Chronique : définition de chronique


Chronique : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

CHRONIQUE1, subst. fém.

A.− Recueil de faits historiques regroupés par époques et présentés selon leur déroulement chronologique. Anciennes chroniques; chroniques du Moyen Âge; les Chroniques de Froissart, de Saint-Denis. L'histoire grecque est un poème, l'histoire latine un tableau, l'histoire moderne une chronique (Chateaubriand, Essai sur la littérature anglaise,t. 2, 1836, p. 239):
1. Le moine Raoul Glaber, dans sa chronique, signale comme le fait le plus considérable du onzième siècle le « renouvellement des basiliques ». Guéhenno, Journal d'une« Révolution », 1937, p. 72.
Spéc. Histoire et généalogie d'une ancienne et noble famille. Les hauts faits militaires jalonnaient la chronique de cette souche princière (Gracq, Le Rivage des Syrtes,1951, p. 56).
P. métaph. :
2. Revenons à Paris et au quinzième siècle. Ce n'était pas alors seulement une belle ville; c'était une ville homogène, un produit architectural et historique du moyen âge, une chronique de pierre. Hugo, Notre-Dame de Paris,1832, p. 158.
B.− P. ext.
1. Récit mettant en scène des personnages réels ou fictifs, tout en évoquant des faits sociaux et historiques authentiques, et en respectant l'ordre de leur déroulement. Les « Chroniques Italiennes » de Stendhal, la « Chronique des Pasquier » de G. Duhamel :
3. Ses romans [d'Anatole France], qui sont bien plutôt des chroniques (...) sont écrits dans le ton de l'ironie classique qui lui était une manière naturelle et comme instinctive de s'exprimer, ... Valéry, Variété IV,1938, p. 35.
2. Ensemble de nouvelles vraies ou fausses, de propos souvent défavorables, qui se propagent en général oralement. La chronique galante, mondaine, scandaleuse, villageoise. Les plus habitués (...) à violer les convenances et à friser le scandale (...) se montrent les plus offensés si la chronique les effleure (Sainte-Beuve, Premiers lundis,t. 3, 1869, p. 269):
4. ... elle avait la rue sous les yeux et y lisait du matin au soir, pour se désennuyer, à la façon des princes persans, la chronique quotidienne mais immémoriale de Combray, qu'elle commentait ensuite avec Françoise. Proust, Du côté de chez Swann,1913, p. 52.
Défrayer la chronique. Occuper le centre des propos, des conversations. Ces événements défrayèrent la chronique pendant la semaine d'attention posthume que Paris accorde à ses comédiens ordinaires (De Vogüé, Les Morts qui parlent,1899, p. 382).
3. Article de journal ou de revue, émission de radio ou de télévision, produits régulièrement et consacrés à des informations, des commentaires sur un sujet précis. Une chronique littéraire, politique, sportive. Soixante dollars par semaine et tu feras la chronique des expositions (Sartre, La Mort dans l'âme,1949, p. 11):
5. ... M. Lanson, quand il fait toutes les quinzaines sa chronique dramatique et toutes les semaines sa chronique littéraire (...) n'a point épuisé toute la littérature et toute la documentation sur chacune de ces pièces (...) ni sur chacun de ces livres... Péguy, L'Argent,1913, p. 1188.
SYNT. Une chronique financière, judiciaire, théâtrale; chronique quotidienne, hebdomadaire; rédiger, publier une chronique.
Rem. 1. On rencontre chez Colette (Mes apprentissages, 1936, p. 123) le dimin. chroniquette, subst. fém. 2. On rencontre chez Balzac ( Œuvres diverses, t. 1, 1850, p. 440) le néol. chronicomanie, subst. fém. au sens de « engouement excessif pour les recueils de chroniques ».
Prononc. et Orth. : [kʀ ɔnik]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. 1138 d'apr. Bl.-W.5[peut-être d'apr. Gaimar, Estoire des Angles de 1138-40 qui est la 1rechronique mais qui ne porte que le titre de istoire]; ca 1213 queronique « recueil de faits historiques dans l'ordre de leur succession » (Calendre, Roman des Empereors de Rome, Rom. Stud., III, 97 ds T.-L.); 1243 cronike (Ph. Mousket, Chron., 2974 ds T.-L.); 1536 chronique (Calvin, Institution, 909 ds Littré); 2. 1690 chronique scandaleuse « ensemble des nouvelles qui circulent sur les personnes » (Fur.); 3. 1812, 6 sept. un faiseur de chronique (Jouy, L'Hermite de la Chaussée d'Antin, t. 2, p. 299); 1834 une chronique littéraire (M. de Guérin, Correspondance, p. 142). Empr. au lat. impérial chronica, -orum (neutre plur. de l'adj. chronicus), lui-même empr. au gr. τ α ̀ χ ρ ο ν ι κ α ́ (s.-ent. β ι ϐ λ ι ́ α) « les annales ». Fréq. abs. littér. : 628. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 737, b) 738; xxes. : a) 904, b) 1 097.
DÉR.
Chroniquer, verbe intrans.,rare. Rédiger des chroniques pour un journal, une revue. Un de ces intrépides observateurs qui écrivent sous les balles, « chroniquent » sous les boulets, et pour lesquels tous les périls sont des bonnes fortunes (Verne, L'Île mystérieuse,1874, p. 11).Attesté ds Lar. 19e, Lar. Lang. fr., Ac. Compl. 1842, Besch. 1845, Guérin 1892, Quillet 1965, Rob. Suppl. 1970. [kʀ ɔnike]. 1resattest. a) ca 1350 l'estorie croniquee « écrire en forme de chronique » (Entr. Esp., éd. A. Thomas, 48); 1440-75 chroniquer intrans. (G. Chastellain, Chron., IV, 100, Kerv., ibid.); b) xvies. trans. « écrire sur quelqu'un de manière défavorable » (Sotties, III, 64 ds Hug.); c) 1874 « écrire pour un journal » (Verne, loc. cit.); de chronique, dés. -er. Fréq. abs. littér. : 1.

