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Démon

Variantes Singulier Pluriel
Masculin démon démons

Définitions de « démon »

Trésor de la Langue Française informatisé

DÉMON, subst. masc.

A.− MYTHOLOGIE
1. Esprit bon ou mauvais qui préside aux destinées de l'individu, de la communauté :
1. Ces âmes humaines divinisées par la mort étaient ce que les Grecs appelaient des démons ou des héros. Les Latins leur donnaient le nom de lares, mânes, génies. Fustel de Coulanges, La Cité antique,1864, p. 20.
2. P. ext.
a) Génie qui détermine les sentiments, les comportements humains, qui inspire les productions artistiques. Étouffez les conseils du démon qui vous pousse (Delavigne, Enf. d'Édouard,1833, I, 6, p. 37):
2. ... car ce sont eux qu'on retrouvera, quand ils auront trop cruellement porté la peine de leur affectation, passant toute une vie à essayer vainement de réparer, par une tenue sévère, protestante, le tort qu'ils se sont fait quand ils étaient emportés par le même démon qui pousse des jeunes femmes du faubourg Saint-Germain à vivre d'une façon scandaleuse, à rompre avec tous les usages, à bafouer leur famille, ... Proust, Sodome,1922, p. 623.
3. ... dans l'excitation du jeu et du succès, porté par sa propre musique, il [Mozart jouant ses concertos] dépassait d'un bond ce qu'il avait conçu, ce qu'il venait d'exécuter, il lâchait son démon... Ghéon, Promenades avec Mozart,1932, p. 262.
Expressions
Le Démon de Socrate. Le génie inspirateur de Socrate. Puisque Socrate avait son bon démon, pourquoi n'aurais-je pas mon bon ange (...)? Il existe cette différence entre le démon de Socrate et le mien, que celui de Socrate ne se manifestait à lui que pour défendre, avertir, empêcher, et que le mien daigne conseiller, suggérer, persuader (Baudel., Poèmes prose,1867, pp. 216-217).
Démon familier. Bon génie souvent attaché à une personne. Tes démons familiers ont accompli ton vœu! (Leconte de Lisle, Poèmes trag.,1886, p. 136):
4. En prenant les noms des figurants de notre troupe, ce matin, nous sommes étonnés de la quantité de garçons et de filles qui portent le nom de Zigla. C'est aussi le nom d'un démon familier de la brousse que vont invoquer (et auquel vont sacrifier un cabri) les femmes qui attendent en vain un enfant. Si elles obtiennent enfin une grossesse, elles font vœu de donner à l'enfant le nom du génie. Gide, Le Retour du Tchad,1928, p. 886.
Avoir de l'esprit comme un démon. Avoir de l'esprit, être spirituel :
5. la comtesse. − Oh! que je voudrais voir un bal masqué, ...! marton. − ... elle qui, à visage découvert, a de l'esprit comme un ange, sous le masque, elle en aurait comme un démon. Dumas père, Un Mariage sous Louis XV,1841, II, 7, p. 142.
b) En partic. (avec influence de B). Personnification d'un vice, d'un défaut. Démon de la jalousie, de l'orgueil. Ces dérisions amères caractérisent ce véritable démon de la guerre (Michelet, Hist. romaine,t. 2, 1831, p. 47):
6. Le démon de la luxure m'a tenté toute ma vie de diverses manières, et les plus rudes tentations ne me vinrent pas de la rencontre d'une femme, même belle et parfumée. Elles me vinrent de l'image d'une femme absente. A. France, L'Île des pingouins,1908, p. 25.
3. Au fig.
Démon, petit démon. Enfant vif, espiègle, turbulent :
7. (...) j'aime mieux Cet essaim d'innocents, petits démons joyeux [les enfants] (...) Que la foule acceptant le crime en pleine fête (...). Hugo, L'Art d'être grand-père,1877, p. 227.
Comme un démon. Vigoureusement, énergiquement, avec ardeur. Je travaille comme un démon, me levant à trois heures et demie du matin (Flaub., Corresp.,1835, p. 21).
Faire le démon (vieilli). Faire du bruit, tourmenter. Elle a donc bien fait le démon? (Leclercq, Proverbes dram.,1835, 8, p. 88).
B.− RELIG. [Dans la tradition chrétienne]
1. Ange révolté contre Dieu, damné, qui pousse les hommes à faire le mal. Œuvre du (d'un) démon; piège du démon; possédé du (par un) démon :
8. Persévère, Antoine! C'est par la pénitence que tu vaincras le démon. Fais-toi souffrir, mortifie-toi, macère-toi! Et quand le cal sera venu sur la croûte sèche de tes plaies et que ton esprit n'imaginera plus rien pour tourmenter ta chair fatiguée, va-t'en, cours au martyre! Flaubert, La Tentation de St-Antoine,1849, p. 272.
