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Sultan

Définitions du mot « sultan »

Trésor de la Langue Française informatisé

SULTAN, subst. masc.

A. − [Désigne une pers.]
1.
a) Dans les pays musulmans ou fortement islamisés, chef temporel puis souvent également spirituel, souverain d'un État plus ou moins important. Les tombeaux dont les khalifes fatimites et les sultans mameluks ont enrichi les solitudes qui avoisinent le Kaire (Du Camp, Nil, 1854, p. 37).Toghroul-beg le Seldjoukide, entra à Bagdad et s'imposa au khalife arabe comme vicaire temporel et sultan (Grousset, Croisades, 1939, p. 3).
SYNT. Le sultan Saladin; le sultan d'Égypte, de Damas, de Perse, du Maroc; cour, palais du sultan; favorite, fils, filles du sultan; le sultan ordonne; se présenter au sultan, chez le sultan, devant le sultan.
b) En partic. [Avec ou sans compl. déterm.] Souverain de l'Empire ottoman. Synon. Grand Seigneur*, Grand Turc*.Le sultan de Constantinople, des Turcs. Paris était repu de Majestés et d'Altesses; il avait acclamé l'empereur de Russie et l'empereur d'Autriche, le sultan et le vice-roi d'Égypte (Zola, Argent, 1891, p. 272).
c) [Suivi ou non d'un trait d'union; entre dans la dénom. d'édifices relig. musulmans] Les mosquées, les tombeaux de même couleur que le sol (...). Sultan-Barkouk. Nous y entrons. Le cloître, la chapelle, où est le tombeau (de) Caïd-Ali (Fromentin, Voy. Égypte, 1869, p. 153).[Sainte-Sophie] se trouve à proximité (...) de la mosquée Sultan Ahmed (A. Dhina, Cités musulmanes d'Orient et d'Occident, Alger, Entreprise Nat. du Livre, 1986, p. 44).
d) [Dans diverses loc. faisant allusion à des caractéristiques propres à un sultan, en partic. au souverain de l'Empire ottoman, en tant que maître d'un harem] Air, ton, geste de sultan; être comme un sultan; trancher du sultan. [Il] flâna dans les coulisses du théâtre où il se promenait en sultan, où toutes les actrices le caressaient par des regards brûlants et par des mots flatteurs (Balzac, Illus. perdues, 1839, p. 429).
Empl. adj., rare. Robe de chambre de soie à fleurs, qui lui donne l'air tout à fait sultan (Sand, Jacques, 1834, p. 142).
2. P. anal.
a) Vieilli. Homme qui, par son état, sa situation, ses actes, présente certaines caractéristiques propres à un sultan. Presque toutes ces petites filles étaient amoureuses de leurs professeurs (...). Elles travaillaient comme des anges, pour se faire bien voir de leur sultan (Rolland, J.-Chr., Amies, 1910, p. 1106).Le sultan de la finance et le protecteur des beaux-arts (Duhamel, Passion J. Pasquier, 1945, p. 179).
b) En appos., rare. Le docteur Pozzi (...) sultan par la barbe, houri par l'œil (Colette, Apprent., 1936, p. 112).
B. − [Désigne une chose]
1. HIST. DE L'AMEUBL. Meuble de toilette réservé aux femmes consistant en une corbeille garnie de soie et destinée à ranger les gants, les éventails, des produits de toilette. Le sultan, d'un goût plus simple, était orné de guirlandes de roses exécutées en chenille avec un art extrême, et renfermait des gants, des essences, des pâtes, des pastilles (Jouy, Hermite, t. 2, 1812, p. 117).
