La langue française

Charlatan

Sommaire

  • Définitions du mot charlatan
  • Étymologie de « charlatan »
  • Phonétique de « charlatan »
  • Évolution historique de l’usage du mot « charlatan »
  • Citations contenant le mot « charlatan »
  • Traductions du mot « charlatan »
  • Synonymes de « charlatan »

Définitions du mot charlatan

Trésor de la Langue Française informatisé

CHARLATAN, subst. masc. et adj.

I.− Subst. masc.
A.− Vx. Marchand ambulant qui, après avoir débité un boniment, vendait des drogues, arrachait des dents, etc., sur les places publiques et dans les foires :
1. Un charlatan, sur un tréteau, Pantalon rouge et vert manteau, Vend à grands cris la vie; Puis échange, contre des sous, Son remède pour loups garous Et l'histoire de point en point suivie, Sur sa pancarte, D'un bossu noir qu'il délivra de fièvre quarte. Verhaeren, Les Villes tentaculaires,Les Campagnes hallucinées, 1895, p. 68.
P. ext., péj. Guérisseur qui se vante de connaître des remèdes miraculeux :
2. Un marchand d'orviétan passa dans le village; mon père, qui ne croyait point aux médecins, croyait aux charlatans : il envoya chercher l'empirique, qui déclara me guérir en vingt-quatre heures. Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe,t. 1, 1848, p. 84.
P. anal. Médecin incapable et sans scrupules. [Les] charlatans en médecine (H. Beer, Introd. à l'astrol.,1939, p. 16).
B.− P. ext., péj. Personne habile qui trompe sur ses qualités réelles et exploite la crédulité d'autrui pour s'enrichir ou s'imposer. Synon. imposteur.C'était un charlatan, ancien radical devenu conservateur, faiseur de romans, orateur pompeux (Maurois, La Vie de Disraëli,1927, p. 116).
SYNT. Les charlatans de la gravité (Baudelaire, Curiosités esthétiques, De l'Essence du rire, 1867, p. 166). [Les] charlatans du socialisme (P. Bourget, Nos actes nous suivent, 1926, p. 36). Les charlatans de la palette et de la plume (Montherlant, Les Célibataires, 1934, p. 818).
Rem. Le subst. fém. charlatane est attesté ds Lar. 19e-20e, Littré, Guérin 1892.
II.− Adj. Qui utilise des procédés de charlatan. Une espèce de médecin charlatan (Sainte-Beuve, Port-Royal, t. 4, 1859, p. 188).[Les] voyageurs (...) tombent dans les lacs de guides charlatans (Gide, Feuilles de route,1896, p. 83).
P. anal. [Un cheval] un peu charlatan, comme il convenait de l'être pour faire briller son cavalier (G. Sand, Les Beaux Messieurs de Bois-Doré,t. 1, 1858, p. 151).
Rem. On trouve ds la docum. une attest. isolée de la forme fém. charlatane (cf. Verlaine, Œuvres posthumes, t. 2, Vive le Roy! 1896, p. 196).
Prononc. et Orth. : [ʃaʀlatɑ ̃]. Ds Ac. 1694-1932. On rencontre ds la docum. les formes charlatant, subst. masc. (Abellio, Heureux les pacifiques, 1946, p. 136) et charlatante, subst. fém. (Proust, La Prisonnière, 1922, p. 365). Étymol. et Hist. 1. 1572 « bateleur » (Amyot, Œuvres morales et meslées de Plutarque, Oracles de la Pythie, 25 ds Hug., s.v. triacleur); 2. 1668 « imposteur » (La Fontaine, Fables, II, 1339). Empr. à l'ital. ciarlatano « charlatan » (xves. ds Batt.) issu du croisement de cerretano proprement « habitant de Cerreto » (village dont les habitants vendaient souvent des drogues dans les marchés; cf. orviétan) d'où « crieur de marché », « charlatan » (xves.) et de ciarlare « bavarder, jaser » (d'orig. onomat., v. DEI). Fréq. abs. littér. : 316. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 682, b) 531; xxes. : a) 310, b) 289.