CHRONIQUE2, adj.

A.− MÉD. [En parlant d'une maladie] Dont les symptômes apparaissent lentement, qui dure longtemps et s'installe parfois définitivement. Affection, bronchite, maladie chronique. Anton. aigu.À une maladie chronique le moindre prétexte sert pour renaître (Proust, La Prisonnière,1922, p. 22):
1. Quant à Chopin, Papet ne lui trouva plus aucun symptôme d'affection pulmonaire, mais seulement une petite affection chronique du larynx qu'il n'espéra pas guérir et dont il ne vit pas lieu à s'alarmer sérieusement. Sand, Histoire de ma vie,t. 4, 1855, p. 446.
Spéc. Alcoolisme chronique. Ensemble de troubles caractérisant l'ingestion excessive et répétée de boissons alcoolisées. Une grave question, la part de responsabilité chez un meurtrier atteint d'alcoolisme chronique (Zola, Nana,1880, p. 1371).
P. iron. Sa femme, atteinte d'une maladie chronique de nettoyage (Maupassant, Contes et Nouvelles,t. 1, En famille, 1881, p. 342).
B.− Au fig. [En parlant d'une situation, d'un état d'esprit] Qui est établi depuis longtemps et se prolonge. Chômage chronique. Ce pauvre poète si nerveusement constitué, souvent vaporeux autant qu'une femme, dominé par une mélancolie chronique (Balzac, Louis Lambert,1832, p. 59):
2. « Ce que cette sorte de perpétuelle menace pesant sur les hommes qui avaient la charge de gouverner, cet état presque chronique de crise, ces marchandages (...) auront pu coûter au pays est proprement incalculable ». De Gaulle, Mémoires de guerre,1959, p. 264.
Prononc. et Orth. : [kʀ ɔnik]. Ds Ac. 1740-1932. Étymol. et Hist. 1314 ulceres croniques (H. de Mondeville, La Chirurgie, 1526, éd. Ch. Bos, II, p. 56). Empr. au b. lat. chronicus, terme médical. Fréq. abs. littér. : 223. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 229, b) 293; xxes. : a) 325, b) 404.
DÉR. 1.
Chronicité, subst. fém.État, caractère d'une maladie chronique. Les formes graves [de névralgie faciale] peuvent passer à la chronicité rendant la vie impossible au malade (Quillet Méd.1965, p. 365).Attesté ds tous les dict. gén. sauf Ac. 1798. [kʀ ɔnisite]. Ds Ac. 1835-1932. 1reattest. 1835 (Ac.), de chronique, suff. -ité*. Fréq. abs. littér. : 1.
2.
Chroniquement, adv.D'une manière chronique. Tu n'es qu'un bon garçon gâté par l'oisiveté, pour l'instant, et, chroniquement, par l'alcool (G. Duhamel, Chronique des Pasquier,Les Maîtres, 1937, p. 213).Attesté ds la plupart des dict. gén. sauf Ac. et DG. [kʀ ɔnikmɑ ̃]. 1reattest. 1838 (Ac. Compl. 1842); de chronique, suff. -ment2*. Fréq. abs. littér. : 3.