9. ... et l'enfer s'ouvrait sous ses pieds. Elle en ressentait les horreurs, ce feu si vif, si dévorant, les hurlements rauques des damnés, et ces effroyables profondeurs de ténèbres et de brasiers. Sa pensée s'arrêtait sur les démons; elle eût voulu être l'un d'eux, car ils sont seulement bourreaux, et les tourmenteurs, assurément, souffrent moins que les tourmentés. Bourges, Le Crépuscule des dieux,1884, p. 258.
Rem. Le Démon, subst. déterminé par l'art. déf., signifie le Prince des démons. Synon. Le Diable, Belzébuth, Lucifer, Satan :
10. Les anges sont tombés à cause de la faiblesse de leur volonté. Les philosophes ont appelé le diable le Prince des démons. Théol. cath.,t. 4, 1, 1920, p. 347.
2. P. anal. Individu qui incarne le mal; personne méchante, néfaste :
11. ... cet homme est un démon. Et elle demeura comme foudroyée par ce dénouement imprévu, en se demandant si elle ne luttait point avec l'enfer en personne, ... Ponson du Terrail, Rocambole,t. 3, 1859, p. 201.
Rare. Monstre.
12. Elle accoucha en plein champ par un matin de printemps. Quand les sarcleuses, accourues à son aide, virent la bête qui lui sortait du corps, elles s'enfuirent en poussant des cris. Et le bruit se répandit dans la contrée qu'elle avait mis au monde un démon. C'est depuis ce temps qu'on l'appelle « La Diable ». Maupassant, Contes et nouvelles,t. 2, La Mère aux monstres, 1883, p. 369.
3. Au fig. Démon de midi. Exacerbation sentimentale et sexuelle qui se manifeste chez les êtres humains, en particulier chez les hommes, vers le milieu de leur vie :
13. ... et sa prière faite, il se remettait à écrire. Rien d'aussi pacifiant. Écrire, c'est-à-dire, vivre sans vivre, s'occuper de soi et s'oublier. Après la prière, les anciens moines copistes n'avaient pas d'arme plus sûre contre le démon de midi. Ainsi de nos solitaires. Bremond, Hist. littér. du sentiment relig.,t. 4, 1920, p. 249.
Rem. On rencontre ds la docum. a) Le subst. masc. démoncule. Petit démon. Je défie les fées et les satanilles, le paludisme et les démoncules (Arnoux, Rhône, 1944, p. 354). b) Le subst. fém. démonisation. Action de rendre démon, démoniaque. La possibilité du consentement ne peut être comprise que si l'on fait abstraction de cette divinisation du vouloir, qui est en réalité sa démonisation (Ricœur, Philos. volonté, 1949, p. 27). c) Le subst. fém. démone, rare. Démon féminin; femme méchante. Sous le faix de tresses enlacées en haut de la nuque laiteuse, elle se riait des propos, des sourires, des brocards et des louanges, telle une démone ironique sachant les causes inconnues de l'univers, des hommes et de leurs esprits (Adam, Enf. Aust., 1902, p. 394).
Prononc. et Orth. : [demɔ ̃]. Ds Ac. dep. 1694. Accord sur la forme d'un éventuel fém. démone (cf. Dupré 1972). Étymol. et Hist. 1. Début xives. « divinité, idole » demoygne (Psautier, BN 1761, fo126eds Gdf. Compl. [Ps 105, 38 : sacrificaverunt sculptilibus Chanaan]); spéc. 1690 dans la tradition chrét. « ange déchu, condamné au feu charnel » prince des démons (Fur.); 1663 « personne qui a les attributs d'un démon » (Molière, Etourdi, I, 10 ds Littré); 2. 1546 bons Daemons « êtres intermédiaires entre les dieux et les hommes » (Rabelais, Tiers Livre, éd. Marty-Laveaux, II, p. 17); spéc. 1552 le Daemon de Socrate (Rabelais, Quart Livre, II, 505); fig. 1652 « génie qui préside à la destinée d'une collectivité » (Balzac, Socr. chrétien, disc., 10 ds Littré : la peine et la recompense sont les deux démons qui gouvernent les choses humaines); 3. fig. 1694 « personnification d'un défaut » le demon du jeu (Boileau, Sat., 10 ds DG). Empr. au lat. daemon (empr. au gr. δ α ι ́ μ ω ν) impérial « esprit, génie », chrét. « esprit impur, mauvais ange, diable; idole ». La forme demoygne d'apr. le lat. deamonium même sens. Fréq. abs. littér. : 2 309. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 3 009, b) 2 857; xxes. : a) 3 689, b) 3 501.
DÉR.
Démonerie, subst. fém.Action, agissement de démon. Se livrer à des démoneries ridicules (Lar. 19e-20e). P. méton. Croyance aux agissements de démon. En tout, ne saurait-on avoir le Socrate sans les démoneries, comme dit Montaigne? (Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 3, 1848, p. 274).Ex. cité ds Littré et Guérin 1892. 1resattest. a) 1588 ses ecstases et ses demoneries [de Socrate] (Montaigne, Essais, éd. A. Thibaudet, III, XIII, p. 1256); b) 1850 « frénésie, ardeur démoniaque » (Sainte-Beuve, Caus. lundi, t. 3, p. 168); de démon, suff. -erie*. Fréq. abs. littér. : 1.
BBG. − Gottsch. Redens. 1930, p. 358, 361. − Henning (C. N.). Mortel, ange et démon. Mod. Lang. Notes. 1938, t. 53, p. 119.

