La langue française

Talisman

Sommaire

  • Définitions du mot talisman
  • Étymologie de « talisman »
  • Phonétique de « talisman »
  • Citations contenant le mot « talisman »
  • Images d'illustration du mot « talisman »
  • Traductions du mot « talisman »
  • Synonymes de « talisman »

Définitions du mot « talisman »

Trésor de la Langue Française informatisé

TALISMAN, subst. masc.

A. − MAGIE, OCCULT. Objet en métal, pierre, peau, parchemin, papier, etc. portant des signes, des symboles et auquel on attribue des vertus magiques de pouvoir ou/et de protection. Talisman arabe, cabalistique, oriental; talisman infaillible, merveilleux, mystique, sacré, souverain; porter, posséder un talisman; être préservé par un talisman; talisman fait d'une racine de mandragore. Accorde-moi la vie, Basile, et je te donnerai un talisman précieux: celui qui le porte est toujours riche et aimé des femmes (Mérimée, Guzla, 1827, p. 278).Le fer à cheval est un talisman d'une grande force et d'une énergie très étendue. Il s'emploie surtout dans les occasions où l'on veut lier, unir fortement soit une chose, soit une personne, à une autre personne ou à une autre chose (Gobineau, Nouv. asiat., 1876, p. 343).
Talisman de Gygès. Anneau grâce auquel Gygès se rendait invisible. La beauté peut être sans l'essence, ainsi qu'une écorce vide. (...) l'essence, comme si elle portait le talisman de Gygès, aime à se rendre invisible (Jankél., Je-ne-sais-quoi, 1957, p. 155).
P. méton. Les signes, les symboles auxquels on attribue ces vertus. Écrire des talismans. Je n'ai rien dit; j'ai attendu, et tu m'as laissée veuve. J'ai fait des charmes, j'ai composé des philtres, j'ai fait écrire des talismans; mais cette femme sans doute en savait de plus puissants, car tu n'es pas revenu (Du Camp, Mém. suic., 1853, p. 200).
ASTRON. Talismans astronomiques. Ceux qui portent la figure de quelque corps céleste. Talisman du soleil, de la lune, de Mercure, de Mars, de Jupiter, de Vénus, de Saturne (Collin 1863). HIST. JUIVE. Boîte à talismans. Synon. de phylactère.Je lui ai mis aux deux bras des boîtes à talismans où sont renfermés des versets du livre de Dieu qui le préserveront de tous malheurs (Gobineau, Nouv. asiat., 1876, p. 131).RELIG. Objet sacré protecteur. Puis, montrant la relique (...):Voici de plus un talisman qui préserve des coups d'épée mieux que ne ferait une cotte de mailles (Mérimée, Chron. règne Charles IX, 1829, p. 111).
Talisman contre qqc. Lorsqu'on leur demande: à quoi servait le sphinx? ils répondent sans hésiter: C'est un talisman contre le khamsin (vent de semoun) (Du Camp, Nil, 1854, p. 74).
P. ext. Objet ou image porte-bonheur.
Objet (cheveux, image, lettre, photo, etc.) appartenant à, ou venant d'une personne pour laquelle on a de la dévotion, de l'affection. Synon. amulette, fétiche, gri-gri.Avec votre lettre sur mon cœur, Hélène, il me semble que je ne puis courir aucun danger (...). C'est un talisman sauveur (Dumas père, Fille du régent, 1846, Prol. 3, p. 145).J'ai sous les yeux une lettre d'Adèle, j'ai dans ma poche un talisman, un mouchoir de Léopoldine (Hugo, Corresp., 1865, p. 500).
Talisman (de Pascal). Le talisman n'est pour un Pascal que le signe visible de l'objet intérieur qu'il vise (...). Il y a aussi dans le Mémorial talisman le phénomène (...) de la résolution; et ceci se rattache au caractère si décidé du génie de Pascal, à ce regard de très grand capitaine qui voit d'un coup d'œil le point d'action (Du Bos, Journal, 1923, p. 356).
B. − Au fig.