2. Vieilli. ,,Sachet rempli d'espèces aromatiques que l'on met dans les coffres à linge`` (Mots rares 1965).
REM.
Sultanien, -ienne, rare.Propre au sultan, à l'État dont il est le souverain. Armée sultanienne. Déjà les grands étendards sultaniens étaient, en signe d'armistice, arborés sur la maîtresse tour (Grousset, Croisades, 1939, p. 383).
Prononc. et Orth.: [syltɑ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) 1519 sultan « souverain de l'empire ottoman » ([T. Spandugino] La genealogie du grand Turc, Paris, A VI rods Z. rom. Philol. t. 107, p. 376); b) 1610 « souverain de certains pays musulmans » (P. de Deimier, Ac. de l'art poét., p. 525: un sultan d'Egypte); 2. a) 1756 fig. « despote, tyran » (D'Holbach, Christianisme, p. 13); b) 1775 fig. « homme qui entretient plusieurs maîtresses » (N. J. L. Gilbert, Le 18es., p. 7); 3. a) 1789 « coussin rempli de parfums » (Encyclop. méthod. Mécan. t. 6, p. 60); b) 1802 « corbeille garnie de soie » (Dict. de l'Ac. fr., nouv. éd. par Laveaux d'apr. Robert G. Mots et dict.). Empr. à l'ar.sulṭān « pouvoir, domination, autorité; sultan » (cf. soudan), mot également passé en turc sultan. Au sens 3 a, cf. sultane « espèce de coussin rempli de parfums » ([L. A. Caraccioli], Dict. crit., pittoresque et sentencieux, Lyon, 1768, t. 3, p. 180). Fréq. abs. littér.: 845. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 1 544, b) 722; xxes.: a) 756, b) 1 433.
DÉR. 1.
Sultanat, subst. masc.a) Dignité de sultan; régime politique correspondant; règne d'un sultan. Le sultanat a été supprimé en Turquie en 1923 (Quillet1965, s.v. sultan).[Dans un cont. anal.] Pendant les trois ou quatre dernières années de son sultanat, beaucoup d'écrivains patriotes réclamèrent la tête de M. Delcassé (Maurras, Kiel et Tanger, 1914, p. 164).b) État plus ou moins important ayant à sa tête un sultan. Sultanat d'Oman. [Les Peuls] qui ont fondé les sultanats du Cameroun septentrional (Griaule, Méth. ethnogr., 1957, p. 30). [syltana]. 1resattest. a) 1842 « dignité, règne d'un sultan » (Ac. Compl.), b) 1889 « état sous l'autorité d'un sultan » (Renan, Hist. peuple Isr., t. 2, p. 192), 1890 (Lar. 19eSuppl., s.v. Zanzibar); de sultan, suff. -at*.
2.
Sultanin, subst. masc.Ancienne monnaie d'or de divers pays musulmans (Turquie, Égypte, Tunisie, Algérie). Avant la prise d'Alger, le sultanin dont on se servait dans la régence valait 8 fr. 37 c. (Littré). [syltanε ̃]. Att. ds Ac. 1835, 1878. 1resattest. 1519 sultany ([T. Spandugino] op. cit., B III rods Z. rom. Philol. t. 107, p. 379), 1542 soultanis (B. de La Borderie, Discours du voyage de Constantinoble, Lyon, 38, ibid.: un soultanis pour teste), 1559 sultanin (G. Postel, De la République des Turcs, p. 32, ibid.); empr. au turc sultani « monnaie valant dix aspres », (dér. de sultan « sultan »), puis adapt. au moy. du suff. -in*.
BBG.Quem. DDL t. 10, 18.