Wiktionnaire

Nom commun 2 - français

démon \de.mɔ̃\ masculin

  1. (Informatique) Programme actif en permanence dans un système multitâche, qui effectue certaines fonctions sans l’intervention de l’utilisateur.
    • Il existe aussi un logiciel appelé Syslog, qui est responsable de la prise en charge des fichiers de journalisation du système. Ceci inclut aussi le démon klogd, responsable des messages émis par le noyau Linux.

Nom commun 1 - français

démon \de.mɔ̃\ masculin (pour une femme, on dit : démone)

  1. (Antiquité) Génie, esprit ou divinité, bon ou mauvais.
    • Que l’honneur de mon prince est cher aux destinées ! Que le démon est grand qui lui sert de support ! — (François de Malherbe, II, 7)
    • Que saurait enseigner aux princes
      Le grand démon qui les instruit.
      — (François de Malherbe, III, 2)
    • Or qu’en un saint ouvrage un saint démon m’appelle. — (Mathurin Régnier, Poésies diverses : Commencement d’un poème sacré)
    • Un plus puissant démon veille sur vos années. — (Pierre Corneille, Cinna, II, 1)
    • Leur chef nous a paru le démon des combats. — (Pierre Corneille, La Toison d’or, I, 2)
    • [Il] Respecterait en lui le démon de l’empire. — (Pierre Corneille, Pulchérie, III, 3)
    • Ô ciel ! quel bon démon devers moi vous envoie, Madame ? — (Pierre Corneille, Héraclius, empereur d’orient, V, 2)
    • Que les hommes, les dieux, les démons et le sort
      Préparent contre nous un général effort.
      — (Pierre Corneille, Horace, II, 3)
    • Quel démon envieux
      M’a refusé l’honneur de mourir à vos yeux ?
      — (Jean Racine, Britannicus, II, 6)
    • Fatale furie
      Que le démon de Rome a formée et nourrie.
      — (Jean Racine, Mithridate, V, 1)
    • J’ose donc dire d’abord qu’il ne faut pas accuser Dieu d’injustice parce que les enfers des Égyptiens, d’Orphée et d’Homère, n’existent pas, et que les trois gueules de Cerbère, les trois Furies, les trois Parques, les mauvais démons, la roue d’Ixion, le vautour de Prométhée, sont des chimères absurdes. Les charlatans sacrés qui inventèrent ces horribles fadaises pour se faire craindre, et qui ne soutinrent leur religion que par des bourreaux, sont aujourd’hui regardés par les sages comme la lie du genre humain ; ils sont aussi méprisés que leurs fables. — (Voltaire, Dialogues et entretiens philosophiques, XX)
    • Platon avait imaginé les démons pour former une échelle par laquelle, de créature plus parfaite en créature plus parfaite, on montât enfin jusqu’à Dieu, de sorte que Dieu n’aurait que quelques degrés de perfection par-dessus la première des créatures. — (Denis Diderot, Dictionnaire encyclopédique : Antédiluvienne (philosophie))
    • (Figuré) Croyant sur la parole des esprits doux, que Diable et Démon ne sont qu’une même chose, et, par exemple, ayant ouï dire que la peine et la récompense sont les deux démons qui gouvernent les choses humaines, qu’Aristote est le démon de la nature, que le favori est le démon de l’État, etc. ; ils rediront innocemment, et sans craindre de parler mal françois, que la peine et la récompense sont les deux diables qui gouvernent les choses humaines, qu’Aristote est le diable de la nature, que le favori est le diable de l’État, etc. — (Jean-Louis Guez de Balzac, Remarques sur des sermons et sur des traités de controverse : discours dixième)
    • Deux démons à leur gré partagent notre vie,
      Et de son patrimoine ont chassé la raison […]
      J’appelle l’un amour et l’autre ambition.
      — (Jean de la Fontaine, Fables, X, 10)
  2. (Antiquité, Bible) Dans l'Ancien Testament, faux dieu, dieu païen, mauvais esprit.