1. Influence positive, créatrice d'une personne, d'un groupe, d'une société, etc. Talisman de l'amour, du courage, de la foi, de l'intelligence, du génie. Un homme aimé d'une belle et vertueuse femme porte avec lui un talisman qui le rend invulnérable (Sand, Mauprat, 1837, p. 363).Port-Royal dispose en effet d'un talisman bien plus redoutable, je veux dire son excellence propre, son grand air de religion et d'austérité (Bremond, Hist. sent. relig., t. 4, 1920, p. 23).
2. Protection officielle venant d'une autorité. Les autres sociétés secrètes des diverses nations de l'Europe te seront ouvertes également par le talisman de notre investiture (Sand, Ctessede Rudolstadt, t. 2, 1844, p. 93).Une affiche manuscrite, marquée du sceau impérial: « Cette maison est placée sous le contrôle de l'Autorité allemande ». Un pareil talisman rendait la demeure inviolable (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p. 170).
C. − Chose merveilleuse qui ouvre des possibilités fantastiques. Lise (...) était disposée à admettre que (...) la fortune était un talisman qui, comme dans les contes de fées, donnait instantanément tout ce qu'on pouvait désirer (Malot, Sans fam., 1878, p. 246).Après deux cents ans, et plus, de tâtonnements (...) les musiciens (...) découvrirent l'accord parfait, le magique talisman qui allait leur ouvrir les voies vers un nouveau monde sonore (Gevaert, Harm., 1885, p. 34).
Prononc. et Orth.: [talismɑ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1592 « objet auquel on attribue des vertus magiques » (J. Scaliger, Lettre au sieur Vazet, 4 juin ds Opuscula varia, Paris, 1610, p. 568: les Arabes les appellent Talisman); 2. 1713 fig. (Hamilton, Mém. du Comte de Grammont, éd. 1887, p. 313: les seuls talismans qui font aimer sont les charmes de la personne aimée). Empr. au persanṭilism, plur. ṭalāsim, ṭilismāt « talisman, amulette; incantation, charme; sortilège », lui-même empr. à l'ar. ṭilasm, ṭillasm, plur. ṭalāsim, ṭilasmāt, ṭilassamāt « talisman, charme », et celui-ci au gr. τ ε ́ λ ε σ μ α « imposition, impôt, contribution; rite religieux », gr. byz. « objet consacré, talisman » (ives. ds Kahane Byzanz, 453). La termin. -an de talisman est d'orig. obsc.; d'apr. Cor., elle pourrait s'expliquer par une confusion partielle avec l'homon. talisman « docteur de la loi musulmane » (cf. FEW t. 19, p. 39 et Z. rom. Philol. t. 87, pp. 543-545) ou par l'hyp. d'un empr. au persan ṭilismān, plur. vulg., non att. ds les dict., de ṭilism; d'apr. FEW t. 19, p. 187, la termin. -an s'expliquerait par un empr. à l'ar. ṭilasmān, duel de ṭilasm. Fréq. abs. littér.: 208. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 498, b) 309; xxes.: a) 169, b) 191.
DÉR.
Talismanique, adj.a) Qui figure sur les talismans. Il y a (...) des caractères talismaniques, des pantacles bizarres avec des soleils, des marteaux et des ancres (Huysmans, Là-bas, t. 2, 1891, p. 210).b) Qui a le pouvoir d'un talisman; p. ext., qui a un pouvoir magique, surnaturel. Bague, mot, puissance, vertu talismanique. Une formule talismanique de conjuration monte aux lèvres de Blaise (Arnoux, Solde, 1958, p. 232). [talismanik]. Att. ds Ac. dep. 1694. 1resattest. 1592 (J. Scaliger, loc. cit.: observation Talismanique), 1625 (G. Naudé, Apologie pour tous les grands personnages qui ont esté faussement soupçonnez de Magie, Paris, p. 619: moulures et sculptures Astrologiques, que les Grecs appelloient Stoechiodes, et les Arabes Talismaniques), 1629 (J. Gaffarel, Curiositez inouyes sur la sculpture talismanique des Persans, Paris); de talisman, suff. -ique*.
BBG. − Høybye (P.). Notes lexicol. et étymol. Fr. mod. 1968, t. 36, p. 63. − Rupp. 1915, p. 90.

