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À fleur de peau : définition et origine de l’expression

Vous êtes tranquillement en train de déjeuner avec votre équipe quand un collègue, piqué par une réflexion anodine, se lève de table et quitte la salle en claquant la porte. Vous mourrez d’envie de faire une remarque. Alors, plutôt que de dire : « rholala, il est susceptible/mal luné/sur les nerfs aujourd’hui », dites, en toute élégance : « il est à fleur de peau ».

C’est l’une des expressions les plus poétiques de la langue française, n’hésitez donc pas à en abuser. Et afin de l’utiliser en toute connaissance de cause, nous vous expliquons ici son origine. N’hésitez pas à parcourir les autres articles de cette section dédiée aux expressions francophones. Bonne lecture !

Définition de l’expression « être à fleur de peau »

L’expression « à fleur de peau » est une locution adjectivale le plus souvent utilisée au sens figuré pour décrire une personne à la sensibilité exacerbée. Mais elle peut aussi désigner quelque chose de superficiel. Cette seconde signification est moins répandue dans le langage courant.

Pour ceux qui se demandaient ce que venait ici faire une « fleur », il faut savoir que l’expression s’est construite à partir d’une locution prépositive qu’il n’est pas habituel d’entendre dans le langage courant : « à fleur de », qui signifie ce qui se trouve à la surface, à ras de quelque chose

En effet, le sens de l’expression « à fleur de peau » repose sur l’image assez poétique de ce qui est à la surface de la peau, ce qui se devine facilement et transparaît, ou encore de ce qui s’éveille aisément, image mise en rapport avec une réaction épidermique.

Origine de l’expression « à fleur de peau »

Maintenant que vous connaissez le sens de l’expression « à fleur de peau », il s’agit d’expliquer quel est le rapport entre la fleur et la sensibilité. On pourrait aisément comparer les personnes hypersensibles – celles qu’on appelle des « éponges à émotions » – aux fleurs qui sont des végétaux fragiles. Mais ce serait de l’herméneutique de comptoir. 

Cherchons plutôt du côté du verbiage français et de ses multiples nuances. Comme nous le disions plus haut, l’expression « à fleur de peau » se construit sur la locution prépositive « à fleur de ». La première attestation de cette formule nous vient du XVIe siècle (selon Gallica BnF, dans une œuvre d’Artus Désiré, datant de 1550) sous la forme de l’expression « à fleur de terre » ou « à fleur de sol ».

En effet, c’est dans le domaine de la botanique qu’est tout d’abord utilisée l’expression pour signifier quelque chose qui est « presque au même niveau que la terre » (exemple : « On laboure la vigne en rejetant la terre au milieu du sillon, on la déchausse pied par pied. On aère ainsi la souche, on détruit son système radiculaire à fleur de sol, on la force à chercher en dessous, dans la masse remuée par la charrue défonceuse et plus outre, les couches vierges où tout est substance ». – Pesquidoux, Chez nous, 1921, p. 110).

Vous comprenez alors le rapport avec les fleurs… D’ailleurs, ne dit-on pas aussi « être au ras des pâquerettes » pour désigner quelque chose de bas, au sens littéral comme figuré ?

Au fil du temps, suivant l’évolution naturelle du langage, l’expression se popularise et est appliquée à d’autres domaines, en revêtant le sens général de « à ras de », « à même ». Le TLFi cite, entre autres, l’expression « à fleur d’eau » (« Une flaque de lumière au loin, c'était la mer à marée basse. Quelques écueils à fleur d'eau trouaient de leurs têtes cette surface de clarté ». – Sartre, Nausée,1938, p. 73). Bref, c’est une expression que vous pouvez décliner selon votre bon plaisir !

Pour aller plus loin : Le mot « fleur » revêt beaucoup plus de sens qu’on ne le pense (pour le plus grand bonheur des poètes en herbe). Ainsi, au sens figuré, la fleur désigne – avec, dans certains cas, une idée de valorisation : 

  • Un service rendu à quelqu’un (il m’a fait une fleur en me prêtant sa voiture) ;
  • La meilleure partie de quelque chose ou la plus belle période (être dans la fleur de l’âge, la fleur de la chevalerie, de la noblesse, etc.) ;
  • La virginité d’une femme (cueillir la fleur de quelqu’un) ;
  • Substances réduites en poudre et sublimées (fleur de sel, de zinc, etc.).

Parmi les autres expressions qui utilisent le terme « fleur » au sens figuré, on trouvera aussi : « être fleur », signifiant « être à court d’argent » (en reprenant l’idée de la fleur coupée et séparée de sa tige) ou encore la « fleur au fusil », qui veut dire « avec entrain ». 

Exemples d’usage de l’expression « À fleur de peau »

Son âme montait, pour ainsi dire, à fleur de peau et s’épanouissait sur sa figure.

Charles Deulin, Contes d’un buveur de bière, Martin et Martine, 1868

Il était tout en vif-argent. Il était pur. Et sensible comme un thermomètre. La sensibilité à fleur de peau. Et par là, il était moderne.

Cendrars, Bourlinguer, 1948

Mes distractions sont écœurantes; je suis sordide. Les yeux à fleur de tête, les veines à fleur de peau, je suis son affolement de papillon pris dans un cône de lumière trop puissant qui lui brûle les ailes.

Elena Andréas, Le Passé, Gallimard, 1993

Selon moi, il n'était pas aussi méchant qu'il s'en donnait l'air. Selon moi, il avait seulement les nerfs à fleur de peau.

Ernest Hemingway, En avoir ou pas

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