La langue française

Bâtard, bâtarde

Définitions du mot « bâtard, bâtarde »

Trésor de la Langue Française informatisé

BÂTARD, ARDE, adj. et subst.

I.− Adj. ou subst. [En parlant d'une pers.]
A.− Emploi adj. Qui est né de parents dont l'union n'est pas reconnue par la loi. Synon. naturel, illégitime :
1. Dites-lui, si vous en avez le courage, que je ne lui en veux pas de m'avoir fait bâtard; qu'au contraire je préfère ça à savoir que je suis né de vous. Gide, Les Faux-monnayeurs,1925, p. 944.
B.− Emploi subst. :
2. L'enfant né d'un commerce entre personnes libres de s'unir par un lien subséquent, est plutôt illégal qu'illégitime; mais l'enfant né de personnes séparément engagées dans le mariage, est adultérin, ou absolument illégitime, illégal, et contre la nature de la société domestique et publique : de là vient que le bâtard peut être reconnu par le pouvoir public, ou légitimé, et que l'adultérin ne peut pas l'être. Bonald, Législ. primitive,t. 2, 1802, p. 31.
3. Tous les seigneurs de la cour de Charles VII, et principalement le bâtard d'Orléans, ce beau Dunois, légitimé par la victoire, comme dit Duclos, se firent remarquer par leur bravoure et leur galanterie. Jouy, L'Hermite de la Chaussée d'Antin,1813, p. 7.
4. Elle avait ainsi vécu quinze ans, avec un enfant légitime et deux bâtards, au milieu du vacarme et du caprice, ... Zola, Le Docteur Pascal,1893, p. 70.
En partic. Simple bâtard. Né de parents dont aucun n'est marié. Bâtard adultérin. Né de parents dont l'un au moins est marié.
II.− Adjectif
A.− [En parlant d'un animal]
1. Qui n'est pas de race pure. Synon. métis, hybride.
[Sans nuance péj.] Lévrier bâtard. Lévrier issu du croisement de l'espèce des lévriers et de celle des mâtins. Bâtard anglais. Chien issu d'une lice française et d'un chien anglais ou d'une lice anglaise et d'un chien français. Emploi subst. [Avec une nuance péj.] Cet affreux bâtard de mâtin et d'épagneule (H. Bazin, Vipère au poing,1948, p. 65).
2. Dont la qualité intrinsèque est amoindrie.
ÉLEVAGE
Vache bâtarde. Vache dont le rendement de lait diminue au moment d'une deuxième portée.
Rem. Attesté dans la plupart des dict. généraux.
Laine bâtarde. Seconde laine levée sur l'animal.
Rem. Attesté dans Besch. 1845, Littré, Guérin 1892, DG.
B.− [En parlant d'un végétal]
1. [Se dit d'un arbre, d'une plante, d'un fruit dégénérés] Olivier bâtard; tulipe bâtarde; reinette bâtarde.
2. Qui n'est pas greffé. Rosier bâtard (Ac. 1932). Synon. sauvage.
C.− [En parlant d'une chose concr. ou abstr.]
1. Qui est de caractère intermédiaire entre deux genres différents ou opposés :
5. Le genre bâtard, c'était la tragédie faux antique de Racine. Le drame est vrai, puisque, dans une action tantôt comique, tantôt tragique, suivant les caractères, il finit avec tristesse comme la vie des hommes puissants de caractère, énergiques de passion. Vigny, Le Journal d'un poète,1836, p. 1043.
6. ... l'artiste qui oserait emprunter à la seule nature ses éléments, ne produirait qu'une œuvre bâtarde, sans vérité, sans style, ... Huysmans, À rebours,1884, p. 150.
7. « Les médecins, dit avec sagesse M. Brissaud, sont coupables de conserver − et surtout d'inventer des formes bâtardes, métissées de grec et de latin, dans les cas où le fond de notre langue suffirait amplement »; ... Gourmont, Esthétique de la lang. fr.,1899, p. 39.
8. L'aquarelle est aussi un genre bâtard. Si la couleur y triomphe de la ligne, ce n'est plus ni peinture ni dessin. Alain, Système des beaux-arts,1920, p. 286.
Emplois spéc.
a) ARCHIT. Porte bâtarde. Porte intermédiaire entre la porte cochère et la petite porte :
9. La porte cochère... était la porte légitime de l'auberge Tadcaster et avait à côté d'elle une porte bâtarde par où l'on entrait. Hugo, L'Homme qui rit,t. 2, 1869, p. 112.
b) ARM. Épée bâtarde. Épée avec laquelle on pouvait frapper d'estoc ou de taille.
c) BOULANGERIE. Pâte bâtarde. Pâte qui n'est ni dure ni molle.
d) HORLOG. et SERR. Lime bâtarde. Lime dont la taille n'est ni rude ni douce.
e) IMPR. Caractère bâtard. Type de caractères d'imprimerie imitant les lettres d'écriture dite bâtarde.
f) MAR. Marée bâtarde. Petite marée des quadratures. Voile bâtarde. Grande voile d'une galère qui n'est employée que lorsqu'il y a très peu de vent.
g) PALÉOGR. Écriture bâtarde ou subst. la bâtarde. Écriture intermédiaire entre la ronde et la cursive :
