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Dictateur, dictatrice

Définitions du mot « dictateur, dictatrice »

Trésor de la Langue Française informatisé

DICTATEUR, TRICE, subst.

HIST. ROMAINE. Sous la République, magistrat unique légalement investi de tous les pouvoirs, dans certaines circonstances graves, pour une durée limitée. Nommer qqn dictateur. Par une dérogation à la coutume établie, Jules César fut fait dictateur perpétuel (Ac.1835-1932).Camille qui fut cinq fois dictateur (Fustel de Coul., Cité antique,1864, p. 273).
P. ext., cour. Celui qui, investi légalement ou non du pouvoir politique, l'exerce de façon autoritaire, voire tyrannique, sans avoir officiellement, en général, le titre correspondant. Dictateur militaire. Après les graves crises diplomatiques provoquées par les dictateurs allemand et italien (Lesourd, Gérard, Hist. écon.,t. 2, 1966, p. 430).
[P. anal. d'attitude, de caractère] Prendre un ton de dictateur. On a persuadé au prince que je me donne des airs de dictateur et de sauveur de la patrie (Stendhal, Chartreuse,1839, p. 395).
Au fig. Celui, celle qui exerce une autorité absolue dans un domaine particulier. Dictateur du goût. Ce dictateur des consciences (Bremond, Hist. sent. relig.,t. 4, 1920, p. 147).La dictatrice de la mode (...) la jeune, belle et intrépide duchesse de Berry (Villard, Hist. cost.,1956, p. 89).
Prononc. et Orth. : [diktatœ:ʀ]. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1213 antiq. rom. dictator (Faits des Romains, éd. L.-F. Flutre et K. Sneyders de Vogel, p. 59, 20); av. 1380 dictateur (Bers., T. Liv., ms. Ste-Gen., fo74bds Gdf. Compl.); 2. p. ext. se dit de toute personne exerçant une autorité absolue, ici iron. : dictateur de moustardiers 1599 (Ph. de Marnix, Differ. de la Relig., I, IV, 11 ds Hug.); av. 1755 (St-Sim., M. II, 346 ds Adam, p. 149); 3. 1790 « celui qui concentre tous les pouvoirs politiques entre ses mains » (Marat, Pamphlets, Appel à la Nation, p. 159). Empr. au lat. class.dictator, -oris de même sens. Fréq. abs. littér. : 182.

Wiktionnaire

Nom commun

dictateur \dik.ta.tœʁ\ masculin (pour une femme on dit : dictatrice)

  1. (Antiquité) Magistrat unique et souverain qu’on nommait extraordinairement à Rome, du temps de la République, en certaines circonstances critiques, et au maximum pour six mois.
    • Malheureuse famille, qui ne s’apercevait pas que le siècle s’avançait comme le dictateur romain précédé de ses faisceaux de commandement !!! — (Anonyme, Revue littéraire, 1830, Revue des Deux Mondes, 1830, tome 1)
    • Par une dérogation à la coutume établie, Jules César fut fait dictateur perpétuel.
  2. (Par extension) (Politique) Tout chef investi d’une autorité souveraine et absolue et de tous les pouvoirs politiques.
    • Il fut un temps de plomb, pas si lointain, où un dictateur hongrois avait donné un nom à une pratique politique restée célèbre dans l'histoire du communisme, la tactique du salami : semaine après semaine; le stalinien Mátyás Rákosi s'en prenait aux libertés démocratiques nées de l'après-guerre comme on découpe un vulgaire saucisson, tranche après tranche, jusqu'à régner sans partage. — (Vincent Giret, Salami, dans Libération (journal), n° 9532, p. 3, 4 janvier 2012)
  3. (Figuré) (Péjoratif) Personne qui exerce un pouvoir, une autorité sans partage.
    • La dictatrice de la mode […] la jeune, belle et intrépide duchesse de Berry. — (Villard, Histoire du costume, 1956)
    • Laurier n’était pas seulement, et à la fois, un dictateur par tempérament, un riche propriétaire foncier et un puissant industriel (…), mais c’était aussi un personnage populaire, fort habile à cultiver l’art de la popularité. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 390 de l’éd. de 1921)
    • Par contre, nul n'aime les bigots et, surtout, les dictateurs de consciences. — (Anne-Marie Sicotte, Histoire inédite des Patriotes, Fides, 2016, p. 230)
    • Les dictateurs sont souvent à la fois narcissiques et psychopathes. — (Mathieu Ricard, Plaidoyer pour l'altruisme, NiL, Paris, 2013, p. 323)

