Cartouche : définition de cartouche


Cartouche : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

CARTOUCHE1, subst. masc.

A.− B.-A. Ornement en forme de carte aux bords enroulés dont le champ porte des armoiries, une inscription :
1. Une sorte de tour carrée, (...) s'avance au milieu de la façade. (...) le haut est décoré d'un grand écusson en relief, posé sur des rinceaux et encadré d'un cartouche et de deux médaillons. T'Serstevens, L'Itinéraire espagnol,1933, p. 194.
ÉGYPTOLOGIE. Encadrement elliptique portant les noms et les attributs des souverains ou des divinités :
2. ... des trous carrés flanqués de piliers historiés d'hiéroglyphes, et dont les linteaux portaient des cartouches mystérieux où se distinguaient dans un grand disque jaune le scarabée sacré, le soleil à tête de bélier, et les déesses Isis et Nephtys agenouillées ou debout. T. Gautier, Le Roman de la momie,1858, p. 161.
B.− P. ext. Partie d'une carte, d'un plan où sont inscrits la légende, des commentaires.
Rem. Attesté ds Quillet 1965, Lar. encyclop. Suppl. 1968, Lar. Lang. fr.
Prononc. et Orth. : [kaʀtuʃ]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. 1546 sculpt. cartoche (J. Martin, Hypnerotomachie ou Discours du Songe de Poliphile, trad. fr. d'un texte italien de Fr. Colonna, d'apr. M. Cagnon et S. Smith ds Cah. Lexicol., 1971, p. 103); 2. 1611 cartouche (Cotgr.). Empr. à l'ital. cartoccio (subst. masc., dér. avec suff. dimin. -occio de carta « papier ») proprement « cornet de papier » (Michelangelo), attesté au xvies. comme terme d'archit. (C. Bartoli ds Batt.). Bbg. Hope 1971, p. 177. − Rommel 1954, p. 11. − Wind 1928, p. 121.

CARTOUCHE2, subst. fém.