DÉR. 1.
Charlatanerie, subst. fém.,péj. a) Procédé, attitude ou propos de charlatan. La médecine (...) a été un art (...) avec le génie du diagnostic, avec les trucs et les charlataneries des praticiens (Valéry, Correspondance[avec Gide], 1899, p. 356).b) Rare. État de celui qui abuse de la crédulité publique. La charlatanerie des moralistes (Chamfort, Maximes et pensées,1794, p. 53). [ʃaʀlatanʀi]. Ds Ac. 1694-1932. S'écrit avec 1 seul n comme dans ânerie, chicanerie, courtisanerie, crânerie, magnanerie et flânerie. À comparer avec chouannerie, paysannerie, tannerie, vannerie qui s'écrivent avec 2 n. 1reattest. 1575 (Thevet, Cosmogr., X, 10 ds Hug.); de charlatan, suff. -erie*. Fréq. abs. littér. : 13.
2.
Charlatanesque, adj.,rare. Qui se rapporte au charlatan, ou qui est digne d'un charlatan. Le débit charlatanesque de ce marchand d'orviétan et de panacées merveilleuses (E. et J. de Goncourt, MmeGervaisais,1869, p. 249).Ces produits synthétiques, copieusement enveloppés de trois ou quatre enveloppes de prospectus charlatanesques (Claudel, Un Poète regarde la Croix,1938, p. 91).Attesté ds Besch. 1845, Lar. 19e, Lar. Lang. fr., Littré, Guérin 1892, Ac. 1932, Rob., Quillet 1965, Dub. [ʃaʀlatanεsk]. Ds Ac. 1932. 1reattest. av. 1598 medicine charlatanesque (Ph. de Marnix, Corresp. et Mélanges, p. 104 ds Hug.); vertu et habileté charlatanesque (Ph. de Marnix, Differ. de la Relig., II, I, 3, p. 104 ds Hug.); de charlatan, suff. -esque*. Fréq. abs. littér. : 8.
3.
Charlatanisme, subst. masc.a) Art d'exploiter la crédulité d'autrui érigé en système. Le charlatanisme à côté du mérite est comme le zéro à la droite d'un chiffre et décuple sa valeur (Stendhal, Lucien Leuwen, t. 3, 1836, p. 228).b) Péj. Comportement de charlatan (cf. charlatan B). « La plus grande preuve d'amour que je vous aie donnée a été de me séparer de vous. » (Ceci était charlatanisme pur et conscient) (Montherlant, Les Lépreuses,1939, p. 1467).c) Caractère de ce qui est digne d'un charlatan. Le charlatanisme d'un écrit (Senancour, Obermann,t. 1, 1840, p. 11).[ʃaʀlatanism̥]. Ds Ac. 1762-1932. 1reattest. 1736 (J.-B. Rousseau, Épitre 2, livre II ds Odes, Cantates Épitres et Poesies, Paris, F. Didot, 1799, t. 2, p. 73); de charlatan, suff. -isme*. Fréq. abs. littér. : 150.
BBG. − Gall. 1955, p. XX, 5 (s.v. charlatanisme).Gohin 1903, p. 342 (s.v. charlatanisme).Guiraud (P.). Le Ch. morpho-sém. du mot tromper. B. Soc. Ling. 1968, t. 63, p. 101. − Hope 1971, p. 180. − Kahane (H.), Kahane (R.). Mediterranean words : gondola, charlatan. Rom. Philol. 1951/52, t. 5, pp. 174-180. − Malkiel (Y.). Italian ciarlatano and its romance offshoots. Rom. Philol. 1948/49, t. 2, pp. 317-326. − Menges (K. H.). It. ciarlatano, fr. charlatan. Rom. Philol. 1948/49, t. 2, pp. 229-231. − Nykl (A. R.). Ciarlatano. Mod. Lang. Notes. 1950, t. 65, pp. 518-521. − Tracc. 1907, pp. 127-128. − Wind 1928, p. 37, 44, 151.