10. Vous êtes priées, mesdemoiselles, d'exécuter une ligne de grosse cursive, une de moyenne cursive, une de fine cursive, une de grosse ronde, une de moyenne ronde, une de ronde fine, une de grosse bâtarde, une de moyenne et une de fine. Colette, Claudine à l'école,1900, p. 198.
h) TECHNOL. (Sucrerie). Sucre bâtard ou, absol. bâtard. Sucre grossier à l'état solide produit par des sirops qui sont le résidu d'un raffinage précédent. Bâtarde. Forme spéciale pour obtenir le sucre bâtard.
2. MAR. Se dit de deux objets tout à fait semblables de dimensions et de forme. Des canots bâtards; des voiles bâtardes.
Pièces bâtardes ou subst. les bâtardes. Nom donné aux canons montés à bâbord et à tribord des anciennes galères.
Prononc. : [bɑta:ʀ], fém. [bɑtaʀd]. Dub. transcrit [bata:ʀ].
Étymol. ET HIST. − Adj. et subst. 1. a) 1089 bastard anthropon. « (celui) qui est né hors du mariage » (Domesday-Book, 113b dans Hildebrand, Über das frz. Sprachelement im Liber Censualis dans Z. rom. Philol., t. 8, p. 330 : Bastard, Robert); ca 1150 (Thèbes, éd. L. Constans, 150 dans T.-L. : Plus de cent feiz l'ont apelé Fil a putain, bastart geté); 1680 bâtard (Rich.); b) p. anal. 1690 « qui n'est pas de race, d'espèce pure » ici fauconn. (Fur. : Bastard [...] se dit de l'oiseau qui tient de deux especes, comme de sacre et de lanier), empl. princ. en bot. (Ibid.) et zool. (Ac. 1694); 2. 1265 fig. « qui a subi une transformation qui l'amoindrit : ici d'une charrette sans ferrure » (Reditus comit. Hannon. ex Cam. Comput. Insul. dans Du Cange t. 1, p. 597c : Li karette s'elle est fierée, et s'elle est Bastarde, ij. den.); spéc. 1529 lettre bastarde (G. Tory, Champfleury, LXXII, voal 3). Mot attesté en lat. médiév. sous la forme bastardus, dep. 1010, domaine cat. [une grande part. de la Catalogne était incluse dans la Marche d'Espagne à l'intérieur de l'Empire franc] (Valls i Taberner, Els origens dels comtats de Iallars i Ribagorça, p. 38 dans GMLC); cf. 1074-76, bastardus surnom appliqué à Guillaume le Conquérant (Adam de Brême, Gest., 3, 52 dans Mittellat. W. s.v., 1391, 25). L'orig. de bastardus est obsc. Selon l'hyp. la plus vraisemblable (Lothar Wolf, v. bbg.), il serait empr. au germ. *banstu- à travers les formes propres au domaine ingvéon [germ. de la mer du Nord : a. fris., a. sax., d'où a. angl.] qui ont subi la chute de la nasale devant une fricative, comme l'a. fris. bōst « union conjugale » (v. aussi De Vries Anord., s.v. Bestla); il conviendrait alors de supposer à côté de l'a. fris. bōst une forme à voyelle non assourdie *bast; le germ. *banstu- qui aurait pu signifier « mariage avec une seconde femme de rang plus bas » se rattache à la racine i.-e. *bhendh- « lier » (cf. IEW t. 1, p. 127); à ce rad. a été joint le suff. -ard* des anthropon. germ., la nuance péj. est peut-être due à la condamnation de la polygamie germanique par la morale chrétienne. Supposant le même point de départ germ., mais remarquant le petit nombre de mots ingvéons passés en gallo-rom. (cf. cependant épeautre) V. Günther dans FEW t. 15, 1, p. 74b préfère expliquer bastard par l'a. nord. *bástr, forme qui n'est cependant pas attestée. L'hyp. de bastard issu du syntagme fils, fille de bast (xiiies. dans Gdf.), littéralement « conçu ou né sur un bât » c.-à-d. au hasard de la vie des muletiers (Diez5; Spitzer, v. bbg.) altéré ultérieurement en fils de bas, lat. bassus (Du Cange t. 1, p. 596c) fait difficulté des points de vue chronol. et géogr. (le suff. et la localisation des plus anc. attest., v. aussi Mittellat. W. s.v., semblant plaider pour une orig. germ. et non mérid.) et paraît incompatible avec les plus anc. attest. lat. où le mot est dépourvu de valeur affective. Pour cette dernière raison, l'hyp. d'un étymon got. *bansti « grange » (Brüch, v. bbg.; REW3) fait aussi difficulté.
STAT. − Fréq. abs. littér. : 523. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 991, b) 943; xxes. : a) 649, b) 480.
BBG. − Brüch (J.). Bemerkungen zum französischen etymologischen Wörterbuch E. Gamillschegs. Z. fr. Spr. Lit. 1927, t. 49, p. 300. − Duch. 1967, § 48. − Gottsch. Redens. 1930, p. 401. − Hall (R. A.). L'Etimologia di bastardo. Rom. Forsch. 1962, t. 74, pp. 111-112. − Pope 1961 [1952], § 26, 784. − Roques (M.). Enfant de la balle. In : Mél. Michaëlsson (K.). Göteborg, 1952, pp. 403-404. − Spitzer (L.) Aprov. saludar de lonh − altfrz. fils de bast, bastart. Z. rom. Philol. 1931, t. 51, pp. 291-296. − Wolf (L.). Afr. bastart − fils de bast. Ein Ingwäonismus im Galloromanischen. Z. rom. Philol. 1965, t. 81, pp. 310-324.