A.− Ensemble formé de la douille et du/des projectile(s) des armes à feu portatives. Cartouche de chasse, de guerre :
1. ... il vient de penser à sa carabine; il s'arrête, il fait venir la culasse en arrière, il met une cartouche dans le canon. Ramuz, La Grande peur dans la montagne,1926, p. 248.
SYNT. Cartouche à balle, à plombs; cartouche à blanc; brûler des cartouches; (vx) déchirer la cartouche (pour verser son contenu dans le canon des armes qui ne se chargent pas par la culasse).
P. métaph. (Brûler, épargner, ...) ses dernières cartouches. Ses dernières ressources :
2. ... des quatre-vingts francs, son unique capital, qu'il [Marius Cabannes] possédait en débarquant, il ne lui restait plus que trois pièces de cent sous. Voulant épargner ses dernières cartouches, il avait déjeuné sur le pouce... Coppée, Contes rapides,1889, p. 118.
Vx. Cartouche à obus :
3. − Vingt coups par pièce, tir à volonté. (...) les servants (...) happaient les douilles et vissaient les fusées d'une main fébrile. (...) Je n'attendais pas le repos du tube pour enfoncer la nouvelle cartouche dans la culasse fumante, ... Abellio, Heureux les pacifiques,1946, p. 24.
P. ext. Étui d'explosif :
4. Si on utilise la dynamite, il est quelquefois inutile d'assécher le trou; on y descend le nombre de cartouches nécessaires qu'on tasse au bourroir en bois, juste assez pour que le fond du trou de mine soit bien rempli. J. Bourde, Les Trav. publ.,t. 1, 1928, p. 109.
Rem. Masc. ds cet emploi pour Ac. 1835, Besch. 1845, Littré, DG, Guérin 1892.
B.− P. anal.
1. HIST. (Sous l'Ancien Régime). Feuille de congé des soldats, contenue dans un étui métallique. J'ai servi, (...); et voici ma cartouche (Collin d'Harleville, Le Vieux célibataire,1792, p. 134).
Cartouche jaune. Cartouche donnée aux soldats renvoyés pour motif disciplinaire (cf. Robespierre, Discours, Sur la guerre, t. 8, 1792, p. 143).
2. TECHNOLOGIE :
5. Le réacteur EDF 2 (...) comprendra : un ensemble cylindrique vertical de graphite pesant trois mille tonnes, (...) où se trouvent plusieurs milliers de cavités verticales dans lesquelles sont logées des cartouches d'uranium métal (...), cylindres creux de quelques centimètres de diamètre, gainés d'un tube de magnésium... Goldschmidt, L'Aventure atomique,1962, p. 211.
3. Usuel. Cartouche (de stylographe). Petit cylindre contenant de l'encre (cf. recharge). Cartouche (de cigarettes). Emballage de plusieurs paquets de cigarettes.
Prononc. et Orth. : [kaʀtuʃ]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. « papier enroulé contenant la charge » a) d'un mousquet, d'un pistolet 1571 cartuche (Carloix, VI, 15 ds Littré); av. 1591 cartouche fém. (La Noue, Mém., p. 237 ds Gdf. Compl.); b) d'un canon 1581 cartuche (L'Hist. de France, 617 ds Rom. Forsch., t. 32, p. 26); d'où p. anal. 1792 cartouche « feuille de congé des soldats enroulée dans un étui métallique », supra; 2. 1751 cartouche « boîte en carton contenant les matières inflammables de pièces d'artifice » (Encyclop. t. 2). Empr., avec changement de genre, à l'ital. cartoccio, subst. masc., attesté ds Batt. comme terme d'art milit. et de pyrotechnie dep. le xives. (v. cartouche1terme d'archit.). L'ital. cartuccia, subst. fém. attesté au sens propre de « petit morceau de papier » dep. le xvies. et seulement au xixes. comme terme d'art milit., est un empr. sém. au fr. (DEI; FEW t. 2, p. 630a; Hope, p. 177).
STAT. − Cartouche1 et 2. Fréq. abs. littér. : 433. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 214, b) 1 111; xxes. : a) 742, b) 616.
DÉR. 1.
Cartoucherie, subst. fém.Usine où l'on fabrique des cartouches. La fabrication journalière des cartouches s'éleva progressivement à 3 400 000. Ce rendement ne fut dépassé que beaucoup plus tard et seulement à la suite de l'extension des installations des cartoucheries (Joffre, Mémoires,t. 2, 1931, p. 36).[kaʀtuʃ ʀi]. Ds Ac. 1932. 1reattest. 1872 (Littré Add.); de cartouche2, suff. -erie*. Fréq. abs. littér. : 4.
2.
Cartouchière, subst. fém.Petite sacoche fixée au ceinturon, ceinture à poches dans laquelle on met des cartouches. Cartouchière de cuir. Épuiser sa cartouchière (Ambrière, Les Grandes vacances,1946, p. 227).Deux lourds fusils, un sur chaque épaule, un grand couteau de chasse à la ceinture, sur le ventre une cartouchière (Daudet, Tartarin de Tarascon,1872, p. 46). [kaʀtuʃjε:ʀ]. Ds Ac. 1932. 1reattest. 1840 cartouchère (Mérimée, Colomba, p. 78), 1846 cartouchière (A. Dumas Père, Le Comte de Monte-Cristo, t. 1, p. 457); de cartouche2, suff. -ière*. Fréq. abs. littér. : 49.
BBG. − Gottsch. Redens. 1930, p. 316. − Hope 1971, pp. 177-178. − Rog. 1965, p. 94. − Wind 1928, p. 125.