Nom commun

dictatrice \dik.ta.tʁis\ féminin (pour un homme on dit : dictateur)

  1. Celle qui est investie, temporairement ou à perpétuité, d’une autorité souveraine et absolue et de tous les pouvoirs politiques.
    • Il est bon de vous faire remarquer, en passant, que dans cet illustre Corps, les noms, les emplois & les dignitez, se confèrent comme autrefois on les conferoit à Rome ; on y fait des Senateurs, des Senatrices, des Consuls, des Consulesses, des Dictateurs, des Dictatrices, &c. — (Lefèvre de Fontenay, Le Nouveau Mercure galant, D. Jollet, P. Ribou, 1715, page 165 → lire en ligne)
    • Pour arriver à ce point, il fallait deux choses, s’ôter toute inquiétude à l’égard de la France en la dépouillant de tous ceux qui leur en pouvaient donner et ruiner en Angleterre tout crédit et toute confiance en la France par la rendre conjointement avec eux la persécutrice publique et déclarée du ministère de la reine Anne, et de tout ce parti qui seul avait sauvé la France des plus profonds malheurs par la paix particulière de Londres, la séparation de l’Angleterre d’avec ses alliés enfin par la paix d’Utrecht dont la reine Anne s’était rendue la dictatrice et la maîtresse et qui avait sauvé la France au moment qu’elle allait être envahie, et la couronne d Espagne à Philippe V, à l’instant qu’il l’allait perdre sans la pouvoir sauver. — (Saint-Simon, Mémoires (année 1720))
    • Elle en deviendra un sosie, un sosie presque parfait, après une assez longue mise condition, afin de mourir éventuellement à sa place au cas où un attentat se produirait contre la dictatrice. — (Alvaro Rocchetti, Dragomir Costineanu et ‎Alain Vuillemin, La Littérature contre la dictature en et hors de Roumanie, 1947-1989, Hestia, 1999 → lire en ligne)
    • Zimbabwe : Une jeune femme de 25 ans probable première dictatrice au monde — (fr.metrotime.be, 25 mars 2015)
  2. (Figuré) Celle qui domine.
    • Charmante & ſage Dictatrice,
      Qui valez une Imperatrice,
      Mon Maître eût pris dans ſon tréſor
      Riches Etoffes, Vaſes d’Or
      Mais il a crû que pour Etreine
      Vous aimiez mieux la Porcelaine,
      Convenable aux petits repas
      Remplis de charmes & d’appas,
      Faits dans vôtre Menagerie
      Avec une Troupe chérie.
      — (Nicolas de Malézieu, Les Divertissemens de Seaux, Étienne Ganeau, 1712, page 336)

Forme d’adjectif

dictatrice \dik.ta.tʁis\

  1. Féminin singulier de dictateur.
    • En d’autres termes, ce « plan régional » avait cette particularité d’ignorer la région, ou du moins de ne considérer d’elle que la part de territoire induite par cette conception, très en vogue à l’époque, d’un développement régional impensable autrement que comme l’expansion dictatrice de son pôle économique dominant. — (André Donzel, Métropolisation, gouvernance et citoyenneté dans la région urbaine, Maisonneuve et Larose, 2001, p. 129 → lire en ligne)

Nom commun

dictatrice \dik.ta.tʁis\ féminin (pour un homme on dit : dictateur)