Wiktionnaire

Nom commun

charlatan \ʃaʁ.la.tɑ̃\ masculin (pour une femme on dit : charlatane)

  1. Vendeur ambulant de drogues qu’il débite à grand fracas de trompe et de boniments sur les places publiques, monté sur des tréteaux ou sur une voiture.
    • Les charlatans du Japon depécent, dit-on, un enfant aux yeux des spectateurs, puis jettant en l’air tous ses membres l’un après l’autre, ils font retomber l’enfant vivant & tout rassemblé. Tels sont à peu près les tours de gobelets de nos politiques ; après avoir démembré le corps social par un prestige digne de la foire, ils rassemblent les pieces on ne sait comment. — (Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, Marc Michel Rey, 1762, p. 52)
    • Elle honnit le carton-pâte et l’ornement en staff, l’orviétan des charlatans littéraires, le tarabiscotage des épithètes, qui sont trop souvent l’essentiel d’un livre consacré aux splendeurs factices d’un climat africain. — (Pierre Mannoni, Les Français d’Algérie : vie, mœurs, mentalité, 1993)
  2. (Par extension) Toute personne qui se vante de posséder quelque secret merveilleux et qui tire de l’argent des personnes crédules en promettant de le leur communiquer.
    • […] mon père, que son surnom burlesque a fait classer parmi les escamoteurs et les charlatans, était un savant distingué de l’école de Volta, de Galvani et de Mesmer. — (Alexandre Dumas, Les Mille et Un Fantômes)
    • Méfiez-vous de cet essaim de charlatans et de faiseurs d’affaires qui viennent et reviennent sans cesse bourdonner autour de la caisse municipale, comme alléchés par l’odeur de la curée. — (Joseph Caillaux, Mes Mémoires, I, Ma jeunesse orgueilleuse, 1942, p. 13)
    • Ô vous, les arracheurs de dents,
      Tous les cafards, les charlatans,
      Les prophètes,
      Comptez plus sur oncle Archibald
      Pour payer les violons du bal
      À vos fêtes !
      — (Georges Brassens, Oncle Archibald, in Je me suis fait tout petit, 1956)
  3. (Figuré) Homme qui cherche à en imposer, à se faire valoir par un grand étalage de paroles et autres moyens.
    • Il y a par le monde certains charlatans soi-disant économistes, qui me donnent trop d’occupation. Ce n’est pas que je me rompe la tête à scruter les profondeurs de leur science occulte ; […]. — (Julie de Quérangal, Philippe de Morvelle, Revue des Deux Mondes, T. 2,4, 1833)
    • Harland, qui a fort bien connu Vavilov, condamne sans réserves les théories mitchouriniennes, taxe Lyssenko de charlatan et dénonce les odieuses manœuvres qui ont abouti à la révocation des principales figures de la génétique soviétique. — (Joël Kotek & Dan Kotek, L’Affaire Lyssenko, page 196, Éditions Complexe, 1986)
Notes[modifier le wikicode]

Il s’agit généralement d’un terme de mépris. Il est utilisé sans connotation en Afrique noire[1].

Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

CHARLATAN. n. m.
Vendeur ambulant de drogues qu'il débite à grand fracas de trompe et de boniments sur les places publiques, monté sur des tréteaux ou sur une voiture. C'est généralement un terme de mépris. Remède de charlatan. Il se dit, par extension, de Toute personne qui se vante de posséder quelque secret merveilleux et qui tire de l'argent des personnes crédules en promettant de le leur communiquer. Ce n'est point un médecin, ce n'est qu'un charlatan. Il se dit figurément d'un Homme qui cherche à en imposer, à se faire valoir par un grand étalage de paroles et autres moyens. N'écoutez pas cet homme-là, c'est un charlatan. Il y a des charlatans dans tous les états. Un charlatan politique.

Littré (1872-1877)

CHARLATAN (char-la-tan) s. m.
  • 1Opérateur ambulant qui débite des drogues sur les places et dans les foires. Et ce qui plus encor m'empoisonne de rage, Est quand un charlatan relève son langage, Régnier, Sat. v. Il me semble que je vois deux charlatans en plein marché, dont l'un distribue des poisons et l'autre des antidotes, Voltaire, Memmius, IX.
  • 2Empirique qui prétend posséder certains secrets merveilleux. La témérité des charlatans et leurs tristes succès qui en sont les suites, font valoir la médecine et les médecins ; si ceux-ci laissent mourir, les autres tuent, La Bruyère, XIV. On le consultait dans ces maladies rares et extraordinaires pour lesquelles les charlatans n'ont pu faire accroire que la connaissance de l'anatomie fût inutile, Condorcet, Bertin.
  • 3Tous ceux qui exploitent la crédulité publique. Gardez-vous des charlatans. Le monde n'a jamais manqué de charlatans ; Cette science, de tout temps, Fut en professeurs très fertile, La Fontaine, Fabl. VI, 19. Que l'église est fertile en dévots empiriques ! Que de saints charlatans ! Saint-Évremond, dans RICHELET. On connaît ces vieillards sur le Pinde honorés, Politiques adroits, charlatans illustrés, Gilbert, Mon apol. Charlatans ! charlatans ! tout ici-bas n'est que charlatans, Scribe Et Mazères, le Charlatanisme, sc. 3.