Cartouche : définition du Wiktionnaire

Nom commun 1

cartouche \kaʁ.tuʃ\ féminin

  1. (Armement) Charge entière d’une arme à feu portative, enfermée dans un carton cylindrique ou dans une douille de métal.
    • Il pense au gardien de la mine d’Ichmoul mettant en fuite les bandits avec les quatre cartouches de son vieux mousqueton. — (Bachaga Boualam, Les Harkis au service de la France, France-Empire, 1963, page 44)
  2. (Artificier) Toute sorte de boîte dans laquelle on renferme les matières inflammables pour en déterminer et en varier les effets.
  3. (Figuré) (Familier) Admonestation, réprimande.
    • "On a fauté, on n'a pas été au niveau, ce n'est pas acceptable. (…) J’ai mis une cartouche aux joueurs", a lancé le coach bordelais avant d'ajouter : "Mais une fois que c’est dit, il faut se remettre dans le travail." — (Camille Batchir, "J'ai mis une cartouche aux joueurs !", BeSoccer, 27 octobre 2017 → lire en ligne)
  4. (Par extension) (Vulgaire) Rapport sexuel.
    • ’tain, la meuf ! J’y mettrais bien une cartouche !
  5. (France) Lot, emballé par le fabricant, de dix paquets de cigarettes.
    • Rabah et moi traversons la place, un homme nous présente quatre cartouches de Gauloises sans filtre et nous harcèle : « Quarante mille ! Quarante mille les quatre, mon frère ! » — (Salim Hatubou, L'odeur du béton, L'Harmattan, 1999, page 55)
  6. Boîte d’un format spécifique contenant une recharge d’un consommable particulier.
    • L’imprimante me dit que la cartouche de rouge est vide alors qu’un simple contrôle visuel suffit pour voir qu’il en reste plein.
    • Ces cartouches d’encre bleue effaçable conviennent à la plupart des stylos à plume et vous garantissent un confort d’écriture inégalable pour personnaliser votre correspondance manuscrite.
    • Les cartouches des différents fabricants sont trop souvent incompatibles entre elles.
  7. (Figuré) (Au pluriel) Arguments ; moyens.
    • À près de 50 jours du premier tour de la présidentielle, l'équipe du candidat-président n'a pas tiré toutes ses cartouches et compte sur les moments charnières pour refaire son retard sur le candidat socialiste. — (Carl Meeus, La cote de confiance de Hollande au plus haut, Le Figaro. Mis en ligne le 1er mars 2012)
    • Il est grand temps que l’Allemagne fasse sa part du travail en puisant enfin dans ses excédents budgétaires pour prendre le relais d’une BCE qui, même si elle s’en défend, a tiré toutes ses cartouches. — (Stéphane Lauer, Taux bas : « Mettre de l’argent de côté est sur le point de devenir un vice passible de sanction », Le Monde. Mis en ligne le 23 septembre 2019)
  8. (Jeux vidéo) Support amovible contenant des jeux pour console de jeu.
    • La première ! Oui, c’est la première console de jeux avec cartouches, c’est-à-dire avec des jeux interchangeables. — (Philippe Roose, « Fairchild Semi Conductor Channel F », L’âge d'or : histoire des consoles de jeux de salon, Cépaduès, 2011, page 37)
  9. (Internet) Fenêtre présentant de façon synthétique et structurée des informations textuelles ou graphiques sur un sujet, qui apparaît notamment en marge de la page des résultats d’une recherche sur la toile.

Nom commun 2

cartouche \kaʁ.tuʃ\ masculin

  1. (Ornement) Sorte d’ornement représentant une carte déroulée et qui sert à encadrer une inscription, une devise, etc.
    • Capestang remarqua qu'un des conspirateurs accrochait au mur du fond un cartouche représentant l'écu des princes de Condé-Bourbon, avec les fleurs de lys et la barre en travers. — (Michel Zévaco, Le Capitan, 1906, Arthème Fayard, coll. « Le Livre populaire » no 31, 1907)
    • Des tapissiers déroulent, le long des maisons, des toiles blanches et rouges. Les bourgeois fixent à leurs balcons des cartouches colorés d’où jaillissent des drapeaux aux lances de carton-pâte. — (Germaine Acremant, Ces dames aux chapeaux verts, Plon, 1922, collection Le Livre de Poche, page 229.)
    • Elle remarque, pour les tableaux, que le nom du peintre est inscrit dans un petit cartouche de cuivre sur le cadre. — (Germaine Acremant, Ces dames aux chapeaux verts, Plon, 1922, collection Le Livre de Poche, page 352.)
  2. (Technique) Information concernant le document, inscrite dans un cadre placé généralement en bas et à droite de la feuille d'un dessin technique ou d'un plan d'architecte.
  3. (Antiquité) Sorte d’anneau elliptique qui, dans les inscriptions hiéroglyphiques, entoure les noms propres, les titres honorifiques.
  4. (Cartographie) (Entourant le titre et éventuellement d'autres indications) Cadre de dimensions réduites[1].
  5. (France) Petit panneau routier comportant la référence de la voie empruntée ou indiquée.
    • Les cartouches de type E40 permettent de localiser la voie sur laquelle les panneaux sont implantés. — (Panneau de signalisation routière de localisation en France sur l’encyclopédie Wikipédia Wikipedia-logo-v2.svg)
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Cartouche : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

CARTOUCHE. n. f.
Charge entière d'une arme à feu portative, enfermée dans un carton cylindrique ou dans une douille de métal. Ils avaient épuisé leur provision de cartouches. Il se dit encore, en termes d'Artificier, de Toute sorte de boîte dans laquelle on renferme les matières inflammables pour en déterminer et en varier les effets.