    • Enfin, il y a une assimilation entre les faux dieux des nations païennes qui entourent le peuple élu (les shédîm) et les mauvais esprits, terme que la Septante (Bible grecque) va traduire par daïmonia, ce qui va donner le mot « démon » en français. Ainsi, on lit que les infidèles « sacrifiaient à des démons qui ne sont pas Dieu, à des dieux qu'ils ne connaissaient pas » (Dt 32,17). Les démons et les faux-dieux étaient souvent assimilés les uns aux autres. — (Jean-Christophe Thibaut, Libère-nous du mal, Novalis/Artège 2020, p. 40)
  3. (Christianisme) Un des diables, des esprits malins, par opposition aux anges, pour les chrétiens.
    • Il avait tout perdu dans ces pérégrinations, foi, honneur, fierté, et n’avait conservé que les desseins de faire le mal inspiré par les démons de l’enfer. — (Adélard Lambert, Contes de tante Rose, chap.5 : Le diable et son violon, Éditions Édouard Garand, 1927, p. 35)
    • Le démon recourt à des calomniateurs pour nuire à François. Maintes fois l’évêque de Genève a fait l’objet de calomnies et de ragots de la part de certains ministres du culte réformé : […]. — (Gilles Jeanguenin, Saint François de Sales : son combat contre le démon, page 38, Éditions de l'Emmanuel, 2009)
    • Que les démons et ceux qui les adorent
      Soient à jamais détruits et confondus !
      — (Jean Racine, Esther, II, 9)
    • C’est une étrange vision,
      Et cependant, ange ou démon
      J’ai vu partout cette ombre amie.
      — (Alfred de Musset, Poésies : La Nuit de décembre)
  4. (Religion) Le Diable, Satan, prince des démons, et principe du mal. — Note : Il porte alors une majuscule.
    • […] et le Démon profite de cette accalmie pour entrer en scène.
      Il lui apparaît sous des formes belliqueuses de monstres, casse tout, fuit, en s’effumant dans des buées puantes ; […].
      — (Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915)
    • Et bravant du Démon l’impuissant artifice,
      De la religion soutient tout l’édifice.
      — (Jean Racine, Esther, prologue)
    • Vous irez crier partout qu’il faut être organe du Démon pour vous imputer des choses dont il n’a ni marque ni vestige dans vos livres. — (Blaise Pascal, Provençal, 15)
  5. Personne méchante qui se plaît à tourmenter les autres.
    • Cet homme est un vrai démon, un démon incarné.
  6. (Familier) Enfant vif et malin.
    • C’est un petit démon.
  7. Cause de l’inspiration, des impulsions bonnes ou mauvaises.
    • Quel démon me poussait à toujours reprendre la mer ? — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil ; tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
    • Que faisons-nous, Romains ? Dit-il, et quel démon nous fait venir aux mains ? — (Pierre Corneille, Horace, I, 3)
    • Quel démon vous irrite et vous porte à médire ? — (Nicolas Boileau-Despréaux, Satire IX : À son esprit)
    • Dès lors que son démon commence à l’agiter,
      Tout, jusqu’à sa servante, est prêt à déserter.
      — (Nicolas Boileau-Despréaux, Satire VIII : À M. M… (Morel), docteur de Sorbonne, sur l’Homme)
    • Eh ! que serait-ce donc si le démon du jeu
      Versait dans son esprit sa ruineuse rage ?
      — (Nicolas Boileau-Despréaux, Satire X : Les Femmes)
    • Térence n’est pas possédé de ce démon-là. — (Denis Diderot, Sur Térence)
    • Celui qu’un vrai démon [l’inspiration] presse, enflamme, domine,
      Ignore un tel supplice, il pense, il imagine.
      — (André Chénier, 12)
  8. (Au pluriel) Personnification des idées noires, angoissantes, qui troublent une personne et peuvent l’inciter à des actions néfastes.
    • Les démons sont ces esprits mauvais qui nous agitent et nous troublent. Ils se retrouvent dans nos angoisses et nos peurs incontrôlables. — (Robert Henckes, Au rendez-vous de Cana, éditions Fidélité, Namur, 1999, p. 151)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