    Un charlatan politique, un homme qui, pour s'élever, flatte les passions d'un parti.

    Adj. Un médecin qui n'est point charlatan, Sévigné, 280. C'étaient les parents ou les amis qui faisaient les oraisons funèbres chez les Romains ; l'étranger qui s'en mêle a toujours l'air charlatan, Voltaire, Lett. Tressan, 28 fév. 1767.

HISTORIQUE

XVIe s. Ces charlatans, triacleurs et basteleurs, joueurs de passe-passe, Amyot, dans le Dict. de DOCHEZ.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

CHARLATAN. - HIST. XVIe s. : Ajoutez : Comment est-ce que ce sarlatan d'Eleazar pouvoit dire cela sans rire ? Le Loyer, Discours et histoire des spectres, Paris, 1605, p. 821.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Encyclopédie, 1re édition (1751)

CHARLATAN, s. m. (Medecine.) Voy. à l’article Charlatanerie, la définition générale de ce mot. Nous en allons traiter ici selon l’acception particuliere à la Medecine.

L’usage confond aujourd’hui dans notre langue, de même que dans la langue Angloise, l’empyrique & le charlatan.

C’est cette espece d’hommes, qui sans avoir d’études & de principes, & sans avoir pris de degrés dans aucune université, exercent la Medecine & la Chirurgie, sous prétexte de secrets qu’ils possedent, & qu’ils appliquent à tout.

Il faut bien distinguer ces gens-là des Medecins dont l’empyrisme est éclairé. La Medecine fondée sur de vraies expériences, est très-respectable ; celle du charlatan n’est digne que de mépris.

Les faux empyriques sont des protées qui prennent mille formes différentes. La plûpart grossiers & mal-habiles, n’attrapent que la populace ; d’autres plus fins, s’attachent aux grands & les séduisent.

Depuis que les hommes vivent en société, il y a eu des charlatans & des dupes.

Nous croyons facilement ce que nous souhaitons. Le desir de vivre est une passion si naturelle & si forte, qu’il ne faut pas s’étonner que ceux qui dans la santé n’ont que peu ou point de foi dans l’habileté d’un empyrique à secrets, s’adressent cependant à ce faux Medecin dans les maladies graves & sérieuses, de même que ceux qui se noyent, s’accrochent à la moindre petite branche. Ils se flattent d’en recevoir du secours, toutes les fois que les hommes habiles n’ont pas eu l’effronterie de leur en promettre un certain.

Hippocrate ne guérissoit pas toûjours, ni sûrement : il se trompoit même quelquefois ; & l’aveu ingénu qu’il a fait de ses fautes, rend son nom aussi respectable que ses succès. Ceux au contraire qui ont hérité de leurs peres la medecine pratique, & à qui l’expérience est échûe par succession, assûrent toûjours & avec serment qu’ils guériront le malade. Vous les reconnoîtrez à ce propos de Plaute :

perfacile id quidem est,
Sanum futurum ; meâ ego id promitto fide.

« Rien de plus aisé que de le tirer d’affaire : il guérira ; c’est moi qui vous en donne ma parole d’honneur ».

Quoique l’impudence & le babil soient d’une ressource infinie, il faut encore à la charlatanerie quelque disposition intérieure du malade qui en prépare le succès : mais l’espérance d’une prompte santé d’un côté, celle d’une bonne somme d’argent de l’autre, forment une liaison & une correspondance assûrée.

Aussi la charlatanerie est elle très-ancienne. Parcourez l’histoire medicinale des Egyptiens & des Hébreux, & vous n’y verrez que des imposteurs, qui profitant de la foiblesse & de la crédulité, se vantoient de guérir les maladies les plus invétérées par leurs amulettes, leurs charmes, leurs divinations, & leurs spécifiques.

Les Grecs & les Romains furent à leur tour inondés de charlatans en tout genre. Aristophane a célebré un certain Eudamus qui vendoit des anneaux contre la morsure des bêtes venimeuses.