  1. Celle qui est investie, temporairement ou à perpétuité, d’une autorité souveraine et absolue et de tous les pouvoirs politiques.
    • Il est bon de vous faire remarquer, en passant, que dans cet illustre Corps, les noms, les emplois & les dignitez, se confèrent comme autrefois on les conferoit à Rome ; on y fait des Senateurs, des Senatrices, des Consuls, des Consulesses, des Dictateurs, des Dictatrices, &c. — (Lefèvre de Fontenay, Le Nouveau Mercure galant, D. Jollet, P. Ribou, 1715, page 165 → lire en ligne)
    • Pour arriver à ce point, il fallait deux choses, s’ôter toute inquiétude à l’égard de la France en la dépouillant de tous ceux qui leur en pouvaient donner et ruiner en Angleterre tout crédit et toute confiance en la France par la rendre conjointement avec eux la persécutrice publique et déclarée du ministère de la reine Anne, et de tout ce parti qui seul avait sauvé la France des plus profonds malheurs par la paix particulière de Londres, la séparation de l’Angleterre d’avec ses alliés enfin par la paix d’Utrecht dont la reine Anne s’était rendue la dictatrice et la maîtresse et qui avait sauvé la France au moment qu’elle allait être envahie, et la couronne d Espagne à Philippe V, à l’instant qu’il l’allait perdre sans la pouvoir sauver. — (Saint-Simon, Mémoires (année 1720))
    • Elle en deviendra un sosie, un sosie presque parfait, après une assez longue mise condition, afin de mourir éventuellement à sa place au cas où un attentat se produirait contre la dictatrice. — (Alvaro Rocchetti, Dragomir Costineanu et ‎Alain Vuillemin, La Littérature contre la dictature en et hors de Roumanie, 1947-1989, Hestia, 1999 → lire en ligne)
    • Zimbabwe : Une jeune femme de 25 ans probable première dictatrice au monde — (fr.metrotime.be, 25 mars 2015)
  2. (Figuré) Celle qui domine.
    • Charmante & ſage Dictatrice,
      Qui valez une Imperatrice,
      Mon Maître eût pris dans ſon tréſor
      Riches Etoffes, Vaſes d’Or
      Mais il a crû que pour Etreine
      Vous aimiez mieux la Porcelaine,
      Convenable aux petits repas
      Remplis de charmes & d’appas,
      Faits dans vôtre Menagerie
      Avec une Troupe chérie.
      — (Nicolas de Malézieu, Les Divertissemens de Seaux, Étienne Ganeau, 1712, page 336)

Forme d’adjectif

dictatrice \dik.ta.tʁis\

  1. Féminin singulier de dictateur.
    • En d’autres termes, ce « plan régional » avait cette particularité d’ignorer la région, ou du moins de ne considérer d’elle que la part de territoire induite par cette conception, très en vogue à l’époque, d’un développement régional impensable autrement que comme l’expansion dictatrice de son pôle économique dominant. — (André Donzel, Métropolisation, gouvernance et citoyenneté dans la région urbaine, Maisonneuve et Larose, 2001, p. 129 → lire en ligne)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

DICTATEUR. n. m.
Magistrat unique et souverain qu'on nommait extraordinairement à Rome, du temps de la République, en certaines circonstances critiques, et seulement pour un certain temps. Fabius fut nommé dictateur dans la guerre contre Annibal. Par une dérogation à la coutume établie, Jules César fut fait dictateur perpétuel. Il se dit, par extension, de Tout chef investi, temporairement ou à perpétuité, d'une autorité souveraine et absolue et de tous les pouvoirs politiques. Fig. et fam., Prendre un ton de dictateur, Prendre un ton tranchant et absolu.

Littré (1872-1877)

DICTATEUR (di-kta-teur) s. m.
  • 1Magistrat souverain qu'on nommait à Rome, en certaines circonstances critiques ; son pouvoir était absolu, et fixé à une durée légale de six mois ; mais d'ordinaire le dictateur abdiquait avant ce terme quand le danger était passé. Les dictateurs se tiraient quelquefois de la charrue, qu'ils reprenaient quand l'expédition était achevée, Saint-Évremond, Génie du peuple rom. ch. 2, dans RICHELET. Quand notre dictateur devant les rangs s'avance…, Corneille, Hor. I, 4. Du nom de dictateur, du nom de général, Qu'importe, si des deux le pouvoir est égal ? Corneille, Sertor. III, 2. À Rome, dès qu'on avait nommé un dictateur, toute autorité cessait, excepté celle des tribuns du peuple, Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. I, p. 420, dans POUGENS. Sylla fut honoré du nom de dictateur…, Voltaire, M. de Cés. I, 3.