Trésor de la Langue Française informatisé

SULTAN, subst. masc.

A. − [Désigne une pers.]
1.
a) Dans les pays musulmans ou fortement islamisés, chef temporel puis souvent également spirituel, souverain d'un État plus ou moins important. Les tombeaux dont les khalifes fatimites et les sultans mameluks ont enrichi les solitudes qui avoisinent le Kaire (Du Camp, Nil, 1854, p. 37).Toghroul-beg le Seldjoukide, entra à Bagdad et s'imposa au khalife arabe comme vicaire temporel et sultan (Grousset, Croisades, 1939, p. 3).
SYNT. Le sultan Saladin; le sultan d'Égypte, de Damas, de Perse, du Maroc; cour, palais du sultan; favorite, fils, filles du sultan; le sultan ordonne; se présenter au sultan, chez le sultan, devant le sultan.
b) En partic. [Avec ou sans compl. déterm.] Souverain de l'Empire ottoman. Synon. Grand Seigneur*, Grand Turc*.Le sultan de Constantinople, des Turcs. Paris était repu de Majestés et d'Altesses; il avait acclamé l'empereur de Russie et l'empereur d'Autriche, le sultan et le vice-roi d'Égypte (Zola, Argent, 1891, p. 272).
c) [Suivi ou non d'un trait d'union; entre dans la dénom. d'édifices relig. musulmans] Les mosquées, les tombeaux de même couleur que le sol (...). Sultan-Barkouk. Nous y entrons. Le cloître, la chapelle, où est le tombeau (de) Caïd-Ali (Fromentin, Voy. Égypte, 1869, p. 153).[Sainte-Sophie] se trouve à proximité (...) de la mosquée Sultan Ahmed (A. Dhina, Cités musulmanes d'Orient et d'Occident, Alger, Entreprise Nat. du Livre, 1986, p. 44).
d) [Dans diverses loc. faisant allusion à des caractéristiques propres à un sultan, en partic. au souverain de l'Empire ottoman, en tant que maître d'un harem] Air, ton, geste de sultan; être comme un sultan; trancher du sultan. [Il] flâna dans les coulisses du théâtre où il se promenait en sultan, où toutes les actrices le caressaient par des regards brûlants et par des mots flatteurs (Balzac, Illus. perdues, 1839, p. 429).
Empl. adj., rare. Robe de chambre de soie à fleurs, qui lui donne l'air tout à fait sultan (Sand, Jacques, 1834, p. 142).
2. P. anal.
a) Vieilli. Homme qui, par son état, sa situation, ses actes, présente certaines caractéristiques propres à un sultan. Presque toutes ces petites filles étaient amoureuses de leurs professeurs (...). Elles travaillaient comme des anges, pour se faire bien voir de leur sultan (Rolland, J.-Chr., Amies, 1910, p. 1106).Le sultan de la finance et le protecteur des beaux-arts (Duhamel, Passion J. Pasquier, 1945, p. 179).
b) En appos., rare. Le docteur Pozzi (...) sultan par la barbe, houri par l'œil (Colette, Apprent., 1936, p. 112).
B. − [Désigne une chose]
1. HIST. DE L'AMEUBL. Meuble de toilette réservé aux femmes consistant en une corbeille garnie de soie et destinée à ranger les gants, les éventails, des produits de toilette. Le sultan, d'un goût plus simple, était orné de guirlandes de roses exécutées en chenille avec un art extrême, et renfermait des gants, des essences, des pâtes, des pastilles (Jouy, Hermite, t. 2, 1812, p. 117).
2. Vieilli. ,,Sachet rempli d'espèces aromatiques que l'on met dans les coffres à linge`` (Mots rares 1965).
REM.
Sultanien, -ienne, rare.Propre au sultan, à l'État dont il est le souverain. Armée sultanienne. Déjà les grands étendards sultaniens étaient, en signe d'armistice, arborés sur la maîtresse tour (Grousset, Croisades, 1939, p. 383).
Prononc. et Orth.: [syltɑ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) 1519 sultan « souverain de l'empire ottoman » ([T. Spandugino] La genealogie du grand Turc, Paris, A VI rods Z. rom. Philol. t. 107, p. 376); b) 1610 « souverain de certains pays musulmans » (P. de Deimier, Ac. de l'art poét., p. 525: un sultan d'Egypte); 2. a) 1756 fig. « despote, tyran » (D'Holbach, Christianisme, p. 13); b) 1775 fig. « homme qui entretient plusieurs maîtresses » (N. J. L. Gilbert, Le 18es., p. 7); 3. a) 1789 « coussin rempli de parfums » (Encyclop. méthod. Mécan. t. 6, p. 60); b) 1802 « corbeille garnie de soie » (Dict. de l'Ac. fr., nouv. éd. par Laveaux d'apr. Robert G. Mots et dict.). Empr. à l'ar.sulṭān « pouvoir, domination, autorité; sultan » (cf. soudan), mot également passé en turc sultan. Au sens 3 a, cf. sultane « espèce de coussin rempli de parfums » ([L. A. Caraccioli], Dict. crit., pittoresque et sentencieux, Lyon, 1768, t. 3, p. 180). Fréq. abs. littér.: 845. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 1 544, b) 722; xxes.: a) 756, b) 1 433.
DÉR. 1.
Sultanat, subst. masc.a) Dignité de sultan; régime politique correspondant; règne d'un sultan. Le sultanat a été supprimé en Turquie en 1923 (Quillet1965, s.v. sultan).[Dans un cont. anal.] Pendant les trois ou quatre dernières années de son sultanat, beaucoup d'écrivains patriotes réclamèrent la tête de M. Delcassé (Maurras, Kiel et Tanger, 1914, p. 164).b) État plus ou moins important ayant à sa tête un sultan. Sultanat d'Oman. [Les Peuls] qui ont fondé les sultanats du Cameroun septentrional (Griaule, Méth. ethnogr., 1957, p. 30). [syltana]. 1resattest. a) 1842 « dignité, règne d'un sultan » (Ac. Compl.), b) 1889 « état sous l'autorité d'un sultan » (Renan, Hist. peuple Isr., t. 2, p. 192), 1890 (Lar. 19eSuppl., s.v. Zanzibar); de sultan, suff. -at*.
2.
Sultanin, subst. masc.Ancienne monnaie d'or de divers pays musulmans (Turquie, Égypte, Tunisie, Algérie). Avant la prise d'Alger, le sultanin dont on se servait dans la régence valait 8 fr. 37 c. (Littré). [syltanε ̃]. Att. ds Ac. 1835, 1878. 1resattest. 1519 sultany ([T. Spandugino] op. cit., B III rods Z. rom. Philol. t. 107, p. 379), 1542 soultanis (B. de La Borderie, Discours du voyage de Constantinoble, Lyon, 38, ibid.: un soultanis pour teste), 1559 sultanin (G. Postel, De la République des Turcs, p. 32, ibid.); empr. au turc sultani « monnaie valant dix aspres », (dér. de sultan « sultan »), puis adapt. au moy. du suff. -in*.
BBG.Quem. DDL t. 10, 18.