On appelloit ὀκλαγωγοι, ou simplement agyrtæ, du mot ἀγειρειν, assembler, ceux qui par leurs discours assembloient le peuple autour d’eux ; circulatores, circuitores, circumforanei, ceux qui couroient le monde, & qui montoient sur le théatre, pour se procurer la vente de leurs remedes ; cellularii medici, ceux qui se tenoient assis dans leurs boutiques, en attendant la chalandise. C’étoit le métier d’un Chariton, de qui Galien a tiré quelques descriptions de médicamens : c’étoit celui d’un Clodius d’Ancone, qui étoit encore empoisonneur, & que Cicéron appelle pharmacopola circumforaneus. Quoique le mot pharmacopola s’appliquât chez les anciens à tous ceux en général qui vendoient des médicamens sans les avoir préparés, on le donnoit néanmoins en particulier à ceux que nous désignons aujourd’hui par le titre de batteleur.

Nos batteleurs, nos Eudamus, nos Charitons, nos Clodius, ne different point des anciens pour le caractere ; c’est le même génie qui les gouverne, le même esprit qui les domine, le même but auquel ils tendent ; celui de gagner de l’argent, & de tromper le public, & toûjours avec des sachets, des peaux divines, des calottes contre l’apoplexie, l’hémiplégie, l’épilepsie, &c.

Voici quelques traits des charlatans qui ont eu le plus de vogue en France sur la fin du dernier siecle. Nous sommes redevables à M. Dionis de nous les avoir conservés ; la connoissance n’en est pas aussi indifférente à l’humanité qu’on pourroit l’imaginer du premier abord.

Le marquis Caretto, un de ces avanturiers hardis, d’un caractere libre & familier, qui se produisant eux-mêmes protestent qu’ils ont dans leur art toute l’habileté qui manque aux autres, & qui sont crûs sur leur parole, perça la foule, parvint jusqu’à l’oreille du prince, & en obtint la faveur & des pensions. Il avoit un spécifique qu’il vendoit deux loüis la goutte ; le moyen qu’un remede si cher ne fût pas excellent ? Cet homme entreprit M. le maréchal de Luxembourg, l’empêcha d’être saigné dans une fausse pleurésie dont il mourut. Cet accident décria le charlatan, mais le grand capitaine étoit mort.

Deux capucins succéderent à l’avanturier d’Italie ; ils firent publier qu’ils apportoient des pays étrangers des secrets inconnus aux autres hommes. Ils furent logés au Louvre ; on leur donna 1500 liv. par an. Tout Paris accourut vers eux ; ils distribuerent beaucoup de remedes qui ne guérirent personne ; on les abandonna, & ils se jetterent dans l’ordre de Clugni. L’un, qui se fit appeller l’abbé Rousseau, fut martyr de la charlatannerie, & aima mieux mourir que de se laisser saigner. L’autre, qui fut connu sous le nom de l’abbé Aignan, ne se réserva qu’un remede contre la petite vérole, mais ce remede étoit infaillible. Deux personnes de la premiere qualité s’en servirent : l’un étoit M. le duc de Roquelaure, qui en réchappa, parce que sa petite vérole se trouva d’une bonne qualité : l’autre, M. le prince d’Epinoi, qui en mourut.

En voici un pour les urines ; on l’appelloit le medecin des bœufs. Il étoit établi à Seignelai, bourg du comté d’Auxerre : il prétendoit connoître toutes sortes de maladies par l’inspection des urines ; charlatannerie facile, usée, & de tout pays. Il passa pendant quelque tems pour un oracle ; mais on l’instruisit mal, il se trompa tant de fois que les urines oublierent le chemin de Seignelai.

Le pere Guiton, cordelier, ayant lû dans un livre de Chimie la préparation de quelques médicamens, obtint de ses supérieurs la liberté de les vendre, & d’en garder le profit, à condition d’en fournir gratis à ceux du couvent qui en auroient besoin. M. le prince d’Isenghien & plusieurs autres personnes éprouverent ses remedes, mais avec un si mauvais succès, que le nouveau chimiste en perdit son crédit.

Un apoticaire du comtat d’Avignon se mit sur les rangs avec une pastille, telle qu’il n’étoit point de maladie qui ne dût céder à sa vertu. Ce remede merveilleux, qui n’étoit qu’un peu de sucre incorporé avec de l’arsenic, produisit les effets les plus funestes. Ce charlatan étoit si stupide, que prenant pour mille pastilles, mille grains d’arsenic, qu’il mêloit, sans aucune précaution, avec autant de sucre qu’il en falloit pour former les mille pastilles, la distribution de l’arsenic n’étoit point exacte ; ensorte qu’il y avoit telle pastille chargée de très-peu d’arsenic, & telle autre de deux grains & plus de ce minéral.