Chronique : définition du Wiktionnaire

Adjectif

chronique \kʁɔ.nik\ masculin et féminin identiques

  1. (Médecine) Qui dure longtemps.
  2. (En particulier) Qualifie une maladie dont les symptômes ne se développent qu’avec lenteur ; qualifie une maladie permanente.
    • Il existe en effet de telles raucités nerveuses; et une raucité à l'état chronique qui serait le symptôme de phthisie trachéale annoncerait un degré très avancé de la maladie,[…]. — (Johann Ludwig Casper, Traité pratique de médecine légale: rédigé d'après des observations personnelles, traduit de l'allemand par Gustave Germer Baillière, Paris : chez Germer Baillière, 1862, vol.1, p. 39)
    • Bien que souffrant d'une néphrite chronique avec complications cardiaques, il ne voulut pas consentir à prendre le moindre repos, […]. — (Frédéric Weisgerber, Au seuil du Maroc Moderne, Institut des Hautes Études Marocaines, Rabat : Les éditions de la porte, 1947, p. 55)
    • Atteint d'un mal nommé porphyrie, le pauvre garçon est contraint de s'abreuver de sang humain pour conjurer sa langueur chronique. — (François Rivière, Dracula, cent ans et toutes ses dents, dans Libération (journal), 31 décembre 1987)
  3. (En particulier) Qualifie une thérapie sur le long terme.

Nom commun 1

chronique \kʁɔ.nik\ masculin et féminin identiques

  1. Personne atteinte d’une maladie chronique.
    • Une bénévole réagit à l’utilisation de ces derniers termes : « On entend souvent : “Ah ! c’est un chronique qui appelle” ou, encore, “c’est un tannant”. Je ne suis pas toujours d’accord avec ces termes. — (Pierre Fortin,Bruno Boulianne, Le suicide: interventions et enjeux éthiques, Éditeur PUQ, 1998)
    • M. Siredey a observé récemment, à l’hôpital Sainte-Eugénie, 2 cas de diarrhées avec des accidents cholériformes, chez un enfant de deux ans, et chez un chronique du même hôpital. — (Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, Éditeur Masson, 1866)

Nom commun 2

chronique \kʁɔ.nik\ féminin

  1. Histoire rédigée suivant l’ordre des temps.
    • La description, donnée par l’auteur de la Chronique saxonne, des cruautés exercées sous le règne du roi Étienne, par les grands barons et les seigneurs des châteaux, qui étaient tous Normands, nous offre une preuve irrésistible des excès dont ils étaient capables quand leurs passions étaient en jeu. — (Walter Scott, Ivanhoé, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820)
    • Quelque soixante ans après sa mort, Charlemagne est déjà, dans la Chronique du moine de Saint-Gall, une espèce de géant et de matamore tout-à-fait invraisemblable. — (Jean-Jacques Ampère, La Chine et les travaux d'Abel Rémusat, Revue des Deux Mondes, 1832, tome 8)
  2. Rubrique du journal où l’on passe en revue les nouvelles du temps présent.
    • C'est un recueil de ses chroniques théâtrales avec une préface de Courteline. J'y rencontre des pages de maître, noyées exprès dans un flot d'outrance volontaire et préméditée. — (Anatole Claveau, Les snobs, dans Sermons laïques, Paris : Paul Ollendorff, 1898, 3e éd., p.38)
  3. (Par extension) Nouvelles fausses ou vraies répandues sur les personnes de tel ou tel lieu.
    • Il connaît à fond la chronique de son village.
    • La chronique scandaleuse amuse les oisifs.
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Chronique : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

CHRONIQUE. adj. des deux genres
. T. de Médecine. Qui dure longtemps et dont les symptômes ne se développent qu'avec lenteur, en parlant de certaines maladies. Ce n'est pas une maladie aiguë, c'est une maladie chronique. Affection chronique.

Chronique : définition du Littré (1872-1877)

CHRONIQUE (kro-ni-k') s. f.
  • 1Annales selon l'ordre des temps, par opposition à histoire où les faits sont étudiés dans leurs causes et leurs suites. Je veux que la valeur de ses aïeux antiques Ait fourni de matière aux plus vieilles chroniques, Boileau, Sat. V. Il [le roi de Prusse] perdra ses États pour avoir fait des épigrammes ; ce sera du moins une aventure unique dans les chroniques de ce monde, Voltaire, Lettr. Chauvelin, 3 octobre 1760.
  • 2 Fig. La chronique, les chroniques, ce qui se débite de petites nouvelles courantes. Ces histoires de morts lamentables, tragiques, Dont Paris tous les ans peut grossir ses chroniques, Boileau, Sat. X.