CARTOUCHE est du genre masculin en termes d'Architecture, de Sculpture ou de Peinture et désigne une Sorte d'ornement représentant une Carte déroulée et qui sert à encadrer une inscription, une devise, etc. En termes d'Antiquité, il se dit d'une Sorte d'anneau elliptique qui, dans les inscriptions hiéroglyphiques, entoure les noms propres, les titres honorifiques.

Cartouche : définition du Littré (1872-1877)

CARTOUCHE (kar-tou-ch') s. m.
  • 1Ornement de sculpture en forme de table avec des enroulements, sur lequel on met quelquefois des inscriptions. Ces noms que la gloire a tracés Dans un cartouche de lumière, Voltaire, Ép. 56.
  • 2Dessin qui, mis au bas d'un plan ou d'une carte de géographie, renferme le titre ou la dédicace de l'ouvrage. Des ornements assez agréables, des cartouches recherchés qui pouvaient faire l'effet de prévenir et d'amuser les yeux de la plupart du monde, Fontenelle, Delisle.

    Dessin en encadrement mis sur une pièce officielle. Un des gouverneurs avec le secrétaire m'apporta des lettres [de bourgeoisie] conçues en des termes très obligeants et très honorables, et dans le cartouche desquelles, dessiné en miniature, ils avaient eu l'attention de mettre ma devise, Rousseau, Lett. d'Ivernois, 7 janvier 1765.

    Sorte d'anneau elliptique qui, dans les inscriptions hiéroglyphiques, entoure les noms propres des dieux, des rois.

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Cartouche : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

CARTOUCHE, en Architecture, est un ornement de sculpture, de pierre, de marbre, de bois, plâtre, &c. composé de membres d’Architecture, au milieu duquel est un espace de forme réguliere ou irréguliere, dont la surface est quelquefois plane, concave, convexe, ou tous les deux ensemble. Ces cartouches servent ordinairement à annoncer le nom des grands hôtels, ou à recevoir des inscriptions, des chiffres, des armoiries, des bas-reliefs, pour la décoration extérieure & intérieure des églises, communautés, ou pour la décoration des appartemens. Ce mot vient de l’Italien cartoccio, qui signifie la même chose.

On appelle aussi cartouche le dessein qu’on met au bas des plans ou cartes de Géographie, & qui sert à renfermer le titre ou le blason de celui à qui on le veut présenter. Ces cartouches sont susceptibles d’attributs ou d’allégories qui doivent être relatives à celui à qui l’on présente ces desseins, ou à leur objet.

On appelle cartel les petits cartouches qui servent dans les décorations des frises ou panneaux de menuiserie, & généralement ceux qu’on employe dans les bordures des tableaux aux couronnemens des trumeaux, cheminées, pilastres, &c.

En général il faut éviter le genre tourmenté & trop pittoresque dans ces sortes de sculptures ; leur composition demande de la retenue, aussi bien que toutes les autres productions analogues à l’Architecture. Voyez ce qui a été dit au sujet des amortissemens. (P)

Cartouche, (Peinture.) est une espece de bordure d’ornemens peints ou sculptés, qui renferment des tableaux, des bas-reliefs, des trophées, des inscriptions ou devises, &c.

On fait des cartouches de toutes sortes de formes, & on les compose de tout ce que le caprice ou la mode peut suggérer : on les appelle cartouches, parce qu’ils ont quelquefois des parties qui ressemblent à des cartons roulés & entortillés. Aujourd’hui même ils conservent encore quelques parties de ces cartons qui leur ont donné nom, & dont ces ornemens ont été composés dans leur origine. (R)

Cartouche, en Jardinage, est un ornement régulier en forme de tableau, avec des enroulemens, qui se répete souvent aux deux côtés ou aux quatre coins d’un parterre ; le milieu se remplit d’une coquille de gason, ou d’un fleuron de broderie. (K)

Cartouches, Gargouges, Gargouches, ou Gargousses : on se sert presque également de ces mots dans l’Artillerie, pour signifier une espece de boîte faite d’un parchemin ou d’un papier en plusieurs doubles, ou d’une feuille de fer blanc, ou même de bois, qui renferme la charge de poudre & le boulet, & qui se met dans une piece lorsque l’on est tellement pressé de tirer, que l’on n’a pas le tems de s’ajuster.