    Fig. M. de Meaux [Bossuet], le dictateur de l'épiscopat et de la doctrine, fut celui qui le [Fénelon] sacra, Saint-Simon, 31, 110.

    Familièrement. Ton de dictateur, ton impérieux, absolu.

  • 2Dans les temps modernes, nom donné à quelques chefs qui réunissent temporairement tous les pouvoirs en leurs mains.
  • 3Nom du secrétaire de l'électeur de Mayence.
  • 4Dans l'ancienne université, titre de l'écolier qui avait été trois fois le premier. Cela se pratique encore dans les lycées de Paris.

HISTORIQUE

XIVe s. Il fesoient aucune fois un dittateur qui avoit si general et si grant pooir que…, Bercheure, f° 2, verso.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

DICTATEUR. Ajoutez : - REM. On le trouve au féminin. La duchesse [du Maine], la spirituelle et ambitieuse dictatrice de l'ordre de la Mouche-à-Miel, M. de Lescure, Journ. offic. 3 mars 1875, p. 1613, 1re col.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

DICTATEUR, s. m. (Hist. rom.) magistrat romain créé tantôt par un des consuls ou par le général d’armée, suivant Plutarque ; tantôt par le sénat ou par le peuple, dans des tems difficiles, pour commander souverainement, & pour pourvoir à ce que la république ne souffrît aucun dommage.

Les Romains ayant chassé leurs rois, se virent obligés de créer un dictateur dans les périls extrèmes de la république, comme, par exemple, lorsqu’elle étoit agitée par de dangereuses séditions, ou lorsqu’elle étoit attaquée par des ennemis redoutables. Dès que le dictateur étoit nommé, il se trouvoit revêtu de la suprème puissance ; il avoit droit de vie & de mort, à Rome comme dans les armées, sur les généraux & sur tous les citoyens, de quelque rang qu’ils fussent : l’autorité & les fonctions des autres magistrats, à l’exception de celle des tribuns du peuple, cessoient, ou lui étoient subordonnées : il nommoit le général de la cavalerie qui étoit à ses ordres, qui lui servoit de lieutenant, &, si l’on peut parler ainsi, de capitaine des gardes : vingt-quatre licteurs portoient les faisceaux & les haches devant lui, & douze seulement les portoient devant le consul : il pouvoit lever des troupes, faire la paix ou la guerre selon qu’il le jugeoit à-propos, sans être obligé de rendre compte de sa conduite, & de prendre l’avis du sénat & du peuple : en un mot il joüissoit d’un pouvoir plus grand que ne l’avoient jamais eu les anciens rois de Rome ; mais comme il pouvoit abuser de ce vaste pouvoir si suspect à des républicains, on prenoit toûjours la précaution de ne le lui déférer tout au plus que pour six mois.

Le premier du rang des patriciens qui parvint à cet emploi suprème, fut Titius Largius, l’an de Rome 259. Clélius premier consul le nomma, comme en dédommagement de l’autorité qu’il perdoit par la création de cette éminente dignité. Le premier dictateur pris de l’ordre des plébéiens, fut Cn. Martius Rutilius, l’an de Rome 399. Quelques citoyens eurent deux fois cette suprème magistrature. Camille fut le seul qu’on nomma cinq fois dictateur ; mais Camille étoit un citoyen incomparable, le restaurateur de sa patrie, & le second fondateur de Rome : il finit sa derniere dictature l’an 386, par rétablir le calme dans la république entre les différens ordres de l’état. Minutius ayant remporté contre Annibal quelques avantages, que le bruit public ne manqua pas d’exagérer, on fit alors à Rome ce qui ne s’y étoit jamais fait, dit Polybe ; dans l’espérance où l’on étoit que Minutius termineroit bientôt la guerre, on le nomma dictateur l’an de Rome 438, conjointement avec Q. Fabius Maximus, dont la conduite toûjours judicieuse & constante, l’emportoit à tous égards sur la bravoure téméraire du collegue qu’on lui associoit. On vit donc deux dictateurs à-la-fois, chose auparavant inoüie chez les Romains, & qu’on ne répeta jamais depuis.