Wiktionnaire

Adjectif

bâtard \bɑ.taʁ\

  1. (Anthropologie) Né de parents non mariés ensemble.
    • Louis XIV a légitimé les enfants bâtards qu’il a eus de Mme de Montespan.
    • Ah ! s’écria de Wardes furieux de ce sang-froid, on voit bien que vous êtes à moitié bâtard, monsieur de Bragelonne ! — (Alexandre Dumas, Le Vicomte de Bragelonne, 1847, Michel Lévy frères, page 256)
  2. (Zoologie) Animal né de parents de races différentes.
    • Le chien bâtard diffère du croisé par le caractère inconnu et indéfinissable des races ou types de chiens qui le composent.
    • Mon chien est bâtard mais il a un sacré caractère.
    • Le mot bruxellois zinneke (littéralement « petite Senne », nom d’un bras de la Senne) désigne un chien bâtard et par extension une personne aux origines multiples, ce qui finalement est le cas de tout être humain !
  3. (Botanique) Plante hybride.
    • Une tulipe bâtarde.
  4. Qui n’est satisfaisant pour personne.
    • La négociation a duré six heures et a accouché d’une solution bâtarde.
    • Il n’a pu donner qu’une excuse bâtarde.
  5. Qui n’est pas d’une espèce bien déterminée.
    • Il a utilisé une couleur bâtarde, entre l’ocre et et le brun.
    • Certains critiques ont regardé le drame comme un genre bâtard.
    • Une épée bâtarde, qui se manie à une main et demi (sous-type de l’épée longue, 1350-1550).
  6. (Construction) Qualifie un mortier contenant à la fois de la chaux et du ciment.