Le frere Ange, capucin du couvent du faubourg S. Jacques, avoit été garçon apoticaire ; toute la science consistoit dans la composition d’un sel végétal, & d’un syrop qu’il appelloit mésentérique, & qu’il donnoit à tout le monde, attribuant à ce syrop la propriété de purger avec choix les humeurs qu’il falloit évacuer. C’étoit, dit-on, un bon-homme, qui le croyoit de bonne foi. Madame la Dauphine, qui étoit indisposée, usa de son sel & de son syrop pendant quinze jours, & n’en recevant aucun soulagement, le frere Ange fut congédié.

L’abbé de Belzé lui succéda à Versailles. C’étoit un prêtre Normand qui s’avisa de se dire medecin ; il purgea Madame la Dauphine vingt-deux fois en deux mois, & dans le tems où il est imprudent de faire des remedes aux femmes ; la princesse s’en trouva fort mal, & Mesdemoiselles Besola & Patrocle, deux de ses femmes-de-chambre, qui avoient aussi fait usage de la medecine de l’abbé, en contracterent un dévoyement continuel, dont elles moururent l’une après l’autre.

Le sieur du Cerf vint ensuite avec une huile de gayac qui rendoit les gens immortels. Un des aumôniers de Madame la Dauphine, au lieu de se mêler de son ministere, s’avisa de proposer le sieur du Cerf ; le charlatan vit la princesse, assûra qu’il en avoit guéri de plus malades qu’elle ; courut préparer son remede ; revint, & trouva la princesse morte : & cet homme, qui avoit le secret de l’immortalité, mourut trois mois après.

Qui est-ce qui a fait autant de bruit, qui est-ce qui a été plus à la mode que le medecin de Chaudrais ? Chaudrais est un petit hameau composé de cinq ou six maisons, auprès de Mantes ; là il se trouva un paysan d’assez bon sens, qui conseilloit aux autres de se servir tantôt d’une herbe, tantôt d’une racine ; ils l’honorerent du titre de medecin. Sa réputation se répandit dans sa province, & vola jusqu’à Paris, d’où les malades accoururent en foule à Chaudrais. On fut obligé d’y faire bâtir des maisons pour les y loger ; ceux qui n’avoient que des maladies légeres, guérissoient par l’usage de ses plantes pulvérisées, ou racines dessechées : les autres s’en revenoient comme ils étoient allés. Le torrent de malades dura cependant trois à quatre années.

C’est un phénomene singulier que l’attrait que la cour a pour les charlatans ; c’est-là qu’ils tendent tous. Le sieur Bouret y débarqua avec des pillules merveilleuses dans les coliques inflammatoires ; mais, malheureusement pour la fortune de celui-ci, il fut attaqué lui-même, tout en débarquant, de cette maladie, que son remede augmenta tellement qu’il en mourut en quatre jours.

Voilà l’abregé historique des plus fameux charlatans. Ce furent, comme on voit, un marquis étranger, des moines, des prêtres, des abbés, des paysans, tous gens d’autant plus assûrés du succès, que leur condition étoit plus étrangere à la Medecine.

La charlatannerie médicinale n’est ni moins commune ni moins accréditée en Angleterre ; il est vrai qu’elle ne se montre guere que sur les places publiques, où elle sait bien étaler à son avantage la manie du patriotisme. Tout charlatan est le premier patriote de la nation, & le premier medecin du monde. Il guérit toutes les maladies, quelles qu’elles soient, avec ses spécifiques, & la bénédiction de Dieu ; c’est toûjours une des conditions de l’affiche.

Je me souviens, dit M. Addisson, d’avoir vû à Hammersmith un de ces patriotes, qui disoit un jour à son auditoire : « Je dois ma naissance & mon éducation à cet endroit, je l’aime tendrement ; & en reconnoissance des bienfaits que j’y ai reçûs, je fais présent d’un écu à tous ceux qui voudront l’accepter ». Chacun s’attendoit, la bouche béante, à recevoir la piece de cinq schelins ; M. le docteur met la main dans un long sac, en tire une poignée de petits paquets, & dit à l’assemblée : « Messieurs, je les vends d’ordinaire cinq schelins six sols ; mais en faveur des habitans de cet endroit, que j’aime tendrement, j’en rabbattrai cinq schelins ». On accepte son offre généreuse ; ses paquets sont enlevés, les assistans ayant répondu les uns pour les autres, qu’il n’y avoit point d’étrangers parmi eux, & qu’ils étoient tous ou natifs, ou du moins habitans d’Hammersmith.