Le même Fabius Maximus dont je viens de parler, en qui la grandeur d’ame jointe à la gravité des mœurs, répondoit a la majesté de sa charge, fut le premier qui demanda au sénat de trouver bon qu’il pût monter à cheval à l’armée ; car une ancienne loi le défendoit expressément aux dictateurs, soit parce que les Romains faisant consister leurs grandes forces dans l’infanterie, crurent nécessaire d’établir que le général demeurât à la tête des cohortes, sans jamais les quitter ; soit parce que la dictature étant d’ailleurs souveraine & fort voisine de la tyrannie, on voulut au moins que le dictateur, pendant l’exercice de sa charge, dépendît en cela de la république.

L’établissement de la dictature continua de subsister utilement & conformément au but de son institution, jusqu’aux guerres civiles de Marius & de Sylla. Ce dernier, vainqueur de son rival & du parti qui le soûtenoit, entra dans Rome à la tête de ses troupes, & y exerça de telles cruautés, que personne ne pouvoit compter sur un jour de vie. Ce fut pour autoriser ses crimes, qu’il se fit déclarer dictateur perpétuel l’an de Rome 671, ou, pour mieux dire, qu’il usurpa de force la dictature. Souverain absolu, il changea à son gré la forme du gouvernement ; il abolit d’anciennes lois, en. établit de nouvelles, se rendit maître du thrésor public, & disposa despotiquement des biens de ses concitoyens.

Cependant cet homme qui, pour parvenir à la dictature, avoit donné tant de batailles, rassasié du sang qu’il avoit répandu, fut assez hardi pour se démettre de la souveraine puissance environ quatre ans après s’en être emparé ; il se réduisit de lui-même, l’an 674, au rang d’un simple citoyen, sans éprouver le ressentiment de tant d’illustres familles dont il avoit fait périr les chefs par ses cruelles proscriptions. Plusieurs regarderent une démission si surprenante comme le dernier effort de la magnanimité ; d’autres l’attribuerent à la crainte continuelle où il étoit qu’il ne se trouvât finalement quelque Romain assez généreux pour lui ôter d’un seul coup l’empire & la vie. Quoi qu’il en soit, son abdication de la dictature remit l’ordre dans l’état, & l’on oublia presque les meurtres qu’il avoit commis, en faveur de la liberté qu’il rendoit à sa patrie ; mais son exemple fit appercevoir à ceux qui voudroient lui succéder, que le peuple romain pouvoit souffrir un maître, ce qui causa de nouvelles & de grandes révolutions.

Deux fameux citoyens, dont l’un ne vouloit point d’égal, & l’autre ne pouvoit souffrir de supérieur ; tous deux illustres par leur naissance, leur rang & leurs exploits ; tous deux presqu’également dangereux, tous deux les premiers capitaines de leur tems ; en un mot Pompée & César se disputerent la funeste gloire d’asservir leur patrie. Pompée cependant aspiroit moins à la dictature pour la puissance, que pour les honneurs & l’éclat ; il desiroit même de l’obtenir naturellement par les suffrages du peuple, c’est pourquoi deux fois vainqueur il congédia ses armées quand il mit le pié dans Rome. César au contraire, plein de desirs immodérés, vouloit la souveraine puissance pour elle-même, & ne trouvoit rien au-dessus de son ambition & de l’étendue immense de ses vûes ; toutes ses actions s’y rapporterent, & le succès de la bataille de Pharsale les couronna. Alors on le vit entrer triomphant dans Rome l’an 696 de sa fondation : alors tout plia sous son autorité ; il se fit nommer consul pour dix ans, & dictateur perpétuel, avec tous les autres titres de magistrature qu’il voulut s’arroger : maître de la république comme du reste du monde, il ne fut assassiné que lorsqu’il essaya le diadême.