Quand on n’y met pas de boulet, l’on y met des balles de plomb, des clous, des chaînes, & de la mitraille de fer, afin que le coup écarte davantage.

Surtout les cartouches à grappes de raisin, qui sont des balles de plomb jointes avec de la poix, enfermées dans une toile claire, & disposées sur une petite planche en forme pyramidale autour d’un piquet de bois qui s’éleve du milieu de la planche, sont d’une grande utilité dans un combat ou dans une bataille.

Il y a des moules de bois dont on se sert pour serrer ces gargouges & cartouches, afin de pouvoir les faire avec plus de propreté & de justesse.

On fait aussi des cartouches à mousquetaires, qui portent la charge de poudre & la balle au bout, & le soldat n’a autre chose à faire quand il veut charger son fusil ou son mousquet, que de déchirer avec la dent cette cartouche, qui est très-bien collée partout, par le bout qui doit répondre à la lumiere & au bassinet du canon du fusil ou du mousquet où il amorce ; & cette invention abrége beaucoup de tems.

Il faut encore observer que quoique bien des officiers, & des auteurs même fort habiles, confondent la cartouche avec la gargouge ; il est certain néanmoins que l’usage nous apprend que la gargouge ne doit s’entendre que de ce qui renferme la poudre seule ; & que la cartouche est ce qui renferme les clous, chaînes, balles de plomb, & autres mitrailles & ferrailles que l’on met dans la piece au lieu de boulet, soit sur une breche ou sur un retranchement, soit lorsque l’on se trouve près des ennemis dans une bataille : on dit alors tirer à cartouche.

Les gargouges sont de papier, parchemin, ou toile : les meilleures & les plus sûres sont celles qui sont faites de parchemin, parce que le feu ne s’y attache point ; le parchemin ne fait que griller, sans s’attacher à la piece. Le papier & la toile ont cette incommodité, qu’ils laissent presque toûjours quelque lambeau accroché au métal de l’ame de la piece avec du feu ; ce qui a souvent causé de fort fâcheux accidens, & ordinairement ces malheurs arrivent quand on est près de l’ennemi & pressé : car quand il faut servir une piece, les canoniers négligent d’écouvillonner ; la nouvelle gargouge que l’on fourre dans la piece rencontrant ce papier ou cette toile allumée, prend feu, & en ressortant de la piece, brise avec la hampe de la lanterne ou de l’écouvillon les bras & les jambes de ceux qui chargent, & les tue fort souvent.

Lorsque l’on sera obligé de se servir de papier ou de toile dans l’occasion, il ne faut pas oublier d’écouvillonner à chaque coup, & pour celles de parchemin, de trois en trois coups.

La longueur des gargouges sera de quatre calibres de la piece où elles devront servir, dont un demi-calibre servira à fermer le cul, & un autre pour fermer le dessus quand la poudre y sera ; cette poudre doit être charge ordinaire. Celles de parchemin ne feront qu’un tour, avec un peu plus de largeur pour la couture : elles seront trempées dans le vinaigre, afin de les coudre plus facilement. A celles de toile la largeur de la couture doit être en-dedans la gargouge ; les ourlets seront froncés avec de la ficelle.

L’on pourra aux gargouges de toile laisser deux calibres de plus, au-dessus de ce qui sera froncé quand elles seront pleines de poudre : cela sert à y mettre des balles de plomb ou de la mitraille, le tout bien fermé : l’on en pourra faire autant avec le parchemin, & alors elles se nomment cartouches. Elles sont bonnes pour tirer promptement & de près. Quand on pourra avoir des cartouches de fer blanc, elles vaudront mieux ; elles portent plus loin : elles auront de longueur un calibre demi-quart, le diametre comme les gargouges, fermées par un bout de fer blanc ainsi qu’une mesure ; & lorsqu’on aura rempli la cartouche de balles à la hauteur d’un calibre, l’on y fera entrer un tampon de bois long d’un demi-calibre, sur lequel on attachera avec des clous les bords de la cartouche. En les fourrant dans l’ame des pieces, il faudra prendre garde que le côté du tampon soit mis le premier dans la piece.

L’on fait encore des cartouches en pomme de pin : c’est un boulet de même fer que les autres, qui fait le noyau de la cartouche : sa figure est en pyramide ronde ; la base est égale au calibre d’un boulet proposé pour la piece avec laquelle on voudra la tirer ; sa hauteur est d’un calibre & demi. On le trempe dans la poix goudronnée, ensuite on le roule sur des balles de plomb ; & quand il est bien couvert de balles de plomb, on le trempe dans le même goudron, après quoi on peut s’en servir, en poussant le gros bout devant dans la piece.