Wiktionnaire

Nom commun 1

sultan \syl.tɑ̃\

  1. (Noblesse) Titre qu’on donnait à l’empereur des Turcs.
    • Le sultan Mahmoud.
  2. Titre de dignité qui se donne à certains souverains musulmans.
    • Toute caravane qui entrait dans le territoire du sultan d’Ayar devait payer cette taxe, moyennant quoi elle était, théoriquement du moins, sous la protection du sultan jusqu’à ce qu’elle quitte le territoire placé sous son commandement. — (Djibo Hamani, Le sultanat touareg de l’Ayar: au carrefour du Soudan et de la Berbérie, L’Harmattan, 2006, p. 290)
    • Mais ce territoire d’un demi-million de kilomètres carrés de surface, dont la population est estimée à une dizaine de millions d’habitants, est loin d’avoir la cohésion d’un État européen, et l’autorité effective des sultans ne s’est jamais étendue qu’à un tiers, tout au plus, du Maroc. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, p. 9)
    • Le Sultan, Commandeur des Croyants, ne rejette pas les confrèries, les zaouias, les marabouts et autres familles de chorfa mais au contraire les utilise, dans toute la mesure du possible, […]. — (Maurice Fougerouse, Le Maroc: vocations et réalités, Fondation Singer-Polignac, 1987, page 59)