Wiktionnaire

Nom commun

talisman \ta.lis.mɑ̃\ masculin

  1. (Occultisme) Objet sur lequel sont gravés des figures, des signes, des caractères, auxquels on attribue des vertus magiques ou préservatrices.
    • Le talisman, le remède tout-puissant. — (Walter Scott, Richard en Palestine, ou, Le talisman, Fume, 1830)
    • Elle allait courageusement seule à travers cette solitude, comme si son âge était un talisman qui dût la préserver de tout malheur. — (Honoré de Balzac, Un épisode sous la Terreur, 1831)
    • Pierre l’Ermite l’avait donné à Godefroy de Bouillon comme un talisman sacré auquel étaient attachées des propriétés miraculeuses, […]. — (Alexandre Dumas, Othon l’archer, 1839)
    • J’accepte, madame, dit le chasseur avec émotion en plaçant la croix sur sa poitrine auprès de son scapulaire, j’aurai un talisman à joindre à celui que m’a donné ma mère. — (Gustave Aimard, Les Trappeurs de l’Arkansas, Éditions Amyot, Paris, 1858)
    • C’était un plastron en flanelle rouge, l’un de ces talismans quasi hygiéniques qui, avec les pilules et les spécialités pharmaceutiques, remplacent, chez les peuples protestants de la chrétienté, les images et les reliques miraculeuses. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 102 de l’éd. de 1921)
  2. (Zoologie) Synonyme de phalène anguleuse (papillon).
  3. Pièce maîtresse d’un objet qu’elle complète et achève.
    • Bien avant d’acquérir une connotation merveilleuse, le mot « talisman » signifiait « achèvement ». Dérivé du grec telesma, « complet » […] — (Dan Brown, Le Symbole perdu, 2009)

Nom commun

talisman \Prononciation ?\

  1. Amulette.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

TALISMAN. n. m.
Objet sur lequel sont gravés des figures, des signes, des caractères, auxquels on attribue des vertus magiques ou préservatrices. Le talisman de Charlemagne. Porter un talisman.

Littré (1872-1877)

TALISMAN (ta-li-sman) s. m.
  • Nom qu'on donne à certaines figures ou caractères gravés sur la pierre, ou sur le métal, auxquels on attribue des relations avec les astres, et des vertus extraordinaires, suivant la constellation sous laquelle ils ont été gravés. [Un chevalier] … que de vieux talismans Firent chercher fortune au pays des romans, La Fontaine, Fabl. x, 14. Ne craignez ni les éclipses, ni les signes formés sur les mains ou sur le visage, ni les images nommées talismans, imprégnées de vertus célestes, Bossuet, Polit. v, 3, 1. Le magicien fit un talisman composé des plus puissants caractères de la cabale, Lesage, Diable boit. 2. Le fameux talisman de Catherine de Médicis existe encore, Voltaire, Dict. phil. Talisman. Honte au guerrier sans vaillance Qui combat la noble lance Avec d'impurs talismans ! Hugo, Odes, IV, 12.

    Talismans astronomiques, ceux qui portent la figure de quelque corps céleste.

    Fig. Il y a longtemps que les seuls talismans qui font aimer sont les charmes de la personne aimée, Hamilton, Gramm. 11. Un talisman fatal plongeait dans le silence le peuple de la nouvelle Alexandrie ; ce talisman, c'est le despotisme, qui éteint toute joie, et qui ne permet pas même un cri à la douleur, Chateaubriand, Itin. part. 6.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Encyclopédie, 1re édition (1751)

TALISMAN, s. m. (Divination.) figures magiques gravées en conséquence de certaines observations superstitieuses, sur les caracteres & configurations du ciel ou des corps célestes, auxquelles les astrologues, les philosophes hermétiques & autres charlatans attribuent des effets merveilleux, & surtout le pouvoir d’attirer les influences célestes. Voyez Théraphim.

