« Qu'il ait », « qu'il aie » ou « qu'il est » ?
J’aimerais bien qu’il ait le temps de me répondre. Et pourtant je sais qu’il est débordé. Attention à ces formules qui jouent bien des tours aux francophones ! Je vous explique comment bien les écrire.
« Qu’il ait » ou « qu’il est » : la règle
Règle : on écrit « qu’il ait » au subjonctif présent du verbe « avoir », et « qu’il est » à l’indicatif présent du verbe « être ». La graphie « qu’il aie » est toujours fautive.
Le piège vient d’une homophonie parfaite. Les trois formes se prononcent \ɛ\. Seul le contexte grammatical permet de choisir entre elles.
Pour trancher, deux tests rapides :
- Si l’on peut remplacer par qu’il était, c’est le verbe « être », donc qu’il est.
- Si l’on peut remplacer par que j’aie, c’est le subjonctif d’« avoir », donc qu’il ait.
« Qu’il ait » : subjonctif présent du verbe « avoir »
On écrit « qu’il ait » lorsque le verbe est « avoir » au subjonctif présent. Cette forme suit les expressions de doute, de nécessité ou de sentiment. Elle suit aussi les locutions conjonctives du subjonctif. Par exemple : il faut qu’il ait, bien qu’il ait, avant qu’il ait, pourvu qu’il ait.
Comme le note le Wiktionnaire, ait est l’une des trois rares formes du subjonctif présent sans -e ni -es final. Les deux autres sont sois et soit.
La graphie « qu’il aie » n’existe pas en français. La forme aie est la première personne du subjonctif présent d’avoir, comme dans que j’aie. Elle correspond aussi à l’impératif, comme dans aie du courage. Elle ne suit jamais il ou elle.
Voici la conjugaison complète du verbe « avoir » au subjonctif présent :
- que j’aie
- que tu aies
- qu’il / qu’elle ait
- que nous ayons
- que vous ayez
- qu’ils / qu’elles aient
Pour qu’il nous comprenne, il faut qu’il ait à nous faire une confidence en retour de la nôtre.
George Sand, Histoire de ma vie
Pour ne froisser personne, il retrempait la plume dans l’encrier, afin qu’il n’y ait point de préférence à manifester.
Pierre Souvestre et Marcel Allain, Le Jockey masqué
« Qu’il est » : indicatif présent du verbe « être »
On écrit « qu’il est » lorsque le verbe est « être » à l’indicatif présent. Cette forme suit les verbes de constat ou de certitude. Ces verbes appellent l’indicatif : je sais qu’il est, je vois qu’il est, il dit qu’il est, je crois qu’il est.
Je sais qu’il est d’altiers prophètes qu’un danger tente.
Victor Hugo, L’Année terrible
Je vois qu’il est d’un grand embarras pour vous et qu’il ferait mieux de s’en revenir avec nous dans son pays.
George Sand, Les Maîtres sonneurs
Sur la même frontière entre indicatif et subjonctif, lisez notre article sur « je vois » ou « je voie ».