DÉMON. n. m.
Diable, malin esprit. Les démons de l'enfer. Une troupe de démons. Le démon lui a inspiré cela. Les ruses du démon. Fig. et fam., C'est un démon, un vrai démon, un démon incarné, se dit d'une Personne et surtout d'un Enfant qui ne fait que tourmenter les autres. Quel enfant insupportable! c'est un vrai petit démon. Fam., Avoir de l'esprit comme un démon, Avoir beaucoup d'esprit. Il se prend aussi, dans le sens des Anciens, pour Génie, soit bon, soit mauvais. Le démon de Socrate. Il se dit, au figuré, de la Cause à laquelle on attribue les inspirations de quelqu'un, la passion qui l'agite, etc. Quel démon vous agite? Le démon de la jalousie. Le démon du jeu le possède, s'est emparé de lui.

Littré (1872-1877)

DÉMON (dé-mon) s. m.
  • 1Dans le polythéisme ancien, génie, esprit bon ou mauvais. Que l'honneur de mon prince est cher aux destinées ! Que le démon est grand qui lui sert de support ! Malherbe, II, 7. Que saurait enseigner aux princes Le grand démon qui les instruit, Malherbe, III, 2. Or qu'en un saint ouvrage un saint démon m'appelle, Régnier, Poem. s. Un plus puissant démon veille sur vos années, Corneille, Cinna, II, 1. Leur chef nous a paru le démon des combats, Corneille, Tois. I, 2. [Il] Respecterait en lui le démon de l'empire, Corneille, Pulch. III, 3. Ô ciel ! quel bon démon devers moi vous envoie, Madame ? Corneille, Héracl. V, 2. Que les hommes, les dieux, les démons et le sort Préparent contre nous un général effort, Corneille, Hor. II, 3. Quel démon envieux M'a refusé l'honneur de mourir à vos yeux ? Racine, Brit. II, 6. Fatale furie Que le démon de Rome a formée et nourrie, Racine, Mithr. V, 1. Les trois Furies, les trois Parques, les mauvais démons, la roue d'Ixion sont des chimères absurdes, Voltaire, Dial. 23. Platon avait imaginé les démons pour former une échelle par laquelle, de créature plus parfaite en créature plus parfaite, on montât enfin jusqu'à Dieu, Diderot, Opin. des anc. phil. (philosophie antédiluvienne).