Le mot talisman est purement arabe ; cependant Menage, aprè Saumaise, croit qu’il peut venir du grec τέλεσμα, opération ou consécration. Borel dit qu’il est persan, & qu’il signifie littéralement une gravûre constellée ; d’autres le dérivent de talamascis litteris, qui sont des caracteres mystérieux ou des chiffres inconnus dont se servent les sorciers, parce qu’ajoutent-ils, talamasca veut dire phantôme ou illusion. M. Pluche dit qu’en Orient on nommoit ces figures tselamim, des images ; & en effet, comme il le remarque, « lorsque dans l’origine, le culte des signes célestes & des planetes fut une fois introduit, on en multiplia les figures pour aider la dévotion des peuples & pour la mettre à profit. On faisoit ces figures en fonte & en relief, assez souvent par maniere de monnoie, ou comme des plaques portatives qu’on perçoit pour être suspendues par un anneau, au cou des enfans, des malades & des morts. Les cabinets des antiquaires sont pleins de ces plaques ou amulettes, qui portent des empreintes du soleil ou de ses symboles, ou de la lune, ou des autres planetes, ou des différens signes du zodiaque. » Hist. du ciel, tom. I. pag. 480.

L’auteur d’un livre intitulé les talismans justifiés, prétend qu’un talisman est le sceau, la figure, le caractere ou l’image d’un signe céleste, d’une constellation, ou d’une planete gravée sur une pierre sympathique ou sur un métal correspondant à l’astre ou au corps céleste pour en recevoir les influences.

L’auteur de l’histoire du ciel va nous expliquer sur quoi étoient fondées cette sympathie & cette correspondance, & par conséquent combien étoit vaine la vertu qu’on attribuoit aux talismans.

« Dans la confection des talismans, dit-il, la plus légere conformité avec l’astre ou le dieu en qui l’on avoit confiance, une petite précaution de plus, une légere ressemblance plus sensible faisoit préférer une image ou une matiere à une autre ; ainsi les images du soleil, pour en imiter l’éclat & la couleur, devoient être d’or. On ne doutoit pas même que l’or ne fût une production du soleil ; cette conformité de couleur, d’éclat & de mérite en étoit la preuve. Le soleil devoit donc mettre sa complaisance dans un métal qu’il avoit indubitablement engendré, & ne pouvoit manquer d’arrêter ses influences dans une plaque d’or où il voyoit son image empreinte, & qui lui avoit été religieusement consacrée au moment de son lever. Par un raisonnement semblable, la lune produisoit l’argent, & favorisoit de toute l’étendue de son pouvoir les images d’argent auxquelles elle tenoit par les liens de la couleur, de la génération, de la consécration. Bien entendu que Mars se plaisoit à voir ses images, quand elles étoient de fer ; c’étoit-là sans doute le métal favori du dieu des combats. Vénus eut le cuivre, parce qu’il se trouvoit en abondance dans l’île de Chypre dont elle chérissoit le séjour. Le langoureux Saturne fut préposé aux mines de plomb. On ne délibéra pas long-tems sur le lot de Mercure ; un certain rapport d’agilité lui fit donner en partage le vif-argent. Mais en vertu de quoi Jupiter sera-t-il borné à la surintendance de l’étain ? Il étoit incivil de présenter cette commission à un dieu de sa sorte : c’étoit l’avilir ; mais il ne restoit plus que l’étain, force lui fut de s’en contenter. Voilà certes de puissans motifs pour assigner à ces dieux l’inspection sur tel ou tel métal, & une affection singuliere pour les figures qui en sont composées. Or telles sont les raisons de ces prétendus départemens ; tels sont aussi les effets qu’il en faut attendre. » Hist. du ciel, tom. I. pag. 482 & 483.