Comme rien n’est plus propre pour en imposer au vulgaire, que d’étonner son imagination & entretenir sa surprise, les charlatans des îles Britanniques se font annoncer sous le titre de docteurs nouvellement arrivés de leurs voyages, dans lesquels ils ont exercé la Medecine & la Chirurgie par terre & par mer, en Europe & en Amérique, où ils ont appris des secrets surprenans, & d’où ils apportent des drogues d’une valeur inestimable pour toutes les maladies qui peuvent se présenter.

Les uns suspendent à leurs portes des monstres marins farcis de paille, des os monstrueux d’animaux, &c. ceux-ci instruisent le public qu’ils ont eû des accidens extraordinaires à leur naissance, & qu’il leur est arrivé des desastres surprenans pendant leur vie ; ceux-là donnent avis qu’ils guérissent la cataracte mieux que personne, ayant eu le malheur de perdre un œil dans telle bataille, au service de la patrie.

Chaque nation a ses charlatans ; & il paroît que par-tout ces hommes mettent autant de soin à étudier le foible des autres hommes, que les véritables Medecins à connoître la nature des remedes & des maladies. Et en quelque lieu du monde qu’on soit, il n’y en a presque pas un qu’on ne puisse reconnoître au passage de Plaute que nous avons cité plus haut, & congédier avec la recette suivante. Elle est d’un seigneur Anglois ; il étoit dans son lit cruellement tourmenté de la goutte, lorsqu’on lui annonça un charlatan qui avoit un remede sûr contre ce mal. Le lord demanda si le docteur étoit venu en carrosse, ou à pié : à pié, lui répondit le domestique. « Eh bien, répliqua le malade, va dire à ce fripon de s’en retourner ; car s’il avoit le remede dont il se vante, il rouleroit en carrosse à six chevaux ; & je le serois allé chercher, moi, & lui offrir la moitié de mon bien pour être délivré de mon mal ».

Cet article est l’extrait d’un excellent mémoire de M. le Chevalier de Jaucourt, que les bornes de cet ouvrage nous forcent à regret d’abréger.

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Étymologie de « charlatan »

Ital. ciarlatano, de ciarlare, babiller.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

(1572) De l’italien ciarlatano, de ciarlare (« parler avec emphase »).
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Du moyen français charlatan.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « charlatan »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
charlatan ʃarlatɑ̃

Évolution historique de l’usage du mot « charlatan »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « charlatan »

