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Avoir le béguin pour quelqu'un : définition et origine de l'expression

Vous le voyez déambuler dans les couloirs et soudain votre cœur s'emballe, palpite, vos mains deviennent moites, le rouge monte à vos joues, il s'approche, il vous adresse la parole, vous bégayez, tentez d’articuler deux mots, le souffle coupé. Nul doute, vous en pincez pour ce monsieur (ou cette madame – soyons inclusifs). Dans le langage des jeunes, on dira de vous que vous avez « un crush ». Mais en bon français, nous dirons plutôt que vous avez « le béguin pour quelqu'un ».

Le mot « béguin » est quelque peu suranné mais il est tout aussi joli. Et nous vous expliquons ici son origine et sa signification. N’hésitez pas à parcourir les autres articles de cette section dédiée aux expressions francophones. Bonne lecture !

Définition de l'expression « avoir le béguin pour quelqu'un »

L'expression « avoir le béguin » fait partie de l’argot. Elle signifie que l'on éprouve une soudaine passion ou attirance pour quelqu'un, proche du sentiment amoureux. Une des caractéristiques du béguin est qu'il est éphémère et passager, bien que vif et ardent.

L’expression ne se limite toutefois pas à la sphère des relations : on dit aussi « avoir le béguin pour quelque chose », c’est-à-dire développer une subite appétence pour un objet, une matière ou une activité.

Par métonymie, le béguin désigne la personne qui est l'objet de ce sentiment amoureux.

Origine de l’expression « avoir le béguin pour quelqu'un »

Pour comprendre le sens de l’expression « avoir le béguin », il nous faut tout d’abord détailler les différents sens que revêt le terme « béguin ». Le mot est populaire et fait probablement son apparition au XIVe siècle. Il désigne, en premier lieu, une coiffe portée par les béguines, qui sont des femmes appartenant à une communauté religieuse laïque, généralement spécifique aux régions de la Belgique et des Pays-Bas, dans laquelle elles ne sont pas soumises aux vœux perpétuels mais observent tout de même les règles de la vie monastique.

Le TLFi décrit le béguin comme « une coiffe très collante qui s’attachait sous le menton à l’aide de deux brides ». Par exemple, Pierre Loti écrit dans Ramuntcho : « [...] avec elles s'avancent Gracieuse et sa mère Dolorès, qui est encore en grand deuil de veuve, la figure invisible sous un béguin noir, fermé d'un voile de crêpe. »

De ce terme serait né le verbe « embéguiner », signifiant tout d’abord « se coiffer d’un béguin », et donc « se mettre quelque chose sur le tête », puis, par extension et au sens figuré : « s'enticher de quelqu’un », c'est-à-dire se mettre quelqu'un ou quelque chose dans le crâne.

Le rapport, bien qu’imagé, n'est pas forcément évident. Pour comprendre comment l’on est passé d’une coiffe à l’idée de l’engouement amoureux, il nous faut faire appel à une autre expression de la langue française : « se coiffer de quelqu’un » ou « être coiffé de quelqu’un », qui signifie s’enticher d’une personne, éprouver une attirance pour quelqu’un, ou un intérêt tout particulier. L’expression fonctionne aussi avec une idée : on dit qu’on s’est coiffé d’une opinion, c’est-à-dire que l’on se met dans la tête une idée précise dont on refuse de se détacher. Par exemple :

Je parle de mon voisin de Beuvre, un très-excellent homme, je vous jure, mais coiffé de l'idée que la vertu est dans les livres de théologie.

Georges Sand, Les Beaux Messieurs de Bois-Doré, t. 1, 1858, p. 63

Pour aller plus loin : par extension, le terme « béguin » est aussi employé, par effet de métonymie en tant que nom commun, même si son utilisation est beaucoup plus rare. Le TLFi indique que « le béguin » désigne « la personne qui est l’objet de ce sentiment amoureux » (exemple : Il faut que je te présente Mathias, c’est mon nouveau béguin). Mais encore, le « béguin » peut faire référence à « la personne qui est l’objet d’un engouement passager, intellectuel par exemple ».

Enfin, de ce terme est né le verbe « béguiner pour », qui signifie donc éprouver un béguin pour quelqu’un ou quelque chose, lui aussi très rarement employé dans notre langage courant.

Exemples d’usage de l’expression « avoir le béguin pour quelqu’un »

Quand Souris épousa Mlle Mathilde Duval, Leuillet fut surpris et un peu vexé, car il avait pour elle un léger béguin.

Maupassant, Contes et nouvelles, t. 1, Le Vengeur, 1883, p. 910.

Tu as le béguin pour elle depuis le premier jour, depuis le matin où tu m'as vu le torse nu sous la douche. Je l'ai compris quand on est rentré. Toutes les mamours que tu me faisais, c'était pour elle. Je ne me trompe pas ?

Jean Genet, Haute surveillance

André, exactement, n'avait jamais eu d'« amie ». Une fois, il avait failli céder au béguin : elle s'appelait Louisa, elle était trottin.

 R. Martin du Gard, Devenir,1909, p. 106.

Qui sait, une jolie nana allait peut-être avoir le béguin pour lui et se laisser persuader de venir prendre l'air en sa compagnie pour discuter art et littérature.

Ralph Dennis, Premier couteau, 1978, p. 18

N'empêche, il m'avait emmenée à cheval vers le lac. Il disait qu'il avait le béguin pour moi.

Florence Asie, Griserie

Mais d'où vient que je garde à Barrès plus de véritable amour qu'à tous mes anciens béguins ? C'est peut-être de ce que c'est Barrès qui me révéla, au sortir de la placidité maeterlinckienne, le désir.

J. Rivière, Correspondance [avec Alain-Fournier], 1906, p. 350.

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