Il étoit aussi aisé de faire ces raisonnemens, il y a deux mille ans, qu’aujourd’hui ; mais la coutume, le préjugé, l’exemple de quelques faux sages qui, soit persuasion, soit imposture, accréditoient les talismans, avoient entraîné tous les esprits dans ces superstitions. On attribuoit à la vertu & aux influences des talismans tous les prodiges qu’opéroit Apposignius de Tyane ; & quelques auteurs ont même avancé que ce magicien étoit l’inventeur des talismans ; mais leur origine remonte bien plus avant dans l’antiquité ; sans parler de l’opinion absurde de quelques rabbins qui soutiennent que le serpent d’airain que Moïse fit élever dans le désert pour la destruction des serpens qui tourmentoient & tuoient les Israëlites, n’étoit autre chose qu’un talisman. Quelques-uns en attribuent l’origine à un Jacchis qui fut l’inventeur des préservatifs que les Grecs appelloient περιαπτα, des remedes cachés contre les douleurs, des secrets contre les ardeurs du soleil & contre les influences de la canicule. Ce Jacchis vivoit, selon Suidas, sous Sennyés, roi d’Egypte. D’autres attribuent cette origine à Necepsos, roi d’Egypte, qui étoit postérieur à Jacchis, & qui vivoit cependant plus de 200 ans avant Salomon. Ausone, dans une lettre à S. Paulin, a dit :

Quique magos docuit mysteria vana Necepsos.

Le commerce de ces talismans étoit fort commun du tems d’Antiphanes, & ensuite du tems d’Aristophane ; ces deux auteurs font mention d’un Phertamus & d’un Eudamus, fabricateurs de préservatifs de ce genre. On voit dans Galien & dans Marcellus Empiricus, quelle confiance tout le monde avoit à leur vertu. Pline dit qu’on gravoit sur des émeraudes des figures d’aigle & de scarabées ; & Marcellus Empiricus attribue beaucoup de vertus à ces scarabées pour certaines maladies, & en particulier pour le mal des yeux. Ces pierres gravées ou constellées étoient autant de talismans où l’on faisoit entrer les observations de l’astrologie. Pline, en parlant du jaspe qui tire sur le verd, dit que tous les peuples d’Orient le portoient comme un talisman. L’opinion commune étoit, dit-il ailleurs, que Milon de Crotone ne devoit ses victoires qu’à ces sortes de pierres qu’il portoit dans les combats, & à son exemple ses athletes avoient soin de s’en munir. Le même auteur ajoute qu’on se servoit de l’hématite contre les embuches des barbares, & qu’elle produisoit des effets salutaires dans les combats. Aussi les gens de guerre en Egypte, au rapport d’Elien, portoient des figures de scarabées pour fortifier leur courage, & la grande foi qu’ils y avoient, venoit de ce que ces peuples croyoient que le scarabée consacré au soleil étoit la figure animée de cet astre qu’ils regardoient comme le plus puissant des dieux, selon Porphyre. Trébellius Pollion rapporte que les Macriens révéroient Alexandre le grand d’une maniere si particuliere, que les hommes de cette famille portoient la figure de ce prince gravée en argent dans leurs bagues, & que les femmes la portoient dans leurs ornemens de tête, dans leurs bracelets, dans leurs anneaux & dans les autres pieces de leur ajustement ; jusque-là même que de son tems, ajoute-t-il, la plûpart des habillemens des dames de cette famille en étoient encore ornés, parce que l’on disoit que ceux qui portoient ainsi la tête d’Alexandre en or ou en argent, en recevoient du secours dans toutes leurs actions : quia dicuntur juvari in omni actu suo qui Alexandrum expressum, vel auro gestitant vel argento.

Cette coutume n’étoit pas nouvelle chez les Romains, puisque la bulle d’or que portoient au col les généraux ou consuls dans la cérémonie du triomphe, renfermoit des talismans. Bulla, dit Macrobe, gestamen erat triumphantium, quam in triumpho præ se gerebant, inclusis intrà eam remediis, quæ crederent adversus invidiam valentissima. On pendoit de pareilles bulles au col des enfans, pour les défendre des génies massaisans, ou les garantir d’autres périls, ne quid obsit, dit Varron ; & Asconjus Pedianus, sur un endroit de la premiere verrine de Cicéron où il est mention de ces bulles, dit qu’elles étoient sur l’estomach des enfans comme un rempart qui les défendoit, sinus communiens pectusque puerile, parce qu’on y renfermoit des talismans. Les gens de guerre portoient aussi des baudriers constellés. Voyez Baudriers & Constellés.