Nom commun 2

sultan \syl.tan\ masculin

  1. (Religion) Dix-septième mois du calendrier bahaï, correspondant à la période du 19 janvier au 6 février du calendrier grégorien.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

SULTAN. n. m.
Titre qu'on donnait à l'empereur des Turcs. Le sultan Mahmoud. C'est encore un Titre de dignité qui se donne à certains souverains musulmans. Le sultan du Maroc. Le sultan de Zanzibar, des Comores.

Littré (1872-1877)

SULTAN (sul-tan) s. m.
  • 1Titre de l'empereur des Turcs. Je sais que des sultans l'usage m'est contraire, Racine, Bajaz. I, 3.
  • 2Titre de plusieurs autres princes mahométans et tartares.
  • 3 Fig. Par extension, il se dit d'un prince absolu comme les sultans. Cette éblouissante époque de notre histoire, si glorieuse aux yeux du vulgaire, si humiliante, si funeste aux yeux des sages, où, sans égard pour la promesse qu'il avait faite en épousant Marie Thérèse, notre sultan Louis XIV prodigua l'or et le sang de ses peuples au stérile honneur d'augmenter ses provinces, Mirabeau, Collection, t. II, p. 138.

    Fig. et familièrement. Homme absolu, tyrannique. Il se conduit en vrai sultan.

  • 4 Par plaisanterie, homme qui entretient plusieurs maîtresses à la fois. Scandalisant Paris de ses vieilles tendresses, Arcas, sultan goutteux, veut avoir vingt maîtresses, Gilbert, le XVIIIe siècle.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

SULTAN, s. m. (Hist. mod.) ce mot qui est arabe, signifie empereur ou seigneur ; on croit qu’il vient de selatat qui signifie conquérant ou puissant. Le nom de sultan tout court, ou précédé de l’article el désigne alors l’empereur des Turcs ; cependant le titre de padischah est réputé plus excellent ; & les Turcs appellent le sultan Padischahi Alem Penah, c’est-à-dire, empereur, le refuge & le protecteur du monde, ou bien on le nomme Aliothman Padischahi, empereur des enfans d’Othman. Voyez l’article Schah. On donne aussi le titre de sultan au fils du kan de la Tartarie Crimée. Le mot sultanum est chez les Turcs un titre de politesse qui répond à celui de monsieur parmi nous.

Le sultan exerce sur ses sujets l’empire le plus despotique. Selon la doctrine des Turcs, leur empereur a le privilege de mettre à mort impunément chaque jour, quatorze de ses sujets, sans encourir le reproche de tyrannie ; parce que, selon eux, ce prince agit souvent par des mouvemens secrets, par des inspirations divines, qu’il ne leur est point permis d’approfondir ; ils exceptent cependant le parricide & le fratricide qu’ils regardent comme des crimes, même dans leurs sultans. Cela n’empêche point que les freres des empereurs n’aient été souvent les premieres victimes qu’ils ont immolées à leur sûreté Les sultans les plus humains les tiennent dans une prison étroite dans l’intérieur même du palais impérial ; on ne leur permet de s’occuper que de choses puériles, & très-peu propres à leur former l’esprit, & à les rendre capables de gouverner. Malgré ce pouvoir si absolu des sultans, ils sont souvent eux mêmes exposés à la fureur & à la licence d’un peuple furieux & d’une soldatesque effrénée qui les dépose & les met à mort, sous les prétextes les plus frivoles.

Le lendemain de son avénement au trône, le sultan va visiter en grand cortege un couvent qui est dans un des faubourgs de Constantinople ; là le scheik ou supérieur du monastere, lui ceint une épée, & pour conclure la cérémonie, il lui dit : allez, la victoire est à vous ; mais elle ne l’est que de la part de Dieu. Jamais l’empereur ne peut se dispenser de cette cérémonie qui lui tient lieu de couronnement.