Auguste tira parti des fautes de César, & s’éloigna de sa conduite ; il prit seulement la qualité d’empereur, imperator, que les soldats pendant le tems de la république donnoient à leurs généraux. Préferant cette qualité à celle de dictateur, il n’y eut plus de titre de dictature, les effets en tinrent lieu ; toutes les actions d’Octave & tous ses réglemens formerent la royauté. Par cette conduite adroite, dit. M. de Vertot, il accoûtuma des hommes libres à la servitude, & rendit une monarchie nouvelle supportable à d’anciens républicains.

On ne peut guere ici se refuser à des réflexions qui naissent des divers faits qu’on vient de rapporter.

La constitution de Rome dans les dangers de la république, auxquels il falloit de grands & de prompts remedes, avoit besoin d’une magistrature qui pût y pourvoir. Il falloit dans les tems de troubles & de calamités, pour y remédier promptement, fixer l’administration entre les mains d’un seul citoyen ; il falloit réunir dans sa personne les honneurs & la puissance de la magistrature, parce qu’elle représentoit la souveraineté : il falloit que cette magistrature s’exerçât avec éclat, parce qu’il s’agissoit d’intimider le peuple, les brouillons & les ennemis : il falloit que le dictateur ne fût créé que pour cette seule affaire, & n’eût une autorité sans bornes qu’à raison de cette affaire, parce qu’il étoit toûjours créé pour un cas imprévû : il falloit enfin dans une telle magistrature, sous laquelle le souverain baissoit la tête & les lois populaires se taisoient, compenser la grandeur de sa puissance par la briéveté de sa durée. Six mois furent le terme fixe ; un terme plus court n’eût pas suffi, un terme plus long eût été dangereux. Telle étoit l’institution de la dictature : rien de mieux & de plus sagement établi, la république en éprouva long-tems les avantages.

Mais quand Sylla, dans la faveur de ses succès, eut donné les terres des citoyens aux soldats, il n’y eut plus d’homme de guerre qui ne cherchât des occasions d’en avoir encore davantage. Quand il eut inventé les proscriptions, & mis à prix la tête de ceux qui n’étoient pas de son parti, il fut impossible de s’attacher à l’état, & de demeurer neutre entre les deux premiers ambitieux qui s’éleveroient à la domination. Dès-lors il ne regna plus d’amour pour la patrie, plus d’union entre les citoyens, plus de vertus : les troupes ne furent plus celles de la république, mais de Sylla, de Pompée, & de César. L’ambition secondée des armes, s’empara de la puissance, des charges, des honneurs ; anéantit l’autorité des magistrats, &, pour le dire en un mot, bouleversa la république : sa liberté & ses foibles restes de vertus s’évanoüirent promptement. Devenue de plus en plus esclave sous Auguste, Tibere, Caïus, Claude, Néron, Domitien, quelques-uns de ses coups porterent sur les tyrans, aucun ne porta sur la tyrannie.

Voilà le précis de ce que je connois de mieux sur cette matiere ; je l’ai tiré principalement de l’histoire des révolutions de la république romaine & de l’esprit des lois, & alors j’ai conservé dans mon extrait, autant que je l’ai pû, le langage de ces deux écrivains : irois-je à l’éloquence altérer son parler, comme disoit Montagne ? Article de M. le Chevalier de Jaucourt.

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Étymologie de « dictateur »

Lat. dictator ; de dictare, commander, proprement dicter ; provenç. dictaire, au nominatif, du latin dictátor ; dictador, au régime, de dictatórem ; ital. dettatore.

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(1380) Du latin dictator tiré de dictare (« dicter »).
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Phonétique du mot « dictateur »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
dictateur diktatœr

Évolution historique de l’usage du mot « dictateur »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « dictateur »