Les talismans les plus accrédités étoient ceux des Samothraciens, ou qui étoient fabriqués suivant les regles pratiquées dans les mysteres de Samothrace. C’étoient des morceaux de métal sur lesquels on avoit gravé certaines figures d’astres, & qu’on enchâssoit communément dans des bagues. Il s’en trouve pourtant beaucoup dont la forme & la grosseur font voir qu’on les portoit d’une autre maniere. Pétrone rapporte qu’une des bagues de Trimalcion étoit d’or & chargée d’étoiles de fer, totum auteum, sed planè serreis veluti stellis ferruminatum. Et M. Pithou convient que c’étoit un anneau ou un talisman fabriqué suivant les mysteres de l’île de Samothrace. Trallien, deux siècles après, en décrit de semblables, qu’il donne pour des remedes naturels & physiques, φυσικὰ, à l’exemple, dit-il, de Galien, qui en a recommandé de pareils. C’est au livre IX. de ses traités de médecine, ch. jv. à la fin, où il dit que l’on gravoit sur de l’airain de Chypre un lion, une lune & une étoile, & qu’il n’a rien vu de plus efficace pour certains maux. Le même Trallien cite un autre philactère contre la colique ; on gravoit sur un anneau de fer à huit angles ces mots, φεῦγε, φεῦγε, ἰοῦ, χολὴ, ὁ κορυδαλός σε ζητεῖ, c’est-à-dire, fuis, fuis, malheureuse bile, l’alouette te cherche. Et ce qui prouve que l’on fabriquoit ces sortes de préservatifs sous l’aspect de certains astres, c’est ce que ce médecin ajoute à la fin de l’article : il falloit, dit-il, travailler à la gravure de cette bague au 17 ou au 21 de la lune.

La fureur que l’on avoit pour les talismans se répandit parmi des sectes chrétiennes, comme on le voit dans Tertullien, qui la reproche aux Marcionites qui faisoient métier, dit il, de vivre des étoiles du créateur : nec hoc erubescentes de stellis creatoris vivere. Peut-être cela doit-il s’entendre de l’Astrologie judiciaire en général. Il est beaucoup plus certain que les Valentiniens en faisoient grand usage, comme le prouve leur abracadabra, prescrit par le médecin Serenus sammonicus, qui étoit de leur secte, & par leur abrasax, dont l’hérésiarque Basilides lui-même fut l’inventeur. Voyez Abracadabra & Abrasax.

Des catholiques eux-mêmes donnerent dans ces superstitions. Marcellus, homme de qualité & chrétien, du tems de Théodose, dans un recueil de remedes qu’il adresse à ses enfans, décrit ce talisman. Un serpent, dit-il, avec sept rayons, gravé sur un jaspe enchâssé en or, est bon contre les maux d’estomac, & il appelle ce philactere un remede physique : ad stomachi dolorem remedium physicum sit, in lapide laspide exsculpe draconem radiatum, ut habeat septem radios, & claude auro, & utere in collo. Ce terme de physique fait entendre que l’Astrologie entroit dans la composition de l’ouvrage. Mém. de l’acad. des Insc. tom. XI. p. 355. & suiv.

On y croyoit encore sous le regne de nos rois de la premiere race ; car au sujet de l’incendie général de Paris, en 585, Grégoire de Tours rapporte une chose assez singuliere, à laquelle il semble ajouter foi, & qui rouloit sur une tradition superstitieuse des Parisiens : c’est que cette ville avoit été bâtie sous une constellation qui la défendoit de l’embrâsement, des serpens & des souris ; mais qu’un peu avant cet incendie, on avoit, en fouillant une arche d’un pont, trouvé un serpent & une souris d’airain, qui étoient les deux talismans préservatifs de cette ville. Ainsi ce n’étoit pas seulement la conservation de la santé des particuliers, c’étoit encore celle des villes entieres, & peut-être des empires, qu’on attribuoit à la vertu des talismans ; & en effet, le palladium des Troyens & les boucliers sacrés de Numa étoient des especes de talismans.