    La chronique scandaleuse, nom donné à l'Histoire de Louis XI (de 1460 à 1483) attribuée à Jean de Troyes ; et figurément, les propos médisants qui courent sur certaines personnes dans la ville. Pellegrin passa dans cette ville [Méthone] dont il nous a fait la description, en y mêlant la chronique scandaleuse de tous les consuls français, Chateaubriand, Itinér. 30.

    Chronique du pont Neuf, chansons, vaudevilles et autres pièces satiriques et piquantes qu'on chantait sur le pont Neuf. Tu seras cornu comme un bœuf Dans les chroniques du pont Neuf, Parn. fr. dans LEROUX, Dict. comique.

    Aujourd'hui, dans les journaux, partie où l'on raconte les principaux bruits de ville ; et chronique politique, partie où l'on rapporte succinctement les nouvelles politiques. Chronique théâtrale. Chronique musicale.

  • 3 S. f. plur. Nom que les protestants donnent aux Paralipomènes.

HISTORIQUE

XIIIe s. C'est la fin des sept ars pour certes, C'est la vision des prophetes, Ce sont les divines croniques, Ce sont les sept vertus parfaictes, J. de Meung, Tr. 93. Les croniques de chascun an, Mss. Bibl. imp. suppl. fr. n° 632-5, f° 217.

XVe s. Les chroniques de sire Jean Froissart [titre du livre], Froissart, Prol. Si je disois : ainsi et ainsi en advint en ce temps, … ce seroit chronique et non pas histoire, Froissart, II, III, 63.

XVIe s. Il y a encore en la cour de Parlement à Paris, des registres faits par forme de chroniques, Calvin, Instit. 909.

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Chronique : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

* CHRONIQUE, s. f. histoire succinte où les faits abregés qui se sont passés pendant une portion de tems plus ou moins grande, sont rangés selon l’ordre de leurs dates. Pour se faire une idée juste, non de ce que c’est qu’une chronique, mais de ce que ce devroit être, il faut considérer l’histoire, ou comme embrassant dans sa relation tout ce qui s’est passé pendant un certain intervalle de tems, ou comme se bornant aux actions d’une seule personne, ou comme ne faisant son objet que d’une seule de ces actions. La chronique est l’histoire considérée sous cette premiere face ; dans ce sens, chronique est synonyme à annales. La chronique, ne s’attachant qu’au gros des actions, ne sera pas fort instructive, à moins qu’elle ne parte d’une main habile qui sache, sans s’appesantir plus que le genre ne le demande, faire sentir ces fils imperceptibles, qui répondent d’un bout à des causes très-petites, & de l’autre aux plus grands évenemens.

On donne le nom de chroniques aux deux livres qui s’appellent aussi paroles des jours, ou paralipomenes. Voyez Paralipomenes.

Il y a la vieille chronique des Egyptiens. Elle ne nous est connue que par le rapport de Georges Syncelle. Nous lisons dans sa chronographie, pag. 51. qu’elle contenoit 30 dynasties & cent-treize générations, & qu’elle remontoit jusqu’à un tems immense, contenant l’espace de 36525 ans, pendant lesquels ont regné premierement les Aurites, Auritæ, ou les dieux ; ensuite les Mestréens, Mestræi, ou les demi-dieux & les héros ; ensuite les Egyptiens ou les rois. Le tems du regne de Vulcain n’y est pas marqué ; celui du Soleil y est de 30000 ans ; celui de Saturne & des autres dieux, de 3984 ans. Aux dieux succéderent les demi-dieux, au nombre de sept, dont le regne fut de 217 ans ; après quoi commencerent les quinze générations du cycle caniculaire, de 443 ans.