Nom commun

bâtard \bɑ.taʁ\ masculin (pour une femme on dit : bâtarde)

  1. (Vieilli) Enfant de sexe masculin né hors mariage.
    • Les bâtards ont un droit dans la succession du père ou de la mère qui les a reconnus.
  2. (Familier) (Injurieux) Homme méprisable, dont l’origine est à remettre en cause.
    • Arthur, s’adressant à sa demi-sœur Anna de Tintagel : Dans la catégorie salope géante, vous êtes quand même hors concours, hein… Y en a pas beaucoup qui vous tiennent le menton, croyez-moi ! À part maman, peut-être… […] Et, entre nous, quand on a deux ronds de dignité, on ne traite pas quelqu’un de bâtard pendant trente ans pour finir par lui demander des services. — (Alexande Astier, Kaamelot, Livre V, épisode 34, La Supplique)
    • Il a son T-shirt rentré dans son fute. Regarde. C'est le premier bâtard d’Overtown que je vois avec son T-shirt dans son fute depuis cinq ans, dix peut-être. — (Tom Wolfe, Bloody Miami, traduit de l'américain, Robert Laffont/Pavillons, 2013)
    • Il prévient, gentiment, qu’il ne faut pas s’offusquer : tout le monde l’appelle Gros Bâtard, mais c’est son surnom, c’est tout. Une façon de dire, à ne pas mal interpréter. — (Stéphanie Maurice, La passion du tuning, Seuil, 2015, coll. Raconter la vie, p. 46.)
  3. (Boulangerie) Pain en longueur à mie blanche plus gros qu’une baguette.
  4. (Armement) Petit couteau, sorte de dague.

Nom commun

bâtarde \bɑ.taʁd\ féminin

  1. Écriture bâtarde.
    • Le bourgeois est un grimaud
      Qui prend sa pendule au mot
      Chaque fois qu’elle retarde.
      Il contresigne en bâtarde
      Coups d’État, décrets, traités,
      Et toutes les lâchetés.
      — (Victor Hugo; La Chanson de Gavroche, 1861)
    • Ulysse Hycinthe… Ulysse Hyacinthe… Ulysse Hyacinthe… Ulysse Hyacinthe…
      J’aime écrire son nom. Je l’écris en ronde, en gothique… en bâtarde.
      — (Germaine Acremant, Ces dames aux chapeaux verts, Plon, 1922, collection Le Livre de Poche, page 91.)
  2. (Paléographie, Typographie) Dessin de caractères d'écriture.
    • La bâtarde et la ronde de Moreau furent retouchées en 1721 par Jacques Colombat, graveur et imprimeur du Roi. […]. Vers le milieu du dix-huitième siècle, le célèbre Fournier introduisit en France, sous le nom générique de financière, trois sortes de caractères d'écriture, savoir , la ronde, la bâtarde et la coulée. — (Pierre Adolphe Capelle, Manuel de la typographie française: ou Traité complet de l'imprimerie, Paris : chez Rignoux, chez Baudoin frères & chez Aillaud, 1826, p. 64)
  3. (Histoire, Militaire) Pièce d'artillerie.
  4. (Vieilli) Sorte de lime.
  5. (Histoire des techniques) Gros pain de sucre brut.
  6. (Histoire, Marine) Grande voile de galère.