On n’aborde le sultan qu’avec beaucoup de formalité ; nul mortel n’est admis à lui baiser la main ; le grand visir, lorsqu’il paroit en sa présence, fléchit trois fois le genou droit ; ensuite touchant la terre de sa main droite, il la porte à sa bouche & à son front, cérémonie qu’il recommence en se retirant.

Le sultan n’admet personne à sa table ; nul homme n’ose ouvrir la bouche sans ordre dans son palais ; il faut même y étouffer jusqu’aux envies de tousser ou d’éternuer ; on ne se parle que par signe ; on marche sur la pointe des piés ; on n’a point de chaussure, & le moindre bruit est puni avec la derniere sévérité.

Les résolutions prises par le sultan passent pour irrévocables, quelqu’injustes qu’elles soient ; il ne peut jamais se rétracter. Ses ordres sont reçus comme s’ils venoient de Dieu même, & c’est une impiété que d’y désobéir ; quand il veut faire mourir un grand visir, il lui signifie sa sentence par écrit en ces termes : tu as mérité la mort, & notre volonté est qu’après avoir accompli l’abdest (c’est-à-dire, l’ablution de la tête, des mains & des piés ordonnée par la loi), & fait le namaz ou la priere selon la coutume, tu résignes ta tête à ce messager que nous t’envoyons à cet effet. Le visir obéit sans hésiter, sans quoi il seroit deshonoré & regardé comme un impie & un excommunié. Le sultan prend parmi ses titres celui de zillulah qui signifie image ou ombre de Dieu : ce qui donne à ses ordres un caractere divin, qui entraine une obéissance aveugle.

Malgré tout ce pouvoir, le sultan ne peut point toucher, sans la nécessité la plus urgente, au trésor public de l’état, ni en détourner les deniers à son usage particulier : ce qui occasionneroit infailliblement une révolte ; ce prince n’a la disposition que de son trésor particulier, dont le gardien s’appelle hasnadar bachi, & dans lequel du tems du prince Cantemir, il entroit tous les ans jusqu’à vingt-sept mille bourses, chacune d’environ 1500 livres argent de France ; c’est dans ces trésors qu entrent toutes les richesses des bachas & des visirs que le sultan fait ordinairement mourir, après qu’ils se sont engraissés de la substance des peuples dans leurs différentes places qu’ils ont occupées. La confiscation de leurs biens appartient de droit à leur maître.

Les sultan sont dans l’usage de marier leurs sœurs & leurs filles dès le berceau aux visirs & aux bachas ; par-là ils se déchargent sur leurs maris du soin de leur éducation ; en attendant qu’elles soient nubiles, ceux-ci ne peuvent point prendre d’autre femme avant que d’avoir consommé leur mariage avec la sultane ; souvent le mari est mis à mort avant d’avoir rempli cette cérémonie ; alors la femme qui lui étoit destinée, est mariée à un autre bacha. En moins d’un an la sœur d’Amurath IV. eut quatre maris, sans que le mariage eût été consommé par aucun d’eux ; aussitôt que la céremonie nuptiale tiroit à sa conclusion, le mari étoit accusé de quelque crime, on le mettoit à mort, & ses biens étoient adjugés à sa femme ; mais on prétend qu’ils entroient dans les coffres de l’empereur.

Les sultans ont un grand nombre de concubines. Dans les tems du Bairam ou de la pâque des Mahometans, les bachas envoient à leur souverain les filles les plus charmantes qu’ils peuvent trouver ; parmi ces concubines il se choisit des maîtresses, & celles qui ont eu l’honneur de recevoir le sultan dans leurs bras & de lui plaire, se nomment sultanes hasekis. Voyez cet article. Voyez l’histoire ottomane du prince Cantemir.