Les Arabes fort adonnés à l’Astrologie judiciaire, répandirent les talismans en Europe, après l’invasion des Mores en Espagne ; & il n’y a pas encore deux siecles qu’on en étoit infatué en France, & même encore aujourd’hui ; présentés sous le beau nom de figures constellées, dit M. Pluche, ils font illusion à des gens qui se croyent d’un ordre fort supérieur au peuple. Mais on continue toujours d’y avoir confiance en Orient.

On distingue en général trois sortes de talismans ; savoir, les astronomiques, on les connoît par les signes célestes, ou constellations que l’on a gravées dessus, & qui sont accompagnées de caracteres inintelligibles.

Les magiques qui portent des figures extraordinaires, des mots superstitieux, & des noms d’anges inconnus.

Enfin les mixtes sur lesquels on a gravé des signes célestes & des mots barbares, mais qui ne renferment rien de superstitieux, ni aucun nom d’ange.

Quelques auteurs ont pris pour des talismans plusieurs médailles rhuniques ou du moins celles dont les inscriptions sont en caracteres rhuniques ou gothiques, parce qu’il est de notoriété que les nations septentrionales, lorsqu’elles professoient le paganisme, faisoient grand cas des talismans. Mais M. Keder a montré que les médailles marquées de ces caracteres, ne sont rien moins que des talismans.

Il ne faut pas confondre non plus avec des sicles ou des médailles hébraïques véritablement antiques, certains talismans, & certains quarrés composés de lettres hébraïques toutes numérales, que l’on appelle sigilla planetarum, dont se servent les tireurs d’horoscope, & les diseurs de bonne aventure, pour faire valoir leurs mysteres ; non-plus que d’autres figures magiques dont on trouve les modeles dans Agrippa, & qui portent des noms & des caracteres hébraïques. Science des médailles, tom. I. p. 308.

Talisman, (terme de relation.) nom d’un ministre inférieur de mosquée chez les Turcs. Les talismans sont comme les diacres des imans, marquent les heures des prieres en tournant une horloge de sable de quatre en quatre heures ; & les jours de bairan, ils chantent avec l’iman, & lui répondent. Du Loir.

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Étymologie de « talisman »

Espagn. talisman ; ital. talismano ; de l'arabe telsam, au plur. telsamân, figure magique, horoscope ; le mot arabe vient du grec τετελεσμένα, proprement choses consacrées, puis nom donné aux statues des divinités païennes dans le Bas-Empire aui furent considérées comme malfaisantes. Au XVIe siècle, talisman se disait des prêtres idolâtres et des prêtres musulmans : Les talismans et prestres de toutes sortes, D'Aubigné, Hist. III, 425. Les prestres de Turquie qui se nomment talismans, Le Loyer, Disc. et hist. des spectres, 1605, p. 805.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

En partie de l’arabe طلسم, ṭílasm (du grec ancien τέλεσμα Telesma, complet[1]), et en partie directement du grec byzantin τέλεσμα (talisman, rite religieux).
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « talisman »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
talisman talismɑ̃

Citations contenant le mot « talisman »

  • La persévérance est un talisman pour la vie. De Proverbe africain
  • Le courage et la persévérance ont un talisman magique devant lequel les difficultés disparaissent et les obstacles s’évaporent. De John Quincy Adams
  • 9 pendentifs et charms solaires à accumuler en talismans de l'été. Madame Figaro, Talismans solaires : neuf pendentifs et charm's à l'assaut de l'été - Madame Figaro
  • Le talisman d'Arsenal, Pierre-Emerick Aubameyang, a une fois de plus opéré sa magie permettant à son équipe de battre Chelsea et remporter la FA Cup pour une 14ème fois, un record. BBC News Afrique, Aubameyang acteur clé du sacre d’Arsenal - BBC News Afrique

Images d'illustration du mot « talisman »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « talisman »

Langue Traduction
Anglais talisman
Espagnol talismán
Italien talismano
Allemand talisman
Chinois 护符
Arabe تعويذة
Portugais talismã
Russe талисман
Japonais お守り
Basque talisman
Corse talismano
Source : Google Translate API

Synonymes de « talisman »

Source : synonymes de talisman sur lebonsynonyme.fr
Partager