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Azur

Définitions du mot « azur »

Trésor de la Langue Française informatisé

AZUR, subst. masc.

I.− MINÉR., CHIM.
A.− MINÉR. Nom donné anciennement au lapis-lazuli appelé aussi quelquefois pierre d'azur :
1. Autrefois dans Bagdad le calife Almanon Fit bâtir un palais plus beau, plus magnifique, Que ne le fut jamais celui de Salomon. Cent colonnes d'albâtre en formoient le portique; L'or, le jaspe, l'azur, décoroient le parvis; ... Florian, Fables,Le Calife, 1792, p. 47.
Azur de cuivre. Nom donné parfois à l'azurite*.
B.− P. ext., CHIM. Matière colorante d'un bleu très foncé fabriquée à partir d'un verre que l'on obtient par grillage de la smaltine ou de la cobaltine et que l'on réduit ensuite en poudre très fine pour la préparation de diverses substances. Synon. bleu d'azur, bleu d'émail, bleu de Saxe, safre, smalt, verre de cobalt :
2. − Dès le xviesiècle Venise, en rapports commerciaux constants avec l'Orient méditerranéen, en subit l'influence qu'elle transmet à la céramique italienne : c'est sans doute par cette voie détournée que le goût persan parvient à Nevers. La fabrication de cette époque est caractérisée par des pièces à fond bleu trempé d'un azur très riche sur lequel se dessinent en blanc, jaune obscur ou jaune clair, des tulipes, des œillets et des marguerites, des oiseaux; ou encore de petites scènes chinoises (...). Rarement le fond, au lieu d'être de ce bleu intense demeuré célèbre, sera jaune : le décor en est alors bleu et blanc. G. Fontaine, La Céram. fr.,1965, p. 37.
SYNT. De l'azur de première qualité (Ac. 1835-1932); azur à poudrer; azur d'émail; azur de premier, de second, de troisième, de quatrième feu (Besch. 1845).
Azur en boules. Préparation contenant de l'indigo dissous dans de l'acide sulfurique très concentré et précipité par la potasse; il sert aux blanchisseuses pour blanchir le linge jauni et lui donner plus d'éclat.
C.− P. anal., littér., poét.
1. Couleur d'un bleu intense. Bleu d'azur :
3. Dès que j'eus mis le pied dans cette toute petite et ravissante ville, je compris que j'allais y rester longtemps. De partout l'œil embrasse un véritable cercle de sommets crochus, dentelés, cornus et bizarres, tellement fermé qu'on découvre à peine la pleine mer, et que le golfe a l'air d'un lac. L'eau bleue, d'un bleu laiteux, est d'une transparence admirable; et le ciel d'azur, d'un azur épais, comme s'il avait reçu deux couches de couleur, étale au-dessus sa surprenante beauté. Ils semblent se mirer l'un dans l'autre et se renvoyer leurs reflets. Maupassant, Contes et nouvelles,Marroca, t. 1, 1882, p. 786.
4. Alors, soudain, pareille à une immensité d'azur, sans une voile, sans une fumée, la mer de faïence bleu-tendre s'étendait à l'infini. Était-il possible de dire ce qu'était ce bleu indéfinissable? Car ce n'était pas le franc azur. Et ce n'était pas le cobalt. C'était beaucoup plus nuancé, beaucoup plus frais, beaucoup plus délicat que le cobalt. Le lapis, alors? Non certes et pas davantage le turquin. Cela n'avait pas l'innocence de la bourrache, ni l'ingénuité du myosotis, ni la candeur virginale de la Véronique. On était quelque peu tenté de songer à la pervenche; mais, soudain, l'esprit comprenait que ce bleu, cette mer de bleu pâlissant, c'était tout simplement le bleu-Pasquier, c'était l'œil même de feu Raymond Pasquier, c'était le regard presque décoloré de la famille Pasquier aux minutes de colère, de lassitude ou de rêverie. G. Duhamel, Chronique des Pasquier,La Passion de Joseph Pasquier, 1945, p. 28.
SYNT. Azur clair, céleste, lumineux, profond; l'azur des cieux, des mers; mer, fleuve, lac, flots d'azur; des yeux d'azur. Cf. ǧrotte d'azur. Site célèbre de l'île de Capri, ainsi appelé à cause de la couleur azurée de ses eaux.
2. P. ext. [P. réf. à la couleur du ciel et de la mer par beau temps] Le ciel ou l'air, plus rarement la mer :
5. Grand délice que celui de noyer son regard dans l'immensité du ciel et de la mer! Solitude, silence, incomparable chasteté de l'azur! Une petite voile frissonnante à l'horizon, et qui, par sa petitesse et son isolement, imite mon irrémédiable existence, mélodie monotone de la houle, toutes ces choses pensent par moi, ou je pense par elles (car dans la grandeur de la rêverie, le moi se perd vite!) Baudelaire, Petits poèmes en prose,1867, p. 17.
6. Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sures, L'eau verte pénétra ma coque de sapin Et des taches de vins bleus et des vomissures Me lava, dispersant gouvernail et grappin. Et dès lors, je me suis baigné dans le poème De la mer, infusé d'astres, et lactescent, Dévorant les azurs verts; où, flottaison blême Et ravie, un noyé pensif parvis descend; ... Rimbaud, Poésies,Le Bateau ivre, 1871, p. 129.