Forme d’adjectif

bâtarde \bɑ.taʁd\

  1. Féminin singulier de bâtard.
    • Quelques bâtiments de faux luxe tout battant neuf : le bel hôtel continental, un palais de justice à peine déséchaffaudé, une mairie d’architecture bâtarde et de grands cafés comme à la Cannebière. — (journal Le Figaro, supplément littéraire du dimanche, 15 septembre 1890)

Forme de verbe

bâtarde \bɑ.taʁd\

  1. Première personne du singulier de l’indicatif présent du verbe bâtarder.
  2. Troisième personne du singulier de l’indicatif présent du verbe bâtarder.
  3. Première personne du singulier du subjonctif présent du verbe bâtarder.
  4. Troisième personne du singulier du subjonctif présent du verbe bâtarder.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif du verbe bâtarder.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

BÂTARD, ARDE. adj.
Qui est né hors mariage. Un enfant bâtard. Il s'emploie souvent comme nom. C'est un bâtard. C'est le bâtard, la bâtarde d'un tel. Les bâtards ont un droit dans la succession du père ou de la mère qui les a reconnus. Reconnaître, légitimer un bâtard. Aujourd'hui ce terme ne s'emploie plus guère que dans une intention injurieuse; on dit plutôt Un enfant naturel, un fils naturel, une fille naturelle. Race bâtarde, ligne bâtarde se disait des Descendants d'un bâtard. Il signifie, par analogie, Qui est d'une espèce dégénérée. Olivier bâtard. Tulipe bâtarde. Bergamote bâtarde. Reinette bâtarde. Lévriers bâtards, Chiens nés de l'espèce des lévriers et de celle des mâtins. Il s'emploie aussi comme nom. Bâtards de dogue, Chiens nés de l'espèce des dogues et d'une autre espèce de chiens. Il signifie figurément Qui n'est pas d'une espèce bien déterminée. Couleur bâtarde. Certains critiques ont regardé le drame comme un genre bâtard. Compromis bâtard. Porte bâtarde, Porte de maison qui n'est ni petite porte, ni porte cochère. Lettre bâtarde, Écriture bâtarde, ou comme nom, Bâtarde, Sorte de lettre, d'écriture penchée à jambages pleins et à liaisons arrondies, qui tient le milieu entre la ronde et la coulée. Écrire en bâtarde. L'écriture anglaise est maintenant plus visitée que la bâtarde. Rosier bâtard, Rosier sauvage qui n'a pas été greffé. Vache bâtarde, Vache dont le lait diminue à une deuxième portée.

Littré (1872-1877)

BÂTARD (bâ-tar, tar-d' ; le d ne se lie jamais : un bâtard et son père, dites : un bâ-tar et… Au pluriel : ces bâtards et leur père ; dites : ces bâtar et leur père. D'autres prononcent l's : ces ba-tar-z et…) adj.
  • 1Qui est né hors mariage.

    Substantivement, un bâtard, une bâtarde. Reconnaître, légitimer un bâtard. Un bâtard échappé des pirates du Nord A soumis l'Angleterre, Voltaire, D. Pèdre, I, 1. Il y a des gens qui substituent leurs vers aux miens ; je ne fais pas grand cas de mes vers ; mais enfin j'aime mieux mes enfants tortus et bossus que les beaux bâtards que l'on me donne, Voltaire, Lett. Richelieu, 22 juill. 1767. On dit mieux enfant naturel.

    Simple bâtard, celui qui est né de personnes libres, par opposition à bâtard adultérin.

    Bâtard de Caux, cadet qui n'avait pas de biens.

    Autrefois les bâtards des rois étaient princes ; ceux des princes, gentilshommes ; ceux des gentilshommes, roturiers.

  • 2Dégénéré de l'espèce à laquelle il appartient. Olivier bâtard. Reinette bâtarde.

    Fig. Les critiques regardent le drame comme un genre bâtard. Non comme toi touchés d'une bâtarde gloire, Régnier, Épît. I.

  • 3Bâtard se joint à plusieurs substantifs et indique que la chose dont il s'agit a subi quelque modification qui la change et l'amoindrit.