    Le démon de Socrate, voix mystérieuse que Socrate disait lui parler et lui donner des conseils. On ne convient pas de ce qu'était ce génie, appelé ordinairement le démon de Socrate, d'un mot grec qui signifie quelque chose quitient du divin, conçu comme une voix secrète, Rollin, Hist. anc. t. IV, p. 359. Le Démon de Socrate, titre d'un livre où M. Lélut cherche à prouver que le démon de Socrate était, chez ce philosophe, une hallucination de l'ouïe.

    Fig. La peine et la récompense sont les deux démons qui gouvernent les choses humaines, Guez de Balzac, Socr. chrét. disc. 10. Deux démons à leur gré partagent notre vie, Et de son patrimoine ont chassé la raison… J'appelle l'un amour et l'autre ambition, La Fontaine, Fabl. X, 10.

  • 2Dans la religion chrétienne, les diables, les esprits malins, par opposition aux anges. Que les démons et ceux qui les adorent Soient à jamais détruits et confondus ! Racine, Esth. II, 9. C'est une étrange vision, Et cependant, ange ou démon, J'ai vu partout cette ombre amie, Musset, Poésies nouv. Nuit de décembre.

    Le diable, Satan, prince des démons, et principe du mal. Les ruses du démon. Et bravant du démon l'impuissant artifice, De la religion soutient tout l'édifice, Racine, Esth. prol. Vous irez crier partout qu'il faut être organe du démon pour vous imputer des choses dont il n'y a ni marque ni vestige dans vos livres, Pascal, Prov. 15.

    Démon du midi, sorte de démon, signalé dans la Bible, et, par extension, nom donné à Philippe II, roi d'Espagne, à cause du mal qu'il faisait et de sa résidence dans un pays du midi.

    Fig. et familièrement, avoir de l'esprit comme un démon, avoir beaucoup d'esprit.

  • 3Personne méchante qui se plaît à tourmenter les autres. Cet homme est un vrai démon, un démon incarné.

    Faire le démon, faire du bruit, s'emporter.

    Fairel le petit démon, même sens, avec cette nuance qu'il s'agit alors de quelque résistance de la part d'une jeune femme, d'un jeune homme, résistance qu'on veut caractériser d'une façon aimable. Votre esprit contre moi fait le petit démon, Molière, l'Étour. I, 10. Il a fait le petit démon quand je lui ai dit que vous m'aviez envoyé de l'argent pour lui, il n'en a que faire, Sévigné, 157.

    Faire le démon, se dit aussi en bonne part, en parlant d'une résistance ou d'une attaque honorable. Le maréchal de Créqui fait toujours le démon dans Trèves [assiégée], Sévigné, 214.

    Il se dit d'un enfant vif et malin. C'est un petit démon.

    Comme un démon, se dit sans y attacher nécessairement de mauvaise idée, pour signifier impétuosité, ardeur, violence, etc. Le petit-fils de St-Hérem, qui courait comme un démon à cheval avec le comte de Toulouse, tomba et fut trois heures sans connaissance, Sévigné, 471.

  • 4La cause de l'inspiration, des impulsions bonnes ou mauvaises. Le démon de la guerre, des combats. Que faisonsnous, Romains ? Dit-il, et quel démon nous fait venir aux mains ? Corneille, Hor. I, 3. Quel démon vous irrite et vous porte à médire ? Boileau, Sat. IX. Dès lors que son démon commence à l'agiter, Tout, jusqu'à sa servante, est prêt à déserter, Boileau, Sat. VIII. Eh ! que serait-ce donc si le démon du jeu Versait dans son esprit sa ruineuse rage ? Boileau, Sat. X. Térence n'est pas possédé de ce démon-là, Diderot, Sur Térence. Celui qu'un vrai démon [l'inspiration] presse, enflamme, domine, Ignore un tel supplice, il pense, il imagine, Chénier, 12.

HISTORIQUE

XIVe s. Et semblablement à toutes choses appartenantes au cultivement des demones, Oresme, Eth. 114.

XVIe s. Comme si le daimon qui garde nostre France Eust fait avec le tien eternelle alliance, Pasquier, Lettres, t. I, p. 289, dans LACURNE.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

DÉMON. Ajoutez : - REM. Chateaubriand a donné à ce mot un féminin : Que faisait à cela mon élégante démone ? - Ma démone, comme un mauvais génie, se replongea dans l'abîme, Mém. d'outre-tombe (éd. de Bruxelles), t. I, Dernières lignes écrites à la Vallée-aux-Loups, etc.

