Qui ne tente rien n'a rien : signification et origine du proverbe
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Vous hésitez à postuler à un poste de rêve, persuadé d’échouer d’avance. Un proche vous lance alors : « qui ne tente rien n’a rien ». En une formule, ce proverbe évoque une vérité universelle : sans tentative, aucune réussite possible. Derrière cette évidence se cache pourtant une petite histoire de mots, celle d’un glissement récent entre deux verbes. Je vous propose de la découvrir dans cet article. Bonne lecture !
Signification du proverbe « qui ne tente rien n’a rien »
Le proverbe « qui ne tente rien n’a rien » signifie qu’on n’obtient rien sans essayer ni prendre de risque. Celui qui n’agit pas, par peur de l’échec, se prive de toute chance de succès. La formule invite donc à oser, à saisir les occasions plutôt qu’à les laisser filer.
Sa morale reste résolument optimiste. En effet, l’échec d’une tentative vaut toujours mieux que le regret de n’avoir rien essayé. On l’emploie ainsi pour pousser quelqu’un à se lancer, ou pour justifier après coup une prise de risque.
Plusieurs formules françaises expriment la même idée :
- Qui ne risque rien n’a rien (la variante classique)
- La fortune sourit aux audacieux
- Tenter sa chance, tenter le sort
- À cœur vaillant rien d’impossible
Par ailleurs, d’autres langues ont des proverbes similaires :
- Anglais : « nothing ventured, nothing gained » (rien de risqué, rien de gagné)
- Italien : « chi non risica non rosica » (qui ne risque pas ne grignote pas)
- Espagnol : « quien no arriesga, no gana » (qui ne risque pas ne gagne pas)
- Russe : « qui ne risque rien ne boit pas de champagne » (une note festive cette fois-ci !)
Origine du proverbe « qui ne tente rien n’a rien »
Une idée venue de l’Antiquité
L’idée que l’audace appelle la réussite est très ancienne. On la doit notamment au poète latin Virgile, qui écrit dans l’Énéide :
Audentes fortuna iuvat.
Virgile, Énéide, chant X (vers 284)
« La fortune favorise les audacieux. »
Cette maxime a traversé les siècles et nourri de nombreux proverbes européens, dont le nôtre.
Du verbe « risquer » au verbe « tenter »
Le proverbe a longtemps circulé sous la forme « qui ne risque rien n’a rien ». Le Dictionnaire historique de la langue française (Alain Rey, dir.) la date de 1798. On la repère pourtant plus tôt : dès 1772, le marquis de Thibouville en fait le titre d’une comédie.
La variante avec « tenter » apparaît, quant à elle, au XIXe siècle. La compositrice Eudoxie Péan de La Roche-Jagu l’emploie dès 1861 dans ses mémoires :
Pourtant, qui ne tente rien, n’a rien, me dis-je.
Eudoxie Péan de La Roche-Jagu, Mémoires artistiques de Mlle Péan de La Roche-Jagu, écrits par elle-même
Longtemps minoritaire, cette forme avec « tenter » a fini par s’imposer. D’après les relevés de fréquence de Google Ngram, elle dépasse celle avec « risquer » au tournant des années 2010. Ce basculement n’est pas anodin. « Tenter » met l’accent sur l’effort et l’initiative tandis que « risquer » soulignait surtout le danger.

Exemples d’usage du proverbe
Dans la littérature, les grands auteurs ont surtout employé la forme classique « qui ne risque rien n’a rien ». En voici trois exemples, du milieu du XIXe siècle au début du XXe.
Sans doute ; mais qui ne risque rien n’a rien. Es-tu si Berrichon que tu ne veuilles tenter le sort ?
George Sand, Les Maîtres sonneurs
Qui ne risque rien n’a rien, dit-on. Ardan risqua souvent et n’avait pas davantage !
Jules Verne, De la Terre à la Lune
Qu’est-ce que tu veux, mon pauvre ami ! qui ne risque rien n’a rien.
Colette, Minne
Voici des exemples de la forme moderne avec « tenter » :
Vous savez bien que le gouvernement fédéral ne vous donnera rien. Qui ne tente rien n’a rien. Et si le gouvernement fédéral refuse ? Nous serons donc contraints de vous tuer. Vous savez bien que vous nous tuerez. L’homme a dû sourire. Qui ne tente rien n’a rien, a-t-il répété.
Pierre-Jean Remy, Salue pour moi le monde
La peur m’apparaissait comme une maladie mortelle. Pourtant « qui ne tente rien n’a rien », Ernesto et moi l’avions dit en jouant aux proverbes. Je me retournai. Non, je ne ferai pas marche arrière.
Zoé Valdés, Le Pied de mon père
Pour prolonger votre lecture, découvrez le proverbe « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire », qui rappelle qu’une victoire trop facile n’a guère de mérite.