Quoique cette chronique porte le nom de vieille, M. Marsham ne la croit pas antérieure au tems des Ptolemées, parce qu’elle s’étend jusqu’à la fuite de Nectanebus, qui arriva selon lui l’an 3 de l’olympiade 107, 15 ans avant l’expédition d’Alexandre. Le même auteur dit que cette prodigieuse antiquité des Egyptiens vient de ce que leur chronologie étoit plûtôt astronomique qu’historique. Ils l’avoient faite & reglée sur de fameuses périodes parmi eux, dont la premiere, nommée la grande année, étoit de 1461 ans ; c’est ce qu’on nomme aussi cycle caniculaire, & période sothique, ou rétablissement de l’année ; parce que l’année Egyptienne n’ayant que 365 jours, & étant par conséquent plus courte que l’année solaire de six heures, se trouvoit, après 1461 ans, concourir avec celle-ci ; l’autre période, après laquelle ils prétendoient que le monde se retrouvoit au même état, étoit composée de la période précédente multipliée par 15 années lunaires périodiques, ou 19 ans, qui font notre cycle lunaire ; & le produit de cette multiplication 36525 fait précisément le tems compris dans la vieille chronique.

Les Juifs ont des chroniques ; ce sont des abregés historiques peu corrects & assez modernes. Le premier est intitulé la grande chronique. Rabi José, fils de Chalipta, passe chez quelques-uns pour en être l’auteur. On ne sait guere en quel tems il l’écrivit ; on voit seulement à certains traits qu’elle est postérieure au Thalmud. On n’y trouve guere que des évenemens rapportés dans l’écriture. On dit qu’elle descend jusqu’au tems d’Adrien. On doute que Rabi José en soit l’auteur, parce qu’il y est cité en plusieurs endroits. On y lit qu’Elie, après son enlevement, a écrit dix lettres au roi Joram ; qu’il fait l’histoire du monde dans sa demeure actuelle, &c.

La seconde a pour titre, les réponses du Rabi Serira, le docteur sublime. Ce docteur sublime fut président à Babylone, & chef de toutes les écoles & académies de cette contrée ; & il écrivit l’histoire de ces académies, avec la succession des rabins, depuis le Thalmud jusqu’à son tems.

La petite chronique est la troisieme ; elle a été écrite l’an 1223 de J. C. on en ignore l’auteur. Son ouvrage est un abregé historique depuis la création du monde jusqu’à l’an 522 de J. C. après quoi elle compte encore huit générations, mais dont elle ne donne que les noms.

Le livre de la tradition est la quatrieme. Abraham le lévite, fils de Dior, en est l’auteur ; c’est une exposition du fil traditionel des histoires de la nation, conduit depuis Moyse jusqu’à l’auteur, qui vivoit en 1160.

La cinquieme est le livre des généalogies. Elle est d’Abraham Zachuz, qui la publia en 1580. Il y est marqué la succession & la tradition des Juifs, avec les noms des docteurs qui les ont enseignés, depuis le mont Sinaï jusqu’à son tems.

La sixieme est la chaîne de la tradition ; c’est un livre semblable au précédent. Rabi Jedalia, fils de Jechaïa, en est l’auteur. Il le publia à Venise en 1587.

La septieme est le rejetton de David. Elle commence à la création, & descend jusqu’à 1592 de J. C. David Ganz, Juif de Bohême, en est l’auteur. Il n’y a rien de plus que dans les auteurs ou chroniques précédentes.

La chronique du prophete Moyse est une vie fabuleuse de Moyse, imprimée à Venise en 1544. La chronique des Samaritains, qui commence à la création du monde & finit à la prise de Samarie par Saladin, en 1187, est courte & peu exacte. Voyez Prideaux, Barthol. Bibliot. rab. Basnage, hist des Juifs. Calmet, dict. de la bible.

Nous avons encore les chroniques des saints. Vers les jx. & x. siecles, les lettres étant tombées, les moines se mirent à écrire des chroniques. Ils ont continué jusqu’à la fin du xv. siecle. Le plus grand mérite de ces sortes d’ouvrages, dont les actions pieuses des saints ne font pas tellement l’objet, qu’on n’y trouve aussi les vies de plusieurs rois ou grands hommes, c’est d’avoir conservé les dates & le fond des principaux évenemens. L’homme intelligent, qui sait rejetter le faux & démêler le suspect, n’en tire que ce qui lui convient, & peut-être n’en tire-t-il pas grand-chose.

Chronique, adj. (Medecine.) épithete qui se donne, & qui est consacrée aux maladies de longue durée.

Définition des maladies chroniques. Les Medecins ayant divisé toutes les maladies par rapport à la durée, en aiguës & en chroniques, nomment maladies chroniques, toutes celles qui, douces ou violentes, accompagnées de fievre ou sans fievre, s’étendent au-de-là de quarante jours.

Mais ces maladies sont en si grand nombre, si différentes les unes des autres, & quelquefois si compliquées, que nos auteurs se sont contentés de traiter de chacune en particulier, sous le nom qu’elle porte, jusqu’à ce que Boerhaave remontant à leur premiere cause, a déduit avec une sagacité singuliere la doctrine générale & la méthode curative ou palliative de toutes les maladies de ce genre.