7. Et maintenant, église de Dieu, par quelle frondaison et quelles vrilles subtiles, par quelle fumée de pinacles, par quelles flèches vibrantes, comme une hampe de jacinthe, vas-tu trouver le moyen assez innombrable et curieux, à défaut de t'y fondre par le parfum et le miel, de te lier à l'azur et au nuage et de pendre au plus haut la croix suprême? Claudel, Art. poét.,Développement de l'église, 1907, p. 213.
3. Au fig. Symbole de l'idéal, de l'infini, de l'absolu, et de façon plus restreinte, de notions, telles que la sérénité, l'espoir, la pureté, etc. :
8. − Le mariage, ainsi entendu, est un culte, car c'est la vie selon Dieu et en Dieu, culte de prière et d'action, de gratitude et de témoignage. − La femme angélique souffle sur nos colères comme la brise sur les nuages et ramène en nous l'azur. Elle dissipe nos tristesses et ramène la sérénité. Elle guérit nos inquiétudes et ramène la confiance. Elle apaise nos douleurs, relève nos abattements, adoucit nos chagrins, assainit et ennoblit notre existence, en y mettant le charme, la douceur et le parfum. Amiel, Journal intime,1866, p. 174.
9. Ce n'est point vers la nuit que je crie en avant! Mourir n'est pas finir, c'est le matin suprême. Non! Je ne donne pas à la mort ceux que j'aime! Je les garde, je veux le firmament pour eux, Pour moi, pour tous, et l'aube attend les ténébreux; L'amour en nous, passants qu'un rayon lointain dore, Est le commencement auguste de l'aurore; Mon cœur, s'il n'a ce jour divin, se sent banni, Et, pour avoir le temps d'aimer, veut l'infini; Car la vie est passée avant qu'on ait pu vivre. C'est l'azur qui me plaît, c'est l'azur qui m'enivre, L'azur sans nuit, sans mort, sans noirceur, sans défaut; C'est l'empyrée immense et profond qu'il me faut, La terre n'offrant rien de ce que je réclame, ... Hugo, La Légende des siècles,Grandes lois, t. 6, 1883, p. 32.
10. En vain! L'Azur triomphe, et je l'entends qui chante Dans les cloches. Mon âme, il se fait voix pour plus Nous faire peur avec sa victoire méchante, Et du métal vivant sort en bleus angélus! Il roule par la brume, ancien et traverse Ta native agonie ainsi qu'un glaive sûr; Où fuir dans la révolte inutile et perverse? Je suis hanté. L'Azur! L'Azur! L'Azur! L'Azur! Mallarmé, Poésies,L'Azur, 1898, p. 38.
II.− Autres emplois techn.
A.− BOT. Azur des bois. ,,Nom vulgaire de l'agaric azuré`` (Besch. 1845; attesté également ds Lar. 19eet Nouv. Lar. ill.).
B.− HÉRALD. Émail bleu des armoiries. En gravure il est représenté par des hachures horizontales :
11. À l'autre bout, au-dessus de la tête de Sygne, un lambeau d'une fraîche tapisserie de soie, où l'on voit, dans un rinceau, au milieu d'une pastorale déchirée, l'écu de Coûfontaine divisé : en chef d'or avec une foi de gueules (deux mains unies), en pointe d'azur avec une épée d'argent en pal entre le soleil et la lune, et pour cri et devise : coufontaine adsum! Claudel, L'Otage,1911, I, 1, p. 217.
PRONONC. : [azy:ʀ].
ÉTYMOL. ET HIST. − 1. Subst. 2emoitié xies. judéo-fr. lazur « couleur bleu clair » (Les Gloses françaises dans les Commentaires talmudiques de Raschi, glose 629, éd. Darmesteter-Blondheim, d'apr. Levy, Trésor, p. 141); ca 1100 fr. azur « id. » (Roland, éd. Bédier 1599-1600 : Il vait Anseïs ferir en l'escut : Tut li trenchat le vermeill et l'azur); 2. adj. ca 1210 azur « de couleur bleu clair » (Herbert le Duc de Danmartin, Folque de Candie, 248, éd. Schultz-Gora, Gesellschaft für rom. Lit., t. 21, Dresde 1909 : Tiebauz chevauche qu'il ne se tarde mie [...] Entre ses cuisses un destrier de Hongrie, Sele a azur et frein de Tabarie); 3. subst. p. métaph. « ciel » a) 1794 (céleste) azur (A. Chénier, L'Amérique, p. 106); b) 1801 azur (Chateaubriand, Atala, XVI, p. 41 : La lune brilloit au milieu d'un azur sans tâche). Empr. par l'intermédiaire du lat. médiév. azurium (cf. ca ixes. azorium, Mappae Clavicula, praef. p. 188, 21 ds Mittellat. W. s.v., 1298, 51-52; cf. aussi ixes. lazur, Frotharius Episcop. Tull. Epist. 20 ds Du Cange), forme déglutinée issue de l'ar. lāzaward « lapis lazuli », lui-même issu du persan lāzward « id. ». Étant donné l'ancienneté de l'apparition du mot en fr., l'intermédiaire du lat. médiév. est préférable à celui d'une autre lang. rom., ital. ou esp. (FEW t. 19, s.v. lāzward, Cor. t. 1, s.v. azul).
STAT. − Fréq. abs. littér. : 2 002. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 2 745, b) 5 160; xxes. : a) 2 954, b) 1 629.
BBG. − Bouillet 1859. − Chesn. 1857. − Comm. t. 1 1837. − Duval 1959. − Goug. Mots t. 1 1962, p. 64, 279. − Grandm. 1852. − Knauer [K.]. Studien zur Geschichte der Farbenbestimmung im Französischen von den Anfängen bis gegen Ende des 18 Jahrshunderts Archivum romanicum. 1933, t. 17, § 6, 26. − Mat. Louis-Philippe 1951, p. 204. − Rigaud (A.). Poisses d'avr. Déf. Lang. fr. 1971, no57, p. 19.

