liées ensemble, sur lequel nous passions l'Oise à cheval fort aisement, et mesmes l'artillerie, D'Aubigné, ib. III, 374. Comme on dit, au fond git l'epine, Yver, p. 628. La ligne, autrement dite espine de l'os des iles, Paré, I, 11. Les apophyses droites, c'est à dire espines des vertebres, Paré, IV, 18. Faire haye d'espines à mains nues, Génin, Récréat. t. II, p. 239.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Étymologie de « épine »

Wallon, sipeinn ; bourguign. épéne, épeigne ; provenc. et espagn. espina ; portug. espinha ; ital. spina ; du lat. spina.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

(Vers 980) Du latin spina, via l’ancien français espine Référence nécessaire.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « épine »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
épine epin

Évolution historique de l’usage du mot « épine »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « épine »

  • Les roses poussent parmi les épines. De Proverbe latin
  • La joie est suspendue à des épines. De Proverbe allemand
  • L’épine en naissant va la pointe en avant. De Proverbe français
  • L’épine dans la chair d’autrui est facile à enlever. De Proverbe rundi
  • La rose a l’épine comme amie. De Proverbe afghan
  • Celui qui baise la rose épouse l’épine. De Jean Dypréau / Chemin des proverbes
  • Au lieu de me plaindre de ce que la rose a des épines, je me félicite de ce que l'épine est surmonté de roses. De Joseph Joubert
  • Je puis me plaindre que les buissons de rose aient des épines ou me réjouir que les buissons d’épines portent des roses. Cela dépend comment vous regarder. De Kenfield Morley
  • Celui qui a noué les liens de l'amour a disposé les épines. De Roberto Sosa / Mon père
  • Le but de l’art est de déranger. De planter une épine dans le coeur. Ce que le coeur fait ensuite, ce n’est pas le problème. C’est assez qu’il sente l’épine. De Kalpana Swaminathan / Saveurs assassines
  • Pas de roses sans épines. De Proverbe français
  • La parenté est comme un manteau d’épines. De Proverbe haoussa
  • Quand tu auras des chaussures ferrées, marche sur les épines. De Proverbe hébreu
  • Prend-on la vie autrement que par les épines ? René Char, Retour amont, Gallimard
  • Quand on sème des épines on ne va pas sans sabots. Henri Pourrat, Gaspard des montagnes, Albin Michel
  • Ils ne voient pas la rose, mais ils scrutent attentivement les épines de la tige. Lucien, de Samosate, Comment il faut écrire l'histoire, 28
  • Les épines que j'ai recueillies viennent de l'arbre que j'ai planté. George Gordon, lord Byron, Childe Harold's Pilgrimage, IV, 10
  • Si les roses ont des épines, sous les épines se cachent les roses. De Proverbe québécois
  • De l’épine pousse la rose et de la rose pousse de nouveau l’épine. De Proverbe grec
  • Saint Louis avait fait édifier la Sainte-Chapelle à Paris pour protéger la couronne d’épines portée par le Christ pendant sa passion du tribunal à la croix. Et c’est une épine prélevée sur la couronne qui vint apporter la renommée au village en promouvant la dévotion et le pèlerinage. millavois.com, Viala-du-Tarn. Dimanche, c’est le pèlerinage de la Sainte-Epine à Coudols
  • Qui s'y frotte s'y pique ! La plupart des cactus possèdent des épines dont il ne faut pas trop s'approcher sous peine d'avoir une douloureuse écharde dans le doigt. Mais pourquoi certaines épines sont-elles si difficiles à ôter par rapport à d'autres ? Des chercheurs ont trouvé leur secret. Futura, Pourquoi les épines de cactus sont-elles si difficiles à enlever ?
  • Sur le sujet, les avis sont partagés, les uns sérieux et fondés, d’autres d’une teneur des plus farfelues pour que l’on se rende compte que les autorités algériennes se retrouvent avec une grosse épine dans le pied. Maghreb Online, L'Aïd et une épine dans le pied - Maghreb Online

Traductions du mot « épine »

Langue Traduction
Anglais spiked
Espagnol claveteado
Italien spillo
Allemand versetzt
Chinois 尖刺
Arabe ارتفعت
Portugais cravado
Russe шипованная
Japonais スパイク
Basque spiked
Corse puntata
Source : Google Translate API

Synonymes de « épine »

Source : synonymes de épine sur lebonsynonyme.fr

Épine

Retour au sommaire ➦

Partager