Elles naissent,des diverses acrimonies des liquides. Suivant ce restaurateur de la Medecine, les maladies chroniques produites dans le corps humain, naissent, ou de vices qui se sont formés par degrés dans la qualité & la circulation des liquides, ou de vices que des maladies aigues mal guéries ont laissé après elles, soit dans les fluides, soit dans les solides.

Les vices de nos liquides proviennent insensiblement des choses reçues dans le corps, comme l’air, les alimens, les boissons, les assaisonnemens, les médicamens, & les poisons ; toutes substances qui sont d’une nature différente de celle de nos sucs, & qui peuvent être si fortes, que les facultés vitales ne suffisent pas pour en faire une assimilation convenable à nos sucs, ou être d’une nature à demeurer en stagnation par une altération spontanée.

Ces vices de nos liquides consistent, 1° dans l’acrimonie acide, qui procede des sucs acides, récens, cruds, déjà fermentans, de la foiblesse des vaisseaux, & du défaut de mouvement animal. Ces causes produisent des vents, des spasmes, la cardialgie, la passion iliaque, l’épilepsie des enfans, la chlorose, & autres maladies chroniques. On parviendra à les guérir par les alimens & les médicamens propres à absorber, à émousser l’acrimonie acide, par les corroborans & par l’exercice.

2°. Dans l’acrimonie austere, qui naît de l’union de l’acide avec plusieurs matieres âcres & terrestres ; telle est celle des fruits verds, des sucs astringens, des vins âpres, & d’autres substances de la même nature, qui coagulent les fluides, resserrent les vaisseaux, & produisent par-là de fortes obstructions. Il faut traiter les maladies chroniques, qui ont cette austérité pour principe, avec des remedes délayans, des alkalis fixes, & des alkalis savoneux, ordonnés avec circonspection, & continués pendant longtems.

3°. Dans une acrimonie aromatique & grasse, procurée par les alimens, les boissons, les épices, les assaisonnemens chauds au goût & à l’odorat. Ces substances causent la chaleur, le frottement, l’usement des petits vaisseaux capillaires ; d’où s’ensuivent des douleurs chaudes, l’atténuation, la putréfaction, l’extravasation des sucs, & beaucoup d’autres effets semblables. Il faut employer contre les maladies chroniques, nées de cette espece d’acrimonie, des remedes aqueux, farineux, gélatineux, acides.

4°. Dans une acrimonie grasse & inactive, qui résulte de l’usage immodéré de la graisse des animaux terrestres, des poissons, & des végétaux oléagineux ; ce qui donne lieu à des obstructions, à la rancidité bilieuse, à l’inflammation, à la corrosion, & à la plus dangereuse putréfaction. On guérit les maladies chroniques, qui doivent leur origine à cette espece d’acrimonie, par des délayans, des savoneux, des acides.

5°. Dans une acrimonie salée & muriatique, causée par le sel marin, & les alimens salés. Cette acrimonie détruit les vaisseaux, dissout les fluides, & les rend âcres ; d’où naît l’atrophie, la rupture des vaisseaux, & l’extravasation des liqueurs, qui à la vérité ne se corrompent pas promptement à cause du sel, mais forment des taches sur la peau, & d’autres symptomes scorbutiques. On doit attaquer les maladies chroniques qui proviennent de cette espece d’acrimonie, avec l’eau, les remedes aqueux, les acides végétaux.

6°. Dans une acrimonie alkaline, volatile, qui doit son origine aux alimens de cette espece. Cette putridité acrimonieuse cause une dissolution putride du sang, le rend moins propre à la nutrition, détruit les petits vaisseaux. Ainsi elle déprave les fonctions des parties solides & liquides, produit les diarrhées, les dyssenteries, les fievres bilieuses, la putréfaction dans les visceres, la consomption. On remedie aux maladies chroniques qui en émanent, par les acescens, ou acides tirés des végétaux cruds ou fermentés, par les sels qui absorbent l’alkali, les délayans aqueux, les altérans doux, & les savoneux détersifs acides.

7°. Dans la viscosité ou glutinosité, qui a pour source l’usage immodéré des matieres farineuses crues, l’action trop foible des visceres, le manque de bile, d’exercice, le relâchement des vaisseaux secrétoires. Cette glutinosité rend le sang visqueux, pâle, imméable ; obstrue les vaisseaux, donne lieu à des concrétions, forme des tumeurs œdémateuses, empêche les secrétions. On opérera la guérison des maladies chroniques qui en découlent, par les échauffans, les résolutifs, les irritans, les savoneux, les frictions, & l’exercice.