  • Un dictateur qui meurt, c'est une banque suisse qui ferme. De Anonyme / Changement de direction - France Inter - 4 Novembre 1996
  • Si nous étions en dictature, les choses seraient plus simples - du moment que ce serait moi le dictateur. De George W. Bush
  • Quelle idée de se mettre la Russie à dos, par exemple! De dire que Poutine est un dictateur De Gérard Depardieu / Sud Ouest, 13 août 2015
  • Un dictateur n'a pas de concurrent à sa taille tant que le peuple ne relève pas le défi. De François Mitterrand / Le Coup d'Etat permanent
  • Le successeur d'un dictateur doit lui ressembler et être publiquement connu comme étant inférieur à lui dans la vertu et pire dans le vice. De Ahmadou Kourouma / En attendant le vote des bêtes sauvages
  • Un dictateur n'est qu'une fiction. Son pouvoir se dissémine en réalité entre de nombreux sous-dictateurs anonymes et irresponsables dont la tyrannie et la corruption deviennent bientôt insupportables. De Gustave Le Bon / Hier et demain
  • Le gouvernement trouve des centaines de millions pour nettoyer la Libye de son dictateur, il ne trouve pas de quoi payer un spécialiste de la serpillière pour nettoyer les toilettes d’un tribunal en Meurthe-et-Moselle. De Delfeil de Ton / Siné Mensuel N°3 - novembre 2011
  • Les dictateurs naissent dans les maisons où on n'ose pas donner à un ordre à la bonne. De Henry de Montherlant
  • La gloire de dictateurs est vaine. En effet, leurs monuments sont plus durables de leur vivant qu'après leur mort. De Mykhailo Orest / Floraison Tardive
  • La force et la faiblesse des dictateurs est d'avoir fait un pacte avec le désespoir des peuples. De Georges Bernanos
  • Les dictateurs exigent toujours d’être reçus avec les horreurs dues à leur sang. De Bruno Masure / Le petit livre de Bruno Masure
  • Le monde se porterait mieux si les anciens dictateurs irakien Saddam Hussein et libyen Muammar al-Kadhafi étaient toujours au pouvoir De Donald Trump / CNN, 25 octobre 2016
  • Le problème, Gérard, c'est que tes sorties de route vont toujours dans le même fossé : celui du fric, des copains dictateurs, du pet foireux et de la miction aérienne, celui des saillies ultralibérales... De Philippe Torreton / Journal "Libération" du 18 décembre 2012, lettre ouverte adressée à Gérard Depardieu
  • Les États-Unis n’ont jamais hésité à entretenir des relations amicales avec des dictateurs qui, pourtant, contreviennent au modèle démocratique qu’ils tentent – officiellement – de propager. Victor A. Béliveau tente de comprendre pourquoi la Maison-Blanche décide brusquement d’interrompre une relation de ce type. La Presse, Extrait de La Maison-Blanche face à des dictatures amies en péril: dictateurs dans la tempête
  • Le célèbre écrivain égyptien publie "Le Syndrome de la dictature". Dans cet essai, l’ancien dentiste du Caire dissèque les rouages des régimes autoritaires. Rencontre à Paris pour évoquer son pays et le régime Al-Sissi, l'Amérique de Trump, les recettes des dictateurs et les leçons de la pandémie. France Culture, Alaa Al-Aswany : "La dictature, un virus dangereux pour tout le monde !"
  • L'ignorance et la bêtise du peuple font la force du dictateur. De Jdan Noritiov
  • Huit ans plus tard, après plusieurs romans et taraudée par les spasmes inquiétants de l'Ancien Continent, Diane s'est posé une question : et si une femme, imaginaire cette fois, devenait dictatrice ? Elle l'a nommée Aurore Henri. « A comme Adolf, H comme Hitler. » Au début, elle est sympa, Aurore. Comment pourrait-elle si mal tourner ? « On croit toujours que le monde sera en paix quand les femmes le dirigeront. Je ne suis pas forcément d'accord. Si la femme est l'égale de l'homme, elle l'est aussi dans la manipulation, et a tout à fait la capacité de donner naissance à une idéologie totalitaire. » leparisien.fr, Livres : Diane Ducret ne se laisse rien dicter - Le Parisien