HISTORIQUE

XVIe s. Ajoutez : Demonium, demon, Escallier, Vocab. latin-franç. 695.

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France Terme

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FranceTerme, Délégation générale à la langue française et aux langues de France

Étymologie de « démon »

Provenç. demoni ; catal. dimoni ; espagn. et ital. demonio ; du latin dæmonium, de dæmon, de δαίμων, génie bon ou mauvais.

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(Nom 1) Du latin daemon (« esprit, génie, démon »), du grec ancien δαίμων, daímôn (« divinité, génie »).
(Nom 2) De l’anglais daemon, lui-même issu du latin daemon, du grec ancien δαίμων, daímôn.
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Phonétique du mot « démon »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
démon demɔ̃

Fréquence d'apparition du mot « démon » dans le journal Le Monde

Source : Gallicagram. Créé par Benjamin Azoulay et Benoît de Courson, Gallicagram représente graphiquement l’évolution au cours du temps de la fréquence d’apparition d’un ou plusieurs syntagmes dans les corpus numérisés de Gallica et de beaucoup d’autres bibliothèques.

Évolution historique de l’usage du mot « démon »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « démon »

  • Qui a rejeté son démon nous importune avec ses anges.
    Henri Michaux — Tranches de savoir
  • L'homme, la femme, le démon : trois degrés de comparaison.
    Thomas Fuller — Gnomologia
  • Vivre, c'est lutter contre les démons du coeur et du cerveau.
    Henrik Ibsen — Lettre à Passarge
  • La musique est le domaine des démons.
    Thomas Mann — L'Allemagne et les Allemands
  • Le démon de midi arrive souvent à quatorze heures.
    Pierre Dac
  • Je voudrais que l'intelligence fût reprise au démon et rendue à Dieu.
    Jean Cocteau — Lettre à Jacques Maritain, Stock
  • La musique est le domaine des démons. C'est l'art chrétien au mode négatif.
    Thomas Mann — L'Allemagne et les Allemands Deutschland und die Deutschen
  • Un veuf, suivi médicalement pour des symptômes de schizophrénie, soupçonne son jeune fils d’être possédé par un démon. Un exorciste et son adjoint, ainsi qu’une psychiatre, entreprennent de désenvoûter l’enfant. The Demon Inside est le sixième long-métrage du réalisateur d‘origine singapourienne Perry Reginald Teo, auteur d’une œuvre essentiellement consacrée à l’épouvante et au fantastique. Le film semble dans un premier temps ne proposer qu’une structure de récit bien connue depuis le succès de L’Exorciste de William Friedkin et de ses nombreuses imitations.
    Le Monde.fr — « The Demon Inside » : un film de terreur à petit budget
  • Le début de Thor: Ragnarok voit Thor emprisonné dans le royaume de Surtur de Muspelheim. Thor se moque / interroge Surtur à propos de Ragnarök tout en se balançant à l’envers dans des chaînes. Finalement, notre héros fait « ce que font les héros »: fait sauter ses chaînes, élimine facilement les serviteurs de Surtur et fait tomber cette « tiare » de la tête du démon du feu. La séquence, réglée sur «Immigrant Song» de Led Zeppelin, est l’un des nombreux moments mémorables du film. Ensuite, Thor cache la couronne de Surtur dans le coffre d’Odin (non loin de la flamme éternelle).
    Breakingnews.fr — L'art conceptuel du démon de feu inutilisé de Ragnarok est du carburant pur cauchemar
  • Mortel, ange ET démon, autant dire Rimbaud […].
    Paul Verlaine — Dédicaces, à Arthur Rimbaud , Messein
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Traductions du mot « démon »

Langue Traduction
Anglais devil
Espagnol diablo
Italien diavolo
Allemand teufel
Chinois 魔鬼
Arabe الشيطان
Portugais diabo
Russe дьявол
Japonais 悪魔
Basque devil
Corse diavulu
Source : Google Translate API

Synonymes de « démon »

Source : synonymes de démon sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « démon »

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Nombre de points du mot démon au scrabble : 7 points

Démon

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