Wiktionnaire

Nom commun

azur \a.zyʁ\ masculin

  1. Verre coloré en bleu par l’oxyde de cobalt et réduit en poudre extrêmement fine pour servir de colorant.
    • De l’azur de première qualité, bleu d’azur.
  2. (Par extension) Cette couleur bleue, qui est celle du ciel pur.
    • Et cet azur épandu sur des costumes dont les plis sont à peine accusés par des blancs est d’une sérénité extraordinaire, d’une candeur inouïe. — (Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915)
    • Dieu n'a pas fait d'aliments bleus. Il a voulu réserver l’azur pour le firmament et les yeux de certaines femmes. — (Alphonse Allais, Les Pensées )
    • Calme et douce comme ces petits lacs purs que les pluies laissent au printemps pour un instant dans les éphémères prairies africaines, et où rien ne se reflète, sauf l’azur infini du ciel sans nuages. — (Isabelle Eberhardt, Yasmina, 1902)
    • […] l’aspect automnal, de beaucoup le mieux marqué, est surtout déterminé par la floraison de Galeopsis Ladanum qui étend ses nappes roses lilacées sur le fond jauni des chaumes parmi le rouge des Coquelicots, le jaune soufre des Linaires et l’azur des Bleuets. — (Gustave Malcuit, Contributions à l’étude phytosociologique des Vosges méridionales saônoises : les associations végétales de la vallée de la Lanterne, thèse de doctorat, Société d’édition du Nord, 1929, p. 33-34)
  3. (Littéraire) (Au singulier) Le ciel bleu et pur, lui-même.
    • A peine les ont-ils déposés sur les planches,
      Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
      Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
      Comme des avirons traîner à côté d'eux.
      — (Charles Baudelaire, L'Albatros, in "Les Fleurs du Mal", 1859)
    • Dans l’azur à peine noirci du couchant, l’étoile du berger brillait d’un feu paisible . — (Louis Pergaud, Un satyre, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
  4. (Marbrerie) Petite cannelure angulaire que l'on refouille dans un montant de chambranle à la hauteur et en place de l'astragale