  • Je vous le demande: peut-on imaginer une présidente dotée d’un ego assez impérieux pour commissionner une statue en or à son effigie, comme feu Saparmurat Niyazov au Turkménistan? Ou si acharnée à garder le pouvoir qu’elle en passe par l’exécution extrajudiciaire de centaines d’opposants, comme Nicolas Maduro, au Venezuela? C’est difficile, n’est-ce pas? Je parcours la liste des dictatures existant dans le monde pour constater que toutes, sans exception, des plus triviales aux plus excentriques, sont des productions d’hommes, aux mains d’hommes et organisées autour des priorités des hommes. Ontologiquement, le dictateur est un homme. Il n’y a pas de dictatrice. Le Temps, Pourquoi y a-t-il si peu de dictatrices? - Le Temps
  • Le temps n'efface pas tout, et mieux vaut tard que jamais. Ces dictons illustrent bien le dilemme auquel le gouvernement espagnol essaie de répondre pour laver la mémoire des citoyens tombés sous le régime franquiste. Plus de 45 ans après la fin de la dictature et le début de la transition, l'Espagne se confronte encore à la tâche ingrate de débarrasser le pays des souvenirs du franquisme en retirant les honneurs et les mérites attribués autrefois aux violences du régime. La décision la plus conséquente et la plus médiatique a été prise l'année dernière : le corps du dictateur Franco a été exhumé et sorti du Valle de les Caídos.  , L'Espagne efface peu à peu les traces restantes de la dictature | lepetitjournal.com
  • D’abord, Steve Jobs était un dictateur. Un visionnaire et un génie mais un dictateur, extrêmement dur avec ses employés. Il n’hésitait pas à leur dire que leurs idées étaient nulles et il les obligeait parfois à faire des choses impossibles. Un jour, il a failli rendre fou un ingénieur parce qu’il trouvait que le MacIntosh mettait trop longtemps à démarrer et il n’a eu de cesse de le harceler jusqu’à ce que celui-ci réussisse faire gagner 28 secondes sur le temps de démarrage de la machine. Quelqu’un a dit un jour que Steve Jobs aurait fait un excellent roi de France. 01net, Le saviez-vous ? Steve Jobs considérait les produits Apple comme des œuvres d’art
  • Le Brésil a vécu sous un régime militaire de 1964 à 1985.  Une période dont  Bolsonaro vante souvent les mérites. La crise sanitaire lui offre peut-être l’occasion, si l’on y prête pas assez attention, de devenir lui aussi un dictateur. Franceinfo, Le spectre du retour de la dictature au Brésil
  • Mme Koike projette une image de polyglotte ouverte sur le monde, atypique dans la politique japonaise. Elle est diplômée de l'université du Caire et parle l'arabe et l'anglais. En 1978, elle avait interviewé le dictateur libyen Mouammar Kadhafi et le chef palestinien Yasser Arafat pour une chaîne de télévision japonaise. Journal L'Union, Yuriko Koike, habile communicante dans le monde politique masculin du Japon
  • Mais malgré la distance, la Corée du Nord faisait toujours partie de leur quotidien. Le film comprend des images provenant des archives nationales roumaines qui montrent les orphelins saluant un drapeau nord-coréen ainsi qu'une image de Kim Il-Sung. Sur ces mêmes images, ils marchent avec une précision digne des militaires dans leur nouvelle école. Les orphelins chantaient à la gloire du dictateur si souvent que certains camarades de classe se souviennent encore de certains mots. Dans le film, des Bulgares âgés chantent ensemble en coréen "notre général Kim Il-Sung, dont le nom est glorieux". euronews, Un documentaire sur les orphelins nord-coréens envoyés en Europe en 1953 | Euronews
  • La "dictatrice" de ce titre faussement chaplinien est une femme de pouvoir dont nous allons suivre l'incontournable montée en puissance, et ce au sein d'une société (quasiment pas) futuriste - l'Europe de 2023. Le cadre de l'anticipation proche (et forcément dystopique) permet d'évoquer bien des thématiques actuelles, du nationalisme au féminisme, entre crise climatique, Union Européenne décriée et révoltes populaires. , Livres de l'été 2020 : 8 livres à embarquer dans votre valise - Terrafemina

Images d'illustration du mot « dictateur »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « dictateur »

Langue Traduction
Anglais dictator
Espagnol dictador
Italien dittatore
Allemand diktator
Chinois 独裁者
Arabe دكتاتور
Portugais ditador
Russe диктатор
Japonais 独裁者
Basque diktadore
Corse dittatore
Source : Google Translate API

Synonymes de « dictateur »

Source : synonymes de dictateur sur lebonsynonyme.fr

Dictateur

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