  • L'espérance n'est qu'un charlatan qui nous trompe sans cesse ; et, pour moi, le bonheur n'a commencé que lorsque je l'ai perdue. De Chamfort
  • L'élection encourage le charlatanisme. De Ernest Renan / La réforme intellectuelle et morale de la France
  • On devient charlatan sans le savoir, et comédien sans le vouloir. Henri Frédéric Amiel, Journal intime, 8 septembre 1866
  • Il* m'a toujours paru un charlatan de vertu. duchesse de Choiseul, Lettres, à Mme du Deffand
  • La témérité des charlatans, et leurs tristes succès, qui en sont les suites, font valoir la médecine et les médecins ; si ceux-ci laissent mourir, les autres tuent. Jean de La Bruyère, Les Caractères, De quelques usages
  • Les auteurs présumés devraient se servir des organes de Gracia Prunelle à des fins de charlatanisme, selon le procureur de la République de Cotonou, Mario Mètonou : DW.COM, Ouverture d’un procès pour pratique de charlatanisme au Bénin | Afrique | DW | 15.06.2020
  • Il y a du charlatan dans quiconque triomphe en quelque domaine que ce soit. De Emil Michel Cioran / Aveux et anathèmes
  • Le peuple n'aime ni le vrai ni le simple : il aime le roman et le charlatan. De Edmond et Jules de Goncourt / Journal
  • Un homme qui vend du miracle afin d'être adulé n'est qu'un charlatan. Celui qui le lui achète, même s'il n'aboie pas, n'est qu'un chien. De Sayd Bahodine Majrouh
  • Ceux qui ont le don de la parole et qui sont orateurs ont en main un grand instrument de charlatanisme : heureux s'ils n'en abusent pas. De Charles-Augustin Sainte-Beuve / Causeries du Lundi
  • Tous les docteurs ne sont que des charlatans. Et tous les malades aussi. Seule la marine est honnête en Angleterre. De Eugène Ionesco / La Cantatrice chauve
  • Une démocratie peut se rétablir rapidement d'un désastre matériel ou économique, mais quand ses convictions morales faiblissent, il devient facile pour les démagogues et les charlatans de prêcher. Alors tyrannie et oppression passent à l'ordre du jour. De James William Fulbright / Discours au Sénat
  • "J'appelle charlatan un type qui se prend pour un devin, qui prédit en février la fin d'une pandémie alors qu'il n'y connaît rien, qui vend une molécule qui ne marche pas, qui marche autant qu'une pastille Valda (...) qui se prend pour Dieu, qui fait de la science une affaire de sondage", a-t-il déclaré. ladepeche.fr, "Un charlatan qui se prend pour Dieu" : Raphaël Enthoven dézingue Didier Raoult - ladepeche.fr
  • Alors que Pascal Praud, qui anime l’émission, a refusé que Didier Raoult soit traité de "charlatan démasqué", Raphaël Enthoven a répliqué en précisant que le professeur marseillais se prend pour un devin pour faire des prédictions non vérifiées sur l’évolution de la pandémie. amomama.fr, Raphaël Enthoven tacle Didier Raoult: "Un charlatan qui se prend pour Dieu"
  • Bénin : « Fillette sacrifiée », le charlatan condamné à la prison à perpétuité et le commanditaire acquitté KOACI, Bénin : « Fillette sacrifiée », le charlatan condamné à la prison à perpétuité et le commanditaire acquitté - KOACI
  • Suite à la dénonciation, la police s’est rendue au domicile du mis en cause. Lors de l’interpellation du charlatan (36 ans) et de son assistante (31 ans), 19 femmes se trouvaient dans l’appartement. Certaines femmes se rendaient chez le charlatan pour se faire soigner de certaines maladies tandis que d’autres espèrent régler des problèmes d’argent ou de couple, précise la même source. Bladi.net, Maroc/charlatanisme : un "raqi" arrêté à Fkih Bensaleh
  • Le suspect aurait usurpé l’identité d’un charlatan marocain résidant en Tunisie et aurait violé, pendant l’exercice de son «métier», 2 de ses clientes, en plus d’en harceler d’autres. Kapitalis, Kef : Arrestation d'un charlatan accusé de viol et d'escroquerie - Kapitalis
  • Le charlatanisme continue à tuer. En effet, selon une source sécuritaire citée par la radio Mosaïque Fm, un enfant de douze ans est décédé à Hammamet, jeudi 18 juin 2020 alors qu'il subissait une séance censée le guérir. La tête et les membres de l'enfant ont été placés dans une eau très chaude. Espace Manager, Hammamet : Un charlatan cause la mort d’un enfant en présence de sa mère
  • Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes ont exprimé leur colère, évoquant « une séance de torture » aux mains d'un « bourreau » de 28 ans. La correspondante de la radio algérienne dans la ville voisine de Constantine a condamné un acte « abominable commis par un charlatan ». « Jusqu'à quand ces crimes vont se poursuivre », s'est-elle encore demandé sur sa page Facebook. leparisien.fr, Émotion en Algérie après la mort d’une fillette de 10 ans lors d’une séance d’exorcisme - Le Parisien
  • Selon la même source, l’accusé opérait chez lui, dans le quartier El Hamri. Un client lui aurait versé plusieurs sommes d’argent pour “se débarrasser d’une malédiction ou gagner en chance”. Une perquisition du domicile du présumé charlatan, effectuée par les services de sécurité, a permis de découvrir des livres de sorcellerie, des talismans, un encrier et d’autres objets. L’accusé a été placé en détention provisoire en attente de son procès. Observ'Algérie, Algérie : Un homme accusé de "sorcellerie et de charlatanisme" arrêté

Traductions du mot « charlatan »

Langue Traduction
Anglais charlatan
Espagnol charlatán
Italien ciarlatano
Allemand scharlatan
Portugais charlatão
Source : Google Translate API

Synonymes de « charlatan »

Source : synonymes de charlatan sur lebonsynonyme.fr
Partager