Adjectif

azur \a.zyʁ\ invariable

  1. De la couleur bleu clair intense, de la couleur du ciel pur.
    • Au pressing, j’avais dû affronter le courroux de la dame des lieux.
      – Des taches pareilles sur une robe de cette qualité, avait-elle maugréé en me remettant un ticket bleu azur.
      — (Muriel Barbery, L’élégance du hérisson, 2006, collection Folio, page 339)
  2. (Héraldique) Voir d’azur.
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Littré (1872-1877)

AZUR (a-zur) s. m.
  • 1Verre bleuï par l'oxyde de cobalt, pulvérisé, et préparé pour servir à la peinture.
  • 2 Fig. Bleu clair. Le soleil se couchait dans une nuée d'or et d'azur, Voiture, Lettr. 10. La nuit vers l'occident obscur Repliait lentement ses voiles ; D'un feu moins brillant les étoiles Éclairaient le céleste azur, Saint-Lambert, le Matin. Là de plus beaux soleils dorent l'azur des cieux, Chénier, 99. … dans le liquide azur Du fleuve qui s'étend comme lui calme et pur, Chénier, Élég. XI. Que te fait tout cela ? Les nuages des cieux, La verdure et l'azur sont l'ennui de tes yeux, Hugo, Voix intér. XIX. Mais dans ce ciel troublé d'un peu de brume à peine, Où tout semblait azur…, Hugo, Rayons, II. C'était plaisir de voir danser la jeune fille ! Sa basquine agitait ses paillettes d'azur, Hugo, Orient, 33. Ils [les rayons de lumière] le font voir [l'air] avec une couleur bleue qui répand une teinte de même couleur sur tous les objets aperçus dans le lointain et qui forme l'azur céleste, Laplace, Expos. 16.
  • 3Pierre d'azur, la pierre précieuse nommée aujourd'hui lapis-lazuli.

    Azur de cuivre, carbonate de cuivre bleu.

  • 4 Terme de blason. L'azur signifie bleu ; c'est un des neuf émaux des armoiries. L'écu de France était d'azur à trois fleurs de lis d'or, placées deux et un.

HISTORIQUE

XIe s. Tout [il] lui trancha le vermeil et l'azur, Ch. de Rol. CXIX.

XIIe s. À la terre [ils] en abattent et l'azur et l'esmal, Ronc. p. 193. Et Berniers, fors del bruellet issus, Un rainsel mist par devant son escu, Que ne reluise li ors et li asurs, Raoul de C. 250.

XIIIe s. Qui l'escu portoit d'or a un lion d'azur, Berte, XLI. Et vit lonc de lui reluire l'or et l'asur des armeures, Ch. de Rains, p. 69.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

AZUR, s. m. est la couleur bleue du firmament. Cette couleur vient, selon Newton, de ce que les vapeurs dont l’air est rempli & peut-être les particules mêmes de l’air, refléchissent les rayons bleus en plus grande quantité que les autres. Quoique l’air paroisse n’avoir par lui-même aucune couleur, la couleur bleue du firmament a fait penser à beaucoup de philosophes, que ce fluide étoit bleu aussi-bien que l’eau de la mer. Voyez Bleu, Couleur, Firmament, &c. (O)

Azur (pierre d’). Voyez Pierre d’azur.

* Azur factice, (Chimie.) L’azur factice n’est autre chose qu’un verre bleu réduit en poudre. Si cette poudre est un peu grossiere, il s’appelle azur à poudrer : si elle est d’une grande finesse, on l’appelle azur fin ou d’émail. Le docteur Krieg, cité par M. Hellot dans un mémoire du recueil de l’Académie royale des Sciences, année 1737, page 228, décrit dans les Transactions philosophiques, n°. 393, la maniere de conduire le smalt jusqu’à l’état d’azur. Nous nous contenterons de donner ici l’extrait de son mémoire, renvoyant à l’article Smalt un plus grand détail & les observations de M. Hellot, sur la maniere de connoître le cobalt propre à la fabrique du verre bleu. Voyez donc Smalt.