Mais les cartouches de fer blanc valent mieux sur terre, & coûtent moins de tems à faire : les pommes de pin sont bonnes pour tirer sur mer ; car outre que les balles qui y sont attachées en s’ecartant blessent bien des gens sur le grand pont, le noyau fait encore bien du fracas où il touche.

L’on peut aussi remplir les cartouches de fer blanc de toutes sortes d’especes de ferraille. Si l’on manque de matieres dans les occasions pour faire des gargouges & cartouches, l’on pourra charger le canon à l’ordinaire, & y mettre par-dessus le fourrage de la ferraille, des balles de plomb, ou des petits boulets, même jusqu’à de petits cailloux ronds : de cette façon les pieces en souffriront davantage ; mais dans l’occasion le génie doit suppléer au défaut de ce qui manque. Mém. d’Artil. de S. Remy. (Q)

Cartouche : on appelle ainsi toutes sortes de boîtes de carton, cubiques, sphériques, cylindriques, ou mixtes, dans lesquelles on renferme les matieres combustibles des artifices, pour en déterminer & varier les effets ; les cylindriques sont les plus ordinaires. Ce mot est masculin chez les Artificiers, & féminin pour les charges des armes à feu : on dit dans l’exercice, déchirez la cartouche avec les dents.

On peut faire les cartouches de différentes matieres, comme de bois, de toile, de parchemin, de carton, & de papier. Ceux de bois ne sont plus en usage, à cause des inconvéniens qu’on y a trouvés : premierement, tous les bois n’y sont pas propres ; il faut en choisir de lians, de doux, & de légers, comme le tilleul, le saule, & autres semblables : secondement, il faut des ouvriers accoûtumés à les creuser & tourner proprement, & d’une figure très-uniforme ; ce qu’on ne trouve point partout : troisiemement, ils sont sujets à se fendre pendant qu’on les charge, ou à crever lorsque l’artifice s’enflamme, desorte qu’ils lancent des éclats qui peuvent blesser les spectateurs. Les cartouches de toile ne sont propres qu’à renfermer les artifices destinés pour l’eau ; parce qu’on a soin de les goudronner pour empêcher qu’elle ne penetre au-travers. Le parchemin seroit assez bon pour faire les cartouches : mais c’est une matiere trop chere, difficile à manier, & qui se tourmente aisément ; il vaut donc mieux se servir de carton ou de bon papier.

On trouve à Paris du carton pour les fusées, qu’on appelle carte de moulage, dont les épaisseurs sont désignées par le nombre des feuilles du gros papier collé dont il est composé, comme un, deux, trois, quatre, cinq, six, jusqu’à huit ; on achete de gros papier gris, qui est très-commun ; on en colle deux ou trois feuilles ensemble, plus ou moins suivant la force & l’épaisseur qu’on veut donner au carton, eu égard à l’emploi qu’on en veut faire. Pour les petits cartouches, celui de deux feuilles suffit ; pour les plus gros, on en met trois, & même quatre, cinq, & six.

Pour les coller, on prépare de la pâte de farine liquide qu’on fait un peu cuire, ayant soin de la bien délayer, à laquelle on peut ajoûter, si l’on veut, de la colle forte. On l’étend avec une brosse sur la premiere feuille de papier, pour y en appliquer une seconde ou une troisieme qui forme la feuille de carton ; on arrange ensuite toutes les feuilles de carton qu’on vient de faire en une pile, comme celles d’un livre, sur laquelle on met un bout de planche unie qu’on charge d’un poids capable de les presser & applanir, afin que les feuilles ne laissent aucun vuide entr’elles, & que la colle prenne également partout.

Après avoir ainsi laissé les feuilles de carton en presse pendant quelques heures, on les disperse dans un lieu couvert pour les faire sécher doucement ; & supposé qu’elles viennent à se tourmenter, on les remet encore sous la presse. De cette maniere on a du carton uni, & d’une épaisseur convenable à la grandeur des cartouches qu’on veut faire.

Les cartouches les plus usités sont de figure cylindrique, parce qu’après la sphérique, il n’y en a point de plus simple, ni de plus propre à contenir les matieres : elle a même cet avantage sur la sphérique, qu’on peut les y fouler autant qu’on veut, & d’une égale compression ; ce qui est nécessaire à la formation de la plûpart des artifices.

