La fortune sourit aux audacieux : signification et origine du proverbe
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Vous hésitez depuis des semaines à vous lancer dans un projet qui vous fait envie, mais aussi un peu peur. Un ami balaie alors vos doutes d’une formule : « la fortune sourit aux audacieux ». En une phrase, ce proverbe résume une promesse vieille de deux mille ans : oser est la condition pour savoir si votre entreprise sera heureuse ou malheureuse. Derrière cette évidence se cache une longue histoire, de la Rome antique jusqu’aux romans de Jules Verne. Je vous propose de la découvrir dans cet article. Bonne lecture !
Signification du proverbe « la fortune sourit aux audacieux »
Le proverbe « la fortune sourit aux audacieux » signifie que le succès récompense ceux qui osent prendre des risques. Autrement dit, la chance favorise les gens entreprenants, prêts à agir malgré l’incertitude. Celui qui tente sa chance se donne une occasion de réussir ; celui qui reste prudent, lui, ne récolte rien.
Ici, le mot « fortune » ne désigne pas la richesse : il renvoie au sort, à la chance. Les Anciens le personnifiaient sous les traits de la déesse Fortuna. Le proverbe affirme donc que ce hasard n’en est pas tout à fait un : il penche du côté des audacieux.
Plusieurs formules françaises portent la même idée :
- Qui ne tente rien n’a rien
- Qui ne risque rien n’a rien
- La fortune favorise les audacieux (variante très proche)
- À cœur vaillant rien d’impossible
Le proverbe garde toutefois une nuance qui lui est propre. En effet, il ne se contente pas d’encourager l’action : il promet une récompense. L’audace n’y est donc pas un simple pari risqué, mais la première étape d’une stratégie gagnante.
Origine du proverbe « la fortune sourit aux audacieux »
Une maxime héritée de l’Antiquité latine
L’idée que la chance récompense l’audace est très ancienne. On la trouve d’abord chez les Romains, sous la forme « fortes fortuna adiuvat » (« la fortune favorise les braves »). Térence l’emploie ainsi dans son Phormion, au IIe siècle avant notre ère.
Virgile, cependant, en donne la version la plus célèbre. Dans l’Énéide, au chant X, le guerrier Turnus lance avant le combat :
Audentes Fortuna iuvat.
Virgile, Énéide, chant X (vers 284)
« La fortune favorise les audacieux. »
À noter que les éditions critiques écrivent plutôt « audentis », mais le sens reste le même.
Cette maxime a ensuite traversé les siècles. Pline le Jeune le rapporte d’ailleurs dans ses Lettres, lorsque son oncle Pline l’Ancien affronte l’éruption du Vésuve, en l’an 79 :
Il dit à son pilote, qui lui conseillait de gagner la pleine mer : « La fortune favorise le courage. Tournez du côté de Pomponianus. »
Pline le Jeune, Lettres, VI, 16
Un proverbe aux multiples visages en français
En français, la maxime de Virgile a longtemps circulé sous des verbes différents. On disait « la fortune favorise les audacieux », au plus près du latin. Les formules « la fortune aide » ou « la fortune aime les audacieux » circulaient également. Les grands auteurs du XIXe siècle privilégiaient d’ailleurs cette dernière tournure.
La version moderne, avec le verbe « sourire », s’est imposée plus tard. Elle doit beaucoup à Jules Verne, qui en fait le titre d’un chapitre du Tour du monde en quatre-vingts jours, en 1873. Aujourd’hui, la forme imagée « la fortune sourit aux audacieux » domine largement l’usage.

Exemples d’usage de « la fortune sourit aux audacieux »
Pitou s’aperçut qu’il venait de compromettre sa haute position. Il se rappela que la fortune aime les audacieux.
Alexandre Dumas, Ange Pitou
Ceux qui pensaient la connaître à fond disaient qu’elle était trop portée à oser l’impossible. Cela, jusqu’à présent, lui avait réussi, et il y a un axiome latin qui crie, dans toutes les bouches pédantes : « La fortune favorise les audacieux. »
Paul Féval, Cœur d’Acier
XIII. Dans lequel Passepartout prouve une fois de plus que la fortune sourit aux audacieux.
Jules Verne, Le Tour du monde en quatre-vingts jours
Bah ! la fortune aime les audacieux : elle est femme…
Émile Augier, Jean de Thommeray
Bah ! essayons tout de même : la fortune aime les audacieux.
Jean-Henri Fabre, Souvenirs entomologiques
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