2°. De la nature des sucs difficiles à assimiler. Secondement, les vices de nos liquides, avons-nous dit, peuvent naître d’une action trop forte des facultés vitales sur les choses reçues dans le corps ; c’est-à-dire de la constriction, de la rigidité des fibres & des visceres, qui s’oppose à l’assimilation des sucs. Cette rigidité des vaisseaux empêche que le cœur, à chaque contraction, ne se vuide entierement, ce qui trouble toutes les secretions, & cause des maladies chroniques incurables, telles que des concrétions polypeuses. On tâchera d’y remédier dans les commencemens, autant qu’il est possible, par les humectans, les adoucissans, les délayans aqueux, le repos, & le sommeil.

3°. De leur altération spontanée. Troisiemement, les vices de nos liquides peuvent venir de leur altération spontanée, qui arrive ordinairement lorsqu’ils sont mis en stagnation par quelque cause que ce puisse être. De-là naissent les maladies chroniques spontanées, qui ont pour principe une humeur acide, alkaline, salée, glutineuse, grasse & inactive, dont nous avons indiqué ci-dessus les remedes.

4°. Des maladies aiguës mal traitées. Les maladies aiguës mal traitées peuvent affecter les fluides dans toutes les parties du corps, & de différentes manieres ; comme par exemple, 1° par des purulences qui donnent lieu à une infinité de maladies chroniques, auxquelles on doit opposer en général des remedes qui conservent les forces, résistent à la putréfaction, & réparent les liquides : 2° par des ichorosités, dont l’effet est d’engendrer des ulceres qui demandent un traitement particulier, voyez Ulcere : 3° par les putréfactions différentes dont on a parlé ci-dessus.

Enfin les maladies aiguës mal guéries peuvent affecter les solides, les parties composées du corps, & former plusieurs maladies chroniques, en laissant après elles des abscès, des fistules, des empyêmes, des skirrhes, des cancers, des caries, voyez tous ces mots ; & ces maladies chroniques varieront selon les parties que les maladies précédentes attaqueront.

Résultat de tout ce détail. Il résulte de ces détails, qu’il y a des maladies chroniques guérissables, & d’autres incurables, ce qu’une bonne théorie fait aisément connoître ; qu’il y en a de simples & de compliquées ; & qu’enfin il y en a dont la complication est très-grande.

Par rapport aux maladies chroniques incurables, il faut de bonne foi reconnoître les bornes de l’art, & n’opposer à ces maladies que les remedes palliatifs.

Les maladies chroniques simples peuvent en créer une infinité d’autres compliquées qui en sont les effets ; d’où il paroît que ces maladies, quoique très variées dans leurs symptomes, ont cependant une origine peu composée, & ne requierent pas une grande diversité de remedes. Il faut dire même que quoique les maladies chroniques, par la variété de leurs causes, exigent, quand on connoît ces causes, une diversité de traitement, néanmoins elles demandent en général une thérapeutique commune, qui consiste dans l’exercice, les remedes atténuans, résolutifs, corroborans, antiputrides, chauds, la liberté du ventre, & la transpiration.

Mais quelquefois l’origine & les symptomes d’une maladie chronique sont très-compliqués ; alors cette maladie devient d’autant plus difficile à guérir, que sa complication est grande : cependant elle ne doit pas décourager ces génies qui savent par leur expérience & leur pénétration écarter les causes concomitantes, & saisir avec succès la principale dans leur méthode curative.

Qu’il me soit permis d’ajoûter une réflexion que j’ai souvent faite sur la différente conduite que tiennent la plûpart des hommes dans leurs maladies aiguës & chroniques. Dans les premieres ils s’adressent à un medecin, dont il suivent exactement les ordonnances, & gardent ce medecin jusqu’à la terminaison heureuse ou funeste de la maladie : l’accablement, le danger imminent, les symptomes urgens, le prognostic fâcheux, la crainte des évenemens prochains, tout engage de suivre un plan fixe, uniforme, & d’abandonner les choses à leur destinée. Dans les maladies chroniques on n’est point agité par des intérêts aussi vifs, aussi pressans ; la vûe du danger est incertaine, éloignée ; le malade va, vient, souffre plus foiblement ; comme le medecin ne le voit que par intervalles de tems à autres, il peut perdre insensiblement par les variations qui se succedent le fil du mal, & de-là confondre dans sa méthode curative le principal avec l’accessoire : soit faute d’attention ou de lumieres, soit complication de symptomes, il manquera quelquefois de boussole pour se diriger dans le traitement de la maladie, il ne retirera pas de ses remedes tout le succès qu’il se promettoit ; dès-lors le malade impatient, inquiet, découragé, appelle successivement d’autres medecins, qu’il quitte de même, bien ou mal à propos ; ensuite il écoute avec avidité tous les mauvais conseils de ses amis, de ses parens, de ses voisins ; enfin il se livre aveuglément aux remedes de bonnes femmes, aux secrets de paysans, de moines, de chimistes, d’empyriques, de charlatans de toute espece, qui ne guérissent son mal que par la mort.