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Étymologie de « sultan »

Provenç. sultan ; catal. sultá ; espagn. sultan ; ital. sultano ; du bas-lat. sultanus, que les glossateurs latins disent un mot chaldéen ; d'après Du Cange, ce mot se trouve sur des médailles de Chosroès, roi de Perse. Le mot est aussi arabe et signifie dominateur, souverain, de salit, dominer.

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(1519) Apparait avec le sens de « souverain de l'empire ottoman », via le turc ottoman سلطان, sulṭān (« souverain »), de l’arabe سلطان, sulṭān (« pouvoir »). (1188) soltan.
(Mois bahaï) (fin du XIXe siècle) De l’arabe سلطان, sulṭān, « pouvoir », « autorité ». Le calendrier Badí‘ utilisé dans la foi bahá’íe est un calendrier solaire qui divise l’année en 19 mois de dix-neuf jours, auxquels s’ajoutent quatre ou cinq jours intercalaires. Les mois tirent leurs noms des dix-neuf noms de Dieu invoqués dans le Du’ay-i-Sahar, une prière chiite du ramadan.
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Phonétique du mot « sultan »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
sultan syltan

Citations contenant le mot « sultan »

  • Un vizir aux sultans fait toujours quelque ombrage. Jean Racine, Bajazet, I, 1, Acomat
  • Tout défaut qui plaît au sultan est une qualité. De Proverbe persan
  • L'émeute qui fini par étrangler ou détrôner un sultan est un acte aussi juridique que ceux par lesquels il disposait la veille des vies et des biens de ses sujets. De Jean-Jacques Rousseau / Discours sur l'inégalité
  • Pour justifier sa décision, le Conseil d’État a expliqué que les actes de propriété au nom de la Fondation Mehmet Fatih, du nom du sultan ottoman qui a conquis Constantinople, ne prévoyaient pas de modification du statut de mosquée. Pour le premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis, cette décision « impacte non seulement les relations entre la Grèce et la Turquie. Mais aussi les relations de cette dernière avec l’Union européenne, l’Unesco, et la communauté mondiale dans son ensemble ». Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, est lui aussi monté au créneau : « Ces décisions remettent en cause l’un des actes les plus symboliques de la Turquie moderne et laïque ». Enfin, l’église orthodoxe russe a déplacé le débat sur un terrain qui augure des futurs affrontements en regrettant que « l’inquiétude » de « millions de Chrétiens » n’ait pas été prise en compte par le tribunal turc. En France également, une partie de la droite et l’extrême droite ont fait de cette question un enjeu de lutte civilisationnelle entre l’islam et la chrétienté. L'Humanité, Sainte-Sophie, la dernière croisade du sultan Erdogan | L'Humanité
  • MASCATE, 28 juillet (Xinhua) -- Le sultan d'Oman Haïtham ben Tariq Al-Saïd a publié mardi un décret royal graciant 433 prisonniers à l'approche de la fête de l'Aïd al-Adha. , Le sultan d'Oman gracie 433 prisonniers_French.news.cn
  • Après un mois passé en prison, l’artiste Couper décaler, Tiesco le sultan, invité sur une chaine de télévision ivoirienne, a fait savoir qu’il ne regrettait pas l’acte qu’il a posé et qui est à l'origine de sa condamnation par la justice. , Sorti de prison, Tiesco le sultan défie la justice: "J’ai fait ce que j’avais à faire"

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Traductions du mot « sultan »

Langue Traduction
Anglais sultan
Espagnol sultán
Italien sultano
Allemand sultan
Chinois 苏丹
Arabe سلطان
Portugais sultão
Russe султан
Japonais スルタン
Basque sultan
Corse sultanu
Source : Google Translate API

Synonymes de « sultan »

Source : synonymes de sultan sur lebonsynonyme.fr

Sultan

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