Pour former ces sortes de cartouches, il faut avoir un rouleau de bois tourné & également épais, suivant la grosseur déterminée pour la piece d’artifice qu’on veut faire. Les rouleaux étant faits, on coupe le carton ou le papier qu’on veut employer, de la grandeur convenable à la piece qu’on veut faire, & parce que le développement d’un cylindre est un parallélogramme ou quarré long ; il n’y a point de façon dans cette coupe.

Les épaisseurs des cartouches doivent être proportionnées, non-seulement à la grosseur des artifices, mais encore à la force du feu que produisent les matieres dont ils sont remplis, laquelle vient de leur qualité plus ou moins vive, & d’un volume de flamme plus ou moins grand. Premierement, ils sont plus ou moins forts, suivant la qualité & la force du papier ou du carton dont ils sont faits. Secondement, ils dépendent encore d’une exacte application de chaque feuille dans toute l’étendue de la révolution sur le rouleau qui sert à les former ; car lorsqu’elles ne laissent pas de vuide entr’elles, leur résistance n’est pas divisée par parties interrompues, mais répandue sur toute la circonférence, ensorte qu’elle en devient plus grande.

Les cartouches étant bien faits, & en tel nombre qu’on veut, on les range proprement sur une planche, de maniere qu’ils ne se touchent pas, pour les faire sécher doucement à l’ombre, parce qu’ils se décolent & se courbent lorsqu’on les fait sécher trop vîte au soleil, ou trop près du feu : là on a soin de les tourner de tems en tems, pour qu’ils sechent également de tous côtés, & qu’ils ne se défigurent pas.

Lorsque les cartouches sont à peu près à moitié secs, il faut les étrangler par un bout, c’est-à-dire, en resserrer tellement l’ouverture, qu’il n’y reste qu’un trou de grandeur à recevoir une branche de fer qui doit y entrer ; quelquefois il faut les fermer tout-à-fait pour les remplir de matiere combustible.

Il n’y a qu’un tems propre pour cette opération ; parce que si les cartouches sont trop humides, ils se chiffonnent & se coupent ; s’ils sont trop secs, ils font trop de résistance ; on ne peut les étrangler qu’avec une grande force qui fait souvent casser la corde ou la ficelle dont on se sert.

La maniere ordinaire d’étrangler un cartouche, est de le comprimer si fort par un tour de ficelle, que le carton s’enfonce dans lui-même par de petits plis rentrans qui en bouchent l’orifice ou en tout, ou en partie, suivant l’usage qu’on en doit faire.

Pour cet effet, on a une petite corde ou ficelle faite exprès de grosseur proportionnée aux cartouches qu’on veut étrangler, appellée filagore, qu’on attache par un bout à un poteau solide, à la hauteur de trois à quatre piés ; & à l’autre bout on fait une boucle, dans laquelle on introduit le milieu d’un bâton d’environ dix-huit à vingt pouces de long, qu’on fait passer sous les fesses, comme si l’on vouloit s’asseoir dessus.

On frotte la filagore de savon, & l’on prend d’une main le cartouche dans lequel on a mis le rouleau jusqu’à un demi-pouce près du bout qu’on veut étrangler, plus ou moins suivant la grosseur du cartouche, & de l’autre on tient dans son orifice un bout de rouleau avancé seulement en-de dans de quelques lignes ; ensorte qu’il reste un certain intervalle vuide entre les deux bouts de bois, dans lequel le carton pressé par la ficelle, puisse s’enfoncer & resserrer en cet endroit son ouverture, ou tout-à-fait, ou seulement autant qu’il faut pour y introduire une broche de fer de la grosseur convenable à la lumiere par laquelle on doit donner le feu à l’artifice.

Sur cet espace vuide, on fait passer deux tours de la ficelle qu’on tend fortement en se reculant, comme pour s’asseoir sur le bâton dont on vient de parler ; desorte qu’elle fait un tel effort sur le cartouche, qu’elle l’enfonce & y grave sa trace : mais comme elle s’enfonceroit plus d’un côté que de l’autre, on a soin de tourner le cartouche pour exposer successivement sa circonférence au point où se fait la plus grande pression de la ficelle ; par ce moyen, elle se grave également tout au tour, & il se forme à l’orifice une gorge fort réguliere en façon d’écuelle. Lorsque l’orifice est fermé au point qu’on le demande, on dégage le cartouche de la filagore, & on lui substitue aussi-tôt un lien de plusieurs tours de gros fil ou de ficelle à paumier, qu’on arrête avec un nœud coulant, pour empêcher que le ressort du carton ne fasse r’ouvrir la partie étranglée. Ceux qui desireront s’instruire plus à fond sur cette matiere, n’ont qu’à consulter le Traité des feux d’artifice de M. Frezier, où ils trouveront un détail qui n’eût aucunement convenu à un Dictionnaire.