« Le smalt, dit le docteur Krieg, est fait de cobalt ou cadmie naturelle : c’est une pierre grise & brillante qu’on trouve en quantité dans les environs de Snéeberg, & dans quelques autres endroits du Woigtland en Franconie. Cette mine est souvent mêlée de marcassite, quelquefois de mine d’argent & de mine de cuivre : on y rencontre même de l’argent pur en forme de poil, mais rarement ». Il décrit ensuite la maniere d’en séparer le fluor inutile, par des moulins à pilons & par un courant d’eau, & la maniere de torréfier ou rôtir la partie pesante que l’eau n’a pas entraînée, pour en faire évaporer le soufre & l’arsenic ; il donne la figure des fourneaux où se fait la torréfaction, & celle des tuyaux coudés des cheminées, où l’arsenic se sublime & se rassemble. Il passe ensuite au procédé de la vitrification de la mine rôtie en smalt, par le moyen des cailloux calcinés, & de la potasse qu’on y mêle ; & il finit par la figure des moulins à pilons, qui réduisent ce smalt en poudre connue ici sous le nom d’azur.

Surquoi il faut observer, ajoûte M. Hellot, que la matiere colorante du cobalt étant unie par le feu à la frite, a différens noms dans le pays, selon les différens états de sa fonte ; on l’appelle safre, quand le mêlange de la mine avec le sable & le sel alkali commence à couler dans son bain. On le retire quelquefois en cet état de demi-fonte, pour le transporter en Hollande, où l’on en acheve la vitrification & l’on perfectionne la couleur par des additions de matieres, qui sont encore le secret de la fabrique. On le nomme smalt, quand le mêlange est exactement vitrifié, & dans un bain calme & lisse. En cet état, on le retire avec de grandes cueilleres pour le jetter dans l’eau, où ce verre bleu se refond, & en devient plus aisé à pulvériser. Ce verre étant réduit en poudre prend, comme nous l’avons dit au commencement de cet article, le nom d’azur à poudrer, si cette poudre est grossiere ; & celui d’azur fin ou d’émail, si elle est d’une grande finesse.

Ainsi l’azur en poudre n’est autre chose, comme on voit, que l’azur en pierre ou le smalt porphyrisé. Il en vient d’Allemagne & de Hollande ; ce dernier est le plus cher, & son bleu approche plus de l’outremer. Aussi l’appelle-t-on outremer de Hollande, ou outremer commun. On croit dans le commerce & dans les atteliers, qu’il faut que celui d’Allemagne soit grenu, fabuleux & foncé pour être bon ; qu’au contraire celui de Hollande n’est bon que pâle & fin.

On sait que cet émail sert à peindre des fleurs & des compartimens bleus sur la fayence & sur la porcelaine qu’on fabrique en Europe. Voyez Fayence & Porcelaine. Mais on ne savoit peut-être pas, avant que M. Hellot l’eût dit, que depuis que les Chinois le substituent à l’azur naturel qu’ils employoient autrefois, le bleu de leur porcelaine moderne est de beaucoup inférieur au bleu de la porcelaine ancienne.

La pierre d’azur naturel & minéral se nomme à la Chine yao-toufou, ou porcelaine de Toufou. Elle ne vient point de Toufou, mais de Nankin-Chequian. On en trouvoit aussi autrefois dans l’île de Hainan : mais aujourd’hui ces deux mines en fournissent si peu, & cette matiere est par conséquent devenue si chere & si rare, que les Chinois ne se servent plus que de l’émail ou azur en poudre fine, que les Hollandois leur portent.

M. Hellot tient cette observation d’un officier des vaisseaux de la compagnie des Indes. Mémoires de l’académie des Sciences, année 1737. p. 228.