    Porte bâtarde, porte de maison qui n'est ni petite porte ni porte cochère.

    En termes de fauconnerie, oiseaux bâtards, oiseaux qui tiennent de deux espèces.

    Vaches bâtardes, vaches dont le rendement en lait diminue quand elles ont conçu de nouveau.

    Dans la boulangerie, pâte bâtarde, pâte ni dure ni molle.

    Laine bâtarde, seconde laine levée sur l'animal.

    Épée bâtarde, celle qui pouvait servir à une main et à deux.

  • 4Écriture bâtarde, ou simplement, bâtarde, écriture ordinairement penchée, à jambages pleins, à liaisons arrondies par le haut et à têtes sans boucles. La bâtarde qui n'est pas penchée s'appelle bâtarde ronde. Eh ! oui, d'une écriture que vous connaissez… là… d'une certaine écriture qui n'est pas légitime. - Il veut dire de la bâtarde, Lesage, Turcaret, II, 6.
  • 5 Terme de marine. Marées bâtardes, celles qui ont lieu pendant les quadratures.

    Voile bâtarde, grande voile d'une galère qui ne s'emploie que lorsqu'il fait peu de vent.

  • 6 S. m. Sucre produit par des sirops qui sont le résidu d'un raffinage précédent.
  • 7 S. m. Terme de marine. Corde qui assemble les racages et les amarres sur le mât près de la vergue.
  • 8 S. f. Dans l'ancienne artillerie, bâtarde, sorte de canon, long d'environ neuf pieds et demi, avec trois pouces dix lignes de calibre.
  • 9 S. f. Forme grossière pour obtenir le sucre appelé bâtard.
  • 10 S. f. Lime d'horloger dont la taille n'est ni douce ni rude.

HISTORIQUE

XIIIe s. Et ses bastars andui [tous deux], et Rainfrois et Hendris, Berte XCIX. Et uns siens fius bastars saisi la terre et la tint, Chron. de Rains, 129. Et se la charete est bastarde, c'est à savoir sans ferrure, Liv. des mét. 319. Chil [ceux] qui sont de ma mesnie ou mi serf ou mi bastart poent estre mi avocat, Beaumanoir, V, 13. S'ele le porte mains [moins] de sept mois, le mariage durant, et li enfes vit, il apert qu'il fu conceus devant le mariage, et por ce pot il estre tenus por bastars, ib. XVIII, 2. Je me assis à une fenestre, et un enfant delez moy, et avoit entour dix ans d'aage, qui avoit à non Berthelemi et estoit filz bestart à Mons. Ami de Montbeliart, Joinville, 253.

XVe s. Car ce n'est mercure vulgaire, Ne riens qui du bastard approche, La Fontaine, 695. Le roi de Portingal avoit respondu au message [qui l'invitait au couronnement de Jean de Castille fils aîné de Henry le Bâtard] que jà ne seroit au couronnement du fils d'un bastard qui avoit murdri son frere, Froissart, II, II, 44.

XVIe s. Dix coullevrines bastardes, D'Aubigné, Hist. I, 304. Quatre canons, deux coulevrines, deux bastardes et quatre pièces de campagne, D'Aubigné, ib. 152. Cinq petites pieces à boites, qui, bien qu'elles ne soient que de calibre de demie bastarde, D'Aubigné, Hist. III, 62. On luy pourroit donner à sentir bon vin bastard, malvoisie, hippocras, eau rose, vinaigre rosat, Paré, XVI, 13. Toutes les flatteries, attraits et allechement ne sont que faux appast et amorses bastardes, Amyot, Préc. d'admin. 85.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

BÂTARD.
4En typographie, caractère imité de l'écriture bâtarde. On soumit plusieurs écritures aux procédés typographiques ; ainsi nous. avons eu… vers 1640 une bâtarde brisée et en 1741 une bâtarde coulée, Manuel de typographie, Imprimerie, 1re part. p. 65, Encyclopédie Roret.