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Étymologie de « cartouche »

Étymologie de cartouche - Littré

Ital. cartoccio, cornet de papier, cartouche, dérivé de carta, carte.

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Étymologie de cartouche - Wiktionnaire

De l’italien cartuccia issu du latin charta (« papier ») qui nous a donné « carte ». À l’origine la poudre était contenue dans des cylindres de papier ou de carton.
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Phonétique du mot « cartouche »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
cartouche kartuʃ play_arrow

Évolution historique de l’usage du mot « cartouche »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « cartouche »

  • C’est chez KIPRIS, bureau coréen des brevets, que Sony aurait déposé cette nouvelle cartouche. A l’heure actuelle, nous ne savons pas si il s’agit d’une méthode de stockage ou de quelque chose d’autre. Les Players du Dimanche, Une Cartouche Sony ? – Les Players du Dimanche
  • Mardi, les policiers du commissariat de Soissons ont fait une découverte dans le local technique d’un immeuble du quartier de Presles à Soissons lors d’une opération de sécurisation d’un immeuble : neuf cartons contenant, au total, 5 352 cartouches de protoxyde d’azote communément appelé « gaz hilarant ». Ces cartouches de gaz en vente libre, qui sont utilisées en cuisine pour les siphons à chantilly, sont détournées dans un but récréatif et euphorisant. Journal L'Union, À Soissons, la police met la main sur plus de 5000 cartouches de protoxyde d’azote dans un local
  • Sur les consoles portables, les cartouches sont restées très majoritairement le support de stockage des fabricants de consoles, hormis Sony qui a préféré son « UMD », avant de rebrousser chemin avec la PlayStation Vita (laquelle a été officiellement abandonnée fin 2019). Par son attribut hybride et nomade, la Switch préfère elle aussi la cartouche. Avec la disparition de la 3DS et de la Vita, elle est la seule aujourd’hui à opter pour ce genre de support. PhonAndroid, PS5 : Sony brevette une cartouche de jeu, mais à quoi peut-elle servir ?
  • Bien tardive, cette contre-offensive sera-t-elle à la hauteur du coup de semonce ? Au moment où l’IGPN atteste d’une hausse de 23,7 % des instructions (2019) pour violences, le défenseur des droits pointe la persistance des contrôles au faciès et accuse Beauvau d’ignorer les fautes signalées. Pour Castaner, ce plan a tout de la dernière cartouche. , Edition Metz et agglomération | La dernière cartouche
  • Jean-Paul Campani et Thomas Garnier forment à l’utilisation des cartouches P2. (Photo K.W.) Nice-Matin, Cet ingénieur niçois est à l'origine d'une cartouche pyrotechnique utilisée partout dans le monde pour fragmenter la roche - Nice-Matin
  • Le Rapport sur le marché Fusibles à cartouche a également fourni des données sur l’impact du COVID 19 sur le marché mondial. Le monde fait face à une crise mondiale de la santé sans précédent dans les 75 dernières années. Elle a touché tous les segments de la population et est particulièrement préjudiciable aux membres des groupes sociaux dans les situations les plus vulnérables. Ainsi, l’économie mondiale a beaucoup de prétention face à cette pandémie. Le Rapport comprend des données complètes sur l’impact du COVID 19 sur le marché Fusibles à cartouche pour aider les utilisateurs à prendre des décisions à grande échelle. Instant Interview, Marché mondial des fusibles à cartouche 2020 – Liteefuse, Eaton, Bel, Schneider Electric, Schurter – Instant Interview
  • A quoi servent les cartouches dans une bataille ? Moi, à la place, j'emporte toujours du chocolat. De George Bernard Shaw

Traductions du mot « cartouche »

Langue Traduction
Portugais cartucho
Allemand patrone
Italien cartuccia
Espagnol cartucho
Anglais cartridge
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Synonymes de « cartouche »

Source : synonymes de cartouche sur lebonsynonyme.fr


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