Azur : on ne se sert de cette couleur, en Peinture, que dans certains ouvrages, tels que les fonds de quelques rehaussés d’or, d’écriteaux en lettres d’or, &c. Lorsqu’on veut l’employer, il faut que les objets ou lettres d’or, autour desquelles on le répandra, soient faites & bien séchées : alors on applique une couche de blanc de plomb délayé à l’huile, sur le fond & autour de ces lettres ; puis on saupoudre aussi-tôt avec cet azur ; en le laissant tomber un peu de haut sur le blanc auquel il s’attache. On releve la toile ou planche sur laquelle on fait l’ouvrage ; & l’azur qui ne s’est point attaché au blanc s’en va. On laisse sécher ce blanc ; ensuite avec une plume on acheve de nettoyer l’ouvrage, en enlevant l’azur qui pourroit être resté sur l’or, ainsi que celui qui ne tenoit pas au blanc. (R)

Azur, terme de Blason, couleur bleue dans les armes de toutes les personnes de condition inférieure à celle des barons. Voyez Couleur.

Dans les écussons des nobles on appelle le bleu saphir, & on l’appelle jupiter dans ceux des souverains. Dans les armoiries gravées, on le représente par des raies ou des hachures tirées horisontalement.

Les François préferent cette couleur à toutes les autres, parce que les armoiries de leur monarque sont au champ d’azur. (V)

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Étymologie de « azur »

Provenç. azur ; espagn. et portug. azul ; ital. azzurro ; bas-grec λαζούριον ; bas-latin, lazur, lazurius, lazulum, azolum, azura, azurrum : de l'arabe-persan lâzouverd, lapis-lazuli.

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(1080) Attesté sous la forme lazur dans les gloses de Rachi, azur dans la Chanson de Roland ; le latin médiéval azurium apparait également à la même époque. C’est la forme déglutinée de l’arabe لازورد, lāzaward (« lapis-lazuli »), lui-même emprunté au persan لاجورد, lāzward (« id. ») → voir lapis-lazuli.
On note que Pihan rejette cette étymologie et tire azur de l'arabe أزرق, azrak[1].
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Phonétique du mot « azur »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
azur azyr

Évolution historique de l’usage du mot « azur »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « azur »

  • J’aime votre patrie au ciel toujours pur - Paradis qui se berce entre les flots d’azur - Où le soleil brûlant, comme un phare féerique - Couvre de ses rayons le sol de l’Amérique […] De Victor Hugo / poème publié en 1902 dans le Jornal do Brasil attribué à Victor Hugo
  • On mourra de dégoût si l'on ne prend pas, de-ci de-là, un grand bain d'azur. Théodore de Banville, Odes funambulesques
  • De l'éternel azur la sereine ironie […]. Stéphane Mallarmé, Poésies, l'Azur
  • Maillots de bains, robes de mariée, tendances... Trois créatrices azuréennes vous livrent leur conseils mode pour l'été 2020. France 3 Provence-Alpes-Côte d'Azur, Mode : les conseils de trois créatrices de la Côte d'Azur pour être tendance cet été
  • Où fuir dans la révolte inutile et perverse ? Je suis hanté. L'Azur ! l'Azur ! l'Azur ! l'Azur ! Stéphane Mallarmé, Poésies, l'Azur
  • Dieu n'a pas fait d'aliments bleus. Il a voulu réserver l'azur pour le firmament et les yeux de certaines femmes. De Alphonse Allais / Le Chat noir - 11 Janvier 1890
  • L'âme a la couleur du regard. L'âme bleue seule porte en elle du rêve, elle a pris son azur aux flots et à l'espace. De Guy de Maupassant
  • Dès ses premiers mètres, la voie verte passe donc devant l’emplacement de l’hospice, un lieu d’accueil où les pèlerins trouvaient gîte et couvert. Quant à la fontaine Saint-Jean, sur laquelle on trouve les célèbres coquilles pecten maximus, elle leur permettait de faire leurs ablutions avant de reprendre la route. Les croyances locales lui donnent même des vertus médicinales. Une fois arrivé dans le bourg de Messanges, montez donc à la plage. 2 kilomètres de plus pour boire un coup et contempler l’azur, le vrai. SudOuest.fr, Un tour à vélo dans les Landes : la "Alain-Mimoun", entre Azur et Messanges

Images d'illustration du mot « azur »

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Traductions du mot « azur »

Langue Traduction
Anglais azure
Espagnol azur
Italien azzurro
Allemand azurblau
Chinois 天蓝色
Arabe اللازوردية
Portugais azul
Russe лазурь
Japonais 紺碧
Basque azure
Corse azzurru
Source : Google Translate API

Synonymes de « azur »

Source : synonymes de azur sur lebonsynonyme.fr

Azur

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