HISTORIQUE

XVIe s. Ajoutez : Panurge luy donna… une espée bastarde bien dorée, Rabelais, Pant. III, 25.

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Étymologie de « bâtard »

(XIe siècle) De l’ancien français bastard (« né hors mariage »).
Le mot est attesté en 1010, en latin médiéval, sous la forme bastardus[1].
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Provenç. bastard ; espagn. et ital. bastardo ; allem. et angl. bastard. On a indiqué le celtique : gall. basdarz, bas-bret. bastard, gaél. basart, de bâs, bas, et tarz, extraction. Malgré les apparences, il faut rejeter cette étymologie ; car elle ne peut s'accorder avec des passages comme celui-ci : Ne sait où aille à parent ne cousin, Fors à sa suer, qui l'aime de cuer fin, Fille de bast le riche duc Basin, Geste de AUBERI LE BOURGOING, Hist. litt. t. XXII, p. 320. Fille de bast signifie bâtarde. Bâtard vient donc de bât (voy. ce mot), indiquant ici le mépris, avec la finale ard fréquente en français et dérivée de l'allemand Art, espèce, sorte, manière d'être. On trouve aussi, par une corruption née de l'ignorance du sens et par une fausse étymologie, fille de bas, bâtarde, fils de bas, bâtard, venir de bas, être bâtard (voy. DU CANGE, bastardus.)

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Phonétique du mot « bâtard »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
bâtard batar

Évolution historique de l’usage du mot « bâtard »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « bâtard »

  • L'homme est le bâtard de Dieu, un bâtard abandonné. Et vous venez lui demander d'aimer papa ? De Gabriel Chevallier / L'Envers du décor
  • La généalogie est une science rigoureusement inexacte, à cause des bâtards. De Léo Campion
  • Il y a une différence entre un bâtard et un enfant d'un second lit. Ne confondons pas un erratum et une variante. De Victor Hugo
  • Trente et un an. Un âge bâtard. Un âge qui ne veut rien dire. Comme le numéro trois dans une équipe de foot. De Laurent Sagalovitsch / Loin de quoi
  • Le saxophone parle la langue des bas-fonds, l’argot blasé et mélancolique du demi-jour – sale et sexy et suant et dur. C’est la langue des orphelins, des bâtards et des putains. De Eleanor Catton / La répétition
  • Guillaume Plassans : J’ai depuis quelques années sur mon ordinateur un fichier qui s’appelle « Les bons gros bâtards », dans lequel je note les anecdotes que je croise, comme j’aime beaucoup lire leur bio, leur correspondance. Un jour j’ai parlé de ce fichier à Aurélien quand nous mangions un couscous, et on s’est dit que ce serait très drôle. , « Les bons gros bâtards de la littérature » : « Le but n'est pas de jeter les écrivains au bûcher », assurent les auteurs de la BD
  • « Nous sommes des bâtards » : cette étrange formule de Nicolas Sarkozy Gala.fr, « Nous sommes des bâtards » : cette étrange formule de Nicolas Sarkozy - Gala
  • L’article Les manifestants peignent « bâtard » sur la statue de Cervantes à San Francisco est apparu en premier sur Agence SEO. Breakingnews.fr, Les manifestants peignent « bâtard » sur la statue de Cervantes à San Francisco
  • Ce qui assied la conviction du tribunal, ce sont aussi les trajets du lendemain avec courtes haltes. « Cela ressemble à des livraisons », selon le tribunal. Et cette annonce du frère de Sylvain G., captée une fois encore sur les écoutes, juste au retour du voyage express : « J'ai de l'exclu de bâtard », dit-il à l'un de ses contacts. leparisien.fr, Condamnés à Nanterre pour un go fast, deux frères de l’Eure sont en fuite - Le Parisien

Traductions du mot « bâtard »

Langue Traduction
Anglais bastard
Espagnol bastardo
Italien bastardo
Allemand bastard
Portugais bastardo
Source : Google Translate API

Synonymes de « bâtard »

Source : synonymes de bâtard sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « bâtard »

Bâtard

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