Cette scene de la vie humaine est si bien dépeinte par Montfleury, que je crois devoir ici copier le tableau qu’il en fait : ceux qui le connoissent m’en sauront gré, comme ceux qui ne le connoissent pas. Il est dans la piece intitulée la Fille Medecin : un charlatan arrive pour traiter la fille de Géronte ; & trouvant sur sa route la femme-de-chambre nommée Lise, il lui demande quels medecins on a vûs. Lise répond :

Je peux vous assûrer, sans en savoir les noms,
Que nous en avons vû de toutes les façons :
Sur ce chapitre-là tout le monde raffine ;
Il n’est point de voisin, il n’est point de voisine,
Qui donnant là-dessus dedans quelque panneau,
Ne nous ait envoyé quelque docteur nouveau.
Nous avons vû céans un plumet qui gasconne,
Un abbé qui guérit par des poudres qu’il donne ;
Un diseur de grands mots, jadis musicien,
Qui fait un dissolvant, lequel ne dissout rien ;
Six medecins crasseux qui venoient sur des mules ;
Un arracheur de dents qui donnoit des pilules ;
La veuve d’un chimiste, & la sœur d’un curé,
Qui font à frais communs d’un baume coloré ;
Un chevalier de Malthe, une dévote, un moine ;
Le chevalier pratique avec de l’antimoine,
Le moine avec des eaux de diverses façons ;
La dévote guérit avec des oraisons.
Que vous dirai-je enfin, monsieur ? de chaque espece
Il est venu quelqu’un pour traiter ma maîtresse ;
Chacun à la guérir s’étoit bien defendu :
Cependant, vous voyez, c’est de l’argent perdu,
On l’enterre aujourd’hui . . . . . . .

C’est-là en effet le dénouement simple, naturel, & vraissemblable, que prépare la folle conduite des hommes dans le genre des maladies dont je termine ici l’article. Article de M. le Chevalier de Jaucourt.

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Étymologie de « chronique »

Étymologie de chronique - Littré

Provenç. espagn. et ital. cronica ; du latin chronica, chronicorum, de chronicus, qui appartient au temps (voy. CHRONIQUE 2).

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Étymologie de chronique - Wiktionnaire

(Date à préciser) Du latin chronicus.
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Phonétique du mot « chronique »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
chronique krɔnik play_arrow

Évolution historique de l’usage du mot « chronique »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « chronique »

  • Dans sa chronique "Rouge vif", l'humoriste Anne Roumanoff se met dans la peau d'Emmanuel Macron, dans la préparation du prochain remaniement. lejdd.fr, "Délicat casting gouvernemental", la chronique d'Anne Roumanoff
  • Disponible dès le 29 juin sur le site d'Arte, "Tu Préfères" est une websérie en dix épisodes montrant sous forme de chronique de la vie de quatre lycéens, Djeneba, Shaï, Aladi et Ismaël, ayant grandi entre les tours de la Place des Fêtes à Paris. AlloCiné, Tu préfères sur Arte : une chronique adolescente joyeuse et libre - News Séries à la TV - AlloCiné
  • L'être humain est la proie de trois maladies chroniques et inguérissables : le besoin de nourriture, le besoin de sommeil et le besoin d'égards. De Henry de Montherlant / Carnets
  • C’est lorsque le pouvoir est associé à une peur chronique qu’il devient formidable. De Eric Hoffer / The passionate state of mind
  • Inconstance. Saturation chronique d'une aventure affective. De Ambrose Bierce / Le dictionnaire du Diable

Traductions du mot « chronique »

Langue Traduction
Portugais crónica
Allemand chronisch
Italien cronico
Espagnol crónica
Anglais chronic
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Synonymes de « chronique »

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Antonymes de « chronique »



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